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Faut-il revenir sur la durée du travail ?

jeudi, septembre 2, 2004 Laisser un commentaire Go to comments

L‘intrusion du Fonds Monétaire International dans la querelle de la durée du travail en France et en Europe relance le débat. Faut-il revenir sur la durée légale du travail fixée à 35 heures par la loi Aubry ?

Et là, la discussion passe vite du pragmatisme à l’idéologie ; on sort les chimères et les vieux auteurs et l’on s’envoie à la figure les conquêtes sociales, les délocalisations, les péchés capitaux sans oublier la terrible malédiction divine : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ! »

Evidemment l’idéal serait que le salariat n’existe pas. Que chacun produise pour soi et échange avec les autres les éventuels surplus. Saint Simon et Fourier se sont essayé au XIXème siècle à ce genre d’utopie. Les phalanstères n’ont pas été très loin !

Parce que l’homme est ainsi fait que ses besoins sont infinis et qu’ils ne peut obtenir de les satisfaire qu’en travaillant, qu’en réfléchissant, qu’en décidant en groupe.

Si vendre son travail a longtemps été une question éthique et politique de premier plan, si le salaire est apparu longtemps comme l’exploitation de l’homme par l’homme et si l’on a passé 70 ans à tenter de régler la question, dans la ligne du petit père Marx, grâce aux grands philanthropes que furent Lénine, Staline et Mao Tsé Toung, on sait à peu près aujourd’hui que le collectivisme, comme on disait, ça ressemble davantage au goulag qu’au paradis. Il faut donc passer à autre chose.

Martine Aubry, qui a des idées aussi courtes que définitives, est partie d’un syllogisme simple : puisqu’il y a 10% de chômeurs, si ceux qui travaillent travaillent moins, ils laisseront la place à ceux qui ne travaillent pas. Grâce aux 35 heures, ce sera le plein emploi, et comme la différence a un coût pour les entreprises on la fera payer par le système de Sécurité Sociale qui touchera plein pot de nouvelles cotisations !

On a donc essayé ; on a toujours autant de chômeurs, et pas plus de cotisations ! Mais on a la qualité de vie ! Formidable réponse. Sauf que les salaires ont reçu un coup d’accordéon sévère, que la production nationale a baissé ; que des entreprises vont produire ailleurs, ce qui provoque l’inquiétude du Fonds Monétaire International, et tout simplement celle des gens doués de sens commun.

On peut s’étonner que le Gouvernement, malgré la pression de beaucoup d’honorables parlementaires, ait décidé de ne toucher à rien, même si l’on constate que dans de nombreux secteurs il y a une demande d’emploi non satisfaite, tandis que c’est exactement le contraire dans d’autres secteurs ! On chuchotait que le Roi était pour le statu quo et qu’il était donc urgent de ne rien faire. Dans ce cas, il est évident qu’on ne bouge pas d’un fil !

Mais le Roi a eu un mouvement de paupière juste après le 14 juillet. Il était inquiet des perspectives de son pays et il a finalement conseillé à son Premier ministre de s’intéresser aux délocalisations d’entreprises, c’est-à-dire à l’attractivité de notre territoire. Il avait dû se souvenir que l’on ne peut pas, d’une main créer un grand espace européen, où tout circule et s’échange librement, et d’autre part, conserver contre vents et marées des exceptions françaises, dont la limitation du temps de travail fait partie.

C’est donc sous l’angle de la délocalisation et du Fonds Monétaire International réunis que va se faire la réforme du temps de travail. Elle n’ira pas très loin d’ailleurs : on ne taxera plus les heures supplémentaires. Point !

Le retour à une durée hebdomadaire de travail plus souple ne règlera certainement pas tous les problèmes de la société française. Elle fera peut-être simplement prendre conscience que la société d’abondance ne tombe pas du ciel et que l’Etat providence a la providence qu’il peut !

C’est bien là où le bât blesse. Notre civilisation c’était la mesure, l’organisation sociale, la solidarité. Or nous tombent sur la tête les milliards d’habitants de la planète qui ont faim, qui veulent consommer, exister, vivre, qui mettent le turbo et qui exigent que tombent nos obstacles aux échanges, nos aides à l’agriculture et aux produits agricoles, qui nous font sentir tout le poids de notre protection sociale, eux que pas grand chose ne protège. La mondialisation c’est le besoin de l’humanité toute entière de monter au Paradis. Elle était jusqu’alors tempérée par l’esclavage ou le colonialisme. L’élastique aujourd’hui est devenu très court. Martine Aubry devrait relire les bons auteurs et nous, nous accrocher aux branches. Il n’y a jamais très loin de Charybde en Scylla.


Xavier de Roux

Vous pouvez réagir à cet éditorial en écrivant à l’adresse électronique suivante: contact@xavierderoux.net

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Catégories :Emploi, L'Echo des Arènes
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