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Adieu Jean-François

mardi, février 20, 2007 Laisser un commentaire Go to comments

Jean-François Deniau aimait l’aventure, l’écriture et la mer. On a jeté ses cendres à l’océan. Il est parti au pays des goélands.  C’était un personnage extraordinaire, pour dire hors du commun et des sentiers battus. Il avait rêvé et il cherchait son rêve, un rêve où chacun chercherait à se dépasser, pour cette cause-là, un rêve d’un monde d’équilibre où le grand et le méchant ne gagneraient pas toujours, où David triompherait de Goliath, et le marin des éléments ; c’est-à-dire finalement de soi-même. Naviguer, c’est jouer avec la violence, ruser avec la force du vent et la force de la mer, c’est se promener sur la peau du diable comme disait Kersauzon, et Jean-François Deniau avait décidé d’y cheminer à sa façon, avec son éternel air d’aristocrate, et dans les derniers temps sa canne, pour cheminer toujours. Bien sûr comme tous les grands promeneurs solitaires, il avait des angoisses, et souvent l’angoisse de la nuit quand vient l’aube. Trois heures après minuit, l’heure que craignent le plus les sentinelles, et il savait monter la garde, contre l’adversité, contre l’injustice, contre la raison du plus fort, du Liban à l’Afghanistan, de l’Afghanistan aux Balkans, et des Balkans au Vietnam, ou en Afrique, puisqu’il était aussi devenu africain, à Tadjoura en face de Djibouti, en habitant sa maison plantée sur la plage, dans le désert de pierres et le soleil des hommes.

Jean-François Deniau est difficile à décrire, il était plus facile à aimer, ou pour certains à détester ; il n’aimait pas de demi-sentiments ; ce n’était pas un tiède et c’est sans doute pour cela qu’il n’a pas fait la carrière politique qu’il méritait. Certes il fut plusieurs fois ministre et on lui doit même ce Traité de Rome qui créa le marché commun, il fut membre de la Commission Européenne, chargé des relations extérieures, ambassadeur en Mauritanie, secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, à l’agriculture, ambassadeur en Espagne lors de la transition démocratique, député du Cher, président du Conseil général… Mais l’échec de Giscard d’Estaing à la Présidence de la République lui fut politiquement fatal. Et d’ailleurs lorsqu’en 1993 il demanda à être le candidat UDF à la présidence de l’Assemblée et qu’il avait toutes les chances d’être choisi, Giscard d’Estaing s’y opposa. «Vous n’allez pas voter pour cet original» disait-il.

Parce que dans une République qui se respecte, on ne vote pas pour un original qui va recueillir en mer les boat people au large du Vietnam, qui s’en va en guerre dans les maquis afghans ou à Sarajevo ; qui se préoccupe des otages, et accomplit quelques missions confidentielles dans des endroits oubliés. On ne vote pas pour un écrivain, même membre de l’Académie française, qui traverse l’Atlantique à la voile et se consacre aux Droits de l’Homme et aux peuples victimes de dictature ou d’occupation étrangère.

Jean-François Deniau a vécu sa vie d’homme libre, il s’est colleté avec la maladie et la souffrance ; peut-être a-t-il approché son rêve, comme un enfant qui a peur du noir.

Il est maintenant au pays de la mer ; ce long voyage est le sien. Nous pouvons dire simplement à ses enfants et à sa compagne que c’était un homme de bien et que nous l’aimions.

                                                                                                                          Xavier de Roux

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