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Salut l’artiste !

L’autre jour, à la gare d’Angoulême, Ségolène Royal monte dans le TGV. Elle porte un tailleur rose ; elle s’assoit à sa place sans un regard pour ses trois voisins, elle dispose sur ses genoux Le Monde et Les Echos ; elle regarde à peine les titres de ses journaux, et s’intéresse, impassible, au paysage. La surprise de ses voisins est grande, ils s’attendaient au sourire du «20 heures» ; à la cordialité de la candidate, ils ne trouvent que la distance de la présidente de région, qui a vu sans doute  pour cette raison lui échapper la Présidence de la France.
Elle laisse en ruine, et on ne s’en plaindra pas, un parti socialiste archaïque, traversé par autant de courants que d’ambitions contrariées, qui font de lui une sorte de hall de gare où se croisent les idées les plus confuses et les rêves les plus fous.
Ceux qui ont quitté le navire pour atterrir sur la planète Sarkozy observent avec distance ce remue-ménage, où se mêlent les affaires de cœur du premier secrétaire, le départ de Strauss-Kahn vers le Fonds Monétaire International, et celui de Jack Lang du bureau national du parti où l’on veut lui interdire de réfléchir sur l’inflexion des institutions voulue par le Président de la République. Entre ceux qui tonnent, comme Henri Emmanuelli, contre le fait qu’un socialiste puisse présider un organisme aussi libéral que le F.M.I., et ceux qui applaudissent à cet «honneur», il y a certainement un moment où l’on ne comprend plus rien !
Mais la supercherie a commencé il y a longtemps déjà. Le double langage, les demi mesures ne sont pas d’aujourd’hui. François Mitterrand avait su porter à l’incandescence les contradictions d’un Guy Mollet qui envoyait le contingent livrer bataille en Algérie, tout en prônant l’autodétermination des peuples. Ministre de la Justice de ce gouvernement là, il s’opposait à de Gaulle, l’homme de la paix. Plus tard il fera alliance avec le parti communiste de Georges Marchais et adoptera les thèses du matérialisme historique.
Ségolène Royal est évidemment de cette fine école. Elle mêle le «travail famille patrie» de la fille du colonel qui aimait trop les colonies, avec quelques lunes mitterrandiennes qu’elle croit populaires et dont elle jacasse avec avidité. Pourtant Ségolène Royal a subi une défaite «lourde, politique, idéologique, culturelle», pour reprendre le mot de Jack Lang, tandis que l’équipe du PS «est rongée de haine recuite», selon l’expression du même.
C’est donc l’aile défaite du parti socialiste qui paradoxalement prend en main les destinées de la Région ; l’armée en déroute s’est réfugiée dans le Poitou-Charentes pour y tester ses inventions. Elle y a retrouvé les maigres bataillons d’appoint de François Bayrou et de son MoDem. Rayé de la carte parlementaire, il essaye de faire en petit ce qu’elle voulait faire en grand. Madame Royal pratique donc avec lui l’ouverture et s’empare du centre picto-charentais ! Elle promeut Elisabeth Delorme, la fille de l’ancien président Blaizot, élue à la Région sur la liste de Dominique Bussereau, vice-présidente, tandis que Jean-Philippe Ardouin reçoit quelques promesses vers la mairie de Saintes. Mais l’offensive semble s’arrêter à ces maigres gains, puisque Rousset n’a pas cédé à Royal la présidence de l’association des Régions de France qu’elle visait pour essayer de la transformer en présidence bis, et à l’Assemblée nationale, au groupe socialiste elle ne réunit guère qu’une vingtaine de députés, les yeux fixés sur 2012.
En attendant, les lourds nuages de la morosité et du défaitisme se dissipent au vent de Nicolas Sarkozy. Certes, il prêche une opposition apaisée et organisée, et Président de tous les Français, il ouvre à ses adversaires d’hier les portes de la République. Mais il se garde de demander à l’opposition de choisir ses représentants, et les désignant lui-même, il les rend évidemment majoritaires puisque adhérents à ses desseins.
Ce tour de passe-passe et quelques autres sont applaudis par les Français qui admirent l’artiste, travaillant sans filet et l’économie n’étant pas une science exacte, relevant autant de l’air du temps que des mathématiques, et beaucoup plus de la pratique que de la théorie, il commence à souffler un vent d’optimisme qui peut assurer la relance, surprendre les Allemands et les experts de Bruxelles.
Tout le pari est là. Salut l’artiste !

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°118 – Août 2007

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