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Les malheurs de l’État Providence

Pendant des décennies, la société française a tenté de se construire sur un modèle simple : l’aliénation par le travail étant le pire des maux de l’humanité, les employeurs devaient payer à l’État les contributions nécessaires pour que ce dernier puisse redistribuer à tous un salaire indirect qui a fini par devenir égal au salaire direct.
C’est sur cette ponction redistributive qu’a fleuri le socialisme à la française, sans se rendre compte que les mécanismes mis en place ne pourraient pas prospérer toujours !…
En effet, en même temps que l’on pompait cette société heureuse faite de temps de loisirs, de retraite anticipée, de médecine coûteuse pour la collectivité mais gratuite pour l’usager, on ouvrait les frontières, on organisait le libre échange, dans l’Union européenne d’abord, dans le vaste monde ensuite et l’on demandait aux entreprises françaises qu’elle soient publiques ou privées, d’aller affronter la concurrence des pays émergents sur les marchés asiatiques où l’appétit de richesses et l’état de pauvreté sont tels qu’on y travaille sans relâche et souvent avec talent. Aujourd’hui, la Chine exporte en France, trois fois plus que nous lui vendons et ce n’est qu’un début ! Aux prélèvements sociaux, les entreprises -qui payent à la fois les salaires directs et les salaires indirects- ont répliqué par des délocalisations, l’augmentation de la productivité… ou le dépôt de bilan !

Dans le même temps, le modèle social dominant, supprimait l’appétit de beaucoup pour de nombreux métiers, si bien que la France est devenue un pays à fort taux de chômage où l’on ne trouve personne pour exercer un certain nombre d’activités. Toutes les ANPE de France et de Navarre connaissent la question piège : «Connaissez-vous un soudeur, un plâtrier, un maçon, un boucher, un cuisinier ?» et l’on pourrait compléter la liste. Il paraît que les formations ne sont pas adaptées et de la formation à l’enseignement, il n’y a qu’un pas. Lorsqu’on le franchit le corps enseignant est dans la rue.
Il y a en effet beaucoup plus d’enseignants qu’il y a vingt ans, pour beaucoup moins d’élèves, mais le nombre d’illettrés sortant de la vaste machine est à peu près constant quel que soit le ministre en charge de ce qu’on appelle l’Éducation nationale. Toute personne ayant un minimum d’ambition politique doit se détourner de ce ministère, d’urgence !
Il n’est donc pas étonnant que les mesures proposées par le Gouvernement Raffarin soulèvent illico la tempête que l’on sait. On bataille d’ailleurs avec la même vigueur contre des mesures réelles ou des mesures inventées, et chaque jour, chaque cortège construit ses moulins à vent.
Une partie de la société française a peur de l’avenir et se réfugie dans un conservatisme qu’aucun Gouvernement ne pourra satisfaire, parce que le collectivisme se dissout dans le libéralisme.
En 1981, pour construire la société de ses rêves, le Parti socialiste aurait du fermer les frontières du pays, quitter l’Union européenne et proclamer qu’il était le nouveau modèle du monde.
Il ne pouvait à la fois, en tous cas, sans crainte de contradictions mortelles, afficher son modèle d’État providence, ses immenses prélèvements obligatoires et affronter le libre marché de la concurrence mondiale qu’organise avec un très grand zèle une personnalité comme Pascal Lamy, qui fut directeur de cabinet de Jacques Delors.
Il faut choisir, et comme le choix a été fait depuis longtemps, être réaliste, c’est en tirer les conséquences et le meilleur, c’est à dire nous aligner peu ou prou sur nos partenaires dont nous partageons désormais le destin.
Il nous faut créer le plus de richesse possible pour l’échanger et la partager, et il est préférable que les créateurs de richesse qui sont multiples, le fassent sur notre sol plus qu’ailleurs.
La réforme des retraites a été faite un peu partout en Europe, y compris en Suède et en Autriche ; on a assisté nulle part au psychodrame français, alors qu’ici, sans doute plus qu’ailleurs on a pris le soin de discuter avec les partenaires sociaux qui ont parfois plusieurs langages. Il n’y a pas en effet une seule organisation syndicale qui n’affirme qu’il faut réformer, mais c’est toujours au voisin de payer ; la poche de l’autre est toujours plus profonde et plus propice que la sienne propre ! on peut en effet soutenir, comme le fait la CGT, que l’assiette des retraites doit être la plus value dégagée par les entreprises. Cela signifie que l’on va prélever sur les seuls entrepreneurs, les grands comme les petits, les commerçants, les professions libérales et indépendantes, tous ceux qui sont tenus de tenir les comptes de leurs activités et qui de plus sont le moteur de l’emploi.

On peut aussi augmenter la contribution sociale généralisée, travailler moins et payer plus. Au concours Lépine d’un système qui taxe uniquement l’autre, les inventeurs ne manquent pas.
Mais le réalisme c’est de garantir à chacun et à tous une pension décente et en harmonie avec les cotisations payées. Les propositions du Gouvernement ne sont évidemment pas parfaites. Elles répondent en tous les cas au problème posé.

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Catégories :Economie
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