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La tentation albanaise

Les universités d’été des formations de gauche ont été extrêmement instructives, ce qui est bien normal pour des universités. Un thème récurrent domine, et constitue maintenant le mot d’ordre majoritaire : rompre avec le capitalisme de marché, en finir avec le libéralisme. On a donc vu sur cette position se retrouver la Ligue Communiste révolutionnaire de Besancenot et le Parti Communiste tout court de Mme Buffet, le sans-parti Bové, les réseaux Attac de M. Nikonoff, et toute la gauche du Parti Socialiste que Laurent Fabius voudrait fédérer, mais qui va d’Emmanuelli à Mélanchon, et de Mélanchon à Montebourg.

Nous voilà donc, en France, avec une gauche qui n’a pas bougé d’un pouce depuis la chute du Mur de Berlin, qui cultive ses nostalgies trotskistes et staliniennes ou ses rêves fouriéristes ou saint-simoniens dans un monde saisi tout entier brutalement par l’économie capitaliste de marché au point qu’elle a même réussi à apprivoiser la Chine communiste et à bousculer le modèle social indien !

La révolution de l’information, en créant l’immédiateté électronique, met le monde à la portée de chacun, et le marché mondial présent au quotidien dans tous les actes de la vie.

Le poids des peuples émergents à la richesse pèse en effet de tout son poids sur nos vieux pays et surtout frappe de plein fouet la culture politique française dont les trois piliers sont la sacralisation de l’Etat providence, la diabolisation ancienne du libéralisme, l’absence de forces syndicales organisées ailleurs que dans les grandes entreprises et dans la fonction publique.

Dans un premier temps, le Président de la République lui-même, imprégné de cette culture comme le sont tous ceux ayant pensé être « les serviteurs de l’Etat », s’est arc-bouté sur nos « exceptions françaises » pour refuser les réformes de bon sens qu’exige la situation nouvelle du monde. Puis, le non au référendum a tout emporté. Il faut bien se rendre à l’évidence ; ou l’on adapte les structures de la société française à la nouvelle donne mondiale, ou l’on ne fait plus partie de la course des nations dominantes. C’est ce qu’a compris très bien Tony Blair en Angleterre et c’est ce que semble avoir compris l’actuel gouvernement français.

Mais face aux mesures que cela doit entraîner dans la modernisation des structures de l’Etat, de son poids dans la vie économique, dans son coût budgétaire et dans son efficacité, la tentation albanaise apparaît.

Elle apparaît à gauche d’abord, et c’est bien normal puisque c’est là où l’Etat répartiteur, redistributeur, protecteur, s’est trouvé sacralisé, parce que c’est là où le plan l’a toujours emporté sur le marché, parce que c’est là où le capitalisme comme l’économie de marché a toujours été refusé, son existence n’étant qu’une parenthèse, comme on disait au parti socialiste en 1983 lorsque Mitterrand imposa Fabius pour mettre fin à la « rupture avec le capitalisme ». Il était donc bien normal que les néo-communistes, Attac, le P.C. et la Ligue Communiste révolutionnaire scellent un pacte contre l’Europe libérale et la mondialisation, et finalement pas tellement surprenant que la gauche socialiste décide d’y adhérer. Le seul paradoxe c’est de choisir Fabius pour mener le combat.

On nous propose donc la construction du socialisme dans un seul pays, dont l’exemple terrassera le dragon libéral : planification de la production des richesses, redistribution par l’Etat, égalité, tranquillité.

Pour que cette plate-forme idéologique fonctionne, il suffit de fermer les portes et les fenêtres, de confier l’agriculture à José Bové, l’industrie à Besancenot et les finances à on ne sait qui !

On se promènera alors bucoliquement en vélo dans un pays enfin débarrassé des servitudes du travail. Il y a tout lieu de croire que cette utopie est de nature à séduire un très grand nombre de nos contemporains qui trouvent pas si mal le modèle cubain.

Mais si cette utopie, adorée des médias, venait à triompher, c’est évidemment le combat entre l’égalité et la liberté que l’on croyait fini avec la chute du Mur de Berlin qui reprendrait de plus belle.

La République des égaux, en effet, telle qu’elle a été expérimentée sur pratiquement la moitié de la planète, a fait faillite parce que l’égalitarisme s’est toujours fait sous la contrainte et très souvent dans le sang et les larmes. Les goulags d’Union soviétique ou les bagnes de Cuba ont sans doute œuvré pour l’égalité finale, mais à quel prix !

Il y a heureusement loin de la coupe aux lèvres et Laurent Fabius l’a appris à ses dépends à la Fête de l’humanité. Le rassembleur à gauche s’est fait copieusement insulter ; il a même pris un œuf sur le crâne du même nom, et a pu constater de visu que n’est pas Kerenski qui veut ! Le pouvoir décidément fait perdre la tête.

Et tandis qu’il faudrait du calme et de la réflexion pour penser la société de notre temps où la révolution technologique a précédé l’évolution des esprits, les démagogues sont à l’œuvre pour nous faire revisiter le siècle passé qui fut probablement l’un des plus odieux de l’histoire avec deux guerres mondiales, deux totalitarismes à l’œuvre dans une indicible cruauté. Heureusement l’histoire ne se répète pas, mais à condition que les dirigeants politiques ne bégaient pas !


Xavier de Roux

Vous pouvez réagir à cet éditorial en écrivant à l’adresse électronique suivante: contact@xavierderoux.net

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