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L’intermittence, comme l’un des beaux arts

Mais qui donc a eu l’idée baroque de faire financer par l’assurance chômage, l’activité culturelle en France ? On trouve de drôles de trucs dans les tiroirs de la République ; des combines compliquées, des redistributions surprenantes, un bric-à-brac de mesures finalement inapplicables, alors qu’il suffit de faire simple !
La politique culturelle menée en France et qui est souvent exemplaire implique une mobilisation très forte de l’argent public, pas un festival qui ne soit financé par l’État, la Région ou les Départements. Leurs marges d’autofinancement sont faibles et les plus grands festivals mobilisent 40 % de fonds publics, les moins connus 80 %. La multiplication des spectacles, de la création, de l’expression doit évidemment être encouragée. Nous ne vivons pas heureusement dans une société uniquement économique où seule compterait la valeur marchande des choses. D’ailleurs où en serait le théâtre classique sans les Orléans, les Bourbon, les Condé et bien d’autres qui ont permis à Corneille, à Racine, à Molière d’exister. L’art et l’argent, c’est une très vieille affaire que chantaient déjà Rutebeuf et Villon. Nous le savons tous et si nous ne voulons pas réduire notre culture à la Star Academy, il est évident qu’il faut mettre une main sur le cœur et l’autre dans la poche. Toute la question, et la simple question, c’est de savoir comment.

Certes, on nous promet une «grande» loi sur le mécénat permettant aux initiatives privées de consacrer, en crédit d’impôt, des sommes importantes aux activités culturelles. Mais tout laisse à penser que la «grande» loi sera finalement bien petite, à moins que le Parlement ne fasse preuve de courage… et de moyens ! On sait que l’article 40 de la Constitution interdit aux Assemblées de réduire les revenus de l’État. Puisqu’on change la Constitution tous les quatre matins, on pourrait s’aviser de supprimer cet article 40 au moment où justement le train de vie de l’État a besoin d’être réduit -mais c’est une simple parenthèse-. La loi sur le mécénat qui vient de sortir du fournil parlementaire n’est pas une grande loi, parce que le ministère des Finances craint l’évasion fiscale selon la vieille formule française qu’il faut taxer d’abord et répartir ensuite ! Mais c’est toutefois un progrès, dans la limite de 20 % de son revenu imposable, on peut obtenir 60 % de réduction d’impôt pour les sommes dédiées à des activités culturelles, et les entreprises désormais peuvent obtenir une réduction d’impôt égale à 60 % des versements consacrés à une œuvre dans la limite de 5 % de leur chiffre d’affaires. On pense donc en effet à créer un mécénat efficace. Mais si l’on voulait faire en France une grande loi de mécénat permettant aux activités culturelles de trouver un financement, il faudrait modifier en profondeur notre loi sur les fondations. Si l’État était fiscalement généreux et juridiquement intelligent. Combien de successions trouveraient à s’affecter dans la poursuite d’une activité artistique ? Combien de généreux donateurs aimeraient voir naître du produit de leur contribution l’œuvre dont ils rêvent ? Combien d’entreprises emprunteraient cette voie soit pour se faire mieux connaître, soit tout simplement par utilité ? Bref ! Le champ de création n’a jamais été exploré en France par pingrerie fiscale. Souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps, c’est un mécène américain qui a sauvé Versailles.
Mais l’on préfère transformer, sans leur dire, les contribuables en mécènes, et en catimini. On préfère charger les administrations de dire ce qui est beau et ce qui est moche, ce qu’il convient de faire et ce qu’il ne convient pas, et l’on demande à l’assurance chômage de faire vivre une kyrielle de gens qui finissent par ne plus savoir où ils sont. Certes, l’État et les collectivités publiques doivent encourager la création, mais arrêtons de créer des monopoles et des carrières, des statuts et des règlements, ce goût soviétique pour l’organisation de la culture qui devient le clonage permanent de deux ou trois faiseurs de mode !
C’est sans doute la meilleure façon de tuer la création. De quel droit monsieur untel, DRAC -comme on dit- à la Région, peut-il proclamer ce que l’État aidera ou n’aidera pas, si ce n’est à partir d’un goût d’Etat, d’un dessein d’État ?
Un peu d’air dans la maison France ferait certainement du bien !

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