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Et le contrat première embauche dans tout ça ?

Depuis des temps immémoriaux, la satisfaction de ses rêves, de ses envies, de ses besoins a fait courir l’homme. On appelle cela le profit. Certes, le XIXème siècle et le XXème siècle ont vu avec les besoins financiers croissants des activités nouvelles, le capitalisme prendre son envol et avec lui le profit. Certes dès l’aube du XIXème siècle, de Fournier à Saint-Simon et de Saint-Simon à Marx, en passant par Proudhon, on a tenté de remplacer les sociétés du profit par une société des égaux dont seule l’âme collective serait le ressort de l’activité. Ces systèmes parfaits ont terminé leur carrière à la fin du XXème siècle après que la dictature du prolétariat ait été celle des parvenus du prolétariat, et qu’ils aient ensanglanté la planète de Moscou à Pékin, de Varsovie à Phnom Penh, de Budapest à Hanoï, en supprimant partout la liberté. Faute de capitalisme, on avait le travail forcé !

Mais depuis nous vivons dans un étrange système où l’accumulation du profit crée un sentiment d’insécurité, où le progrès technique ressemble à une menace, où l’on réclame le retour en arrière alors que la planète est devenue sans frontières lorsqu’il s’agit d’échanger les produits et les marchandises dans un vaste marché dont le seul aiguillon est la concurrence. Produire le moins cher possible pour vendre au plus grand nom-bre, tel semble l’impératif décidé par les consommateurs qui oublient qu’ils sont en même temps acteurs de la production et de l’échange.

Désormais, les grandes cathédrales ouvrières occidentales sont démantelées les unes après les autres, en même temps que les coûts de production doivent supporter des salaires et des charges incompatibles avec les prix de revient qui doivent en même temps donner satisfaction aux consommateurs et rémunérer l’investissement.

La production industrielle fuit donc les pays que l’on dit développés vers les pays émergents, mais ces délocalisations accroissent évidemment le chômage et la sensation de ce qu’il est convenu d’appeler la précarité.

Le citoyen habitué au confort de sociétés bien organisées se met subitement à vivre en plein vent, toutes fenêtres ouvertes ! Il ne comprend plus les mécanismes qui mènent le monde, et encore moins ce que font ou ce que ne font pas les gouvernements pour lutter contre le manque d’emploi.

C’est dans ce contexte difficile qu’est intervenu le plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo ; il faut agir non seulement sur l’emploi, mais sur le cadre de vie, et au premier chef sur la rénovation urbaine.

Or, les premiers à supporter un chômage massif ce sont les jeunes de moins de 26 ans qui ont le plus grand mal à s’intégrer au monde du travail.

En effet, plus le coût du travail augmente, plus l’entreprise augmente sa productivité qui exige les travailleurs les mieux formés et les plus efficaces ; et si la productivité ne suffit pas, ensuite souvent l’entreprise délocalise… Ne restent plus en France que la conception et la recherche, et encore…

Mais la France compte heureusement 2 500 000 entreprises et autant d’entrepreneurs. La très grande majorité, soit travaillent pour le marché intérieur national, soit sont extrêmement inventives et réalisent un travail, un produit, avec une qualité que des concurrents étrangers ne possèdent pas. C’est ainsi d’ailleurs que l’Allemagne s’en sort grâce à son quasi-monopole de la machine-outil. Ces PME, ces PMI créent de l’emploi et souvent se développent. Seulement notre droit du travail a été conçu pour de grandes entreprises avec de grands syndicats. Notre droit du travail est devenu avec plus de 2000 articles de code une matière de spécialistes. De grands cabinets d’avocats se sont spécialisés dans cette matière difficile ; or les PME et les PMI, très souvent, n’ont pas accès aux subtilités de nos codes et le premier licenciement fait de travers entraîne mécaniquement des effets financiers qui peuvent parfois être dramatiques. Cette insécurité née de la complexité fait que beaucoup de petites et moyennes entreprises préfèrent embaucher à coup sûr plutôt que de prendre le risque d’avoir à licencier. Toutes les enquêtes, tous les sondages le démontrent.

L’idée du Contrat Première Embauche, c’est donc d’éliminer l’obligation de prouver pendant deux ans la cause réelle et sérieuse du licenciement, puisque l’absence de preuve de cette cause entraîne le paiement d’une indemnité distincte du préavis et de l’indemnité de licenciement. Le Contrat Première Embauche, c’est un vrai contrat de travail à durée indéterminée, qui ne peut être rompu que moyennant un préavis et une indemnité et qui ouvre droit aux indemnités chômage ; mais pendant une période de deux ans, l’employeur n’a plus la charge de la preuve du motif réel et sérieux du licenciement, ce qui ne l’autorise pas pour autant à procéder à un licenciement abusif. Cette évolution de notre droit du travail destiné à faciliter l’embauche de jeunes n’ayant pas encore d’expérience, mérite-t-elle le remue-ménage qui est fait ?

Il ne s’agit pas de livrer à la jungle les relations du travail ; il s’agit simplement de constater que souvent le mieux est l’ennemi du bien. Personne ne s’étonne de ce que beaucoup de nos jeunes partent travailler à Londres, au Canada, en Australie et dans un vaste monde où le droit du travail pourtant ne leur apporte pas la protection du droit français.

Le Contrat Première Embauche ne réglera évidemment pas la question de la place de l’économie française dans le monde, mais s’il peut simplement faciliter l’accès à l’emploi d’un certain nombre de jeunes, il aura rempli son but.


Xavier de Roux

Vous pouvez réagir à cet éditorial en écrivant à l’adresse électronique suivante: contact@xavierderoux.net

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