Accueil > Actualite, L'Echo des Arènes, Politique > La solitude de François Bayrou

La solitude de François Bayrou

Il y a dix ans déjà, lorsque, après l’échec des élections de 1997, l’UDF et le RPR décidèrent de fusionner pour créer un grand mouvement politique, François Bayrou résista, refusa, et conserva avec quelques amis, son pré carré, tandis que les gros bataillons centristes derrière Pierre Méhaignerie, Jean-Pierre Raffarin, Dominique Bussereau, Philippe Douste-Blazy et quelques autres, rejoignirent le nouveau parti : l’UMP.

François Bayrou rentra donc à l’Assemblée avec un petit groupe parlementaire d’une trentaine de membres, face aux 364 députés de la majorité. Certes, il envoya un Ministre au Gouvernement : Gilles de Robien. Mais très vite, il préféra rentrer dans l’opposition, faisant déjà des clins d’œil aux socialistes, persuadé que le Gouvernement ne surmonterait pas les difficultés du pays et qu’il pourrait s’entendre avec les sociaux-démocrates, l’aile la plus libérale du parti socialiste.

Son plan prenait corps : le mirage du pouvoir depuis si longtemps attendu l’attirait irrésistiblement. Certes, combattre sur sa droite et convaincre sur sa gauche relevait d’une mission impossible, mais il la tenta, son groupe refusa de voter le budget du Gouvernement Villepin aux motifs que l’équilibre des comptes n’allait pas assez vite. On entendit son spécialiste en finances publiques, Amédée de Courson, expliquer qu’il fallait réduire sans préavis les dépenses de fonctionnement de l’Etat. Or les dépenses, pour moitié, sont constituées par les traitements, salaires et retraites versés aux fonctionnaires, et déjà sous le Gouvernement Jospin, on empruntait dès octobre venu pour faire les fins de mois. Il était difficile donc de trouver un terrain d’entente avec l’opposition socialiste qui a fait depuis 1983 du déficit budgétaire une politique économique !

Et franchement, Amédée de Courson donne plus dans le libéralisme que dans le socialisme. Mais François Bayrou n’a jamais eu peur du grand écart. Il excelle dans les lettres et se moque des chiffres, ce en quoi il a très certainement politiquement raison.

Surfant sur l’idée simple que la droite et la gauche sont fongibles, ce que pensent de nombreux Français, il n’allait pas s’embarrasser de lire le programme socialiste. Il annonçait simplement qu’il se sentait de gouverner avec Strauss-Kahn, qui passe effectivement pour rassurer la bourgeoisie, et les bobos mondains. Mais Strauss-Kahn, attelé à la reconquête du parti socialiste, n’ayant probablement aucune envie de s’embarquer dans l’aventure de celui qui se rêve en Henri IV, déclina immédiatement la proposition, comme le fit d’ailleurs Jean-Louis Borloo qui, dans le même temps, s’était vu paré des mêmes qualités.

Cette double rebuffade n’est pas faite pour changer la stratégie du Béarnais, pour la bonne raison qu’elle resta discrète, et que l’idée force maniée par le candidat, comme souvent les idées fausses, a la vie dure.Mais après avoir rallié à son pa-nache tous ceux que Madame Royal a déçus et tous ceux qui n’aiment pas la tête de Sarkozy, notre Béarnais se retrouve terriblement seul.

Pour ne pas porter atteinte à l’équilibre précaire de ses troupes, il faut le moins de programme possible, et peut-être pas de programme du tout. Il faut ensuite éliminer Royal pour affronter Sarkozy au deuxième tour, cela signifie avancer en silence et masqué, entre non dits et vérités premières. Or, l’opinion sent bien que les élections présidentielles sont lourdes de sens, qu’il s’agit de mettre la France en mouvement en donnant confiance aux Français en la nouvelle donne, c’est-à-dire l’ouvrir au monde du XXIème siècle qui est ce qu’il est. L’enjeu est de tout perdre ou de tout gagner.

Or, François Bayrou, solitaire, joue l’immobilisme et la conciliation dont il a donné un exemple lorsqu’il fut Ministre de l’Education Nationale.

Il vaut pourtant mieux que cela. Il eut du talent ; il se crispe aujourd’hui sur ses anciennes positions qui lui ont fait refuser l’UMP, l’Union pour un Mouvement Populaire. Il veut démontrer à ses amis qu’il a eu raison, et il fait le prestidigitateur.

Il fait penser au héros de Drieu La Rochelle, «l’homme à cheval» qui, à la fin, s’en va à pied ! 

                                                                                     Xavier de Roux

                                                                                             Avril 2007 

Advertisements
  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. No trackbacks yet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :