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La crise de nerf

La France est sous Prozac. Les Français dépriment. Où qu’on se tourne se lèvent les lamentations d’un pays qui serait le plus malheureux du monde.

D’ailleurs, on lui dit tous les matins et tous les soirs. L’énoncé des déficits, des chiffres du chômage, de la montée des charges est devenu au moins bi-quotidien à la télévision, et à flot continu sur les radios dites d’information. Des lycéens et des professeurs tentent d’occuper des lycées, les médecins urgentistes sont en grève, les trains roulent quand ils peuvent, la sécheresse menace, le SIDA gagne du terrain, les salaires des femmes sont inférieurs à ceux des hommes, les prostituées sont persécutées par la police qui harasse leurs clients, les prisons sont pleines, les juges nagent dans l’erreur judiciaire, et l’on a mis en berne les drapeaux à l’occasion de la mort du Pape en oubliant que la France est laïque. C’est dire que tout fout le camp, même l’Europe que l’on va plomber au référendum pour des raisons aussi nombreuses que variées.

Et pourtant, les Français ont été un grand peuple, un de ceux qui comptent dans l’histoire du monde ; les Français ont rêvé de grandeur, avec leur monarchie, avec leur révolution, avec leur Empire, avec la République ! Ils ont eu toujours des idées inédites, et ce n’est pas pour rien que Jules Verne est français ! Ils ont fait rêver le monde avec la liberté, l’égalité et la fraternité ; ils ont chassé les tyrans ; ils en ont inventé quelques-uns ; ils ont eu le siècle des Lumières et ces lumières ne sont pas éteintes ; on lit encore de par le monde la littérature française, on admire ses peintres, son goût pour l’universalité… Ses inventeurs comptent encore parmi les plus prestigieux. Alors pourquoi cette panne ? Pourquoi les hommes politiques vont-ils chercher leurs idées chez les communicants, pourquoi peine-t-on à mettre ensemble un sujet, un verbe et un complément ? Pourquoi les partis politiques ont-ils tant de mal à publier des programmes soporifiques que personne ne lit et qui sont de misérables slogans vides ? Pourquoi passe-t-on son temps à tenter d’ériger en science l’économie, qui n’est finalement que le résultat du comportement hétéroclite d’acteurs sur un marché ? On prend ainsi l’effet pour la cause, comme on prend d’ailleurs les loups pour des chiens.

Il ne faut pourtant pas grand chose pour renverser le mouvement, à moins que l’on ait fait du malheur son fond de commerce. Et c’est peut-être là où le bât blesse. Pendant longtemps ceux qui avaient en charge la nation montraient le long chemin qu’il fallait parcourir pour asseoir son bonheur et le transfigurer. Le Général de Gaulle est certainement le dernier qui ait choisi cette façon antique de prendre les chemins escarpés, de tenir tête et d’affirmer. Les successeurs ont bâti leur succès sur la lutte qu’ils ont prétendu mener contre les malheurs quotidiens dont la politique devrait protéger chaque Français. Ils viennent de butter sur l’Europe. Car là, ça ne marche plus. La bobologie des petits mécaniciens politiques ne fonctionne pas sur un grand dessein qui les dépasse et qu’il faut prendre à bras le corps.

La question européenne n’est pas de savoir si l’artisan peintre de Varsovie va pouvoir prendre un chantier à Rochefort, la question européenne est celle de savoir si 25 peuples qui portent et qui incarnent l’une des plus vieilles et des plus modernes civilisations du monde, vont pouvoir la conserver, la faire prospérer, et tenir ensemble leur destin, c’est-à-dire conserver leur façon de vivre, leur sens de la liberté, de la solidarité, de l’humanisme, de la tolérance.

L’Europe, c’est Platon, Aristote, le Christ, Saint Augustin, Spinoza, Rabelais, Descartes, Léonard de Vinci, Goethe, Voltaire, Kant, Kierkegaard, mais c’est aussi Michel Ange et Picasso, c’est la musique éternelle de Mozart, c’est Rodin et Eiffel, c’est Curie, c’est Einstein. Cela vaut bien de cesser un instant nos querelles, d’affirmer face aux grandes civilisations matérialistes et militaires du XXIème siècle, l’Amérique et la Chine par exemple, que nous existons encore, que nous sommes là, avec nos qualités et nos défauts, mais avec notre sens de la vie et de la liberté pour quelques millénaires encore, et qu’il n’est pas venu le temps où nos temples s’écrouleront, comme le Parthénon d’Athènes, et qu’il vaut mieux rester debout que geindre sur des malheurs imaginaires.


Xavier de Roux

Vous pouvez réagir à cet éditorial en écrivant à l’adresse électronique suivante: contact@xavierderoux.net

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