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L’état de la France

Le débat sur le projet de Constitution Européenne a pris un tour surréaliste. Certes, on peut se féliciter que l’on n’ait jamais autant parlé en France des institutions européennes depuis 50 ans ; certes on a pu constater les effets du discours simplificateur des responsables politiques de tous bords. Par exemple, sans nuances contre Natura 2000 ou la mise en œuvre de la politique agricole commune, mais au-delà de la caricature et quelquefois aussi de la découverte, est apparu le vrai visage de la France à l’aube du XXIème siècle.

Ce peuple qui a parcouru le monde est aujourd’hui bien fatigué ; les conquérants d’hier, les entrepreneurs, les inventeurs, les faiseurs de concepts et les manieurs d’idées ont peur de se montrer. Ils sont devenus muets. La mode est à la peur, la crainte, à la catastrophe, en un mot à la crise qui s’est imposée, on ne sait comment, dans les esprits il y a des années. Le monde serait en crise. La France serait en crise, en proie à d’invisibles ennemis, depuis que le monde s’est mis à changer trop vite ; depuis que les pays pauvres deviennent riches ; depuis que les marchandises et les capitaux circulent plus vite ; depuis que se multiplient les sources de connaissance et que s’affaissent nos grands monopoles nationaux qui n’ont plus guère d’utilité.

On avait dit aux Français qu’était enfin venu le temps où le travail serait maîtrisé, le grand ministère du temps libre enfin créé et atteint le paresseux nirvana de la flânerie.

Toute une pensée politique qui avait fait de la réduction du temps de travail l’aboutissement de la civilisation moderne, se trouve brusquement confrontée à la dure réalité de la rotondité de la Terre, au pullulement des hommes, aux extraordinaires appétits de bien-être de ces lointains voisins que l’on aimait bien lorsqu’il s’agissait simplement de s’apitoyer sur leur sort de peuples en voie de développement, mais que l’on redoute aujourd’hui parce qu’ils ont mis la main à la pâte, produisent, vendent, créent à longueur de journée… et l’exemple est d’autant plus mal vécu par nos néo-marxistes qu’il vient d’abord du dernier régime communiste d’un grand pays de la planète : la Chine ! Les prolétaires chinois ont envahi le capitalisme et conquis l’économie de marché. Ils ne s’en sortent pas si mal !

Du coup nos altermondialistes, nos Bové, nos Besancenot, nos communistes maison, comme Mme Buffet, nos trotskistes patentés comme Mme Laguiller, rejoints par les post-marxistes socialistes, genre Mélanchon, ont scellé un formidable pacte qui à la stupeur générale est en passe de constituer une majorité politique avec les nostalgiques du fascisme qui battent le pavé depuis longtemps derrière Jean-Marie Le Pen. Quelle histoire !

La vie politique française pouvait réserver beaucoup de surprises, mais celle-là est de taille ! On conçoit que les Polonais ou les Lettons trouvent désormais les Français de moins ne moins fréquentables. Ils incarnent un néo-stalinisme que l’on croyait éradiqué d’Europe depuis 1989 et la chute du Mur de Berlin. On avait tort ! La France est là, bien là, tournée vers le passé, vers ses anciennes utopies et ses grands soirs, au chaud dans ses images d’Epinal.

La divine surprise de l’échec de Jospin aux élections présidentielles signifiait déjà cela, mais personne ne l’avait vraiment cru.

Le réformisme entamé sous Chirac n’aura finalement fait que des mécontents, entre ceux qui pensent que l’on n’a pas réformé assez, et ceux qui trouvent que la réforme les menace. Personne ne sait dénouer les nœuds d’une société prisonnière de ses contradictions et qui n’arrive pas, dans sa majorité, à envisager un avenir un peu différent du passé.

Il ne reste donc plus qu’à trancher le nœud gordien. Dans un sens ou dans un autre ; celui qui aura le courage de le faire s’emparera du pouvoir pour le meilleur, ou malheureusement pour le pire. Ce sera le leçon d’un référendum incertain.

On comprend alors la presse étrangère médusée, et surtout les négociateurs des pays de l’Est qui ont tant insisté pour faire figurer dans la deuxième partie de la Constitution les valeurs de liberté et de respect des Droits de l’Homme qui ont été une des principales raisons de leur adhésion au Projet Européen.

Nos valeureux marxistes, nos valeureux fascistes sont sortis du bois et se promènent à visage découvert, avec le sourire du facteur ou le rire du vicomte, sûrs de leur effet et sûrs de leur victoire.

La France est donc en état de crise de nerfs et les Gaulois craignent que le ciel ne leur tombe sur la tête. C’est ce qu’on leur promet.


Xavier de Roux

Vous pouvez réagir à cet éditorial en écrivant à l’adresse électronique suivante: contact@xavierderoux.net

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