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Parti socialiste : la Rupture

dimanche, avril 10, 2005 Laisser un commentaire Go to comments

Le débat qui oppose aujourd’hui au P.S. les partisans du Oui et les partisans du Non au référendum sur la Constitution Européenne, n’est pas une simple querelle d’hommes et de conjoncture. C’est un vrai débat de société entre ceux qui souhaitent le maintien d’une économie de marché dans le cadre de la sociale démocratie et ceux qui refusent l’économie de marché.

Car une chose est vraie. Le projet de Constitution Européenne consacre bien le principe de l’économie de marché et de la liberté d’entreprendre.

Pour beaucoup de pays, qui ont passé 50 ans au paradis soviétique, l’affirmation de ces principes est décidément essentielle. Or en France, contrairement à la plupart des pays européens, la gauche est partagée. Le socialisme d’Etat que nous connaissons depuis des années, implique que l’exercice d’un service public soit confié à un monopole d’Etat, comme la SNCF ou l’EDF.

Dans les autres pays, un service d’intérêt général peut être exercé par une entreprise privée à la suite d’un appel d’offre ayant permis à la concurrence de s’exprimer.

Notre culture étatiste ancienne, enrichie du terreau marxiste sur lequel s’est édifiée pendant des années une grande part de la réflexion économique française, conduit à considérer pour hors-la-loi le simple fonctionnement de l’économie de marché que l’on qualifie aussitôt d’ultra-libéralisme.

Le Parti Socialiste, lorsqu’il a fait triompher le programme commun de gouvernement en 1981, a tout simplement nationalisé l’essentiel de l’économie française sans que personne ne s’en émeuve vraiment. De nouvelles places s’offraient à la haute administration et aux énarques de tous bords. On n’allait pas bouder son plaisir. C’est, mauvais souvenir, l’Union Européenne qui fit dire à Pierre Mauroy, alors Premier Ministre, que cette politique n’était pas compatible avec la libre concurrence exigée par le marché, et qu’il faudrait donc choisir entre l’économie socialiste et la transparence au marché commun. François Mitterrand, qui se moquait des « comptables », ne fut pas long à choisir et il alla chercher Laurent Fabius, qui passait alors pour libéral, pour rétablir un peu de liberté économique. Et le nouveau Premier Ministre fit immédiatement émerger deux grands groupes capitalistes qui sont aujourd’hui au hit-parade : le groupe Pinault, né de la Fontaine d’Arblay chère à Laurent Fabius, et le Groupe Arnault, LVMH, né des ruines de Boussac et des textiles du Nord.

La suite est malheureusement connue. Après les déboires des banques, la catastrophe du Crédit Lyonnais, dont on juge en Californie les derniers avatars, et le gouffre des entreprises publiques, il fallut privatiser. Nous avons tous à l’oreille le cri du Ministre des Finances devant le déficit de France Télécom en 2003 : « Mais où voulez-vous que je trouve 70 milliards d’euros, »

Le socialisme gestionnaire du dernier mandat de François Mitterrand, celui du « ni-ni », contesté par les Communistes et par les Verts, entraîna l’immobilisme de Lionel Jospin qui devait avoir pourtant, en bon trotskiste, d’autres idées en tête.

Mais pour autant, l’idéologie dominante ne cédait pas. A peine la droite revenue au pouvoir, elle devait payer les ardoises de ses prédécesseurs. Elle fut donc taxée d’ultra-libéralisme par les tenants du socialisme éclairé. La rengaine est connue, un service public n’a pas de prix, la concurrence est l’ennemi, et le profit l’horreur. La gauche se mobilise donc sur ces thèmes et rameute son camp. La question européenne vient troubler le jeu. Le Chancelier Schröder, les Premiers Ministres Blair et Zappatero, pourtant tous les trois socialistes, font figure en France de réactionnaires. Lorsque le Premier Ministre espagnol vient à l’Assemblée Nationale, prononcer un plaidoyer pour l’Europe, à la consternation du groupe socialiste, c’est l’UMP, qui applaudit. La gauche française, semble tout droit sortie de Jurassic Park ; étrange atmosphère.

Cette étrange atmosphère, nous allons la vivre durant toute la campagne référendaire. Certes, François Hollande ou Jean Marc Ayrault ont compris que la France ne pouvait pas s’isoler, enfermée dans une vision marxiste du monde, qui n’a plus cours nulle part, même en Chine, et tourner ainsi le dos à son histoire qui est celle de l’Europe depuis la nuit des temps, mais le socle bétonné par Henri Emmanuelli, Melanchon, Fabius ou Montebourg est solide et il veut fédérer les camarades du Parti Socialiste, ceux des Verts, et l’extrême gauche, en un mot tous ceux qui veulent, à l’ancienne, la rupture avec le capitalisme, et ça fait beaucoup de monde en France.

Cette logique du Non creuse en conséquence un fossé profond au Parti Socialiste entre les tenants de la sociale démocratie qui se retrouvent sur la ligne du Parti travailliste anglais ou du PSOE espagnol, et ceux qui ne veulent pas quitter leur idéologie à la française.

On voit mal comment le Parti Socialiste pourra sortir de ces élections avec un projet de gouvernement, même s’il arrive à repeindre sa façade.

On voit mal la France rompre avec son histoire, son espace et son avenir en rejoignant le camp du Non, mais le camp du Non restera un pôle idéologique puissant où l’extrême gauche, le Parti Communiste et la gauche du Parti Socialiste se retrouveront, avec toute la nostalgie du XXème siècle qui vit échouer les dictatures des parvenus du prolétariat.


Xavier de Roux

Vous pouvez réagir à cet éditorial en écrivant à l’adresse électronique suivante: contact@xavierderoux.net

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Catégories :L'Echo des Arènes, Politique
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