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Une Europe qui fâche !

Si les élections régionales du mois de mars ont été transformées en élections nationales pour sanctionner le gouvernement, les élections européennes du mois de juin risquent de tourner au référendum sur la construction européenne et plus précisément sur le projet de constitution européenne destiné à tenter de faire tenir debout ces vingt cinq pays européens qui ont décidé de fonder ensemble une union leur permettant de peser encore sur les affaires du monde.
Face à la forte puissance américaine, peut-être provisoire, mais dominatrice, à l’émergence des pays de l’Asie du Sud-Est, et au premier plan de ceux-là, de la Chine avec son milliard et demi d’habitants, et sa puissance industrielle toute neuve, la vieille Europe, drapée dans sa civilisation humaniste a besoin de trouver une stature, simplement pour exister et pour décider de son destin.
Or, la politique économique menée par l’Union Européenne depuis le Traité de Rome, signé en 1957, refondée à Maastricht, est évidemment largement inspirée du libéralisme anglo-saxon et du capitalisme Rhénan revu et corrigé par des sociaux-démocrates assez éloignés de la doctrine socialiste française, que l’on cultive ici comme un jardin secret. L’Union Européenne a été fondée sur le principe de la libre concurrence dans un monde vaste où doivent circuler librement, les personnes, les biens et les capitaux.

Au nom de la concurrence, les aides des Etats à l’économie sont interdites, à moins d’être spécialement autorisées par l’autorité communautaire, et la Cour de Justice des Communautés Européennes, haute juridiction, veille sur tout cela.
Les conséquences de cette politique menée inlassablement depuis quarante six ans sont évidentes : les monopoles publics ont disparu, ou sont en voie de disparition, et les derniers dinosaures sont maintenant en première ligne. C’est peu de dire que leur survie n’est pas assurée. Lionel Jospin, à la Conférence de Barcelone, a en effet lâché beaucoup de lest pour permettre à la SNCF et à l’EDF-Gaz de France de continuer leurs activités dans le cadre des directives approuvées par la France, c’est-à-dire en acceptant l’ouverture à la concurrence du réseau ferré et de la production électrique.

Il est vrai qu’EDF, entreprise d’Etat, bénéficiant du crédit de la nation, s’était imposée comme la première entreprise électrique européenne et que l’Angleterre et l’Espagne menaçaient de mesures de rétorsion si l’entreprise ne devenait pas une entreprise ordinaire, même si l’Etat restait actionnaire majoritaire. Ce n’était pas la première fois que le socialisme français avalait son dogme à la façon d’une couleuvre, pour complaire à ses partenaires européens ! Déjà en 1981, Mauroy avait dû rengainer ses fameuses « filières » industrielles et « offices agricoles » au motif qu’ils étaient incompatibles avec les règles de l’Union. François Mitterrand ne s’en était pas formalisé, et le parti communiste au gouvernement avait dû expliquer à la CGT que c’était comme ça, et pas autrement !

Mais cette fois-ci les socialistes ne sont pas aux manettes, il sont dans l’opposition, ils défilent – ou du moins certains d’entre eux – contre la mondialisation, le libéralisme, l’organisation mondiale du commerce, le productivisme agricole, et bien entendu pour le maintien des services publics qui, en France, doivent être confiés exclusivement à des entreprises publiques !
Alors, les plus courageux d’entre eux tirant la logique de la situation se prononcent contre la future constitution européenne qui serait le havre, l’abri des principes libéraux. Henri Emmanuelli déclare publiquement qu’il souhaite, pour résister à la mondialisation, une Europe qui ne soit plus fondée sur le principe de libre concurrence. Il est rejoint dans cette démarche par l’ineffable Montebourg, habitué à attraper tout ce qui passe, et suivi par la gauche du parti, Mélenchon en tête, rejoint sur ces sujets par le parti communiste qui espère se refaire une santé, et bien entendu par la CGT dont les deux forteresses principales risqueraient d’être emportées par la machine européenne.
Fabius, Hollande et Strauss-Kahn qui se sentent plus près de Blair et de Schröder que de Rosa Luxembourg, ont réagi avec vigueur rappelant l’exigence européenne, et quarante cinq ans de militantisme, mais ils sont très inquiets ! Une bonne dose de démagogie, peut non seulement envoyer au parlement européen des militants du nationalisme français, mais aussi mettre en cause l’unité retrouvée de la gauche, voire créer une étrange majorité.

Car à l’issue du scrutin on comptera ceux qui sont souverainistes et ceux qui sont européens. Or, l’image du pouvoir européen est telle aujourd’hui qu’on risque de trouver pêle-mêle dans un front de refus l’extrême gauche, les communistes, la gauche socialiste, les amis de Monsieur de Villiers, les chasseurs et les pêcheurs, le Front National de Monsieur Le Pen et les habituels gaullistes qui ne partagent pas le refrain européaniste que l’on sifflote à l’UMP. Mais si l’on met en perspective ce vote et celui des élections régionales on aperçoit aussitôt le lien qui n’est pas ténu !

L’Union Européenne est bien souvent à l’origine des réformes qui sont demandées et de celles qui sont faites. Cette main invisible qui a confisqué une monnaie que l’on ne peut plus dévaluer, qui impose une réduction des dépenses publiques, limite le déficit budgétaire, supprime les monopoles nationaux, c’est bien la main européenne ! Le gant de velours est peut-être épais, mais on y sent une main de fer ! Londres, Amsterdam, Anvers, Hambourg, les marchands hanséatiques et les financiers courant le vaste monde à la vitesse de leurs machines numériques ont pris le pouvoir de ce côté-ci de l’Atlantique, et ils ont le visage de l’Amérique. Le rêve de la forteresse France reprend forme. Il faudrait fermer portes et fenêtres et vivre les illusions d’un paradis perdu dont Henri Emmanuelli serait le portier inspiré, flanqué de l’élégant Montebourg, enfant perdu des salons du XIXème siècle où l’on se délectait de Marx, de Proudhon et de Gracchus Babeuf. Au fait, pourquoi est-ce si difficile en France de vivre avec son temps et de regarder au loin là où mène la route que nous traçons ?

Xavier de Roux

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Catégories :Actualite, Europe
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