Un avocat saintais pour les Serbes
Lundi 26 février dernier, à la Haye, la Cour Internationale de Justice a rendu son jugement dans l’affaire opposant la Bosnie à la Serbie. La cour a rejeté la plainte de la Bosnie qui accusait la Serbie d’avoir commis un génocide sur la communauté musulmane durant la guerre civile qui a agité l’ancienne Yougoslavie de 1992 à 1996. Devant la haute juridiction, la Serbie était défendue par l’avocat saintais Xavier de Roux, député maire de Chaniers. Il répond à nos questions : • Défendre la Serbie contre la Bosnie n’était facile puisque la question était de savoir s’il s’agissait ou non d’un génocide. Comment avez-vous organisé votre plaidoirie ? Dans l’opinion publique, la Serbie a toujours tenu le rôle du méchant dans la guerre civile qui a éclaté lorsque la Yougoslavie s’est divisée sous la poussée des nationalismes. La Slovénie, la Croatie, puis la Bosnie ont fait sécession. Aujourd’hui, il ne reste rien de la malheureuse Yougoslavie puisqu’à leur tour, la Macédoine et le Monte Négro ont pris leur indépendance tandis que le Kosovo est pratiquement sous mandat des Nations Unies. L’Union européenne, plutôt que de s’opposer à l’éclatement de ce pays imposé par Clemenceau en 1918 pour stabiliser les Balkans, a suivi l’Allemagne. En effet, elle avait une vieille revanche à prendre puisque l’assassinat de l’Archiduc d’Autriche, à Sarajevo en 1914, est à l’origine de la Première Guerre mondiale et du démembrement de l’empire d’Autriche. A cette époque, la Serbie était l’alliée de la France et, à Belgrade, un immense mausolée rappelle cette ancienne alliance. Ceci étant, la guerre civile a été particulièrement atroce en Bosnie. Ce pays n’existe pas réellement. Il comprend trois communautés, musulmane, croate, serbe, et il était difficile de faire vivre en petit ce qui avait éclaté en grand. Autrement dit, la Bosnie ressemblait étrangement à une petite Yougoslavie. C’est donc un combat intercommunautaire qui a opposé, sur le territoire bosniaque, les minorités croate, serbe de Bosnie et musulmane.
Dans cette conquête du territoire, s’est déroulé le drame de Srebrenica. Le deuxième corps d’armée de la République serbe de Bosnie a massacré tous les hommes en âge de porter les armes lors d’un siège où les forces des Nations Unies, représentées par un contingent hollandais, n’ont guère brillé. Les responsables ont déjà été condamnés par le Tribunal pénal international et le général Mladic est toujours activement recherché. La Bosnie, et c’est tout le procès devant la Cour, soutenait que la Serbie avait armé les Serbes de Bosnie. En conséquence, elle était donc responsable, non seulement du massacre, mais de l’ensemble des atrocités qui ont marqué cette guerre. Des dommages et intérêts très importants lui étaient réclamés. La Serbie devait démontrer, d’une part, qu’il n’y avait pas eu de Convention internationale et, d’autre part, que les massacres ne lui étaient pas imputables. C’est finalement ce qu’a dit la Cour en retenant cependant la responsabilité de la Serbie pour n’avoir pas fait arrêter le général Mladic qui doit être traduit devant une juridiction internationale.
• Quelle est la portée politique de la décision de la Cour Internationale de Justice ?
La Cour Internationale de Justice, composée de quinze hauts magistrats de différents pays du monde, a rendu un verdict d’apaisement. Cette région des Balkans doit, en effet, se réconcilier. Cette tâche n’est pas facile compte-tenu du passé. Déjà, la Slovénie et
la Croatie sont entrées dans l’union européenne. La Serbie y aspire également et il faudra bien trouver une solution aux problèmes du Kosovo ainsi, d’ailleurs, qu’à la création d’une véritable république bosniaque pouvant parler d’une seule voix.
Actuellement, les Casques bleus sont-ils toujours en Bosnie ? Oui. Il y un fort contingent de casques Bleus en Bosnie et Kosovo, notamment français. Les Américains ont installé une base très importante au Kosovo.
Quelle a été la position des Américains qui sont largement intervenus dans les Balkans… avant d’entrer en Irak ?Les Américains sont effectivement intervenus dans les Balkans, notamment aux côtés des Bosniaques musulmans et des Kosavars. C’était l’époque où les Américains soutenaient, là comme ailleurs, les minorités musulmanes. Ils voyaient dans cette religion un rempart au communisme. Ils ont d’ailleurs été largement les initiateurs du mouvement taliban en Afghanistan, sans compter les liens étroits que le président Bush père entretenait alors avec la famille Ben Laden et l’Arabie Saoudite.
Pourquoi la Serbie vous a-t-elle pris pour avocat ? Dans ce procès, les juristes français étaient à l’honneur puisque la Bosnie était notamment défendue par Brigitte Stern, professeur de droit à l’université de Paris I et Alain Pellet, enseignant à l’université de Paris 10.
Il était normal que la Serbie trouve ici un avocat français ! C’est ainsi que j’ai accepté la mission qui m’était proposée.









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