Accueil > Actualite, L'Echo des Arènes, Politique > Trois socialistes en quête d’électeurs

Trois socialistes en quête d’électeurs

vendredi, novembre 10, 2006 Laisser un commentaire Go to comments

On a eu droit au spectacle surréaliste de trois vieux étudiants passant à la télévision le grand oral de l’Ecole Nationale d’Administration sur le thème imposé du programme du Parti socialiste, auquel visiblement aucun ne croit !

C’était donc ennuyeux comme un examen, mais surtout complètement décalé. Les trois candidats ont glosé sur la relance par la consommation de l’excellent Monsieur Keynes, qui tint heureusement un jour ce langage définitif : «Sur le long terme, et bien, nous sommes tous morts». Beaucoup, en tous les cas, s’étaient assoupis… avant.

En effet, depuis 1981 la doctrine socialiste fait un usage immodéré de la fameuse «relance par la consommation», avec le succès que l’on sait, et ce n’est pas le moindre paradoxe de reprocher à l’actuelle majorité l’augmentation de l’endettement puisque le déficit crée irrémédiablement l’emprunt donc la dette. Or depuis 1981, chaque fois qu’il a été au pouvoir, le Parti socialiste a fait fonctionner à fond le déficit budgétaire pour assurer la fameuse relance qui ne venait jamais. Mais les Français ont heureusement la mémoire courte ; la politique de 1981 menée par Pierre Maurois entraîne la catastrophe financière de 1983 et la nomination de Laurent Fabius pour rassurer les marchés en apportant une correction libérale. Voilà notre ancien ministre jouant aujourd’hui à contre-emploi, comme on dit au théâtre, les doctrinaires de gauche, sans grand succès d’ailleurs. La politique financière du déficit dynamique, prônée hier et aujourd’hui, a conduit à une dette abyssale que l’actuel ministre des finances tente de combler, mais les élections en France risquent, si les programmes ne changent pas, de devenir une affaire de Shadocks : les uns pompent tandis que les autres remplissent. Car ce qui apparaissait évident lors de la prestation des trois candidats, c’est l’absence totale de référence au monde réel dans lequel se trouve la France au XXIème siècle. Ils faisaient comme si la révolution de l’information, de la communication, des techniques financières, et la chute définitive du mur de Berlin, n’avaient pas créé un marché-monde avec lequel il faut bien se débrouiller, puisque ce marché est tiré par l’émergence d’immenses pays comme la Chine, l’Inde, l’Indonésie assoiffés de consommation et de bien-être, dont les taux de croissance sont d’autant plus importants que la population pauvre aspire à la richesse, ce qui n’est pas très surprenant.

Nos trois candidats raisonnaient comme si l’économie française, la société française étaient déconnectées, ou pouvaient être déconnectées de l’économie-monde. Ils ont déroulé une sorte de catalogue de La Redoute des mesures fiscales et des prélèvements qu’ils effectueraient pour assurer la redistribution des richesses. Mais pour distribuer des richesses, encore faut-il les produire, et le comment produire n’avait pas l’air de les intéresser beaucoup.

C’est d’ailleurs presque indécent d’en parler. Pour aborder le sujet, il faut évidemment être un ultra-libéral décadent éloigné de la lutte des classes.

Généralement, les réveils sont douloureux ; il suffit d’examiner le bilan du gouvernement Jospin que les Français avec bon sens ont renvoyé à une retraite méritée. Madame Royal promet de faire mieux encore. On croirait entendre la phrase célèbre du président Mac Mahon : «Nous sommes au bord du gouffre, faisons un grand pas en avant» !

C’est à quoi nous sommes conviés. Une société humaine, pourtant, n’est pas faite de recettes économiques ; elle est faite de volonté de vivre ensemble et de trouver un bien-être commun que l’on nomme civilisation. C’est aussi peut-être la phase ultime de l’humanisme, qui est à la fois notre faiblesse et notre force. L’humanisme c’est à la fois la liberté individuelle, mais aussi l’art de vivre ensemble en partageant des valeurs communes, en faisant taire ce qui sépare pour rapprocher ce qui éloigne. Cet équilibre difficile qui est celui de notre société, nous l’attendrons en écoutant toujours l’autre, et d’abord bien sûr tous ceux qui ont du mal à s’exprimer et à se faire entendre, tous ceux qui ont une difficulté à être ce qu’ils sont. Nous n’avons pas besoin de leçon, nous avons besoin d’écoute et d’imagination pour poursuivre la marche en avant de ce magnifique pays qu’éclaire toujours le reflet du siècle des Lumières et de l’apprentissage de la démocratie. Mesdames, Messieurs les socialistes, rompez avec vos vieilles lunes et apportez-nous quelques idées neuves !

Xavier de Roux

Echo des arenes - 109

Advertisements
  1. vendredi, novembre 10, 2006 à 20 h 42 min

    Cet article a été référencé sur LePolitoscope.net

  1. No trackbacks yet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :