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Trancher le noeud gordien !

Cette fois-ci, nous y sommes, la fracture de la société française est consommée. Les entrepreneurs, confrontés aux règles d’un marché désormais mondial, demandent qu’on adapte les règles de la société française à la concurrence à laquelle ils sont confrontés. Chacun voyant midi à sa porte, ils ne pensent qu’en terme de résultats, d’efficacité, de croissance. On ne peut pas le leur reprocher. Mais la société, largement composée de salariés et de retraités du travail, prend pour une provocation ces demandes qui touchent à leur statut, à leurs revenus, à leur façon d’exister.Les uns revendiquent l’effort et la productivité, les autres des revenus plus importants et des loisirs. Les uns font des plans d’entreprises à long terme et des stratégies compliquées, les autres agissent au quotidien. Pour tenir l’équilibre entre les deux, l’administration tente d’appliquer les savants arbitrages qu’ont décidé les élus : charges, impôts, temps de travail, réglementation…

Or, l’application à retardement, ou sans discernement, de textes déjà obsolètes ou évènementiels, produit irritation, grogne, insatisfaction. L’administration lourde et impuissante est bien incapable de faire exécuter les décisions politiques qui, souvent, ne correspondent pas à la réalité. Quant aux juges, ils appliquent les lois, que le Parlement a voté et qui contiennent souvent, elles aussi, toutes les contradictions d’une société irritée et dressée contre elle-même.

Si, de guerre lasse, les entrepreneurs voguent vers des cieux meilleurs et délocalisent, comme on dit, leurs entreprises, c’est le chômage et l’effroi ; si des mesures sont prises pour les rassurer et pour rendre notre territoire attractif aux activités nouvelles, il s’agit évidemment de mesures liberticides et de régression sociale.

Ce phénomène est amplifié par le fait que ces deux mondes, de plus, ne se rencontrent pas. Le jeune financier parisien organisant des fusions-acquisitions de sociétés entre Londres, Paris New York ou Hongkong n’a probablement dans son entourage aucun ami ouvrier, artisan ou paysan. Ils se croisent sans se rencontrer, sans se comprendre, et c’est aussi souvent vrai pour le patron pressé qui laisse à son directeur des ressources humaines le soin de gérer les femmes et les hommes qui, pourtant, participent à l’entreprise commune, mais n’en sont souvent que de pions.

Car la vachardise humaine s’ajoute à tout cela, avec le sens du parapluie qu’on ouvre et de la faute qui est toujours celle de l’autre, du tire au flanc que son métier ennuie, du dépressif, du fragile, de la gamme de tous les éclopés du temps qui passe, et ils sont légion, au point de créer un ministère de défense des victimes !

Les ingrédients sont donc là ; l’absence de consensus social à l’évolution de la société française est évident, comme est évidente l’hésitation de l’exécutif ficelé par les contradictions qui l’empêchent d’arbitrer correctement, parce que d’ailleurs personne ne sait où se situe le juste arbitrage. On se bat pour le pouvoir, mais on ne sait plus ensuite comment l’exercer ! Cette cacophonie rend illisible tout message. Allez expliquer aux cheminots de la SNCF ou aux électriciens d’EDF, que les Directives Européennes organisant la concurrence du rail ou celle de l’électricité ont été prises lorsque les socialistes exerçaient le pouvoir !

Le zapping politique a du bon, il efface la mémoire des décisions, si bien qu’un français sur deux estime ne pas faire de différence entre une politique de droite et une politique de gauche !

L’arbitrage politique du système démocratique représentatif devient donc quasi impossible.

Il faut donc exposer très clairement, très pédagogiquement, les données du problème au pays, il faut passer de la dialectique marxiste et de la loi des contraires à la perspective et à la synthèse.

Il arrive qu’un homme, parfois, arrive à incarner cette clarté et cette longueur de vue, mais c’est extrêmement rare. Il devient d’ailleurs ensuite un symbole et la statue du commandeur.

Faute de statue du commandeur, le recours, pour trancher le nœud gordien, c’est le recours au peuple, c’est-à-dire le référendum. Les grands esprits détestent le recours au peuple. Les questions de société seraient trop compliquées pour qu’il les comprenne ! Mais l’organisation de la société, c’est finalement l’affaire du peuple !

Ce n’est compliqué que pour ceux qui ne comprennent rien ou ne veulent pas comprendre. Les enjeux sont considérables, puisqu’il s’agit aujourd’hui de l’équilibre social de notre pays au bord de la rupture. Les grandes questions doivent donc être mises à plat, simplifiées, organisées, évaluées, et soumises à l’arbitrage du peuple. On répond que les extrêmes vont s’emparer des sujets. Mais les extrêmes s’en sont déjà emparés ! Il n’y a plus beaucoup de temps à perdre. La crise de notre démocratie est trop profonde. Il faut refonder d’urgence le pacte social.

Jacques Chirac l’a bien senti, et il faut reconnaître que la distance qu’il n’a cessé de prendre vis-à-vis des réformes et des réformateurs était prémonitoire. Il sentait l’opinion là où sa majorité voulait trancher dans le vif. Il sentait gênante l’ombre de Seillière, porte-parole des entrepreneurs, et donc champion de cette lutte des classes qui est la culture profonde de notre pays.

Le Président, en recadrant le gouvernement, a tenu compte d’une opinion rétive. Mais l’opposition, de toutes ses forces, brouillera le discours et fera assaut de démagogie. C’est bien au peuple lui-même qu’il faut en appeler !

Xavier de Roux

Vice-Président de la Commission des Lois

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