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Les enjeux de l’Union Européenne

vendredi, octobre 1, 2004 Laisser un commentaire Go to comments

L‘affaire du Traité Constitutionnel européen, qui va dominer en 2005 la vie politique française, n’est pas un attrape-nigaud, une farce et attrape de politique intérieure, c’est une affaire sérieuse puisqu’il s’agit pour la France de se défaire d’une partie de sa souveraineté pour tenter une aventure commune qui n’est pas gagnée d’avance.Depuis 1957, l’Union Européenne, née sur les ruines fumantes de la deuxième guerre mondiale, est en marche d’abord à six états, et maintenant à 25 ! Réunir, fédérer 25 peuples dont l’histoire commune, c’est d’abord de s’être beaucoup combattus, n’est pas une mince affaire.

Est-ce utile ? Est-ce nécessaire ? Et comment s’y prendre ?

Il est évidemment utile de faire régner la paix dans ce continent qui a su si bien incendier le monde, et lui imposer les idéologies les plus baroques et les plus totalitaires. Les nations européennes ont régné tour à tour sur le monde par la force des armes. Elles ont perdu cette force-là en même temps que leurs grandes utopies. Ce n’est pas si mal !

Elles se sont reconstruites ensemble la dernière guerre finie, à l’ombre de l’Amérique et face à une Union Soviétique qui rêvait à l’empire du monde.

L’Union Soviétique a vécu. On a remisé au musée de l’Histoire ses camps d’extermination et finalement jeté un voile pudique sur cette extravagante expérience.

Le modèle économique libéral l’a emporté ; l’économie de marché, qui existe depuis que le monde est monde, a repris ses droits sur les utopies et les Etats ont la lourde obligation de la réguler. Et dans les bouleversements technologiques et géopolitiques que connaît la planète, c’est sans doute la chose la plus difficile à faire. La justice n’est pas naturelle ; la justice sociale encore moins ! L’Europe peut-elle faire régner la justice sociale ?

En cela, Fabius a lancé finalement le bon débat. Qu’il l’ait fait contre son camp n’a guère d’importance, mais il a raison d’affirmer que la constitution proposée consacre l’économie de marché devant prospérer dans l’Union. Ce faisant il enfonce d’ailleurs une porte très largement ouverte puisque la création du marché commun en 1957 supposait déjà l’existence d’une économie qui n’était alors contestée que par le Parti Communiste qui souhaitait l’un des régimes collectivistes tels qu’ils prospéraient à l’Est.

Mais le parti Socialiste était dans le camp de la liberté, ou du libéralisme si l’on veut.

Il faudra attendre 1981 et le programme commun de gouvernement pour qu’une partie substantielle du P.S. rejoigne les thèses communistes. Ce furent les grandes nationalisations des moyens de production d’échange et de crédit que fit le gouvernement Mauroy. Très vite rappelé à l’ordre par la commission de Bruxelles qui somma la France de choisir son camp, François Mitterrand mit justement Laurent Fabius aux affaires pour retrouver un peu d’orthodoxie. Et Mitterrand comme Fabius soutinrent fermement et avec courage le Traité de Maastricht qui créa l’Euro, et avec la monnaie unique, des règles budgétaires particulièrement contraignantes pour baisser les déficits publics. N’importe quel gouvernement français, tant que la France reste dans l’Union, devra se plier effectivement à des règles économiques acceptées par les autres pays, fussent-ils socialistes, comme l’Espagne, l’Allemagne ou l’Angleterre.

Si le libéralisme c’est le diable, comme le soutient aujourd’hui Fabius, eh bien il faut effectivement quitter l’Europe, son confort et son marché. Il faut faire autre chose. On peut tenter l’Albanie, pourquoi pas ?

Mais l’affaire est plus grave qu’il n’y parait. L’opinion mal informée, et souvent désinformée pense que le ciel, chaque jour, va lui tomber sur la tête, que les Polonais vont produire à la place des Français, que les Tchèques vont s’installer, que leur prix de revient inférieur au nôtre va entraîner une délocalisation générale de la production. Or la situation est beaucoup plus complexe que cela. L’Union Européenne a déjà fait augmenter dans des conditions considérables le niveau de vie de l’Espagne, de la Grèce et du Portugal, pourquoi n’obtiendrait-on pas le même résultat avec les pays de l’Est ? Mais surtout regardons un peu plus loin et voyons comme notre planète se transforme. Un milliard et demi de Chinois, un milliard d’Indiens sont maintenant clairement en concurrence avec notre vieille Europe. Mais l’Europe unie, c’est aussi toute la mémoire du monde, la créativité, l’invention, une manière de vivre ensemble : l’humanisme, l’homme et son existence comme aboutissement et réalisation de soi, c’est le respect des Droits de l’Homme et finalement la liberté. Prenons garde. Seule la civilisation européenne a porté aussi haut l’homme et sa liberté. C’est ce bien commun que nous devons faire vivre et défendre ensemble. Il nous vient de loin ; de la Grèce, de Rome, de la pensée judéo-chrétienne, du rationalisme des Lumières. Oublions-le un instant et le totalitarisme s’installe ! Les exemples sont récents. Alors évidemment c’est long, c’est difficile de construire cette vaste maison commune qui s’appelle l’Europe. Cela prendra encore beaucoup de temps, de négociation, de transactions, d’écoutes, d’ententes ; mais nous n’avons guère le choix.

Oublions un instant les petits calculs de Monsieur Fabius, et les craintes tant de fois exprimées. L’aventure de la liberté est là, à notre portée, il serait bien dommage de ne pas la tenter, de retrouver au quotidien la solitude, de laisser passer l’histoire, et notre pays au bord du chemin, sous le prétexte d’élever une barricade pour protéger quelques avantages immédiats.

Si des politiciens ont en tête l’envie d’être roi en 2007 et qu’ils ont décidé pour cela de préférer l’immobilisme à l’aventure, la démagogie à l’imagination, tout simplement, ils ne méritent pas d’être roi.


Xavier de Roux

Vous pouvez réagir à cet éditorial en écrivant à l’adresse électronique suivante: contact@xavierderoux.net

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Catégories :Europe, L'Echo des Arènes
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