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Archive de la Catégorie ‘Politique’

Les habits neufs du Président

Lundi, mai 7, 2012 Laisser un commentaire

François Hollande vient d’être élu Président de la République sur un programme classique, enseigné depuis longtemps à l’Ecole Nationale d’Administration dont il fut un bon élève. Un Etat juste doit organiser la solidarité nationale. L’Etat doit donc être puissant, entouré de serviteurs, les hauts-fonctionnaires, pour assurer le fonctionnement de la machine, l’initiative privée étant subordonnée à l’intérêt général défini par le suffrage universel. Mais les frontières des mondes clos se sont ouvertes. Le numérique et l’informatique promènent le capital à la vitesse de la lumière, un clic à Shanghai peut faire trembler Paris, tandis que les traités européens, avec la bénédiction des gouvernements socialistes, ont gravé dans le marbre les principes du libéralisme économique sur lesquels déjà François Mitterrand s’était cassé les dents : règle de la libre concurrence régulant le marché, interdiction des aides d’état, liberté de circulation des personnes, des capitaux et des biens. C’est dans cet environnement que le sage Monsieur Hollande va devoir se mouvoir, à moins qu’il ne décide de renverser la table comme le souhaite son ami Mélenchon. Certes poussé par l’émotion de la victoire, il a déclaré sur la place de Tulle que son succès allait changer l’Europe et le Monde. On ne sait pas encore ce qu’en pense Pékin, mais du côté de Londres, Washington et Berlin, on en n’est pas encore là et il y a tout lieu de penser que Madame Merkel va proposer au Président français un plan de relance très libéral ayant l’accord du président de la Banque centrale européenne. La diplomatie va reprendre ses droits et l’on entendra certainement, du côté du Parti Socialiste, clamer que l’on ne peut pas faire davantage tant Nicolas Sarkozy a laissé le Pays en mauvais état, comme si l’état du Pays n’était pas connu de tous pendant la campagne électorale, puisque le président de la Cour des comptes, Monsieur Migaud, est un proche de Monsieur Hollande. Mais il faudra aussi esquiver le premier écueil, c’est-à-dire les élections législatives. Certes pour les gagner le PS peut compter sur l’appui de Marine le Pen, en position de maintenir ses candidats au deuxième tour dans près de 200 circonscriptions et sur la division espéré de l’UMP, entre les membres de la droite populaire qui se situent à la droite de Le Pen, et ceux issus du PPR et de l’UDF d’antan.

C’est donc une France politiquement fragile que François Hollande va devoir mener. Il lui faudra les qualités d’un Pompidou, puisqu’il veut être un Président normal, et celles du petit père Queuille puisqu’il est son héritier en Corrèze. Autant dire que ses 60 propositions iront rejoindre au magasin des accessoires, les 110 de François Mitterrand, et quelques autres du même acabit !

En attendant une nouvelle campagne électorale s’ouvre pour convaincre une opinion lassée soit qu’il ne faut pas laisser tous les pouvoirs au même parti, soit qu’il faut donner une majorité parlementaire au nouveau président. Cette campagne sera menée dans un contexte économique difficile.

Le seul sage de l’histoire c’est finalement le Président sorti. Son dernier discours, après sa défaite, a été le bon. Il était chargé d’émotion, et avait pris de la hauteur, celui d’un vrai homme d’Etat, mais il était un peu tard !

Xavier de Roux

Catégories:Actualite, Politique

Quand Marine fait valser la République

Mardi, avril 24, 2012 Laisser un commentaire

On savait que François Hollande et Nicolas Sarkozy seraient dans un mouchoir au premier tour de l’élection présidentielle. C’est ce qui s’est passé. Hollande à 28% et Sarkozy à 27%, mais l’on attendait un Mélenchon triomphant, drapeaux rouges, poings levés, Internationale en tête sur le pavé des rues, le peuple à ses côtés, et la liberté guidant le peuple ! Ce fut Marine Le Pen ! Les drapeaux tricolores, la patrie, la nation, les étrangers dehors, et avec eux la classe politique qui gouverne la France depuis 30 ans !
Est-ce un coup de mauvaise humeur ? Est-ce un mouvement de fond ? Y a-t-il d’un côté des bobos qui jouent à la révolution derrière Mélenchon, et le peuple de la France profonde qui est en train de la faire avec Marine Le Pen ? Cela fait des années que ce mouvement traverse et agite notre société, qu’on se contente de le traiter par l’ostracisme ou par les vieilles recettes marxistes qui n’arrivent plus à convaincre personne, même resservies à la sauce trotskiste ou sociale démocrate, parce qu’elles ont tellement échoué à travers le monde qu’elles n’arrivent plus à séduire. Mais ce n’est pas tellement l’exclusion, l’étranger, l’autre, qui emplit les urnes de Marine Le Pen, c’est la fureur et le désenchantement, c’est l’impression que les femmes et les hommes issus de la démocratie participative pour meubler nos assemblées, en réalité ne les représentent pas et n’ont pas de pouvoir sur les événements qui agitent le monde et qui font pourtant le niveau de vie quotidien. L’extrême droite d’avant-guerre, accusait déjà la ploutocratie, c’est-à-dire une petite élite financière, de tous les malheurs qui allaient accabler le monde, et finalement de la montée du bolchevisme stalinien qui s’emparait de la planète. On ne rejoue pas heureusement l’histoire, et la planète a bien changé. Les créanciers de la France, ce ne sont plus des banquiers à cigare et à chapeau melon, comme on nous les présente encore, ce sont les fonds souverains des pays pétroliers, ce sont les énormes excédents commerciaux chinois qu’on recycle à Hong Kong ou à Shanghai, et c’est vrai que nos démocraties peuvent jouer les matamores, mais qu’elles ne pourront survivre qu’en se modifiant considérablement. Lorsque l’Allemagne qui a fait une partie du chemin s’arcqueboute sur son intérêt national qui est de ne pas financer toutes les dettes de ses partenaires, elle gagne certes du temps, mais son espace vital reste cependant en Europe et la France est bien forcée de trouver les moyens d’une cohabitation. Marine Le Pen veut renverser la table, tout est simple. On sort de l’euro, on contrôle les frontières, on produit français, et bien entendu, derrière tout cela on diminue la solidarité nationale, mais ses électeurs, pour beaucoup se moquent de son programme. Ils veulent simplement dire qu’ils en ont marre des solutions compliquées qu’on ne leur explique pas, des promesses non tenues, parce que les représentants de la démocratie ont un langage à usage interne et un autre qui s’adresse aux marchés. La caricature en fut ce bon Hollande qui proclame à Paris que son ennemi c’est la finance, et se précipite à Londres pour rassurer la City en proclamant le contraire.
Mais quel que soit le résultat des élections présidentielles, tout se déterminera lors des élections législatives. Dans de très nombreuses circonscriptions Marine Le Pen pourra imposer des élections triangulaires et Mélenchon souhaitera aussi sa part des sièges. Dans un tel combat, l’issue est nécessairement incertaine. C’est donc une Assemblée nationale sans réelle majorité qui cohabitera avec un Sénat de gauche, et un Président de droite ou de gauche, selon le coup de dés du deuxième tour. Si Mélenchon est à gauche et Le Pen à droite, cela signifie qu’il y aurait un bloc de gauche autour de 40%, un bloc de droite autour de 45% et 15% de ce que l’on appelle le centre qui généralement dénotait dans la tourmente et qui tentera désespérément de se faire entendre dans la cacophonie des élections législatives. Marine Le Pen est au violon et Hollande à l’accordéon, drôle de bal !

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°175 – Mai 2012

Le rang électoral

Mercredi, février 29, 2012 Laisser un commentaire

Les Français ont conservé de la Révolution la passion de l’égalité et la haine des privilèges, même s’ils ont fait aussitôt Empereur un général révolutionnaire, et ducs et pairs de France la génération des hommes sortis de la Révolution. L’auteur des noyades de Nantes et autres joyeusetés à l’usage des aristos détestés finira duc d’Otrante !

François Hollande surfe donc sur cette vague avec d’ailleurs une étonnante approximation. Dans la même déclaration, il affirme qu’il taxera à 75% les revenus supérieurs à 1 000 000 d’euros par mois, pour se reprendre un quart d’heure plus tard en parlant cette fois là de 1 000 000 d’euros par an. Hamon devait être en coulisses. De toutes façons, taxer les riches est une idée porteuse, comme le coup de l’égalité qu’on nous rabâche depuis deux siècles. Le pouvoir est à prendre, les clés sont dans la boîte à gants. Après, on verra bien. Nécessité fera loi !

L’Etat, crispé sur son être, sur la légitimité qu’il revendique, sur les prébendes qu’il distribue, ne veut surtout pas bouger ou évoluer. L’administration doit être la source de tout, du savoir comme de l’égalité et François Hollande est son candidat naturel. Il n’a jamais de sa vie occupé un poste dans une activité de production ou d’échange ; il est l’illustration parfaite de celui qui sait tout sans jamais avoir rien fait. Il incarne bien le pessimisme français qui entretient cette croyance naïve que l’action politique peut bouleverser leur existence.

François Mitterrand avait juré que la gauche allait changer la vie ; on a vu les résultats et son héritier nous chante la même chose. La vérité est que le système bureaucratique français est hostile à la réforme. L’héritage révolutionnaire c’est la centralisation étatique hiérarchisée, la faiblesse des processus de participation dont on parle toujours mais qu’on utilise jamais et finalement l’incapacité à s’adapter avec souplesse aux demandes sociales, si ce n’est en théorie. Encore une fois, François Hollande présente les indispensables réformes, celles notamment permettant le retour à l’équilibre budgétaire et à l’efficacité de l’Etat, comme des réformes imposées par l’étranger, en l’occurrence l’Allemagne ! C’est tout dire. La réforme devient une contrainte, elle n’est pas un choix. La contre-réforme est donc nécessaire et nous y sommes. La France refuse la mondialisation qu’elle présente comme une pure idéologie, alors que c’est en fait, parce qu’elle entraîne le centre de gravité du monde vers l’Asie. Les Français se sentent marginalisés et craignent le vent du large. François Hollande est là pour les rassurer. De Gaulle disait : «La France n’est réellement elle-même qu’au premier rang». C’est peut-être d’avoir perdu ce rang qui crée le pessimisme et le malaise français. Mais pour le retrouver, c’est un autre souffle dont ont besoin les citoyens français, une autre vision qui pourrait se nourrir de tous les talents de ce pays, de l’imagination citoyenne, de la créativité et de l’insolence française.

Cette campagne électorale est désolante. Elle tire vers le bas, elle ne propose aucune vision d’avenir, comme si les candidats acharnés à s’insulter, pensaient que leur ring était à lui sel l’avenir du monde. La France mérite mieux et les Français aussi.

Xavier de Roux

Catégories:Elections, Politique

La République perd les élections cantonales

Mardi, mars 29, 2011 Laisser un commentaire

Au soir du vote, on constate que 56% des électeurs ne se sont pas déplacés, ils se sont abstenus de voter ! Ils se moquent comme d’une guigne de la gestion des conseils généraux. D’ailleurs dans l’inextricable fouillis des institutions françaises, ils ignorent parfaitement le rôle exact de ces fameux conseils généraux, beaucoup sont persuadés qu’il s’agit de prébendes que se partagent des personnalités politiques dont ils connaissent le nom, soit parce que, ancré dans le territoire depuis des générations, c’est devenu une sorte de propriétaire de la charge sur le modèle de l’ancienne France, soit parce qu’en charge d’affaires nationales, on le voit souvent à la télévision et ce n’est qu’en complément de son activité ministérielle ; que les partis se chamaillent pour prendre la place prouve simplement que la place est bonne, elle rapporte ! Cet aspect négatif de la fonction politique, la dégradation de son image, l’extraordinaire confusion des genres entre le Conseil régional, le Conseil général, les Communautés de ceci ou de cela, éloigne le citoyen de sa République. Il ne s’y retrouve plus et son rôle de citoyen, celui conquis d’abord en 1789, se perd dans une incapacité à agir directement sur les affaires qui le concernent.

Le citoyen a le sentiment que son seul bulletin de vote n’est plus un levier suffisant pour lui permettre de participer aux affaires de la cité. Et c’est d’ailleurs vrai que la confusion des genres, la mondialisation de l’économie ont fait disparaître le geste citoyen. Souvenons-nous simplement de l’affaire de Maastricht ou du traité de Barcelone : l’Europe imposait à une France socialiste les dogmes du libéralisme le plus extrême ! Il est évident que le citoyen français n’avait pas voté socialiste pour la mise en concurrence des services publics et la fin des monopoles d’Etat ! C’est pour cette même raison que les partis simplement protestataires progressent ; Mélenchon en voulant limiter les salaires du haut, et Marine Le Pen en voulant supprimer la concurrence du bas, c’est-à-dire l’immigré ! Si ils accédaient aux affaires, Mélenchon comme Le Pen auraient à gérer des réalités assez éloignées de leur slogans, et aidés par la même fonction publique, soumis aux mêmes exigences, ils ne feraient sans doute pas beaucoup mieux que ceux qu’ils ont tant brocardés.

A l’heure de Facebook ou de Twitter, il apparaît que la reprise en main du rôle du citoyen, base de la République, passe par le changement radical de la façon dont il choisit sa représentation. Pendant des décennies le vote est apparu  comme la panacée universelle, mais puisqu’on ne vote plus parce que le vote ne débouche pas sur ce que l’on veut, il faut radicalement supprimer le vote, redonner toute sa place au citoyen en faisant en sorte que l’exercice des pouvoirs démocratiques devienne un devoir pour tous et non pas l’apanage de quelques parvenus du suffrage universel minoritaire.

Pour cela, une solution est simple, c’est la désignation du citoyen par tirage au sort dans les assemblées comme en matière de jurés des assises. Aucun juré ne s’est plaint d’avoir exercé la justice en son âme et conscience, même s’il était très éloigné de ces questions avant d’être choisi. Ce devoir de participer aux affaires publiques par un tirage au sort nécessairement égalitaire doit redonner un sens à l’action publique, en montrant les difficultés de la tâche, mais aussi en libérant les imaginations, prisonnières aujourd’hui de la pensée unique d’une élite ou prétendue telle. Cette solution n’est pas nouvelle et on peut s’inspirer de la constitution de la République de Venise où le collège des citoyens, chargé notamment de désigner les doges, était tiré au sort. Il faudra également revoir les conditions de l’administration du territoire pour que les assemblées locales soient bien en cohérence avec les bassins de vie et d’activité qu’ils doivent gérer et développer ; l’Education nationale devra inscrire dans ses programmes, dès la petite enfance, l’éducation citoyenne et les devoirs que ces derniers doivent à la République.

Enfin chargés de leurs affaires et très directement, les citoyens français devront s’en prendre à eux-mêmes pour le bon comme pour le mauvais. Ils redeviendront peut-être de bonne humeur.

Xavier de Roux

Catégories:Actualite, Politique

Faut-il avoir peur de Marine Le Pen ?

Mardi, janvier 25, 2011 Laisser un commentaire

Le Front National progresse parce qu’il donne des réponses simples à des questions complexes. Il a fait son beurre de l’immigration, oubliant d’ailleurs que Jean-Marie Le Pen avait commencé sa carrière en prônant l’intégration de l’Algérie, donc de sa population, à la France, alors que cette idée, si l’on en croit les mémoires d’Alain Peyrefitte, révulsait le Général de Gaulle pour qui «les Français étaient les Français et les Arabes, les Arabes» et qui opposait la tradition chrétienne de la France à la tradition musulmane de l’Algérie. On sait ce qu’il advint de cette affaire et l’ancien chantre de l’Algérie française devint le pourfendeur de l’immigration, avec un certain succès populaire. De même, alors que la classe politique se cherchait, dans le flou, un destin européen, le Front national s’y opposa en défendant les valeurs de la tradition française. Mais Jean-Marie Le Pen ne pouvait pas s’empêcher d’être provocateur et souvent odieux. Ses plaisanteries sur «Durafour crématoire» ou sur le «détail» de la Seconde Guerre mondiale qu’aurait été l’usage des fours crématoires pour éliminer le flot immense des victimes du National Socialisme Allemand, sont franchement indécentes quel qu’en soit le contexte. Tout le personnage avait un penchant assez glauque, une attirance étrange pour le passé nazi, comme en témoigne la diffusion par sa maison de disques, la SERP, de chants de la Waffen SS dans les années soixante. Certes, le prétexte était historique, mais le sujet douteux. C’est probablement cet aspect trouble de son monde politique, cette volonté de fédérer tous les groupuscules d’extrême droite et l’intégrisme chrétien qui l’empêcha de transformer en vrai succès populaire, son talent d’orateur, son sens de la formule et sa connaissance du peuple.
Or, sa fille Marine n’est évidemment pas de la même génération. Sa perception du deuxième conflit mondial est tout à fait différente. Elle n’a pas servi dans la légion étrangère, elle n’a pas connu la difficile période de la décolonisation. Elle est contemporaine, elle est totalement dans les querelles de son temps, elle a des thèmes simples qui semblent porter sa conviction alors que la classe politique, rajeunie, mais profondément habitée par le doute, passe son temps à chercher ce qui est politiquement correct et ce qui ne l’est pas.
Nicolas Sarkozy a fait une campagne électorale fondée sur les valeurs du travail. L’explosion financière de 2008, le scandale épouvantable et inachevé de la fausse monnaie fabriquée par les banques les plus sophistiquées, ont mis à bas les perspectives qu’il dessinait. Le monde de l’argent nu, ne pouvait plus dissimuler un scandale dont d’ailleurs le Président de la République n’était pas responsable. Il aurait simplement du lire Fernando Pessoa, le banquier anarchiste, qui disait déjà, lors de la crise de 1929 «le mal véritable, le seul, ce sont les fictions sociales qui se superposent aux réalités naturelles, de la famille à l’argent».
Or Marine Le Pen parle des réalités naturelles tandis que le monde politique se débat dans les fictions sociales, les systèmes, les complications, le langage de Marine Le Pen est compréhensible, même lorsqu’elle assène des contre-vérités tout à fait considérables.
Qu’importe que sa dévaluation espérée d’un franc nouveau, ruine illico les retraités et les épargnants, ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est le franc, c’est le Pays, c’est la Nation. C’est cet équilibre de proximité qui donne naturellement une perspective de prospérité au peuple qui l’écoute.
Et ce langage simple porté par une jolie femme a toutes chances d’être plus convaincant que les fictions de droite ou de gauche d’idéologies épuisées. Jean-Louis Borloo s’est lancé courageusement et assez seul dans une relecture de notre société. Il prépare un manifeste. Il est nécessaire que ce manifeste parle simplement des réalités actuelles et ne soit pas un catalogue de mesures où l’on trouve de tout comme jadis à la Samaritaine. Parce qu’au Front National, on s’est emparé à bras le corps du grand thème radical de la laïcité, que beaucoup de républicains ont du mal à manipuler parce qu’il ne s’agit plus, comme en 1905, de viser le Pape et les congrégations, le passé chrétien et le rôle de l’église au sein de la société, mais d’opposer la laïcité à une religion, l’Islam, très liée à l’immigration, si bien qu’il semble que s’en prendre à l’Islam, c’est faire preuve de racisme ou de discrimination. Le Front National n’a pas d’arrière-pensées, la laïcité devient une arme républicaine au premier degré, comme la reconstitution des frontières pour s’opposer au mondialisme et à ses délocalisations. Ce sont des armes naturelles et qui semblent maniables à une époque où l’on se méfie de la modernité.
Si ces thèmes ne sont pas abordés, discutés, explicités, si Marine Le Pen est la seule à occuper ce terrain, et à tenir ces discours, elle sera la seule à mobiliser, à réunir et à fédérer l’électorat populaire. Le Front de gauche s’en inquiète, et il a raison, Mélanchon copie le Front. Jean-Pierre Chevènement essaye aussi de se situer sur ce terrain populaire et national, mais avec évidemment un autre langage, une autre logique, une autre pensée, mais rien ne ressemble plus à une fiction qu’une autre fiction.
L’UMP et le PS qui acceptent les dogmes de base de l’Union européenne, de la monnaie unique, de la libre circulation, de la liberté d’entreprendre, en un mot de la démocratie libérale, risquent dans ces temps troublés de perdre du terrain électoral et le Front National, peut émerger comme un acteur majeur de la vie politique française faute de trouver en face de sa nouvelle présidente des ténors suffisamment puissants pour redonner à la Nation française le goût d’elle-même et l’espoir.

Xavier de Roux
Paru dans L’Echo des Arènes n°160 – Février 2011


Abus de pouvoir

Mardi, mai 5, 2009 1 commentaire

François Bayrou est un personnage surprenant. On a connu un jeune normalien talentueux donnant l’illusion d’un homme politique intelligent et efficace. Il ne laissa pourtant pas de grands souvenirs de son passage au Gouvernement. On sait simplement qu’il s’acharna à ne rien faire lorsqu’il fut ministre de l’Education Nationale. On ne peut pas lui reprocher son bilan : il n’en a pas. Mais il a décidé d’être Président de la République. C’est une maladie à la mode qu’il partage avec quelques autres. Il faut donc prendre des postures. François Bayrou a décidé d’ouvrir le feu sur son rival Nicolas Sarkozy, qui, lui, a été élu. Ils se connaissent depuis de très longues années, ils ont fréquenté les mêmes allées du pouvoir, ils ont mené les mêmes combats. Alors prétendre brutalement que Nicolas Sarkozy met fin à la France républicaine et à la démocratie pour imposer le règne de l’argent et le modèle anglo-saxon relève du poncif à la mode et de la caricature. D’abord parce que le modèle anglo-saxon est cul par-dessus tête, l’industrie financière en faillite et les banques d’affaires en déroute. Personne évidemment ne peut plus soutenir ce modèle-là ; François Bayrou n’a pas l’air de savoir que le casino a sauté et qu’il faut se préoccuper de l’avenir. On attend d’un homme politique des idées pour des actions. On ne trouve dans l’ouvrage de François Bayrou ni l’un ni l’autre si ce n’est la fameuse exception française qui ferait que nous ne serions pas un pays comme les autres, mais une île protégée dans un océan sur lequel l’humanité est à la dérive. Cette définition peut flatter certains Français. Elle ne permet pas de réfléchir à l’avenir. Car François Bayrou – qui fut européen – n’a pas l’air de se rendre compte que la planète est devenue minuscule ; que les nouvelles technologies déplacent les capitaux à la vitesse de la lumière et imposent donc une régulation mondiale – c’est une première leçon de la crise – que l’avenir écologique de la planète impose également une gouvernance globale qui ne peut pas s’arrêter à un seul pays, fut-il aussi talentueux que la France. Le côté béret basque et baguette sous le bras du sympathique Français qu’appelle de ses vœux François Bayrou fait penser à ces images jaunies qu’on trouve dans les tiroirs des familles, au rayon photos. C’est plein de nostalgie. François Bayrou ne dit pas un mot de demain. Il canonne le Président de la République, pour lui prendre sa place et lui piquer son fauteuil, mais cet appétit de pouvoir ne dit pas à quoi il servira. En fait de pamphlet, nous avons un brouet fade servi par un vieux jeune homme, devenu monsieur Jadis. C’est dommage ; il méritait mieux que cela.

Xavier de Roux

Catégories:Politique

Et si le gouvernement avait raison ?

Mercredi, avril 23, 2008 Laisser un commentaire

Il est à la mode depuis quelques mois d’affirmer que le gouvernement se fourvoie et qu’en conséquence tout va de mal en pis. Que tout aille en France de mal en pis, n’est pas très grave ; ce sentiment remonte au commencement des temps et il n’y a pas de raison qu’il change. En tous les cas c’est le refrain que j’ai toujours entendu chanter !
La monarchie nous a mené à la Révolution, et ça s’est terminé par l’Empire, l’Empire s’est écroulé pour nous jeter dans les bras des Bourbons ; nous avons eu encore deux petites révolutions puis un Empire numéro II ; relisez les “Châtiments”, ça s’achève par une nouvelle révolution, la Commune excusez-moi du peu, puis la troisième République qui nous donne deux guerres mondiales ; la dernière n’en parlons pas ! La catastrophe accouche du général de Gaulle ; que n’a-t-on pas entendu ! C’était la dictature ; on lui a même tiré dessus et comme le temps s’accélère, on a eu Pompidou et son Mai 68 ; Giscard d’Estaing qui n’aimait pas le peuple ; François Mitterrand qui aimait trop l’argent, et Jacques Chirac pour lequel il était d’abord urgent d’attendre. On a maintenant Sarkozy et ses dames ; ça n’a jamais été bien en France et il n’y a donc aucune raison pour que ça s’arrange. Dans ces conditions comment voulez-vous que le gouvernement ait raison ?
D’abord aucun gouvernement n’a jamais eu raison, ou par hasard, comme Pinay et la fameuse “baisse Pinay” ; comme Poincaré et son franc stable. Mais qui s’en souvient ? Personne, ou peut-être un historien déjanté qui se penche sur l’histoire de ce peuple malheureux, qui cherche depuis toujours le bonheur collectif et qui ne trouve que des bonheurs individuels !
Pourtant il y a toujours des volontaires pour tenter de piloter la machine ; ce doit être la ressource de la démocratie, car si rien ne va jamais comme il faut, la France n’a jamais manqué d’idées et regorge d’inventeurs d’idées politiques. C’est un vrai concours Lépine à chaque élection ! Et comme l’homme ou la femme politique français a en matière économique une culture souvent sommaire, les inventions politiques ne s’encombrent jamais des lois de l’économie, puisque après tout ce n’est qu’une science humaine, aussi inexacte que l’homme lui-même !
Ce principe a été illustré lorsque Monsieur Jospin était Premier ministre et que madame Aubry s’entichait d’un Monsieur Lorotourou qui démontrait que pour lutter contre le chômage, il fallait travailler moins. Comme si diminuer l’activité économique était de nature à augmenter la production… Mais l’on continue de discuter très sérieusement de cette fantaisie. Depuis on a frôlé la TVA sociale, lancée par Jean-Louis Borloo un matin de petit déjeuner, et l’on aura encore certainement quelques éclairs de génie pour illuminer le monde.
Mais tout ça m’éloigne de mon sujet. Si ce gouvernement avait raison de faire les réformes qu’il fait ? Si le bon sens enfin l’emportait ? Le problème est très simple à poser ; l’Etat français s’est terriblement endetté depuis 25 ans parce qu’il a plus de charges que de revenus malgré un accroissement considérable des prélèvements obligatoires pendant la même période. La première des charges du budget de l’Etat c’est évidemment les salaires et les charges des fonctionnaires. La seconde charge, c’est… le remboursement de la dette ! Tous les rapports, toutes les analyses publiées depuis 20 ans disent la même chose ; il faut redéfinir les tâches de l’Etat et adapter à ces tâches le nombre de personnes capables de les remplir. C’est simple comme deux et deux font quatre. Et ça devient impossible dans le détail ; l’Education nationale résiste de tout son poids de mammouth ; l’administration des finances vitupère. On exige le maintien dans les villages de services publics dont on ne se sert pas, un peu comme on exige des épiceries de proximité où on ne met jamais les pieds… Or le gouvernement Fillon, le ministre du Budget Eric Woerth, celui de la Santé, Xavier Bertrand, ont l’air de tenir bon. Ils savent bien que – crise ou pas – le chômage c’est fini pour un bout de temps ; les générations nombreuses d’après guerre partent à la retraite et la difficulté sera de les remplacer ; cette tension sur l’emploi va entraîner une hausse des salaires, elle-même rendue nécessaire par la hausse des matières premières et des denrées agricoles. Ça va devenir beaucoup plus difficile de faire trimer les prolétaires étrangers pour une bouchée de pain. Renault l’apprend à ses dépens en Roumanie, mais les travailleurs du Vietnam sont en grève, et les ouvriers croates sont dans la rue ; le cycle récessif où nous a entraîné un système financier international irresponsable va s’achever, et les limites écologiques encadreront nécessairement une consommation différente des biens. Les mesures prises en France pour augmenter le pouvoir d’achat, freiner les prélèvements obligatoires, redéfinir les tâches de l’Etat, retrouver de l’investissement auront un effet dans un cycle mondial plus propice. La solidarité, alors, pourra mieux s’exercer. En attendant on va continuer d’entendre l’opposition s’opposer, les faiseurs d’opinion en rajouter sur le catastrophisme et malheureusement aussi, le vaste monde des hommes s’agiter au vacarme des guerres.

Xavier de Roux

L’Echo des Arènes n°127 – mai 2008

L’ouverture de la chasse

Mardi, février 26, 2008 3 commentaires

La chasse au gibier politique est autorisée une très grande partie de l’année, et en période électorale, on peut faire feu sur tout ce qui bouge, très licitement.

Les principaux veneurs tiennent leurs meutes dans les salles de rédaction des médias. Pas toujours très courageux, ils chassent le gibier de moyenne importance ou le gros lorsqu’il commence à se fatiguer.

Mais il y a d’autres chasseurs en embuscade, les concurrents qui manient l’escopette et les amis qui pratiquent plutôt le couteau dans le dos, ou le coup de grâce de l’animal à terre. Ainsi donc, à cor et à cri, va la vie politique que l’on dit démocratique. Ne sont épargnés que les très grands gibiers réputés sauvages ou méchants.

Pendant longtemps, et juste après son élection, Nicolas Sarkozy était classé dans cette catégorie ; on ne le tirait pas et faute de pouvoir l’abattre, il était louangé à outrance. La cour se mettait en place et l’on baisait ses chaussures avec délice et prosternation. Qui aurait le regard ? Le sourire ? La poignée de main ? Le bon mot ? L’engueulade, le coup de gueule, le grand ou le petit frisson ?

Dans les salles de presse, on cherchait l’exclusivité de la confidence, la taille nécessaire de la brosse à reluire, la photo la plus sympa, la famille, la femme, le caprice, et puis patatras… ! Le roi divorça. Ce qui aurait pu être une simple nouvelle de cour, est le commencement d’un charmant conte de fée, mélodie d’amour, la belle chanteuse et le prince charmant, tourne immédiatement à la cacophonie.

On chassa d’abord la Carla, c’était simple, mais elle fut leste, alors commença le tir groupé sur le quartier général. Le roi amoureux savourait ses brioches tandis que le peuple affamé mourrait de faim. Ce vieux remake eut un succès inespéré, d’autant qu’un Président en jean, ce n’est déjà plus vraiment un Président ; il n’est plus protégé par son habit. Il se met, au propre comme au figuré, absolument à découvert et Nicolas Sarkozy plus habitué à être chasseur que gibier, oublia les règles essentielles de la remise et du change et donna tête la première dans le piège. Il n’y avait plus qu’à sonner l’hallali à grand renfort de trompes de la renommée ; surprise la cour commença à s’éparpiller ; il n’est pas bien vu d’avoir aimé le roi, d’avoir touché son pied, ou réclamé qu’il guérisse une écrouelle. Mais chasser le Sarkozy n’est pas de tout repos ; il est évidemment jeune, solide, rapide à la course, imprévisible dans ses manœuvres. Lorsqu’il tient la forme, les chiens n’approchent pas trop. On en est là, la meute fait un boucan du diable, elle hurle, trépigne, mais se méfie, dès fois que l’opinion prompte à calculer le juste et l’injuste et à charger la victime viendrait à changer de bord !

Là ce sont les chasseurs qui sont à découvert et en grand risque. On a sonné l’ouverture de la chasse. On n’en est pas encore à la curée. On verra alors s’il s’agissait d’un rôle de composition, un carton pâte comme au cinéma ou un personnage de chair et de sang ayant la carrure d’un Chef d’Etat.

Xavier de Roux

Catégories:Actualite, Elections, Politique

Le Roi Soleil

Mercredi, janvier 2, 2008 8 commentaires

Du Monde au Canard enchaîné, les éditorialistes s’empourprent des aventures de Nicolas Sarkozy, Président de tous les Français. Il mène la presse par le bout du nez en enchaînant les nouvelles qui font l’actualité. Voilà, maintenant qu’il choisit sa compagne dans la jet set et se fait promener par les grands dignitaires de la finance et de l’industrie, comme jadis Napoléon III. On lui prête des bateaux et des avions et on se dispute sa présence dans les dîners en ville, dont il est devenu le suprême ornement. C’est bien connu, le roi devient Soleil lorsque tous les objectifs se braquent sur lui et seulement sur lui. Ainsi, l’Elysée, centre du monde, se peuple de jolies dames, d’aventures, d’histoires, de bons et de mauvais mots, de récits en tous genres et de photos en prime. Il règne un air subtil d’ « enrichissez-vous général » qui rime avec le désormais fameux « travaillez plus pour gagner plus » et qui tranche avec la grise hypocrisie des fortunes que l’on faisait avant, lorsque les tartuffes tenaient les rênes.
Si avec toute cette agitation les exilés fiscaux ne reviennent pas se faire tirer le portrait sur les marches de l’Elysée avec le Président, c’est à douter de la nature humaine, d’autant qu’après les photographies, on vend aussi des centrales nucléaires, des airbus et des parfums subtils et d’autres bricoles encore qui devraient faire tourner rond le commerce et l’industrie de la République. Mais pour cela, il est indispensable que les images de Paris Match, de Gala, de Voici, de Closer ou de Point de Vue éblouissent le monde pour que le Président de la République tienne une place inédite aux côtés d’Albert de Monaco, de la reine d’Angleterre et des frasques de ses petits princes.
Nos éditorialistes s’en désolent. Jusqu’alors les Présidents fréquentaient évidemment les mêmes puissants et contribuaient d’ailleurs à leur bonne fortune, mais ils le faisaient avec discrétion et presque avec autant d’embarras que leurs amours secrètes. La rupture de Nicolas Sarkozy, c’est d’entrer dans ce monde avec tintamarre et d’en tirer parti pour être en permanence au centre des conversations, même lorsqu’elles expriment une détestation publique. On peut déjà imaginer son mariage en grande pompe avec Carla Bruni, robes longues et petites filles, mariée splendide et grand cordon pour le mari. On se disputera les invitations pour avaler les délicats buffets et goûter les musiques les plus à la mode, avec les musiciens qu’il faut, deux ou trois philosophes, des baisers de cinéma, et le nonce apostolique attendri au milieu des grands de ce monde – monarques et Présidents en tenue d’apparat -.
Sa rivale, Ségolène Royal, longtemps première dans la course à l’image et dans la pose est aujourd’hui larguée, bien qu’elle ait encore dans sa manche un parfumeur célèbre et quelques fidélités. François Bayrou, sur son tracteur, a du mal à suivre le rythme. Mais à tout, il y a une limite. Les Français adorent leur souverain, jusqu’au jour où, lassés, ils s’en séparent et parfois brutalement.
Jusqu’où donc le cortège de fifres, de tambours et de parures conduira-t-il notre bon peuple ? Le mènera-t-il au Paradis ou la lassitude mettra-t-elle fin au spectacle plus vite que prévu ? Dans tous les cas : salut l’artiste !
                                                                                                                                                                                                                        

                                                                            Xavier de Roux

Catégories:Actualite, Politique

Quand les arbres montent au ciel

Mercredi, novembre 28, 2007 1 commentaire

On ne cesse de parler de croissance et de points de croissance comme une panacée universelle à tous les maux des hommes. A entendre les savants la quantité de biens, de services, de produits mis sur le marché, échangés, consommés, exportés constituerait les éléments de calcul de cette fameuse croissance.
Les économistes sont des gens sérieux. Ils s’y connaissent en points de croissance ; ils vous calculent ça toute la journée tandis que les ministres des finances ont l’œil fixé sur les résultats. Les finances de l’Etat, en effet, leur équilibre, ou l’importance de leur déséquilibre dépend de ces fameux points. On ne fait pas un budget à 2% de croissance, comme on le fait à un. C’est le cycliste sur son engin qui doit sans cesse pédaler pour ne pas tomber.
Or le même Etat qui tremble pour un tiers de point de croissance en plus ou en moins, organise en même temps le grenelle de l’environnement pour dénoncer les nuisances de la croissance, non seulement dans nos sociétés passablement gavées, mais aussi dans les pays émergents parce que la planète ne supporterait plus l’agitation incessante des hommes, leur recherche de confort, leur désir de bien-être, leur goinfrerie quotidienne, qui font la vie comme ils la rêvent.
Certes il reste beaucoup de pauvres, des exclus, des morts de faim qui voudraient bien être rattrapés par la fameuse croissance à travers la solidarité nationale. La social-démocratie a inventé, ce qui est bien pratique, la redistribution fiscale, mais elle a aussi branché les impôts sur le marché, en livrant à sa main invisible les recettes de l’Etat. Ces dernières sont donc depuis soumises aux emballements, aux récessions, aux codes, aux changements d’humeur d’un grand bazar, autrefois national, aujourd’hui planétaire.
Réguler, comme on dit, un marché national n’est pas très simple tant les opérateurs n’ont de cesse de tourner les interdits ; réguler le marché mondial est pratiquement hors de portée de nos démocraties qui désormais jouent leurs ressources au casino en faisant appel aux bateleurs et aux faiseurs d’illusion qu’ils nomment encore économistes pour donner à cette fantaisie un caractère scientifique. Bref la forêt d’experts dissimule la question. Les ressources de l’Etat doivent-elles dépendre de la croissance d’un marché sur lequel l’Etat n’a plus de prise sérieuse ?
Il y a plus d’un siècle, Marx avait tenté de répondre à cette question, et ses épigones ont rêvé de créer la société des égaux. Mais l’égalité a livré un terrible combat avec la liberté, parce que les hommes au fond ne supportent pas l’égalité, ils ne supportent pas la norme. Ils veulent accaparer, entasser, s’enrichir, et Jésus Christ, comme tant d’autres, eut beau promettre qu’il serait aussi difficile aux riches d’entrer au paradis qu’un chameau de passer par le chas d’une aiguille, la course au trésor n’a pas cessé pour autant ! L’organisation marxiste de la société qui avait essayé de répartir égalitairement les biens produits pour la seule satisfaction du consommateur citoyen, a dû mettre la clé sous la porte, après avoir ruiné cent Etats !
Quelle place reste-t-il alors à nos modernes nations ? Elles doivent assurer un certain nombre de services collectifs, faire régner la justice et assurer la défense. Ce n’est pas si mal. La liste des services collectifs est évidemment variable – santé, transports, éducation, aide aux familles, fourniture de l’eau, de l’énergie… – on peut mettre ce que l’on souhaite dans la corbeille commune. On sait simplement qu’elle a un prix et que ce prix se traduit par des prélèvements obligatoires sur la richesse de chacun. Ces prélèvements doivent être acceptables et acceptés. C’est la nature même du pacte social. Leur financement ne doit pas dépendre d’une croissance chimérique, mais d’un coût réel, acceptable à l’instant même où il est déterminé. Il est donc nécessaire d’avoir un Etat simple et efficace qui ne s’embarrasse pas trop de tous ces calculs savants qui mènent aux erreurs les plus folles, comme on en a tant connu dans l’histoire de notre pays.
Un Etat simple et efficace, c’est d’abord un Etat dont les comptes sont en ordre, le budget en équilibre et qui ne court plus après la croissance pour simplement payer ses dettes ; c’est un Etat qui ne se mêle plus d’un marché sur lequel il n’a plus d’autre action que celle d’en augmenter la cacophonie.
C’est un Etat qui investit dans son domaine et qui ne décrète pas à tout bout de champ. Moins on décrète, mieux on se porte. Mais pour bâtir cet Etat simple et efficace, cet Etat moderne, il faudrait, sans doute, un autre siècle des lumières.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°122 – Décembre 2007

Où va la politique étrangère de la France ?

Mardi, octobre 23, 2007 1 commentaire

Notre pays est confronté comme l’ensemble des pays occidentaux aux enjeux d’une planète qui se rétrécit à vue d’œil tant l’espace-temps a changé en un siècle, et tant son peuplement s’est modifié au bénéfice de l’Orient. La suprématie économique américaine issue de la deuxième guerre mondiale est en train de disparaître, comme a disparu depuis peu le monde communiste, pour laisser la place à l’émergence de vastes états comme la Chine et l’Inde, ou au retour de la Russie sortie affaiblie de sa révolution de 1989.
L’Europe est donc devenue pour un pays comme la France une nécessité absolue. Elle lui procure, malgré les grincheux, une monnaie forte, un marché proche et solvable, une solidarité de défense.
Pourtant la France n’est pas tout à fait à l’aise dans cette Europe qu’elle ne domine pas. Elle regarde vers la Méditerranée et l’Afrique, sans trop savoir où se trouvent ses alliances fondamentales. Elle se rapproche de la politique de défense de l’OTAN, au moment où le traité d’Atlantique Nord, fait contre l’URSS, n’a plus d’autre sens que d’affirmer une solidarité avec l’Amérique. En Afrique, elle rencontre maintenant la Chine sur les terres de ses alliés traditionnels, dont elle ne sait plus comment gérer l’amitié, empêtrée dans ses affaires d’immigration qui malmènent son image. En Méditerranée, elle doit affronter d’abord les conséquences de la crise des Balkans, et la création de micro-états, comme le Monténégro, le Kosovo, la Macédoine ou la Bosnie, d’où peut surgir à chaque instant une nouvelle crise. Elle est pourtant tentée, on ne sait d’ailleurs pourquoi, par ces micro-états qui peuvent sans doute se multiplier dans toute l’Europe, pour lui donner le visage du défunt empire romano-germanique. Mais surtout elle est confrontée à la crise majeure qui depuis plus d’un demi-siècle creuse le fossé entre l’Occident et le Moyen-Orient, fait resurgir l’Islam en dehors des Etats et l’Ouma, cette union des peuples musulmans qu’avait brisée l’émergence des nationalismes.
L’occupation de la Palestine par Israël : le lien mystique qui lie les Juifs à la terre d’Israël a engendré comme par effet miroir la sacralisation de la terre palestinienne par l’Islam et a fait paradoxalement de ce conflit celui du monde occidental chrétien avec le monde arabo-musulman. Incapable de trouver une solution à un conflit qui est du domaine du sacré la diplomatie matérialiste occidentale a pour l’essentiel pris fait et cause pour Israël, avec quelques exceptions parmi lesquelles la fameuse exception française portée par le Général de Gaulle.
Avec Nicolas Sarkozy, cette exception est passée à la trappe.
De même que l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis obéissait au prétexte de la non-prolifération nucléaire, et de la menace de l’Irak sur l’existence d’Israël, la croisade avec les mêmes prétextes s’étend aujourd’hui à l’Iran.
Si l’on n’a trouvé en Irak nulle trace d’arme nucléaire, on a créé une situation qui en effet profite à l’Iran, puisqu’au nom de la démocratie, donc de la loi du plus grand nombre, on a jeté dans ses bras la majorité chiite irakienne, ouvert à son protectorat un état kurde tout neuf, et un Afghanistan que l’Occident ne parvient pas plus à protéger que l’URSS n’était parvenue à le conquérir. Par la force des choses, le pouvoir est passé de Bagdad à Téhéran, comme au temps béni des croisades, les Perses seldjoukides finissaient par devenir les protecteurs du monde musulman ! Parfois, l’histoire bégaie, et les mêmes causes produisent les mêmes effets. Aux bruits de bottes que fait résonner Bernard Kouchner, on a envie de répondre le mot d’un général célèbre : «Attaquons, attaquons… comme la lune !»
Le rôle de la France ne serait-il pas plutôt d’apporter l’apaisement en œuvrant pour un partage équitable de la Palestine, pour une désacralisation du conflit, de sorte que cesse cet affrontement d’un autre âge qui ensanglante déjà le Moyen-Orient, mais qui pourrait bien finir par incendier la planète.
Si le temps de la diplomatie revenait, Nicolas Sarkozy pourrait alors jouer un rôle historique qui devrait être à sa mesure.

Xavier de Roux

L’Echo des Arènes – Novembre 2007

L’irrésistible ascension présidentielle

Jeudi, septembre 27, 2007 Laisser un commentaire

Jamais il n’avait été aussi évident qu’un Président gouvernait et gérait directement les affaires de la France.
La commission Balladur chargée de proposer des modifications institutionnelles a du mal à suivre le mouvement, puisqu’avec la même constitution, nous sommes passés en 1958 d’une démocratie parlementaire à une monarchie républicaine qui a vu dans le temps s’effacer le rôle du Premier ministre tandis que le Parlement, habitué à soutenir un gouvernement théoriquement responsable devant lui, perdait l’initiative des lois, et peinait à entamer le dialogue avec le véritable patron de l’exécutif, le Président de la République.
Jacques Chirac avait gardé quelques apparences qui lui permettaient de sauvegarder une irresponsabilité théorique, tandis que ses premiers ministres s’épuisaient à défendre ses directives devant le parlement.
Nicolas Sarkozy ne s’est pas embarrassé du masque du monarque régnant mais ne gouvernant pas. Il a pris sa responsabilité toute entière, et les affaires de l’Etat désormais, se traitent à l’Elysée où l’a envoyé le suffrage universel.
Il en résulte parfois un évident cafouillage puisque le Premier ministre, privé de l’apparence même du pouvoir, ne sait plus très bien où se situer, tandis que le parlement se lasse d’avoir responsable devant lui, non pas celui dont émanent les directives, ou si l’on veut l’esprit des lois, mais un exécutant plus ou moins fidèle, tentant de mener un orchestre, sans pouvoir empêcher les fausses notes.
Il est donc devenu nécessaire et urgent d’adapter notre constitution aux réalités du pouvoir, faute de quoi gouvernement et parlement se livreraient à un jeu d’ombres, tandis que le Président  ne trouverait aucun contre pouvoir, si ce n’est celui, informel, des corps plus ou moins constitués.
Il semble évident que le rôle du Premier ministre, tel que l’avait pensé le Général de Gaulle, qui régnait tandis que son Premier ministre gouvernait, est à ranger aujourd’hui au magasin bien rempli de l’histoire constitutionnelle française.
Le Président gouverne. C’est un fait, il faut en tirer les conséquences. Gouverner c’est donner aux ministres des directives claires et précises sur les politiques à mener, c’est demander au parlement d’approuver la ligne politique, de voter le budget qui en découle et de voter les lois nécessaires à la mise en œuvre de l’action politique.
Le parlement doit en outre contrôler l’action des ministres et surveiller l’application des lois qu’il a votées, y compris la loi budgétaire. Mais il ne peut plus être question pour lui de censurer le Président de la République, puisqu’il a été désigné par le suffrage universel, pour cinq ans en même temps que la majorité parlementaire qui a défendu le même programme que le sien.
Parallèlement, le Président de la République ne doit plus avoir le pouvoir de renvoyer le parlement en dissolvant l’Assemblée nationale. Exécutif et législatif, élus en même temps pour une même période de temps, sont condamnés à vivre ensemble, et si le parlement estime que le Président n’exécute pas le programme pour lequel ils ont été élus, il peut bien entendu refuser de voter les lois qui trahiraient les engagements réciproques.
On s’approche ainsi d’une démocratie à l’américaine où il n’est plus besoin de Premier ministre, puisqu’il n’a jamais existé là, de calife et de grand vizir.
Si le Président de la République doit clairement apparaître comme le chef de l’exécutif, dirigeant son gouvernement, le parlement doit voir ses pouvoirs renforcés à travers une modification du nombre de ses commissions permanentes, pour marquer tout le territoire de l’Etat ; il doit également voir son droit d’initiateur des lois, affranchi des règles actuelles qui soumettent ses propositions au bon vouloir du gouvernement, et son droit d’amendement ne doit plus être suspendu à l’étrange proposition d’un impact budgétaire. Tout acte du gouvernement a nécessairement un impact budgétaire.
Enfin si le parlement ne peut pas censurer le Président il doit avoir le droit de l’entendre, comme le Président doit avoir le droit de s’exprimer directement devant le parlement en mettant fin à cette fiction du message présidentiel lu par le Premier ministre à des parlementaires debout !
Enfin l’indépendance de la justice doit être garantie, mais les procureurs et les avocats généraux – qui sont les avocats de l’Etat – doivent être clairement placés sous la direction du garde des sceaux qui met en œuvre la politique judiciaire ou pénale votée par le parlement.
Il faut donc revoir la sacro-sainte règle de l’unicité du corps judiciaire qui mêle les juges et les procureurs, alors que les premiers doivent être strictement indépendants tandis que les seconds reçoivent des instructions.
Ce travail constitutionnel et le débat qui doit suivre est urgent. Il est le garant de l’équilibre des pouvoirs donc de la liberté des citoyens.

Xavier de Roux

 

Salut l’artiste !

Mardi, juillet 31, 2007 Laisser un commentaire

L’autre jour, à la gare d’Angoulême, Ségolène Royal monte dans le TGV. Elle porte un tailleur rose ; elle s’assoit à sa place sans un regard pour ses trois voisins, elle dispose sur ses genoux Le Monde et Les Echos ; elle regarde à peine les titres de ses journaux, et s’intéresse, impassible, au paysage. La surprise de ses voisins est grande, ils s’attendaient au sourire du «20 heures» ; à la cordialité de la candidate, ils ne trouvent que la distance de la présidente de région, qui a vu sans doute  pour cette raison lui échapper la Présidence de la France.
Elle laisse en ruine, et on ne s’en plaindra pas, un parti socialiste archaïque, traversé par autant de courants que d’ambitions contrariées, qui font de lui une sorte de hall de gare où se croisent les idées les plus confuses et les rêves les plus fous.
Ceux qui ont quitté le navire pour atterrir sur la planète Sarkozy observent avec distance ce remue-ménage, où se mêlent les affaires de cœur du premier secrétaire, le départ de Strauss-Kahn vers le Fonds Monétaire International, et celui de Jack Lang du bureau national du parti où l’on veut lui interdire de réfléchir sur l’inflexion des institutions voulue par le Président de la République. Entre ceux qui tonnent, comme Henri Emmanuelli, contre le fait qu’un socialiste puisse présider un organisme aussi libéral que le F.M.I., et ceux qui applaudissent à cet «honneur», il y a certainement un moment où l’on ne comprend plus rien !
Mais la supercherie a commencé il y a longtemps déjà. Le double langage, les demi mesures ne sont pas d’aujourd’hui. François Mitterrand avait su porter à l’incandescence les contradictions d’un Guy Mollet qui envoyait le contingent livrer bataille en Algérie, tout en prônant l’autodétermination des peuples. Ministre de la Justice de ce gouvernement là, il s’opposait à de Gaulle, l’homme de la paix. Plus tard il fera alliance avec le parti communiste de Georges Marchais et adoptera les thèses du matérialisme historique.
Ségolène Royal est évidemment de cette fine école. Elle mêle le «travail famille patrie» de la fille du colonel qui aimait trop les colonies, avec quelques lunes mitterrandiennes qu’elle croit populaires et dont elle jacasse avec avidité. Pourtant Ségolène Royal a subi une défaite «lourde, politique, idéologique, culturelle», pour reprendre le mot de Jack Lang, tandis que l’équipe du PS «est rongée de haine recuite», selon l’expression du même.
C’est donc l’aile défaite du parti socialiste qui paradoxalement prend en main les destinées de la Région ; l’armée en déroute s’est réfugiée dans le Poitou-Charentes pour y tester ses inventions. Elle y a retrouvé les maigres bataillons d’appoint de François Bayrou et de son MoDem. Rayé de la carte parlementaire, il essaye de faire en petit ce qu’elle voulait faire en grand. Madame Royal pratique donc avec lui l’ouverture et s’empare du centre picto-charentais ! Elle promeut Elisabeth Delorme, la fille de l’ancien président Blaizot, élue à la Région sur la liste de Dominique Bussereau, vice-présidente, tandis que Jean-Philippe Ardouin reçoit quelques promesses vers la mairie de Saintes. Mais l’offensive semble s’arrêter à ces maigres gains, puisque Rousset n’a pas cédé à Royal la présidence de l’association des Régions de France qu’elle visait pour essayer de la transformer en présidence bis, et à l’Assemblée nationale, au groupe socialiste elle ne réunit guère qu’une vingtaine de députés, les yeux fixés sur 2012.
En attendant, les lourds nuages de la morosité et du défaitisme se dissipent au vent de Nicolas Sarkozy. Certes, il prêche une opposition apaisée et organisée, et Président de tous les Français, il ouvre à ses adversaires d’hier les portes de la République. Mais il se garde de demander à l’opposition de choisir ses représentants, et les désignant lui-même, il les rend évidemment majoritaires puisque adhérents à ses desseins.
Ce tour de passe-passe et quelques autres sont applaudis par les Français qui admirent l’artiste, travaillant sans filet et l’économie n’étant pas une science exacte, relevant autant de l’air du temps que des mathématiques, et beaucoup plus de la pratique que de la théorie, il commence à souffler un vent d’optimisme qui peut assurer la relance, surprendre les Allemands et les experts de Bruxelles.
Tout le pari est là. Salut l’artiste !

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°118 – Août 2007

Battu

Jeudi, juin 21, 2007 2 commentaires

Je voudrais tout d’abord remercier ceux très nombreux qui m’ont accompagné dans cette campagne électorale et qui furent amicaux et chaleureux jusqu’au soir de la défaite. Je voudrais remercier tous les maires qui m’ont accompagné dans cette aventure et qui pourtant parfois ne partageaient pas toutes mes positions politiques, mais certainement le même amour du territoire. Je voudrais remercier les jeunes militants déçus, ma suppléante Monique Gorbatchef qui partage mon échec sans le mériter, et mes collaborateurs fidèles avec lesquels j’ai travaillé pendant des années.

La démocratie c’est ainsi, un jour on gagne, un jour on perd. Je ne voudrais pas que cette défaite ne soit pas la mienne mais celle d’un territoire, alors qu’enfin l’espoir se lève sur notre pays pour accomplir les réformes nécessaires et l’aider à poursuivre la marche en avant de son peuple.

Car l’élection présidentielle aura été un tournant dans notre histoire ; un tournant aussi important que celui de 1958 avec la monumentale arrivée du général de Gaulle ou que celui de 1981 avec l’élection de François Mitterrand et la mise en exécution du programme commun du gouvernement qui devrait mener au socialisme fabriqué par le parti communiste et le parti socialiste.

Ce rêve de l’exception française a pris fin. Ségolène Royal a tenté une dernière fois de l’incarner, mais elle a dû quitter sa robe de bal et ses dernières illusions.

La France a décidé de se colleter avec les réalités du monde et d’y tenir toute sa place.

Et c’est évidemment dur d’être battu, lorsque l’on voit enfin triompher les idées que l’on a défendues, semaines après semaines, jour après jour, à l’Assemblée Nationale, dans les colonnes de ce journal, dans des livres, là où l’on peut s’exprimer.

Mais ce qui est important, après tout, c’est le succès des idées, c’est le succès du projet, et il est en marche.

Il ne faudrait pas que s’installe une nouvelle cohabitation entre les régions tenues majoritairement par les tenants de la pensée ancienne, et l’actuel gouvernement. La pensée unique, déçue, a encore de formidables bastions pour s’opposer, et l’on verra par exemple comment seront reçus la réforme de l’université – indispensable – ou encore le respect du service public dans le domaine des transports en cas de grève.

Mais ce qui est nécessaire, c’est que souffle un autre esprit, et que s’envole le temps de la morosité, et cette atmosphère de malheur qui a entouré si longtemps notre pays. Ce qui est important c’est la renaissance de l’optimisme et du goût d’entreprendre, de créer, de rendre attractif notre territoire, d’extirper la bureaucratie, les freins réglementaires et tout cet arsenal mis en place au nom de l’égalité contre la liberté. Car si liberté et égalité figurent toutes les deux dans la devise de la République, l’équilibre est difficile à tenir puisque trop d’égalité tue la liberté, et trop de liberté tue l’égalité.

C’est finalement là que se situe le programme du gouvernement, redonner à la liberté son envol sans que pour autant elle ne supprime l’égalité.

Il faut là un grand talent politique. Nicolas Sarkozy est sans doute celui-là.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°117 – Juillet 2007

La rupture

Mercredi, mai 30, 2007 2 commentaires

Nicolas Sarkozy, avant sa campagne, annonçait la rupture. On se demandait de quelle rupture il s’agissait. On a vite compris. Pour la première fois depuis 1981, un homme politique de droite rompait en effet avec la pensée unique qui règne sans partage dans l’intelligentsia française.

Les gardiens du temple, «Le Monde», «Marianne», «L’Observateur», n’en reviennent pas encore ! Les caricatures de Plantu à la une du Monde ont beau être de plus en plus haineuses ; rien n’y fait. Nicolas Sarkozy, très décomplexé, dit tout haut ce qu’il va faire avec une majorité qui n’attend que cela depuis longtemps. Le programme de Nicolas Sarkozy, c’est évidemment un programme de gouvernement, mais c’est d’abord un changement de valeurs. Il est clair en effet que seule une rupture faite avec une idéologie qui fit dire à Gordon Brown, «Marx est enterré en Angleterre, mais il est toujours vivant en France», peut conduire à mener une politique fondamentalement différente. Jacques Chirac, faute d’avoir osé toucher au corpus idéologique français, à ce que l’on appelle l’exception française, parce que sa génération en avait été pétrie, n’a pas su pratiquer une politique de réformes harmonieuses. Il ne pouvait pas en effet les mettre en perspectives, et elles se faisaient toujours dans la douleur et à son corps défendant.

Nicolas Sarkozy a compris que pour que la France continue de jouer dans la cour des grands, elle devait non pas se rallier à on ne sait quelle idéologie libérale, mais simplement avec pragmatisme, affronter le monde comme il est désormais.

On sait depuis longtemps que le dogme libéral du «laissez faire, laissez passer» n’est que le prétexte pour l’économie dominante de poursuivre sa domination, et l’économie française n’est pas une économie dominante. Les Etats-Unis l’ont été. Mais ils savent très bien que leur dogme ne résistera pas longtemps au vent de l’Asie.

On écrit déjà, là-bas, «le libéralisme contre le capitalisme». Tout le monde a compris le jeu de rôle qui se joue à l’échelon de la planète. Il ne faut pas être naïf. Les Français ne le sont pas, et ils savent très bien que leur niveau de vie et leur bien-être dépend de leur créativité et de leur goût d’entreprendre et d’inventer.

Or un pays suradministré comme la France crée mille freins à l’initiative et utilise une grande partie de ses ressources à nourrir la machine sensée apporter la sécurité et l’égalité entre tous les citoyens.

La réforme de l’Etat est indispensable à l’amortissement de la dette. En ramenant à 15 ministères l’administration de l’Etat, Nicolas Sarkozy prend une décision considérable.

C’est évidemment, moins d’arbitrages entre les administrations, plus de clarté dans les compétences, plus de rapidité dans les décisions. En un mot, moins d’Etat mais plus d’efficacité.

La rupture est là. La France change de modèle.

Mais rien n’est tout à fait gagné. Les élections législatives à venir le mois prochain seront décisives. Elles donneront ou elles ne donneront pas au nouveau président élu le moyen d’appliquer son programme. Le troisième tour de l’élection est engagé, et certains mêmes le verraient bien dans la rue. Les nostalgiques de Lénine et d’autres régimes passés n’en reviennent pas d’avoir été éliminés par les urnes. Ils vont chercher ailleurs une revanche. Quant au parti socialiste il tente de mettre le pied dans la porte pour que rien ne bouge. Les élections législatives sont leur va-tout. Ce n’est donc qu’à la fin du mois de juin que l’on saura si la rupture peut se faire. Souhaitons ensuite qu’elle soit menée à bien par l’équipe mise ne place, avec brio autour de François Fillon                                                                                           

                                                                         Xavier deRoux

                                                                                 Juin 2007

                                                                                                                                        

Bayrou, roi du monde

Jeudi, avril 26, 2007 2 commentaires

Monsieur Bayrou a convoqué la presse nationale et internationale pour un étrange spectacle : ayant obtenu 18 % des suffrages de ses concitoyens, il s’est aussitôt sacré roi du monde ! Et en cette nouvelle qualité d’arbitre universel et de sage absolu, il a, pendant deux heures, distribué des bons points et des blâmes quand ce n’était pas des leçons à ses deux adversaires qui ont pourtant recueilli plus d’adhésions que lui. Monsieur Bayrou, roi du monde, croit inventer la démocratie du culbuto quand il ne fait que recommencer l’histoire de l’UDSR sous la IVème république, qui comptait peu de députés, mais se retrouvait dans tous les gouvernements, parce qu’à la charnière des équilibres précaires qu’imposait  une assemblée divisée.                                                                        

Monsieur Bayrou a découvert que la division pourrait faire la force de la minorité. C’est un peu inventer l’eau tiède, mais la fatuité du personnage perçait l’écran, son expression tentant de masquer la redondance de sa pensée.

Il a pourtant admis que l’enjeu de l’élection était d’importance, puisqu’il fallait choisir entre un programme économique socialiste qu’il ne peut partager et un candidat dont il partage les fondamentaux mais avec lequel il est non seulement en concurrence, mais en détestation ; et ce candidat le devance largement. Il influence donc, et depuis longtemps son attitude politique. Va pour un nouveau parti du centre et que vogue la galère… Mais Monsieur Bayrou semble oublier qu’il n’est pas seul à cet endroit géographique de l’échiquier politique, puisque le parti radical valoisien, qu’il a longtemps courtisé, y a toute sa place sous la présidence de Jean-Louis Borloo et d’André Rossinot et que ce centre-là, non seulement se trouve fort bien avec Nicolas Sarkozy, mais a déjà beaucoup contribué à la solidarité nationale sous les gouvernements de Jean-Pierre Raffarin et de Dominique de Villepin, en luttant avec succès contre le chômage, en favorisant l’emploi et la rénovation urbaine. Ce centre-là , avec Renaud Dutreil, a fait beaucoup pour les petites et moyennes entreprises, et compte mener à bien son programme, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, de même qu’en matière d’écologie, Serge Lepeltier, qui a fait ses preuves, n’a rien à apprendre de Monsieur Bayrou.

Le roi du monde, comme c’est habituel, sera roi du pré carré qu’il consacre à son ambition. Ce n’est pas la peine pour cet exercice convenu de convoquer les foules.

                                                                                    Xavier de Roux

Catégories:Actualite, Politique

La leçon d’un soir

Mercredi, avril 25, 2007 Laisser un commentaire

Le duel Ségolène Royal-Nicolas Sarkozy, commencé il y a si longtemps, a finalement passionné les Français. Il y a bien longtemps en effet que les citoyens ne s’étaient pas mobilisés en aussi grand nombre pour aller aux urnes, exprimer leurs préférences et leurs espoirs ; choisir entre deux modèles, celui des valeurs incarnées par Nicolas Sarkozy qui a mis le travail et le mérite au centre de sa réflexion, et celui du socialisme actif, incarné par Madame Royal qui n’a pas oublié les thèmes fondateurs de son Parti, comme le travail aliénant l’homme et créant l’exploitation de l’homme par l’homme. Au deuxième tour, la gauche tout entière appelle d’ailleurs à se réunir et à se reconnaître chez Madame Royal qui reçoit – avec son éternel sourire carnassier – l’hommage et l’aide d’Arlette Laguiller, de Madame Buffet, à la tête d’un parti historique qui vient de disparaître, de José Bové et des autres trotskistes, Olivier Besancenot et Schivardi, des Verts enfin qui se demandent où ils sont et comment ils vont finir.

Mais il faut que Madame Royal trouve à fondre maintenant dans un même programme cette gauche extrême, éclatée en groupuscules, portant la nostalgie de 1917 et des marins de Cronstadt, avec les thèses centristes et conservatrices de François Bayrou qui, dit-on, tient la clé de l’élection. La clé du pouvoir serait dans la boîte à gants de sa voiture. C’est un peu plus compliqué que cela ! Clairement, en effet, les Français entendent rompre avec le discours dominant qui règne dans ce Pays depuis 1981 pour, mettant fin à la fameuse exception française, faire entrer la France dans son siècle, avec optimisme et le goût d’entreprendre et de gagner. François Bayrou ne peut sérieusement s’y opposer et il aurait tort de se lancer dans des combinaziones politiciennes, cherchant à être l’indispensable parti d’appoint à un camp ou à l’autre. Il a souligné – et il a raison – qu’il n’est pas propriétaire de ses électeurs, mais il a aussi une responsabilité forte qui doit dépasser les plans de carrière à court terme. Certes beaucoup de ses électeurs sont des rencontres d’aventure parce que, socialistes, ils ne voulaient pas voter Royal. Mais beaucoup de centristes, et au premier chef beaucoup d’élus centristes, n’ont pas vocation à adhérer aux thèses du parti socialiste conforté par une extrême-gauche indispensable puisqu’elle doit apporter près de 10% de suffrages à Madame Royal. On ne marie pas la carpe et le lapin.

Restent alors les fantasmes. Nicolas Sarkozy a subi sans broncher les attaques personnelles les plus basses. Il a simplement, hochant la tête, avoué à la fin de ce premier tour, qu’il se sentait plein de cicatrices. Mais ce n’est qu’un début. Les poubelles sont pleines, les éboueurs de «Marianne» et du «Canard enchaîné» ne vont pas tarder à se mettre au travail. Ceux qui se disent les parangons de la démocratie utilisent les méthodes de l’extrême-droite d’avant-guerre.

Il faut simplement souhaiter que le débat entre Madame Royal et Nicolas Sarkozy soit bien ce débat de société que l’on attend et qui engagera réellement la France vers la modernité qu’à la fois elle souhaite et elle redoute. Un tel débat mérite maintenant que l’on s’élève au-dessus de simples combinaisons politiciennes. Celui fondamental de 1981, on s’en souvient, a engagé la France pour un quart de siècle. C’est cela qui est en cause. Il faut le vivre sereinement. 

                                                                              Xavier de Roux

                                                                                       Mai 2007

La solitude de François Bayrou

Mercredi, mars 28, 2007 Laisser un commentaire

Il y a dix ans déjà, lorsque, après l’échec des élections de 1997, l’UDF et le RPR décidèrent de fusionner pour créer un grand mouvement politique, François Bayrou résista, refusa, et conserva avec quelques amis, son pré carré, tandis que les gros bataillons centristes derrière Pierre Méhaignerie, Jean-Pierre Raffarin, Dominique Bussereau, Philippe Douste-Blazy et quelques autres, rejoignirent le nouveau parti : l’UMP.

François Bayrou rentra donc à l’Assemblée avec un petit groupe parlementaire d’une trentaine de membres, face aux 364 députés de la majorité. Certes, il envoya un Ministre au Gouvernement : Gilles de Robien. Mais très vite, il préféra rentrer dans l’opposition, faisant déjà des clins d’œil aux socialistes, persuadé que le Gouvernement ne surmonterait pas les difficultés du pays et qu’il pourrait s’entendre avec les sociaux-démocrates, l’aile la plus libérale du parti socialiste.

Son plan prenait corps : le mirage du pouvoir depuis si longtemps attendu l’attirait irrésistiblement. Certes, combattre sur sa droite et convaincre sur sa gauche relevait d’une mission impossible, mais il la tenta, son groupe refusa de voter le budget du Gouvernement Villepin aux motifs que l’équilibre des comptes n’allait pas assez vite. On entendit son spécialiste en finances publiques, Amédée de Courson, expliquer qu’il fallait réduire sans préavis les dépenses de fonctionnement de l’Etat. Or les dépenses, pour moitié, sont constituées par les traitements, salaires et retraites versés aux fonctionnaires, et déjà sous le Gouvernement Jospin, on empruntait dès octobre venu pour faire les fins de mois. Il était difficile donc de trouver un terrain d’entente avec l’opposition socialiste qui a fait depuis 1983 du déficit budgétaire une politique économique !

Et franchement, Amédée de Courson donne plus dans le libéralisme que dans le socialisme. Mais François Bayrou n’a jamais eu peur du grand écart. Il excelle dans les lettres et se moque des chiffres, ce en quoi il a très certainement politiquement raison.

Surfant sur l’idée simple que la droite et la gauche sont fongibles, ce que pensent de nombreux Français, il n’allait pas s’embarrasser de lire le programme socialiste. Il annonçait simplement qu’il se sentait de gouverner avec Strauss-Kahn, qui passe effectivement pour rassurer la bourgeoisie, et les bobos mondains. Mais Strauss-Kahn, attelé à la reconquête du parti socialiste, n’ayant probablement aucune envie de s’embarquer dans l’aventure de celui qui se rêve en Henri IV, déclina immédiatement la proposition, comme le fit d’ailleurs Jean-Louis Borloo qui, dans le même temps, s’était vu paré des mêmes qualités.

Cette double rebuffade n’est pas faite pour changer la stratégie du Béarnais, pour la bonne raison qu’elle resta discrète, et que l’idée force maniée par le candidat, comme souvent les idées fausses, a la vie dure.Mais après avoir rallié à son pa-nache tous ceux que Madame Royal a déçus et tous ceux qui n’aiment pas la tête de Sarkozy, notre Béarnais se retrouve terriblement seul.

Pour ne pas porter atteinte à l’équilibre précaire de ses troupes, il faut le moins de programme possible, et peut-être pas de programme du tout. Il faut ensuite éliminer Royal pour affronter Sarkozy au deuxième tour, cela signifie avancer en silence et masqué, entre non dits et vérités premières. Or, l’opinion sent bien que les élections présidentielles sont lourdes de sens, qu’il s’agit de mettre la France en mouvement en donnant confiance aux Français en la nouvelle donne, c’est-à-dire l’ouvrir au monde du XXIème siècle qui est ce qu’il est. L’enjeu est de tout perdre ou de tout gagner.

Or, François Bayrou, solitaire, joue l’immobilisme et la conciliation dont il a donné un exemple lorsqu’il fut Ministre de l’Education Nationale.

Il vaut pourtant mieux que cela. Il eut du talent ; il se crispe aujourd’hui sur ses anciennes positions qui lui ont fait refuser l’UMP, l’Union pour un Mouvement Populaire. Il veut démontrer à ses amis qu’il a eu raison, et il fait le prestidigitateur.

Il fait penser au héros de Drieu La Rochelle, «l’homme à cheval» qui, à la fin, s’en va à pied ! 

                                                                                     Xavier de Roux

                                                                                             Avril 2007 

Vive la complexité

Mercredi, février 21, 2007 Laisser un commentaire

Puisque dans ces temps de campagne électorale on se penche sur les heurs et malheurs de la société française et qu’on s’inquiète du pouvoir d’achat des Français, il est sans doute nécessaire de regarder de plus près le fonctionnement de la machine que l’on a fabriqué depuis la dernière guerre mondiale et que l’on n’a cessé de perfectionner depuis.

Les revenus des salariés français sont composés des salaires directs versés par l’employeur et des services que l’on peut obtenir en contrepartie des cotisations versées chaque mois par le même employeur ou par le salarié aux différentes caisses, les allocations familiales, la santé, la retraite, et qui représentent une somme assez voisine du salaire net. C’est le salaire indirect ; personne évidemment ne songe à l’inclure dans son pouvoir d’achat. Il est appelé et ressenti comme une «charge». On parle donc toujours du salaire après charge, qui doit lui aussi faire face à des dépenses obligatoires, les impôts et notamment les impôts locaux, la facture d’eau, de gaz et d’électricité, le ramassage des ordures ménagères qui font une ponction importante sur le salaire net. Il faut ensuite se loger, s’habiller, et se nourrir. Certes la machine produit l’allocation logement pour certains et des aides diverses pour d’autres, mais en fin de compte, le ressenti est bien l’absence de numéraire disponible pour faire face à ses besoins ou pour se procurer ce dont on a envie.

Le développement du salaire indirect ou du salaire différé, lié par ailleurs aux dépenses obligatoires finit par créer un sentiment général de frustration et parfois de pauvreté ; d’autant que la machine, pour fonctionner, a gommé les liens entre la cotisation obligatoire et la dépense évitée. C’est vrai en matière de santé. Qui connaît le coût réel d’une intervention chirurgicale et d’une longue hospitalisation ? Qui connaît le coût réel de fonctionnement d’une crèche ou du maintien à domicile des personnes âgées ? La machine est sommée de rendre toujours plus de services ; elle est de plus en plus compliquée, quelquefois incompréhensible et terriblement coûteuse.

Les gouvernements Raffarin d’abord et de Villepin ensuite se sont mis en tête de la simplifier pour en réduire le coût. L’Etat en effet commençait à payer ses fonctionnaires à crédit au 10ème mois de l’année !La simplification administrative est donc devenue une véritable discipline coiffée par une commission présidée par un parlementaire.

Le Parlement a autorisé le gouvernement à prendre des ordonnances de simplification dans tous les domaines. Les résultats sont il faut bien le dire, mitigés, car la complexité crée toute une activité économique parallèle, notamment dans le domaine des règles sociales fiscales et du droit du travail. Personne ne s’y reconnaissant, en tous les cas pas le simple citoyen, les spécialistes se sont mis à prospérer, et le juge s’est emparé de la règle de droit, annulant ici, condamnant là, si bien que l’insécurité juridique règne avec bonheur sur des citoyens désabusés. Certes le gouvernement a inventé le rescrit fiscal et social, c’est-à-dire l’énonciation par l’administration, à la demande d’un administré, de la règle qu’elle applique et à laquelle elle doit donc se soumettre elle-même. On imagine que les résistances sont vives. Chaque URSSAF est autonome par rapport à la caisse nationale et entend bien le rester.

Enfin – et cela n’était pas prévu – l’impact de la législation européenne à travers ses règlements et ses directives déstabilise encore un peu plus l’objectif. A l’intérieur de l’espace européen, on peut situer une activité où l’on veut et notamment là où le système fiscal et social est le moins contraignant. Il y a 20 ans l’Irlande était le pays le plus pauvre d’Europe. Aujourd’hui, son problème c’est de trouver de la main-d’œuvre pour faire tourner des entreprises en surnombre !

La réforme de l’Etat français est devenue impérative. Mais on ne peut changer l’Etat que si l’on modifie son rôle et qu’on cesse de lui donner comme mission première de redistribuer ce qu’il prélève sans retenue. Si la totalité des cotisations n’étaient pas assises sur le salaire, la feuille de paie retrouverait une meilleure allure. Le Smic net s’en trouverait presque doublé ! Mais alors comment financer nos organismes sociaux ?

On pourrait peut-être s’inspirer du modèle allemand en instituant une TVA sociale ; deux points de plus que la TVA actuelle. Cela aurait d’ailleurs l’avantage de rétablir un peu l’équilibre entre ce que nous produisons et ce que nous importons. La TVA en effet frappe d’abord les importations dont beaucoup proviennent d’entreprises délocalisées ou de pays à bas coût social. Bref les avantages semblent l’emporter sur les inconvénients.

On ferait cesser ainsi une partie de la complexité française tout en augmentant le salaire direct qui constitue dans l’esprit des Français le pouvoir d’achat. Ça vaut quand même le coup d’y regarder de plus près. 

                                                                                    Xavier de Roux

                                                                                    Février 2007 

Adieu Jean-François

Mardi, février 20, 2007 Laisser un commentaire

Jean-François Deniau aimait l’aventure, l’écriture et la mer. On a jeté ses cendres à l’océan. Il est parti au pays des goélands.  C’était un personnage extraordinaire, pour dire hors du commun et des sentiers battus. Il avait rêvé et il cherchait son rêve, un rêve où chacun chercherait à se dépasser, pour cette cause-là, un rêve d’un monde d’équilibre où le grand et le méchant ne gagneraient pas toujours, où David triompherait de Goliath, et le marin des éléments ; c’est-à-dire finalement de soi-même. Naviguer, c’est jouer avec la violence, ruser avec la force du vent et la force de la mer, c’est se promener sur la peau du diable comme disait Kersauzon, et Jean-François Deniau avait décidé d’y cheminer à sa façon, avec son éternel air d’aristocrate, et dans les derniers temps sa canne, pour cheminer toujours. Bien sûr comme tous les grands promeneurs solitaires, il avait des angoisses, et souvent l’angoisse de la nuit quand vient l’aube. Trois heures après minuit, l’heure que craignent le plus les sentinelles, et il savait monter la garde, contre l’adversité, contre l’injustice, contre la raison du plus fort, du Liban à l’Afghanistan, de l’Afghanistan aux Balkans, et des Balkans au Vietnam, ou en Afrique, puisqu’il était aussi devenu africain, à Tadjoura en face de Djibouti, en habitant sa maison plantée sur la plage, dans le désert de pierres et le soleil des hommes.

Jean-François Deniau est difficile à décrire, il était plus facile à aimer, ou pour certains à détester ; il n’aimait pas de demi-sentiments ; ce n’était pas un tiède et c’est sans doute pour cela qu’il n’a pas fait la carrière politique qu’il méritait. Certes il fut plusieurs fois ministre et on lui doit même ce Traité de Rome qui créa le marché commun, il fut membre de la Commission Européenne, chargé des relations extérieures, ambassadeur en Mauritanie, secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, à l’agriculture, ambassadeur en Espagne lors de la transition démocratique, député du Cher, président du Conseil général… Mais l’échec de Giscard d’Estaing à la Présidence de la République lui fut politiquement fatal. Et d’ailleurs lorsqu’en 1993 il demanda à être le candidat UDF à la présidence de l’Assemblée et qu’il avait toutes les chances d’être choisi, Giscard d’Estaing s’y opposa. «Vous n’allez pas voter pour cet original» disait-il.

Parce que dans une République qui se respecte, on ne vote pas pour un original qui va recueillir en mer les boat people au large du Vietnam, qui s’en va en guerre dans les maquis afghans ou à Sarajevo ; qui se préoccupe des otages, et accomplit quelques missions confidentielles dans des endroits oubliés. On ne vote pas pour un écrivain, même membre de l’Académie française, qui traverse l’Atlantique à la voile et se consacre aux Droits de l’Homme et aux peuples victimes de dictature ou d’occupation étrangère.

Jean-François Deniau a vécu sa vie d’homme libre, il s’est colleté avec la maladie et la souffrance ; peut-être a-t-il approché son rêve, comme un enfant qui a peur du noir.

Il est maintenant au pays de la mer ; ce long voyage est le sien. Nous pouvons dire simplement à ses enfants et à sa compagne que c’était un homme de bien et que nous l’aimions.

                                                                                                                          Xavier de Roux

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