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Lettre ouverte aux camarades Socialistes et à ceux qui ne le sont plus

Chers Camarades,

La France, au fond d’elle-même, est un vieux pays Marxiste. C’est un vieux pays Marxiste parce que ses élites, pendant un siècle et demi, se sont nourries de cette respectable utopie. Notre Ecole Normale Supérieure a entretenu et enseigné le mythe, des générations d’étudiants, puis des générations de professeurs l’ont transmis. La matérialisme dialectique avait réponse à tout et si on lui opposait l’homme, eh bien il changeait l’homme !

La philosophie, la littérature, l’économie et même l’histoire se sont trouvés absolument imprégnés de ce modèle, au moment même, où, échappant à l’humanisme, il tombait dans les mains d’une génération d’assassins. La raison pour laquelle Lénine, Staline, Mao et les autres de plus petite envergure, ont exterminé en masse leurs ennemis – et chacun était leur ennemi – n’a pas été complètement élucidée, mais beaucoup a été constaté si tout n’a pas été expliqué !

Le socialisme est devenu, avec le fascisme, la plus grande folie meurtrière du XXème siècle, les peuples ont fini par s’en libérer, les uns après les autres, mais contrairement aux bourreaux nazis, on a rarement jugé les coupables. Les responsables du génocide cambodgien ont pour la plupart survécu. Le procès de la République des égaux, le procès des parvenus du prolétariat n’a finalement jamais eu lieu et dans notre honorable pays, les épigones de ceux qui ont soutenu ces hommes tiennent toujours boutique et donnent des leçons de démocratie.

Lorsqu’en 1981 vous êtes revenus au pouvoir avec eux, votre programme comportait l’appropriation par l’Etat des moyens de production et de financement. Et vous avez appliqué tout votre programme en nationalisant la moindre banque et toutes les grandes entreprises. Vous avez créé le Ministère du temps libre puisque la fin du travail faisait partie du spectacle. En quelques mois, le franc s’est effondré, vous avez instauré un drastique contrôle des changes et distribué aux citoyens un petit livret permettant de sortir quelques centaines de francs pour se promener à l’étranger. En 1981, effectivement, la France s’inspirait du modèle hongrois, bien que Michel Rocard afficha sa préférence pour le socialisme yougoslave. On a les modèles qu’on peut.

Sur ce, Pierre Maurois, premier Ministre, fut convoqué à Bruxelles. Le Président de la Commission lui expliqua que l’expérience française – pourtant très intéressante –n’était pas, pour l’essentiel, compatible avec le Traité de Rome qui prévoit la création d’un grand marché dominé par un certain nombre de libertés et notamment la libre circulation des personnes, des capitaux et des biens dans le cadre d’une concurrence qui ne soit pas faussée notamment par l’intervention des Etats.

Il fallait donc choisir entre l’Union Européenne et le programme commun de gouvernement ! Et c’est là, chers camarades, que commence le malentendu. Vous avez choisi ce jour-là l’économie de marché, certes, comme une parenthèse, mais comme une parenthèse nécessaire, et vous avez été chercher Laurent Fabius, haut fonctionnaire et grand bourgeois, pour bien montrer à Bruxelles, que vous aviez encore en réserve des Léon Blum !

Et il faut dire que pour le capitalisme français, ce coup d’essai fut un coup de maître. Le Crédit Lyonnais, banque d’Etat, permit à deux grands groupes de naître et de se développer, Bernard Arnault, dans le parfum, le luxe et le champagne, François Pinault, dans la distribution. Plus tard, on jeta le Lyonnais avec quelques milliards de dettes, mais c’est une autre page du capitalisme d’Etat dont vous avez le secret !

En attendant, vous décidiez de jouer l’Europe, de mettre la construction européenne au cœur de votre programme et d’opposer à vos alliés communistes l’impératif européen que vous faisiez en même temps gober à la CGT.

Vous saviez parfaitement que la construction du Marché Européen c’était la fin des monopoles d’Etat, des services publics à la française, l’ouverture des réseaux, une politique commune de l’énergie. Vous avez donné à l’Union Européenne un mandat pour les négociations à l’Organisation Mondiale du Commerce, et pour faire bonne mesure, vous avez donné à l’Europe pour mener ces politiques, Jacques Delors, et Pascal Lamy ! Quels grands maîtres. Il y a eu des alternances politiques, 1986, 1988, mais vous avez tenu le cap. Vous avez fait campagne pour le Traité de Maastricht, c’est-à-dire pour la monnaie unique, donc pour une Europe économique renforcée, selon des forces contraignantes. Vous saviez très bien qu’il fallait désormais faire sans cesse le grand écart entre la règle Européenne et celles de vos programmes politiques.

Vous avez ouvert tout grand portes et fenêtres de la maison France, tout en soutenant un malheureux Etat providence privé de moyens ! Vous avez taxé le capital pour faire héroïque, avec pour seul résultat qu’il émigre un peu plus loin en Europe.

Vous avez peuplé Londres, Bruxelles, Genève, Rome, des plus grandes fortunes françaises, sans en tirer le moindre bénéfice. Vous qui aviez souhaité l’internationale sociale, vous découvrez la mondialisation libérale tirée par des peuples sortant de la misère et aspirant à la richesse ; La Chine n’est plus celle de Mao, l’Inde n’est plus celle de Gandhi. Des milliards d’hommes envisagent d’obtenir le confort par leur travail alors que vous avez interdit de travailler.

Devant ce nouveau monde qui se crée sous vos yeux, votre Europe était peut-être la solution, organiser une même civilisation pour tenir tête aux grands prédateurs mondiaux… Et là, vous vous êtes déchirés, et finalement vous avez dit non.

Vous avez dit non avec une certaine logique, parce que l’Europe, cette Europe-là, que vous aviez pourtant construite, apparaissait incroyablement éloignée de vos chimères alors qu’est venu pour vous le temps de vous replier sur vos chimères.

Vous avez convoqué le banc et l’arrière-banc, le vieux Krivine blanchi sous le harnais Trotskyste, Madame Marie-George Buffet rassemblant les derniers cavaliers staliniens, l’ineffable Arlette Laguiller qui a fait la lutte des classes au Crédit Lyonnais, José Bové qui rêve de vivre au Moyen Age en sabots, Emmanuelli ranci de rancunes, les derniers carrés de la CGT et de Sud, les épigones et les réseaux. Et maintenant, vous jouez à la révolution sous prétexte qu’un gouvernement scélérat s’en prendrait au Code de Travail !

Je sais que le pouvoir fascine et qu’on peut tout promettre pour le pouvoir.

Ayez pourtant le courage du réalisme, sortez du brouillard des utopies. Affichez clairement la couleur et dites enfin quelest votre programme et comment et avec qui vous comptez le mener. La démagogie peut payer un instant, mais, à force, c’est la démocratie tout court qui est en cause.

Xavier de Roux

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