Crise au Proche-Orient

La guerre israélo-arabe est entrée dans sa soixantième année. C’est une vieille guerre. Le sort du peuple palestinien en est la cause ou le prétexte. Le partage du territoire palestinien est la seule issue raisonnable au conflit, et l’on a pu croire un moment qu’elle était possible. Mais une fois encore, la situation échappe au rationnel. Les Nations-Unies semblent se lasser des résolutions que l’on empile et que personne, jamais, ne respecte. Chaque camp cherche des champions pour défendre sa cause et les massacres succèdent aux massacres dans ces lieux qui furent le berceau de la spiritualité occidentale et orientale, où l’homme découvrait un Dieu unique et avec lui, sans doute, la compassion. Aujourd’hui, le monde est suspendu à la nucléarisation probable du conflit, puisque Israël est une puissance nucléaire et que l’Iran est très près de le devenir. Il est donc urgent pour les Nations-Unies, ou pour les grandes puissances, de reprendre en main la situation, sans chercher indéfiniment quels sont les bons et quels sont les méchants.

L’origine de la guerre c’est à l’évidence la dernière tentative occidentale de colonisation du Proche-Orient, avant même la seconde guerre mondiale. Mais le sionisme s’est nourri de l’antisémitisme virulent des nations européennes qui poussèrent à l’exil les victimes désignées du génocide totalitaire.

A l’ombre de leurs oliviers, les paisibles populations palestiniennes, sous mandat britannique, n’avaient évidemment que faire des vieux démons occidentaux, mais comme le diable réveille le diable, l’enchainement meurtrier depuis 1946 a eu raison, tour à tour, des monarchies égyptienne et irakienne, remplacées par des dictatures dont le camp fut vite rejoint par la Syrie. La guerre froide s’étendant sur la guerre chaude a pu faire croire qu’Israël était devenu le gardien des intérêts du monde libre dans cette région qui fournit les deux tiers de l’énergie pétrolière de la planète. Israël, la Turquie et l’Iran étaient le front avancé du monde libéral contre le monde communiste et cela valait bien une guerre civile au Liban ! Mais le front a d’abord craqué puis il a disparu. La guerre froide a cessé faute de combattants. Le shah d’Iran a été renversé par les religieux d’un monde chiite qui avait une place seconde face aux grands régimes sunnites, eux-mêmes héritiers victorieux de la guerre de succession de Mahomet ! Quand l’histoire empile tant de souvenirs sur des peuples humiliés, le jeu se complique !

L’Iran chiite fait triompher ses frères irakiens, longtemps sous le joug de la minorité sunnite. L’Iran soutient les alaouites syriens, et bien entendu les chiites libanais qui sont – ne l’oublions pas – la majorité de ce pays. Dans le camp musulman, le chiisme apparait comme le défenseur du pauvre et de l’opprimé. C’est sa revanche millénaire sur les califes abbassides dont le drapeau noir flotta sur le nouveau monde musulman jusqu’au bord de l’Atlantique.

Peu à peu, à partir de Téhéran, les descendants d’Ali reprennent la tête de ces milliards d’hommes et de femmes qui mettent leur vie entre les mains de Dieu, parce qu’il n’y a de Dieu que Dieu !

Nous qui avons l’habitude et sans doute la lucidité de douter de tout, regardons bien en face les nuages de l’orage qui monte. Ce n’est pas la force que nous pourrons jeter dans la balance, c’est l’intelligence de l’analyse qui doit fournir les solutions, dont la première est la justice et l’équité.

S’il est rendu justice au peuple palestinien, le processus qui se met en place peut encore s’arrêter ; la défaite ne nourrira plus l’extrémisme, et Dieu sans doute retrouvera-t-il une place plus sage. La France a bien compris où l’on en était de cette confrontation sans fin. Son rôle actuel ancestral de protecteur du Liban lui a appris depuis longtemps comment se disposaient les forces et s’organisait la paix comme la guerre dans cette région. Il faut reconnaître que Jacques Chirac a fait preuve immédiatement d’une grande lucidité et qu’il mène une difficile diplomatie, avec expérience et sagesse.

Le rôle de la France , c’est cela, tisser chaque jour les fils de la paix, écouter les uns et les autres et proposer des compromis où nul ne perdra la face. Cela signifie ne pas prendre parti pour un camp contre l’autre et les Etats-Unis auraient été avisés d’écouter ses conseils avant de se lancer dans l’aventure irakienne.

Le pire n’est jamais sûr, mais il peut arriver. En tous les cas, il donne la mesure de nos querelles internes et de leur vanité !


Xavier de Roux

Vous pouvez réagir à cet éditorial en écrivant à l’adresse électronique suivante: contact@xavierderoux.net

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