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Les habits neufs du président

Au parc des expositions, l’autre samedi, devant la foule des militants, Nicolas Sarkozy a achevé sa mue.

L’insecte insolite qui habite le monde politique depuis trente ans a pris les habits neufs de Président et son vol en même temps. Il a dépassé, là, le talent de dire qui est celui de l’avocat. Il s’est mis à incarner son Pays, ses contradictions et ses désirs. Ce n’est plus à la France immédiate et quotidienne qu’il en appelait, mais à la France de toujours. Pour la première fois depuis longtemps un homme d’Etat parlait à la Nation qui fait la force et le destin des peuples. Pour la première fois depuis longtemps un homme d’Etat s’adressait à la France de toutes les résistances, de toutes les reconquêtes, de tous les retournements ; la France de Gambetta, comme celle de Guy Moquet, fusillé à dix sept ans ; la France de Georges Mandel, de Jean Moulin, de Jaurès ; la France dans la diversité de ses composantes, dans le creuset de sa culture ; la France bien sûr de Charles de Gaulle, mais aussi celle de Clemenceau, de Zola, de Saint-Louis et de Carnot, de Pascal, de Voltaire et de Victor Hugo.

Il y avait si longtemps qu’un homme politique ne nous avait pas parlé de la France, de ses talents, de ses faiblesses, et de ses extraordinaires élans.

Il y avait si longtemps qu’un homme politique ne parlait pas comme on l’apprend à l’Ecole nationale d’administration, ne parlait pas de technique, mais de volonté, d’espérance et non de renoncement, qu’en un instant tout redevenai possible.

 

Certes le verbe est le verbe. Il n’est que le chemin et la promesse, il n’a pas la lourdeur du quotidien et le poids des détails de l’existence, de tout ce qui fait douter, regretter, oublier. Mais enfin lorsque le verbe montre la voie, ouvre les portes de l’imaginaire et fait toucher du doigt le possible dont on rêve, il se met à appartenir au réel. Et c’est de ce réel là dont notre Pays a besoin. Nous le disons ici même, mois après mois, depuis longtemps. La France et les Français peuvent, de tout leur poids et de toutes leurs forces, entrer dans la modernité et donc dans l’aventure, plutôt que de la fuir frileusement, comme si le passé, le temps jadis, était toujours préférable, plus beau, plus prospère ; comme si le passé portait, avec la nostalgie, l’ordre juste ; comme si le futur c’était toujours le passé avec lequel les plus vieux s’attablent.

 

Les élections présidentielles de 2002 ont été confisquées par l’écrasante défaite de Lionel Jospin. Le vrai débat n’a pas eu lieu. Aujourd’hui il se prépare. Rangé en ordre dispersé derrière Ségolène Royal, le parti socialiste doit enfin dire vraiment ce qu’il veut, et d’une seule voix, et comment il souhaite gouverner et avec qui. Le parti socialiste nous a toujours étonnés. Nous apprenons, pour ceux qui étaient trop jeunes, qu’en 1956, Guy Mollet proposait la couronne de France à la Reine de Grande-Bretagne, au nom de l’unité européenne, puis que son gouvernement, François Mitterrand en tête, s’enfonçait et enfonçait le Pays dans la guerre d’Algérie pour demander, quarante et quelques années plus tard, la repentance aux peuples colonisés. En 1981, François Mitterrand nationalisait tout l’appareil de production et d’échanges, des banques aux assurances avec l’industrie en prime, pour que Jospin achève vers l’an 2000 de les reprivatiser. Madame Royal et Monsieur Hollande, que l’on dit unis jouent chacun leur partition, comme si le double langage faisait partie de la culture de ce parti, au point de mettre au coin, avec des heures de colle, le porte-parole, Montebourg, qui avait eu l’impertinence de souligner la cacophonie des déclarations fiscales de l’un et de l’autre.

 

Il est souhaitable que le parti socialiste, puisqu’il entend gouverner à nouveau, dise clairement quel est son programme et comment il voit, lui, l’avenir de la France. Ce n’est qu’à cette condition que le débat pourra s’instaurer dans la clarté et que les Français pourront choisir librement leur destin. A la croisée des chemins, il faut prendre avec le plus grand sérieux, les élections à venir.

Xavier de ROUX

 

Février 2007

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Catégories :L'Echo des Arènes, Politique
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