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L’Europe, l’Europe, l’Europe !

Il ne suffit pas de dire « l’Europe » en sautant sur sa chaise comme un cabri », disait le Général de Gaulle! Il faut savoir ce que nous voulons : un grand marché commun ? Mais il y a maintenant le grand marché du monde ! Une civilisation commune ? Mais nous en avons 20 et nous parlons 100 langues ! Alors quoi ? Donner forme à cette corne de l’Asie qui domina si longtemps le monde ? Pourquoi pas.

Nous, Européens, nous avons malgré tout des origines communes, le vieil Empire Romain qui attirait même les Germains, et Rome, et le pape et le génie du christianisme qui façonna nos philosophies, jusqu’aux plus récentes, jusqu’à celle de Marx ; nous avons en souvenir ces rois et ces empereurs qui étaient tous cousins, ces princes, ces lettrés et ces marchands qui se promenaient sans cesse de Florence à Saint-Pétersbourg, de Berlin à Londres et de Londres à Amsterdam ou à Madrid ; et nous avons en commun encore ces flottes qui partaient de nos ports découvrir le vaste monde. « De Palos, de Moguère, routiers et capitaines partaient ivres d’un rêve héroïque et brutal… » Nous avons partagé l’Empire du Portugal, celui de la compagnie des Indes, et la traite des noirs qui peupla les Antilles et l’Amérique ; et les arpents de neige canadiens dont parle Voltaire avec mépris, et les rives du Mississipi qui firent la faillite de Louis XV ; et le drapeau tricolore qui devait mettre à bas les tyrans et régner sur le monde, dont Napoléon s’empara pour fabriquer son Europe à lui, qu’il pouvait arpenter du département des bouches du Kotor, près des monts monténégrins jusqu’aux bouches du Rhin, au nord, dans cette Germanie naissante qu’il essayait d’organiser avant de donner même un héritier à l’Empire d’Autriche. Et tout cela se passait au pas lourd des fantassins et au galop des chevaux.

Si le rêve s’est achevé à Waterloo, il a été repris en Allemagne, par Bismark, le Kaiser, Adolf Hitler : que de guerres et de ruines, et le monde à feu et à sang !
Staline, de son œil d’aigle, veillait sur les décombres. Il fallait alors se réveiller, réapprendre la paix. Nous l’avons faite ; Gasperi, Adenauer, Monnet, Schuman ; l’Italie, le Benelux, l’Allemagne et la France ont su dire non à leur passé, pour construire un avenir de paix. Alors, de quoi nous plaignons-nous, nous les héritiers ? De quoi avons-nous peur ? Du changement de statut de l’EDF ou de celui de la Deutschebank ? Quelle minuscule affaire nous fait frissonner ? De quoi avons-nous tellement peur Monsieur de Villiers ? De quoi sommes-nous terrorisés Monsieur Le Pen ? Qu’est-ce qui vous affole Monsieur Bové ? Et quelle est cette crainte dont on veut saisir les peuples d’Europe, alors que l’Asie s’élève de toutes ses forces immenses, que l’Orient est en ébullition, que l’Amérique dominatrice veut étendre sur le monde ses prédications sans fin ?

Plutôt que de jeter un regard myope sur les difficultés du bout de l’an, peut-être pourrions nous davantage nous attacher au rêve, aux horizons qui seront désormais les nôtres, des Carpates aux rives de Chypre, de la Baltique à la Méditerranée. Car, notre Europe, c’est aussi presque toute la mémoire du monde. Il suffit pour que nous repartions que nous quittions nos caractères frileux, nos craintes hebdomadaires, nos sécurités boulonnées ; que nous ayons ensemble envie encore d’inventer, de devenir, de régner. Il nous suffit d’écarter les discours du déclin et de dire aux plus jeunes que tout est encore possible si nous le voulons ; l’Europe sera le destin que nous choisirons.


Xavier de Roux

Vous pouvez réagir à cet éditorial en écrivant à l’adresse électronique suivante: contact@xavierderoux.net

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Catégories :Europe
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