Accueil > Emploi, L'Echo des Arènes > De fausses solutions à un faux problème

De fausses solutions à un faux problème

Bien que la courbe du chômage se soit inversée depuis plus de six mois, il était tout à fait légitime que le gouvernement cherche une solution à une spécialité française : le chômage des jeunes. On constate, en effet, que malgré des offres de travail non satisfaites en très grand nombre, les jeunes ont du mal à trouver un emploi.

La réponse classique d’un employeur au candidat à un premier emploi sonne comme une rengaine : « vous n’avez pas d’expérience ». Monsieur de La Palisse n’aurait pas dit autre chose… Les offreurs ne veulent pas prendre le risque économique d’un licenciement. Ils proposent donc des stages ou autres contrats à durée déterminée que l’on peut ne pas renouveler sans s’exposer à des indemnités. C’est ce que l’on appelle dans le vocabulaire d’aujourd’hui, la précarité.

L’idée du gouvernement était donc de proposer un vrai contrat à durée indéterminée, résiliable moyennant un préavis, et une indemnité forfaitaire, pendant une durée de deux ans. Cette souplesse dans l’application dérogatoire du travail devait permettre de remettre à armes égales les candidats expérimentés et les candidats sans expérience. La mesure avait l’avantage d’être simple, et de ne rien coûter à l’Etat qui se ruine en contrats aidés de toutes sortes.

Mais cette mesure avait deux défauts : d’abord, applicable jusqu’à vingt six ans, elle créait une discrimination pour l’ensemble des demandeurs d’emploi de cet âge, quelle que soit leur formation ou la branche d’activité qu’ils choisissaient ; Ensuite, et surtout, elle ne fit l’objet d’aucune explication, laissant à ses adversaires le choix des mots et des slogans. On décréta donc une « génération précaire » créée par « l’ultralibéralisme » ; et en avant toute pour les cadences infernales, la lutte des classes, les patrons exploiteurs, et le règne du profit ! L’économie de marché a en effet un immense défaut, elle est à peu près seule au monde ! Le seul grand pays a être encore sous la domination d’un parti communiste totalitaire, c’est la Chine ; Les conditions de travail et de salaire y sont telles qu’elle est devenue le grand atelier du monde, et que son exemple est difficilement vendable dans nos sociétés occidentales, même à Marie-George Buffet et à Alain Krivine, qui furent les ardents défenseurs d’un système pire encore.

Dans sa solitude, l’économie de marché fonctionne cahin-caha, fabriquant du profit comme de la pauvreté, mais généralement couvrant en Europe les besoins des populations, tout en innovant dans la recherche fondamentale, l’espace ou la santé. On demande simplement au pouvoir politique d’agir pour réglementer autant que faire se peut le fonctionnement de ce marché, pour qu’il ne soit pas simplement un marché aux voleurs !

C’est justement pour agir sur le marché du travail, qui ne fait pas naturellement assez de place aux jeunes, que le gouvernement est intervenu ! Ce n’est donc pas de l’ultralibéralisme, ni même du libéralisme, c’est exactement le contraire, tout à fait dans la tradition française, où l’Etat doit intervenir sur tout et dans tout.

Cette intervention, pavée de bonnes intentions, n’a pas été comprise. Il était inutile de déclencher une guerre civile pour une mesure qui ne méritait pas tant de polémique et tant d’indignité. Elle a été retirée. Mais le problème n’est pas résolu pour autant. Il reste entier. Et l’on voudrait bien savoir quelles mesures efficaces ses détracteurs proposent.

On a beaucoup entendu, sur fond rose, Monsieur Hollande brocarder le gouvernement, mais le parti socialiste est muet. Il paraît qu’il réfléchit et même qu’il va trouver. On croyait qu’après tant d’années passées au pouvoir, il avait eu le temps de réfléchir, et même de méditer ; Il n’en est rien. « Du passé faisons table rase » chante-t-on en fin de banquet à l’heure de l’internationale. C’est pratique et même ça explique tout ! Monsieur Fabius peut passer les habits neufs du Président Mao !

Pressée de questions sur ce sujet, notre candidate à la Présidence de la République a répondu, entre deux pas de danse avec Jamel Debbouze, qu’il fallait de la souplesse pour les employeurs et de la sécurité pour les employés qui devraient conserver leur salaire en cas de licenciement. On croyait qu’il existait déjà en France une assurance chômage, Ségolène Royal va peut-être le découvrir et sans doute l’améliorer. En attendant cette proposition tirée d’un modèle scandinave qui contraint le chômeur à accepter l’emploi qu’on lui propose, rien n’émerge des bancs du parti socialiste ; Si l’on va plus à gauche, le remède c’est la fin de l’économie de marché, le retour au modèle albanais, style Enver Hodja, avec José Bové à l’autosuffisance alimentaire, Noël Mamère aux éoliennes, Besancenot aux entreprises publiques, Laguiller aux finances, Mélenchon à la propagande, Krivine à l’intérieur, Emmanuelli aux banques et Marie-George Buffet, Premier Ministre.

Ne souriez pas, cet attelage, dans le passé, a réussi dans de nombreux pays… et l’avant-garde prolétarienne a déjà saisi la coordination étudiante.

Si l’on veut sortir des slogans, des idées préconçues, des solutions technocratiques qui dorment dans les tiroirs des ministères, il serait peut-être temps de mettre tous les acteurs sociaux en face de leurs responsabilités pour que s’organise un marché de l’emploi cohérent.

Il est venu le temps de mettre autour de la table les syndicats des salariés comme les représentants des entreprises, mais aussi les acteurs de la formation et au premier chef l’Etat responsable de l’Education Nationale, pour analyser d’abord le plus objectivement possible la situation – il y a tant de rapports savants sur ces sujets – et pour tenter ensuite de dégager des pistes communes. Le Conseil Economique et Social, qui est une assemblée permanente, pourrait être le havre et le médiateur d’une telle réunion. Il pourrait faire siennes les conclusions et les transmettre aux deux autres assemblées.

Ainsi le débat serait public, complet et totalement démocratique.

Puisqu’on parle tant de démocratie participative, peut-être pourrait-on commencer par là.


Xavier de Roux

Vous pouvez réagir à cet éditorial en écrivant à l’adresse électronique suivante: contact@xavierderoux.net

Advertisements
Catégories :Emploi, L'Echo des Arènes
  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. No trackbacks yet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :