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Un monarque pour la République

Les professeurs de droit constitutionnel restent perplexes. Décidément, les Français sont monarchistes même s’ils sont volontiers régicides. Ils sont d’ailleurs régicides parce qu’ils pensent qu’un monarque doit gouverner et non pas simplement régner, comme le premier Roi du Danemark venu, ou même comme la Reine d’Angleterre ! Gouverner, c’est montrer le chemin, c’est décider, en un mot c’est être le patron !

Cette conception de l’organisation de la vie publique qui est aussi une exception française, bien qu’on la retrouve également dans de nombreuses tribus amérindiennes, a une influence immédiate sur le climat politique.

Le monarque en effet est choisi par le vote populaire pour une durée déterminée, qui a été récemment réduite à cinq années, c’est-à-dire à la durée d’une législature parlementaire. Auparavant, avec un autre mandat puisque le monarque était élu pour sept ans et l’Assemblée pour cinq, on pouvait imaginer des jeux plus subtils, où il retrouvait parfois le statut de la Reine d’Angleterre, dès lors que son Premier ministre, assis sur une majorité parlementaire différente, exerçait en fait le pouvoir. Ce fut le cas de Mitterrand et de Balladur, de Chirac et de Jospin : l’un régnait, l’autre gouvernait, et l’alternance allait son pas. En modifiant la constitution et en faisant coïncider le mandat des députés et celui du Président, on a certes créé de la cohérence, mais la majorité parlementaire a toutes les chances de toujours être au soutien d’un Président dont l’élection phare la précède, la crée, la tire et la déploie.

Il en ressort un certain nombre de phénomènes que l’on peut observer aujourd’hui. D’abord le monarque, parce qu’il occupe le poste suprême, efface le Premier ministre qui n’est plus là que pour exécuter une politique décidée à l’Elysée que la majorité parlementaire doit soutenir puisqu’elle a été élue pour cela. Quant au parti majoritaire, il constitue les réserves indispensables aux élections futures. Il doit être en permanence en ordre de bataille, et non pas en état de créer ou d’imaginer, car il n’y a qu’un pas entre l’imagination et la critique, la critique et la contestation. C’est pourquoi le choix d’un chef de parti est aussi important dans le nouveau dispositif et l’on commence à comprendre mieux la querelle créée par l’ambition de Nicolas Sarkozy.

Car tous les pouvoirs découlant du monarque, le phénomène de cour, que l’on avait si fort connu sous Mitterrand, s’est reconstitué de plus belle. Une invitation, une allusion, un sourire du monarque et l’heureux élu se sent immédiatement propulsé vers une de ces charges chères à Louis XIV et dont Saint Simon disait : « Dès que le Roi crée une charge, Dieu crée immédiatement un imbécile pour l’acheter ».

Mais les monarques républicains ont une durée d’existence mesurée. Ils ne se succèderont pas et personne à leur enterrement ne crie : « Le Roi est mort, vive le Roi! » Il n’y a donc plus besoin de guillotine pour exercer le régicide. Il suffit d’un bulletin de vote ; les prétendants sont donc nombreux et bien entendu acharnés à écourter le règne et à gérer les successions. Or cinq ans ce n’est pas très long dans des vies politiques qui se comptent en dizaines d’années ou plus. On a donc sur la ligne de départ des anciens jeunes, comme Laurent Fabius ou Ségolène Royal, des moins jeunes comme François Hollande, ou Dominique Strauss-Kahn, des ambitieux éternels comme François Bayrou, des bagarreurs tenaces comme Nicolas Sarkozy, et bien sûr quelques autres qui constituent leur équipe comme dans le Tour de France.
Or l’étape est longue ; il reste trois années, et pour ces trois années, ce qui est nécessaire c’est une feuille de route lisible. Deux grandes réformes ont été faites qui étaient indispensables au retour à l’équilibre des finances de l’Etat : les retraites et l’assurance maladie. Il faut conduire maintenant sérieusement la réforme de l’Etat ainsi qu’une politique économique claire pour toutes les entreprises et tous les travailleurs de France, et choisir entre une Union Européenne confédérale et un souverainisme riche d’un lointain passé.

Ça fait du pain sur la planche, cela demande de la réflexion et de l’action politique au vrai sens du terme, beaucoup d’ambition pour la France et peut-être un peu moins pour les candidats.


Xavier de Roux

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Catégories :L'Echo des Arènes, Politique
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