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L’échec européen

Valéry Giscard d’Estaing avait passé, patiemment, 18 mois à diviser les débats de la convention européenne chargée de rédiger un projet de constitution pour l’Europe. Cette convention était constituée de tous les états membres, représentés par des membres des parlements et des gouvernements. Personne n’avait compté son temps, et des compromis avaient été trouvés sur tous les points difficiles où il fallait concilier la souveraineté des états, le transfert de certaines de leurs compétences à l’Union, et enfin leur représentation dans les organes de l’Union. On sait que seules la Pologne et l’Espagne manifestèrent de la mauvaise humeur parce que l’on accordait plus de poids qu’elles ne le souhaitaient à l’importance de la population pour la pondération des votes. Il est vrai qu’à Nice, dans un difficile compromis, l’Espagne et la Pologne avaient obtenu, malgré une population un peu plus supérieure au tiers de la population allemande, une représentation très proche de celle de la France ! C’est sur ce point précis qu’à Bruxelles, les négociations achoppèrent et faute de s’entendre sur la façon dont seront composés les organes de l’Union, on jeta au panier le travail, excellent mais perfectible, de la Convention !

En réalité, un train peut en cacher un autre, et comment se lancer dans l’aventure d’une Union à laquelle les états transfèrent une partie de leur souveraineté, s’il est clair que la vision géopolitique de ses membres est dès le départ, absolument contradictoire. Or c’est bien de cela qu’il s’agit. On peut toujours, à la fin des fins, trouver un compromis sur la représentation de la Pologne et des Polonais, on ne peut pas les forcer à mener une politique qu’ils ne souhaitent pas et qui leur fait peur.
La Pologne, comme l’Espagne, ont montré, pour des raisons d’ailleurs différentes, leur attachement au lien privilégié et protecteur avec les Etats-Unis.

Or la France, depuis le général de Gaulle, puis peu à peu l’Allemagne et la Belgique, se sont persuadés que ce lien protecteur n’avait plus tellement de raison d’être et surtout imposait des contraintes dans tous les domaines de nature à porter atteinte au développement de l’économie européenne et donc au bien-être de ses habitants.
L’affaire irakienne a clairement éclairé le genre d’aventure que nous ne souhaitons pas partager, et plus généralement des différences très sensibles sont apparues quant à la façon de régler l’affaire du Moyen-Orient, le conflit israëlo-palestinien, le contrôle des sources d’énergie, le développement nucléaire et spatial, l’accès aux nouvelles technologies. Cela fait évidemment beaucoup ! Et la Pologne s’est immédiatement illustrée, ayant à peine adhéré à l’Union, en achetant des avions F16 américains, plutôt que des avions européens !

Les mauvaises langues disent que nos arguments n’étaient pas assez sonnants et trébuchants, mais il s’agissait à l’évidence d’un choix et d’un signe politiquement fort !
Le président tchèque Hacel Klaus dit d’ailleurs très haut ce que beaucoup de pays de l’est pensent tout bas : la domination russe qu’ils ont subie ne doit plus recommencer et ils estiment que la protection de leur indépendance vient des Etats-Unis tandis que le trio franco-germano-russe leur semble très suspect.
Ils ne sont pas prêts à investir dans une défense commune et encore moins dans une politique mondiale dont les U.S.A. ne seraient pas le leader.
Quant à l’Espagne, pourtant si proche, elle se drape dans son honneur en regrettant sans doute Charles Quint !
Alors le rêve français d’une Union Européenne qui ne serait pas simplement un marché, mais une puissance, peut-il prospérer ? Face au libéralisme anglo-saxon que nous n’aimons pas et dont nous ne comprenons pas les valeurs, peut-on afficher ce mélange de capitalisme rhénan et d’humanisme français qui ont marqué si profondément nos civilisations ? Peut-on rester dans la cour des grands ? Traiter avec la Chine et l’Inde, apaiser l’Afrique, faire la paix en Palestine, imposer un modèle de développement qui ne soit pas celui de Wall Street et de la Banque mondiale ?
Le sujet n’est pas mince, et l’ambition immense, mais les Français, s’ils se chamaillent au quotidien, aiment bien aussi ces grandes perspectives qui les font, pas seulement rêver, mais tout simplement exister. C’est pour cela que l’échec européen n’en est peut-être pas un ! L’Europe ne peut se réduire à un simple marché commun, elle doit contenir et porter l’ambition de ses peuples, faute de quoi elle n’existe pas. La démonstration vient d’en être faite. Il reste à savoir si les gouvernements trouveront un souffle pour les porter, ou si comme au sommet de Bruxelles, ils se contentent de rire aux pantomimes d’un Berlusconi !

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Catégories :Europe
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