La rupture

Nicolas Sarkozy, avant sa campagne, annonçait la rupture. On se demandait de quelle rupture il s’agissait. On a vite compris. Pour la première fois depuis 1981, un homme politique de droite rompait en effet avec la pensée unique qui règne sans partage dans l’intelligentsia française.

Les gardiens du temple, «Le Monde», «Marianne», «L’Observateur», n’en reviennent pas encore ! Les caricatures de Plantu à la une du Monde ont beau être de plus en plus haineuses ; rien n’y fait. Nicolas Sarkozy, très décomplexé, dit tout haut ce qu’il va faire avec une majorité qui n’attend que cela depuis longtemps. Le programme de Nicolas Sarkozy, c’est évidemment un programme de gouvernement, mais c’est d’abord un changement de valeurs. Il est clair en effet que seule une rupture faite avec une idéologie qui fit dire à Gordon Brown, «Marx est enterré en Angleterre, mais il est toujours vivant en France», peut conduire à mener une politique fondamentalement différente. Jacques Chirac, faute d’avoir osé toucher au corpus idéologique français, à ce que l’on appelle l’exception française, parce que sa génération en avait été pétrie, n’a pas su pratiquer une politique de réformes harmonieuses. Il ne pouvait pas en effet les mettre en perspectives, et elles se faisaient toujours dans la douleur et à son corps défendant.

Nicolas Sarkozy a compris que pour que la France continue de jouer dans la cour des grands, elle devait non pas se rallier à on ne sait quelle idéologie libérale, mais simplement avec pragmatisme, affronter le monde comme il est désormais.

On sait depuis longtemps que le dogme libéral du «laissez faire, laissez passer» n’est que le prétexte pour l’économie dominante de poursuivre sa domination, et l’économie française n’est pas une économie dominante. Les Etats-Unis l’ont été. Mais ils savent très bien que leur dogme ne résistera pas longtemps au vent de l’Asie.

On écrit déjà, là-bas, «le libéralisme contre le capitalisme». Tout le monde a compris le jeu de rôle qui se joue à l’échelon de la planète. Il ne faut pas être naïf. Les Français ne le sont pas, et ils savent très bien que leur niveau de vie et leur bien-être dépend de leur créativité et de leur goût d’entreprendre et d’inventer.

Or un pays suradministré comme la France crée mille freins à l’initiative et utilise une grande partie de ses ressources à nourrir la machine sensée apporter la sécurité et l’égalité entre tous les citoyens.

La réforme de l’Etat est indispensable à l’amortissement de la dette. En ramenant à 15 ministères l’administration de l’Etat, Nicolas Sarkozy prend une décision considérable.

C’est évidemment, moins d’arbitrages entre les administrations, plus de clarté dans les compétences, plus de rapidité dans les décisions. En un mot, moins d’Etat mais plus d’efficacité.

La rupture est là. La France change de modèle.

Mais rien n’est tout à fait gagné. Les élections législatives à venir le mois prochain seront décisives. Elles donneront ou elles ne donneront pas au nouveau président élu le moyen d’appliquer son programme. Le troisième tour de l’élection est engagé, et certains mêmes le verraient bien dans la rue. Les nostalgiques de Lénine et d’autres régimes passés n’en reviennent pas d’avoir été éliminés par les urnes. Ils vont chercher ailleurs une revanche. Quant au parti socialiste il tente de mettre le pied dans la porte pour que rien ne bouge. Les élections législatives sont leur va-tout. Ce n’est donc qu’à la fin du mois de juin que l’on saura si la rupture peut se faire. Souhaitons ensuite qu’elle soit menée à bien par l’équipe mise ne place, avec brio autour de François Fillon                                                                                           

                                                                         Xavier deRoux

                                                                                 Juin 2007

                                                                                                                                        

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  1. Patrice Geille
    jeudi, juin 14, 2007 à 10 h 25 min

    La rupture a certes commencé, mais peut-on aller jusqu’à dire : « elle est là ».
    Y aura-t-il rupture avec la dérive des dépenses et des déficits ?
    Y aura-t-il rupture avec les « fromages » de la République, ce népotisme pratiqué par Chirac ou Mitterrand et qui consistait à distribuer des postes (je n’ose dire « de complaisance ») comme un roi distribuant les fiefs à ses fidèles vassaux ?
    Y aura-t-il rupture avec l’impunité scandaleuse des politiciens ? Poncelet et Chirac auront-ils à s’abaisser à répondre aux questions des juges.
    Et que dire, au-delà de l’indépendance des procureurs ou des juges d’instruction, de l’indépendance de la presse ?
    S’il n’y a pas une véritable rupture avec les pratiques du passé, l’électeur se dira une fois de plus qu’il a été floué, qu’il n’est pas possible de faire confiance aux politiciens et qu’ils « sont tous pourris ».
    L’électeur attend le gouvernement au tournant, avec espoir, mais avec exigence.

  2. Anonyme
    dimanche, juin 17, 2007 à 23 h 08 min

    Et bien, finalement la voilà la rupture tant attendu.
    En ne vous reconduisant pas à votre poste de deputés les electeurs ont pratiqué cette fameuses ruptures dont vous vantiez tant les mérites.
    En effet, rupture avec des pratiques, ruptures avec les hommes du passé.
    Vous disez dans ce billet, que la France change de modéle, en tout cas la 3éme circonscription de charente-maritime a trés clairement entendu le messages et vous renvoient à vos salons parisiens.
    Bonne vacances Mr de Roux.

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