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Quand la machine a explosé

jeudi, décembre 1, 2005 Laisser un commentaire Go to comments

Dans la nuit du jeudi 27 au vendredi 28 octobre, Clichy-sous-Bois et Montfermeil ont pris feu, puis Bondy, Sevran, Aulnay-sous-Bois, Neuilly sur Marne, avant de gagner Toulouse, Lyon, Évreux et Amiens. Le monde stupéfait des images télévisées a cru que Paris brûlait et c’est vrai que pour le 11 novembre, la Préfecture de Paris craignait des incidents graves aux Champs-Élysées comme à la Bastille. Le Gouvernement décidait l’état d’urgence et le Parlement saisi étendait pour trois mois cet état d’urgence pour permettre les couvre-feux et les perquisitions nocturnes. La police interceptait plus de 2 000 fauteurs de troubles dont plus de 600 ont été incarcérés après une condamnation judiciaire. Le ministre de l’Intérieur reprenait l’ordre public en main avec talent et tous se sont interrogés sur les causes de cette violence, le Président de la République, le premier. Certes le net depuis longtemps appelait à la mobilisation. « Sniper » exigeait « Il faut que ça pète » et les rappeurs demandaient la liquidation des keufs ! La machine a donc explosé, mais pourquoi a-t-elle explosé ?

Ghettos urbains, familles polygames, économie souterraine puisqu’il n’y a plus d’économie tout court, mafias en tous genres, vols, trafics, la cour des miracles s’est reconstituée comme elle a toujours existé depuis le début des temps. Le désir de reprendre le contrôle des zones de non-droit a évidemment provoqué de front tous ceux qui en vivent et qui y prospèrent. Mais cette constatation ne fait guère avancer le problème. Pourquoi notre cour des miracles a-t-elle pris de telles proportions ? Ca ne s’est pas fait en un jour. On avait déjà connu les émeutes de Vaulx-en-Velin, Montfermeil du temps du Président Mitterrand et Jean-Pierre Chevènement parlait lui déjà de « sauvageons » tandis que Le Pen demandait une immigration zéro.

La république bourrée de principes a déjà dépensé des fortunes sans résultat. On a créé des zones d’éducation prioritaire, des zones franches pour installer des entreprises, financé des associations d’insertion en tous genres, mais l’on n’a pas réussi à faire tomber les barrières culturelles érigées avec le langage des banlieues, les mots d’ailleurs, les drôles d’accoutrement et de comportement. Une fois de plus, il faut tout reprendre à zéro. Ce serait mentir que de dire que l’explosion a surpris. Beaucoup savaient qu’il fallait faire vite, Jean-Louis Borloo le premier qui a concocté son pacte de cohésion sociale et l’a fait voter avant les événements avec un vaste panneau urbanistique et un autre aussi vaste de lutte pour l’emploi. Il a dégagé plus de 30 milliards d’euros et le processus se met juste en route.

La mobilisation pour l’emploi a commencé à réduire le chômage, mais les entreprises avec des situations très différentes et très contrastées ont du mal à créer globalement des emplois dans le secteur marchand. L’industrie se délocalise au gré des besoins du commerce mondial. Car la vraie révolution est là. Le monde est devenu petit, les échanges se font à grande vitesse et la richesse change de main au rythme de l’électronique. Tout le monde est partout, les marchés, les clients, les produits bougent sans cesse. On vend du luxe ou de la technologie aux Chinois qui nous fournissent en vêtements, en jouets de Noël, en objets de tous les jours et si l’Europe fascine encore bien des peuples d’Afrique ou d’Asie qui voudraient y faire fortune, on ne peut donner qu’une autre pauvreté, simplement un peu moins pauvre ! Et c’est finalement cette question de la pauvreté qui mine nos sociétés. La mondialisation n’a pas apporté la richesse et l’ouverture des frontières a augmenté la précarité ; un fossé s’est creusé entre ceux qui sont dans la machine et qui la font tourner à plein régime et ceux qui n’ont pas pu entrer dans la grande machine économique mondiale qui crée chaque jour des milliardaires et des déshérités.

Lorsque Jean-Louis Borloo parle de cohésion sociale il a raison. C’est la tâche prioritaire à laquelle il faut s’atteler sans relâche, car ce sont nos anciennes sociétés de tolérance, nos républiques qui risquent de s’embraser. Or il n’y a pas de solutions simples au milieu de nos contradictions et de nos égoïsmes. D’autant qu’il faut inventer sans cesse parce qu’il n’y a pas de recette toute faite, pas de catalogue des idées reçues, simplement un monde changeant, proche, immédiat, accueillant et dangereux à la fois.

Les clivages politiques anciens semblent très artificiels et leur imagination en panne, pourtant la politique c’est imaginer l’avenir pour gérer le présent. Et si l’on pouvait tous ensemble imaginer l’avenir!


Xavier de Roux

Vous pouvez réagir à cet éditorial en écrivant à l’adresse électronique suivante: contact@xavierderoux.net

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