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Pauvre Europe !

Mardi, mai 26, 2009 1 commentaire

L’élection du Parlement européen a lieu le 7 juin prochain. C’est une élection capitale, et pourtant tout le monde s’en moque.
C’est une élection capitale parce que les lois européennes votées par le parlement européen sous le nom de directives s’imposent à la loi nationale qui a l’obligation de les “transcrire”. Nous vivons Européens, et souvent nous ne le savons pas.
Le traité de Lisbonne, s’il est ratifié en octobre par l’Irlande, va renforcer les pouvoirs du Parlement européen qui aura désormais les mêmes prérogatives législatives que le Conseil des Etats. Or les règles économiques et sociales qui seront adoptées après la sortie de crise seront d’abord des règles européennes, les parlements nationaux n’auront qu’un rôle subsidiaire. Le Traité de Rome en 1958 consacrait la toute puissance du marché et du droit de la concurrence. Il y a tout lieu de penser que l’interprétation du Traité de Lisbonne donnera du droit européen une lecture différente. Le Parlement européen aura donc un rôle essentiel à jouer, un rôle protecteur, un rôle d’arbitre. Les grandes entreprises ne s’y trompent pas. Elles sont déjà dans ses couloirs.
Et pourtant tout le monde semble se moquer de ces élections. Les partis commencent à peine une campagne électorale, si brève qu’elle durera au maximum deux semaines ! Peu de candidats sont connus du grand public, Cohn-Bendit et Rachida Dati sont presque deux exceptions. Quant aux programmes, ils sont largement à usage interne. Madame Aubry et M. Bayrou ordonnent de tirer sur le quartier général, c’est-à-dire sur Nicolas Sarkozy en prévision des élections présidentielles, François Bayrou espère gagner la mise, en l’emportant au premier tour sur le candidat socialiste ; l’extrême gauche, assez en forme, développe un programme anti-capitaliste qui a au moins le mérite d’être clair, et l’extrême-droite souverainiste veut, à la limite, d’une Europe des Nations, mais certainement pas d’un Parlement européen doté de pouvoirs.
Il faut donc être courageux pour faire campagne et pour dire d’aller voter. Jusqu’alors la majorité et l’opposition au Parlement européen, c’était à peu près bonnet blanc et blanc bonnet puisque pour distinguer un social démocrate allemand d’un démocrate libéral hollandais, il fallait faire un certain effort. Mais tout peut changer. La crise est passée par là. On a pu constater que les certitudes anglo-saxonnes des banquiers de la City de Londres et de Wall Street si présentes à Bruxelles ont disparu le temps d’un clic sur un ordinateur, emportant dans la même tourmente les marchés financiers chinois de Hong-Kong, de Singapour et d’ailleurs, la bourse de Tokyo et bien entendu les marchés européens. Bourré de fausse monnaie fabriquée à l’abri d’une grande dérégulation mondiale, l’heureux casino où l’on jouait les finances du monde a sauté, fragilisant l’épargne, vidant les poches et fermant les usines. Or qui nous dit qu’une fois le système renfloué à grand renfort d’aides des Etats financées par le déficit de leur budget, les mêmes ne vont pas essayer de recommencer ! Le Parlement européen peut constituer un puissant contrepoids.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°140 – Juin 2009

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L’Irlande a dit non !

Mercredi, juin 25, 2008 Laisser un commentaire

L’Irlande, le chouchou de l’Europe qui est passé sans transition des choux et des patates à la finance et aux technologies avancées, vient de dire non au traité de Lisbonne, c’est-à-dire à l’organisation institutionnelle de l’Europe qui fut mise sur le chantier par Valery Giscard d’Estaing, avec le succès que l’on sait.

L’enjeu consiste à faire fonctionner démocratiquement un espace économique partagé par 27 pays !

On cherche un président de l’Europe élu pour deux ans, un parlement européen avec de nouvelles compétences, un ministre des affaires étrangères commun, une défense commune et surtout des règles de majorité permettant de faire fonctionner l’ensemble. L’unanimité requise aujourd’hui signifie le blocage quotidien.

Les Irlandais ont dit non à ces nouvelles institutions, non au président de l’Europe, non à la règle de la majorité, non à une commission où certains pays ne seraient pas représentés par un commissaire, non à une Europe où les petits pays ne pèseraient guère. Et la France n’a pas grand-chose à dire puisque c’est le vote français, le non français qui a conduit à cette renégociation et au non irlandais.

Décidemment Nicolas Sarkozy, qui avait mouillé sa chemise pour arriver à cette transaction, n’a pas de chance. Il va devoir passer six mois à tenter de rapetasser une fois de plus le rêve européen, ou plutôt de réconcilier le rêve avec la réalité.

C’est le paradoxe de cette construction qui ennuie l’opinion, écarte les électeurs, rameute les spécialistes et s’achève dans la querelle du plan rouge en Méditerranée, ou celle de la TVA pour les restaurateurs et demain pour les camionneurs !

L’Europe ne se remet pas de son péché originel. Ses pères fondateurs ont cru qu’il serait possible de passer d’institutions destinées à réguler un marché commun à des institutions démocratiques. Or on ne régule pas un marché comme on conduit une démocratie, et la loi du marché en Europe, les libertés économiques fondamentales, l’ont toujours emporté sur les lois des pays membres. La primauté du droit communautaire est devenue la primauté d’une économie libérale souvent mal comprise par les peuples européens habitués à une certaine solidarité sociale. Le paradoxe de la sociale démocratie européenne c’est justement d’avoir été à ce point européenne qu’elle y a largement laissé ses principes. Les Hollandais, les Français, les Irlandais aujourd’hui, sont devenus craintifs, échaudés et pensent que les peuples ont leur mot à dire sur l’élaboration des politiques qui les concernent.

Certes justement les institutions ont pour objet de faire fonctionner ce que l’on pense être une démocratie, mais l’on s’attache plus au fonctionnement qu’à la démocratie et les docteurs en droit constitutionnel sont encore assez minoritaires dans nos sociétés.

Comment dans ces conditions faire adhérer les peuples au processus européen ?

On peut évidemment leur raconter l’histoire de l’Europe depuis la chute de l’Empire Romain, et toutes les tentatives avortées, de Charlemagne au rêve d’un empire romain-germanique, en passant par notre ami Napoléon, et quelques guerres plus tard, toutes les ambitions brisées sous le joug des nationalismes et des innombrables victimes qui ont fini par réveiller les consciences et relancer le processus. Mais plus d’un demi siècle s’est écoulé ; les pays européens ont retrouvé une certaine prospérité, la paix et leurs égoïsmes. Ils ont conservé leur culture et leurs intérêts ; ils ne savent pas très bien quel est ce lien qui les attache ensemble ; ils partagent la même monnaie, et se plaignent donc ensemble de la hausse des prix. Il n’y a même plus, aux frontières, de menace identifiée, alors chacun a envie de suivre son chemin comme bon lui semble sans se soucier de ces pans de souveraineté transférés à ces communes institutions qu’on regarde de loin et qui concernent peu.

Nicolas Sarkozy va devoir, non pas jouer au mécanicien rafistoleur, il y perdrait son temps, mais montrer un chemin neuf et un chemin commun, une ambition et un rêve, expliquer pourquoi il faut être uni au moment même où la civilisation occidentale, la nôtre, après des siècles de règne absolu sur notre planète, cède le pas à d’autres cultures millénaires qui s’étaient peu exprimées au cours des derniers siècles, et qui deviennent triomphantes aujourd’hui, portant des valeurs qui ne sont pas les nôtres, des droits de l’homme que nous n’avons pas fabriqués, des philosophies qui nous sont étrangères encore et qui pourtant sculptent la vie quotidienne, la façon de vivre, d’aimer, de travailler, de créer ; ce dialogue des civilisations nous ne le mèneront que si nous savons encore être créatifs pour la nôtre.

Les querelles avec la Chine au sujet du Tibet, du bouddhisme ou du Dalaï-lama, ou encore notre relation avec l’Islam, montrent bien que le socle des valeurs n’est plus forcément le nôtre à l’échelle de l’humanité, et par voie de conséquence dans chaque vie quotidienne. L’Europe a donc besoin d’un chef d’orchestre inspiré et volontaire ; Nicolas Sarkozy va tenter d’être celui-là.

Xavier de Roux

L’Echo des Arènes n°129 – Juillet 2008

Où va la politique étrangère de la France ?

Mardi, octobre 23, 2007 1 commentaire

Notre pays est confronté comme l’ensemble des pays occidentaux aux enjeux d’une planète qui se rétrécit à vue d’œil tant l’espace-temps a changé en un siècle, et tant son peuplement s’est modifié au bénéfice de l’Orient. La suprématie économique américaine issue de la deuxième guerre mondiale est en train de disparaître, comme a disparu depuis peu le monde communiste, pour laisser la place à l’émergence de vastes états comme la Chine et l’Inde, ou au retour de la Russie sortie affaiblie de sa révolution de 1989.
L’Europe est donc devenue pour un pays comme la France une nécessité absolue. Elle lui procure, malgré les grincheux, une monnaie forte, un marché proche et solvable, une solidarité de défense.
Pourtant la France n’est pas tout à fait à l’aise dans cette Europe qu’elle ne domine pas. Elle regarde vers la Méditerranée et l’Afrique, sans trop savoir où se trouvent ses alliances fondamentales. Elle se rapproche de la politique de défense de l’OTAN, au moment où le traité d’Atlantique Nord, fait contre l’URSS, n’a plus d’autre sens que d’affirmer une solidarité avec l’Amérique. En Afrique, elle rencontre maintenant la Chine sur les terres de ses alliés traditionnels, dont elle ne sait plus comment gérer l’amitié, empêtrée dans ses affaires d’immigration qui malmènent son image. En Méditerranée, elle doit affronter d’abord les conséquences de la crise des Balkans, et la création de micro-états, comme le Monténégro, le Kosovo, la Macédoine ou la Bosnie, d’où peut surgir à chaque instant une nouvelle crise. Elle est pourtant tentée, on ne sait d’ailleurs pourquoi, par ces micro-états qui peuvent sans doute se multiplier dans toute l’Europe, pour lui donner le visage du défunt empire romano-germanique. Mais surtout elle est confrontée à la crise majeure qui depuis plus d’un demi-siècle creuse le fossé entre l’Occident et le Moyen-Orient, fait resurgir l’Islam en dehors des Etats et l’Ouma, cette union des peuples musulmans qu’avait brisée l’émergence des nationalismes.
L’occupation de la Palestine par Israël : le lien mystique qui lie les Juifs à la terre d’Israël a engendré comme par effet miroir la sacralisation de la terre palestinienne par l’Islam et a fait paradoxalement de ce conflit celui du monde occidental chrétien avec le monde arabo-musulman. Incapable de trouver une solution à un conflit qui est du domaine du sacré la diplomatie matérialiste occidentale a pour l’essentiel pris fait et cause pour Israël, avec quelques exceptions parmi lesquelles la fameuse exception française portée par le Général de Gaulle.
Avec Nicolas Sarkozy, cette exception est passée à la trappe.
De même que l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis obéissait au prétexte de la non-prolifération nucléaire, et de la menace de l’Irak sur l’existence d’Israël, la croisade avec les mêmes prétextes s’étend aujourd’hui à l’Iran.
Si l’on n’a trouvé en Irak nulle trace d’arme nucléaire, on a créé une situation qui en effet profite à l’Iran, puisqu’au nom de la démocratie, donc de la loi du plus grand nombre, on a jeté dans ses bras la majorité chiite irakienne, ouvert à son protectorat un état kurde tout neuf, et un Afghanistan que l’Occident ne parvient pas plus à protéger que l’URSS n’était parvenue à le conquérir. Par la force des choses, le pouvoir est passé de Bagdad à Téhéran, comme au temps béni des croisades, les Perses seldjoukides finissaient par devenir les protecteurs du monde musulman ! Parfois, l’histoire bégaie, et les mêmes causes produisent les mêmes effets. Aux bruits de bottes que fait résonner Bernard Kouchner, on a envie de répondre le mot d’un général célèbre : «Attaquons, attaquons… comme la lune !»
Le rôle de la France ne serait-il pas plutôt d’apporter l’apaisement en œuvrant pour un partage équitable de la Palestine, pour une désacralisation du conflit, de sorte que cesse cet affrontement d’un autre âge qui ensanglante déjà le Moyen-Orient, mais qui pourrait bien finir par incendier la planète.
Si le temps de la diplomatie revenait, Nicolas Sarkozy pourrait alors jouer un rôle historique qui devrait être à sa mesure.

Xavier de Roux

L’Echo des Arènes – Novembre 2007

L’état de la France

Mercredi, juin 1, 2005 Laisser un commentaire

Le débat sur le projet de Constitution Européenne a pris un tour surréaliste. Certes, on peut se féliciter que l’on n’ait jamais autant parlé en France des institutions européennes depuis 50 ans ; certes on a pu constater les effets du discours simplificateur des responsables politiques de tous bords. Par exemple, sans nuances contre Natura 2000 ou la mise en œuvre de la politique agricole commune, mais au-delà de la caricature et quelquefois aussi de la découverte, est apparu le vrai visage de la France à l’aube du XXIème siècle.

Ce peuple qui a parcouru le monde est aujourd’hui bien fatigué ; les conquérants d’hier, les entrepreneurs, les inventeurs, les faiseurs de concepts et les manieurs d’idées ont peur de se montrer. Ils sont devenus muets. La mode est à la peur, la crainte, à la catastrophe, en un mot à la crise qui s’est imposée, on ne sait comment, dans les esprits il y a des années. Le monde serait en crise. La France serait en crise, en proie à d’invisibles ennemis, depuis que le monde s’est mis à changer trop vite ; depuis que les pays pauvres deviennent riches ; depuis que les marchandises et les capitaux circulent plus vite ; depuis que se multiplient les sources de connaissance et que s’affaissent nos grands monopoles nationaux qui n’ont plus guère d’utilité.

On avait dit aux Français qu’était enfin venu le temps où le travail serait maîtrisé, le grand ministère du temps libre enfin créé et atteint le paresseux nirvana de la flânerie.

Toute une pensée politique qui avait fait de la réduction du temps de travail l’aboutissement de la civilisation moderne, se trouve brusquement confrontée à la dure réalité de la rotondité de la Terre, au pullulement des hommes, aux extraordinaires appétits de bien-être de ces lointains voisins que l’on aimait bien lorsqu’il s’agissait simplement de s’apitoyer sur leur sort de peuples en voie de développement, mais que l’on redoute aujourd’hui parce qu’ils ont mis la main à la pâte, produisent, vendent, créent à longueur de journée… et l’exemple est d’autant plus mal vécu par nos néo-marxistes qu’il vient d’abord du dernier régime communiste d’un grand pays de la planète : la Chine ! Les prolétaires chinois ont envahi le capitalisme et conquis l’économie de marché. Ils ne s’en sortent pas si mal !

Du coup nos altermondialistes, nos Bové, nos Besancenot, nos communistes maison, comme Mme Buffet, nos trotskistes patentés comme Mme Laguiller, rejoints par les post-marxistes socialistes, genre Mélanchon, ont scellé un formidable pacte qui à la stupeur générale est en passe de constituer une majorité politique avec les nostalgiques du fascisme qui battent le pavé depuis longtemps derrière Jean-Marie Le Pen. Quelle histoire !

La vie politique française pouvait réserver beaucoup de surprises, mais celle-là est de taille ! On conçoit que les Polonais ou les Lettons trouvent désormais les Français de moins ne moins fréquentables. Ils incarnent un néo-stalinisme que l’on croyait éradiqué d’Europe depuis 1989 et la chute du Mur de Berlin. On avait tort ! La France est là, bien là, tournée vers le passé, vers ses anciennes utopies et ses grands soirs, au chaud dans ses images d’Epinal.

La divine surprise de l’échec de Jospin aux élections présidentielles signifiait déjà cela, mais personne ne l’avait vraiment cru.

Le réformisme entamé sous Chirac n’aura finalement fait que des mécontents, entre ceux qui pensent que l’on n’a pas réformé assez, et ceux qui trouvent que la réforme les menace. Personne ne sait dénouer les nœuds d’une société prisonnière de ses contradictions et qui n’arrive pas, dans sa majorité, à envisager un avenir un peu différent du passé.

Il ne reste donc plus qu’à trancher le nœud gordien. Dans un sens ou dans un autre ; celui qui aura le courage de le faire s’emparera du pouvoir pour le meilleur, ou malheureusement pour le pire. Ce sera le leçon d’un référendum incertain.

On comprend alors la presse étrangère médusée, et surtout les négociateurs des pays de l’Est qui ont tant insisté pour faire figurer dans la deuxième partie de la Constitution les valeurs de liberté et de respect des Droits de l’Homme qui ont été une des principales raisons de leur adhésion au Projet Européen.

Nos valeureux marxistes, nos valeureux fascistes sont sortis du bois et se promènent à visage découvert, avec le sourire du facteur ou le rire du vicomte, sûrs de leur effet et sûrs de leur victoire.

La France est donc en état de crise de nerfs et les Gaulois craignent que le ciel ne leur tombe sur la tête. C’est ce qu’on leur promet.


Xavier de Roux

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La crise de nerf

Dimanche, mai 1, 2005 Laisser un commentaire

La France est sous Prozac. Les Français dépriment. Où qu’on se tourne se lèvent les lamentations d’un pays qui serait le plus malheureux du monde.

D’ailleurs, on lui dit tous les matins et tous les soirs. L’énoncé des déficits, des chiffres du chômage, de la montée des charges est devenu au moins bi-quotidien à la télévision, et à flot continu sur les radios dites d’information. Des lycéens et des professeurs tentent d’occuper des lycées, les médecins urgentistes sont en grève, les trains roulent quand ils peuvent, la sécheresse menace, le SIDA gagne du terrain, les salaires des femmes sont inférieurs à ceux des hommes, les prostituées sont persécutées par la police qui harasse leurs clients, les prisons sont pleines, les juges nagent dans l’erreur judiciaire, et l’on a mis en berne les drapeaux à l’occasion de la mort du Pape en oubliant que la France est laïque. C’est dire que tout fout le camp, même l’Europe que l’on va plomber au référendum pour des raisons aussi nombreuses que variées.

Et pourtant, les Français ont été un grand peuple, un de ceux qui comptent dans l’histoire du monde ; les Français ont rêvé de grandeur, avec leur monarchie, avec leur révolution, avec leur Empire, avec la République ! Ils ont eu toujours des idées inédites, et ce n’est pas pour rien que Jules Verne est français ! Ils ont fait rêver le monde avec la liberté, l’égalité et la fraternité ; ils ont chassé les tyrans ; ils en ont inventé quelques-uns ; ils ont eu le siècle des Lumières et ces lumières ne sont pas éteintes ; on lit encore de par le monde la littérature française, on admire ses peintres, son goût pour l’universalité… Ses inventeurs comptent encore parmi les plus prestigieux. Alors pourquoi cette panne ? Pourquoi les hommes politiques vont-ils chercher leurs idées chez les communicants, pourquoi peine-t-on à mettre ensemble un sujet, un verbe et un complément ? Pourquoi les partis politiques ont-ils tant de mal à publier des programmes soporifiques que personne ne lit et qui sont de misérables slogans vides ? Pourquoi passe-t-on son temps à tenter d’ériger en science l’économie, qui n’est finalement que le résultat du comportement hétéroclite d’acteurs sur un marché ? On prend ainsi l’effet pour la cause, comme on prend d’ailleurs les loups pour des chiens.

Il ne faut pourtant pas grand chose pour renverser le mouvement, à moins que l’on ait fait du malheur son fond de commerce. Et c’est peut-être là où le bât blesse. Pendant longtemps ceux qui avaient en charge la nation montraient le long chemin qu’il fallait parcourir pour asseoir son bonheur et le transfigurer. Le Général de Gaulle est certainement le dernier qui ait choisi cette façon antique de prendre les chemins escarpés, de tenir tête et d’affirmer. Les successeurs ont bâti leur succès sur la lutte qu’ils ont prétendu mener contre les malheurs quotidiens dont la politique devrait protéger chaque Français. Ils viennent de butter sur l’Europe. Car là, ça ne marche plus. La bobologie des petits mécaniciens politiques ne fonctionne pas sur un grand dessein qui les dépasse et qu’il faut prendre à bras le corps.

La question européenne n’est pas de savoir si l’artisan peintre de Varsovie va pouvoir prendre un chantier à Rochefort, la question européenne est celle de savoir si 25 peuples qui portent et qui incarnent l’une des plus vieilles et des plus modernes civilisations du monde, vont pouvoir la conserver, la faire prospérer, et tenir ensemble leur destin, c’est-à-dire conserver leur façon de vivre, leur sens de la liberté, de la solidarité, de l’humanisme, de la tolérance.

L’Europe, c’est Platon, Aristote, le Christ, Saint Augustin, Spinoza, Rabelais, Descartes, Léonard de Vinci, Goethe, Voltaire, Kant, Kierkegaard, mais c’est aussi Michel Ange et Picasso, c’est la musique éternelle de Mozart, c’est Rodin et Eiffel, c’est Curie, c’est Einstein. Cela vaut bien de cesser un instant nos querelles, d’affirmer face aux grandes civilisations matérialistes et militaires du XXIème siècle, l’Amérique et la Chine par exemple, que nous existons encore, que nous sommes là, avec nos qualités et nos défauts, mais avec notre sens de la vie et de la liberté pour quelques millénaires encore, et qu’il n’est pas venu le temps où nos temples s’écrouleront, comme le Parthénon d’Athènes, et qu’il vaut mieux rester debout que geindre sur des malheurs imaginaires.


Xavier de Roux

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Les enjeux de l’Union Européenne

Lundi, novembre 1, 2004 Laisser un commentaire

L‘affaire du Traité Constitutionnel européen, qui va dominer en 2005 la vie politique française, n’est pas un attrape-nigaud, une farce et attrape de politique intérieure, c’est une affaire sérieuse puisqu’il s’agit pour la France de se défaire d’une partie de sa souveraineté pour tenter une aventure commune qui n’est pas gagnée d’avance.Depuis 1957, l’Union Européenne, née sur les ruines fumantes de la deuxième guerre mondiale, est en marche d’abord à six états, et maintenant à 25 ! Réunir, fédérer 25 peuples dont l’histoire commune, c’est d’abord de s’être beaucoup combattus, n’est pas une mince affaire.

Est-ce utile ? Est-ce nécessaire ? Et comment s’y prendre ?

Il est évidemment utile de faire régner la paix dans ce continent qui a su si bien incendier le monde, et lui imposer les idéologies les plus baroques et les plus totalitaires. Les nations européennes ont régné tour à tour sur le monde par la force des armes. Elles ont perdu cette force-là en même temps que leurs grandes utopies. Ce n’est pas si mal !

Elles se sont reconstruites ensemble la dernière guerre finie, à l’ombre de l’Amérique et face à une Union Soviétique qui rêvait à l’empire du monde.

L’Union Soviétique a vécu. On a remisé au musée de l’Histoire ses camps d’extermination et finalement jeté un voile pudique sur cette extravagante expérience.

Le modèle économique libéral l’a emporté ; l’économie de marché, qui existe depuis que le monde est monde, a repris ses droits sur les utopies et les Etats ont la lourde obligation de la réguler. Et dans les bouleversements technologiques et géopolitiques que connaît la planète, c’est sans doute la chose la plus difficile à faire. La justice n’est pas naturelle ; la justice sociale encore moins ! L’Europe peut-elle faire régner la justice sociale ?

En cela, Fabius a lancé finalement le bon débat. Qu’il l’ait fait contre son camp n’a guère d’importance, mais il a raison d’affirmer que la constitution proposée consacre l’économie de marché devant prospérer dans l’Union. Ce faisant il enfonce d’ailleurs une porte très largement ouverte puisque la création du marché commun en 1957 supposait déjà l’existence d’une économie qui n’était alors contestée que par le Parti Communiste qui souhaitait l’un des régimes collectivistes tels qu’ils prospéraient à l’Est.

Mais le parti Socialiste était dans le camp de la liberté, ou du libéralisme si l’on veut.

Il faudra attendre 1981 et le programme commun de gouvernement pour qu’une partie substantielle du P.S. rejoigne les thèses communistes. Ce furent les grandes nationalisations des moyens de production d’échange et de crédit que fit le gouvernement Mauroy. Très vite rappelé à l’ordre par la commission de Bruxelles qui somma la France de choisir son camp, François Mitterrand mit justement Laurent Fabius aux affaires pour retrouver un peu d’orthodoxie. Et Mitterrand comme Fabius soutinrent fermement et avec courage le Traité de Maastricht qui créa l’Euro, et avec la monnaie unique, des règles budgétaires particulièrement contraignantes pour baisser les déficits publics. N’importe quel gouvernement français, tant que la France reste dans l’Union, devra se plier effectivement à des règles économiques acceptées par les autres pays, fussent-ils socialistes, comme l’Espagne, l’Allemagne ou l’Angleterre.

Si le libéralisme c’est le diable, comme le soutient aujourd’hui Fabius, eh bien il faut effectivement quitter l’Europe, son confort et son marché. Il faut faire autre chose. On peut tenter l’Albanie, pourquoi pas ?

Mais l’affaire est plus grave qu’il n’y parait. L’opinion mal informée, et souvent désinformée pense que le ciel, chaque jour, va lui tomber sur la tête, que les Polonais vont produire à la place des Français, que les Tchèques vont s’installer, que leur prix de revient inférieur au nôtre va entraîner une délocalisation générale de la production. Or la situation est beaucoup plus complexe que cela. L’Union Européenne a déjà fait augmenter dans des conditions considérables le niveau de vie de l’Espagne, de la Grèce et du Portugal, pourquoi n’obtiendrait-on pas le même résultat avec les pays de l’Est ? Mais surtout regardons un peu plus loin et voyons comme notre planète se transforme. Un milliard et demi de Chinois, un milliard d’Indiens sont maintenant clairement en concurrence avec notre vieille Europe. Mais l’Europe unie, c’est aussi toute la mémoire du monde, la créativité, l’invention, une manière de vivre ensemble : l’humanisme, l’homme et son existence comme aboutissement et réalisation de soi, c’est le respect des Droits de l’Homme et finalement la liberté. Prenons garde. Seule la civilisation européenne a porté aussi haut l’homme et sa liberté. C’est ce bien commun que nous devons faire vivre et défendre ensemble. Il nous vient de loin ; de la Grèce, de Rome, de la pensée judéo-chrétienne, du rationalisme des Lumières. Oublions-le un instant et le totalitarisme s’installe ! Les exemples sont récents. Alors évidemment c’est long, c’est difficile de construire cette vaste maison commune qui s’appelle l’Europe. Cela prendra encore beaucoup de temps, de négociation, de transactions, d’écoutes, d’ententes ; mais nous n’avons guère le choix.

Oublions un instant les petits calculs de Monsieur Fabius, et les craintes tant de fois exprimées. L’aventure de la liberté est là, à notre portée, il serait bien dommage de ne pas la tenter, de retrouver au quotidien la solitude, de laisser passer l’histoire, et notre pays au bord du chemin, sous le prétexte d’élever une barricade pour protéger quelques avantages immédiats.

Si des politiciens ont en tête l’envie d’être roi en 2007 et qu’ils ont décidé pour cela de préférer l’immobilisme à l’aventure, la démagogie à l’imagination, tout simplement, ils ne méritent pas d’être roi.


Xavier de Roux

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Catégories:Europe, L'Echo des Arènes

Les enjeux de l’Union Européenne

Vendredi, octobre 1, 2004 Laisser un commentaire

L‘affaire du Traité Constitutionnel européen, qui va dominer en 2005 la vie politique française, n’est pas un attrape-nigaud, une farce et attrape de politique intérieure, c’est une affaire sérieuse puisqu’il s’agit pour la France de se défaire d’une partie de sa souveraineté pour tenter une aventure commune qui n’est pas gagnée d’avance.Depuis 1957, l’Union Européenne, née sur les ruines fumantes de la deuxième guerre mondiale, est en marche d’abord à six états, et maintenant à 25 ! Réunir, fédérer 25 peuples dont l’histoire commune, c’est d’abord de s’être beaucoup combattus, n’est pas une mince affaire.

Est-ce utile ? Est-ce nécessaire ? Et comment s’y prendre ?

Il est évidemment utile de faire régner la paix dans ce continent qui a su si bien incendier le monde, et lui imposer les idéologies les plus baroques et les plus totalitaires. Les nations européennes ont régné tour à tour sur le monde par la force des armes. Elles ont perdu cette force-là en même temps que leurs grandes utopies. Ce n’est pas si mal !

Elles se sont reconstruites ensemble la dernière guerre finie, à l’ombre de l’Amérique et face à une Union Soviétique qui rêvait à l’empire du monde.

L’Union Soviétique a vécu. On a remisé au musée de l’Histoire ses camps d’extermination et finalement jeté un voile pudique sur cette extravagante expérience.

Le modèle économique libéral l’a emporté ; l’économie de marché, qui existe depuis que le monde est monde, a repris ses droits sur les utopies et les Etats ont la lourde obligation de la réguler. Et dans les bouleversements technologiques et géopolitiques que connaît la planète, c’est sans doute la chose la plus difficile à faire. La justice n’est pas naturelle ; la justice sociale encore moins ! L’Europe peut-elle faire régner la justice sociale ?

En cela, Fabius a lancé finalement le bon débat. Qu’il l’ait fait contre son camp n’a guère d’importance, mais il a raison d’affirmer que la constitution proposée consacre l’économie de marché devant prospérer dans l’Union. Ce faisant il enfonce d’ailleurs une porte très largement ouverte puisque la création du marché commun en 1957 supposait déjà l’existence d’une économie qui n’était alors contestée que par le Parti Communiste qui souhaitait l’un des régimes collectivistes tels qu’ils prospéraient à l’Est.

Mais le parti Socialiste était dans le camp de la liberté, ou du libéralisme si l’on veut.

Il faudra attendre 1981 et le programme commun de gouvernement pour qu’une partie substantielle du P.S. rejoigne les thèses communistes. Ce furent les grandes nationalisations des moyens de production d’échange et de crédit que fit le gouvernement Mauroy. Très vite rappelé à l’ordre par la commission de Bruxelles qui somma la France de choisir son camp, François Mitterrand mit justement Laurent Fabius aux affaires pour retrouver un peu d’orthodoxie. Et Mitterrand comme Fabius soutinrent fermement et avec courage le Traité de Maastricht qui créa l’Euro, et avec la monnaie unique, des règles budgétaires particulièrement contraignantes pour baisser les déficits publics. N’importe quel gouvernement français, tant que la France reste dans l’Union, devra se plier effectivement à des règles économiques acceptées par les autres pays, fussent-ils socialistes, comme l’Espagne, l’Allemagne ou l’Angleterre.

Si le libéralisme c’est le diable, comme le soutient aujourd’hui Fabius, eh bien il faut effectivement quitter l’Europe, son confort et son marché. Il faut faire autre chose. On peut tenter l’Albanie, pourquoi pas ?

Mais l’affaire est plus grave qu’il n’y parait. L’opinion mal informée, et souvent désinformée pense que le ciel, chaque jour, va lui tomber sur la tête, que les Polonais vont produire à la place des Français, que les Tchèques vont s’installer, que leur prix de revient inférieur au nôtre va entraîner une délocalisation générale de la production. Or la situation est beaucoup plus complexe que cela. L’Union Européenne a déjà fait augmenter dans des conditions considérables le niveau de vie de l’Espagne, de la Grèce et du Portugal, pourquoi n’obtiendrait-on pas le même résultat avec les pays de l’Est ? Mais surtout regardons un peu plus loin et voyons comme notre planète se transforme. Un milliard et demi de Chinois, un milliard d’Indiens sont maintenant clairement en concurrence avec notre vieille Europe. Mais l’Europe unie, c’est aussi toute la mémoire du monde, la créativité, l’invention, une manière de vivre ensemble : l’humanisme, l’homme et son existence comme aboutissement et réalisation de soi, c’est le respect des Droits de l’Homme et finalement la liberté. Prenons garde. Seule la civilisation européenne a porté aussi haut l’homme et sa liberté. C’est ce bien commun que nous devons faire vivre et défendre ensemble. Il nous vient de loin ; de la Grèce, de Rome, de la pensée judéo-chrétienne, du rationalisme des Lumières. Oublions-le un instant et le totalitarisme s’installe ! Les exemples sont récents. Alors évidemment c’est long, c’est difficile de construire cette vaste maison commune qui s’appelle l’Europe. Cela prendra encore beaucoup de temps, de négociation, de transactions, d’écoutes, d’ententes ; mais nous n’avons guère le choix.

Oublions un instant les petits calculs de Monsieur Fabius, et les craintes tant de fois exprimées. L’aventure de la liberté est là, à notre portée, il serait bien dommage de ne pas la tenter, de retrouver au quotidien la solitude, de laisser passer l’histoire, et notre pays au bord du chemin, sous le prétexte d’élever une barricade pour protéger quelques avantages immédiats.

Si des politiciens ont en tête l’envie d’être roi en 2007 et qu’ils ont décidé pour cela de préférer l’immobilisme à l’aventure, la démagogie à l’imagination, tout simplement, ils ne méritent pas d’être roi.


Xavier de Roux

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Défaut de Quorum !

Jeudi, juillet 1, 2004 Laisser un commentaire

Gauche et droite se chamaillent pour savoir qui a perdu les élections européennes ou qui les a gagnées, et le sens caché qu’il convient de donner à ces résultats. Ils sont pourtant simples. Sur les 78 députés que la France envoie siéger au Parlement de Strasbourg, 31 seront socialistes et rejoindront leurs collègues du Parti Socialiste Européen qui a perdu pas mal de sièges, à la suite de la déconfiture des sociaux démocrates Allemands et des Travaillistes Britanniques. A cela, il convient d’ajouter 6 députés Verts. L’UMP enverra 17 députés siéger au Parti Populaire Européen qui gagne des sièges pour des raisons parallèles ; l’UDF aura 11 députés dont on ne sait pas très bien encore s’ils resteront au PPE ou s’ils iront rejoindre le Parti Libéral Européen. Le Mouvement pour la France, de Philippe de Villiers avec trois députés, siègera avec les Souverainistes pas très loin des sept députés de Jean-Marie Le Pen. Il est donc évident que sur 78 députés français siégeant à Strasbourg, 40 sont à gauche, et 38 à droite. Voilà pour l’équilibre général. Mais la question, au fond, n’est pas là.

La question c’est celle du quorum. Une large majorité de français s’est abstenue, n’a pas pris part au vote. On peut toujours se demander quelle en est la cause. Le beau temps ? le foot ? le désintérêt pour la démocratie ? le ras-le-bol de la fameuse Europe ? l’indigence d’une campagne qui n’a pas su les mobiliser ?
On peut trouver toutes les raisons, bonnes ou mauvaises. Une chose est sûre, ils n’ont pas voté ! Analyser les rapports de force politique quand plus de la moitié des électeurs n’ont pas exprimé d’opinion, est un exercice à la fois facile et périlleux. Facile, puisque tout le monde a gagné, périlleux parce que l’offre politique n’apparaît pas satisfaisante.

Le vote sanction demandé par le Parti Socialiste, a pour principal effet de détourner les électeurs des courants minoritaires de gauche ; le Parti communiste est en coma dépassé, le PRG a eu beau embaucher un rameur, il n’a pas dépassé les 3%. Quant à l’extrême gauche, elle reste confidentielle, aussi secrète que la LCR qui n’a plus de Premier Ministre en portefeuille ! Le Parti Socialiste, à gauche, est donc hégémonique, imprécateur, et sans autre programme que le conservatisme dont il a fait preuve durant ses longues années au pouvoir.

A droite, ce n’est pas l’hégémonie, mais la cacophonie. On devait y faire un grand parti de droite et du centre, absorbant l’UDF. On se retrouve avec une UDF qui reprend du poil de la bête, en s’opposant à la majorité à laquelle elle appartient. Philippe de Villiers et son MPF, fait une belle percée. Les trois unis, font plus que le Parti Socialiste, mais justement, ils ne le sont pas. C’est la vieille histoire des Horaces et des Curiaces, que l’on joue à droite depuis très longtemps.
Compte tenu du scrutin majoritaire à deux tours, cela signifie que dans trois ans, chacun retrouvera sa place, le Parti Socialiste, au Gouvernement, et la droite, dans l’opposition. Elle pourra y briller, elle a l’habitude !

A moins que d’ici là, la majorité des électeurs, et surtout des états-majors, retrouvent le bon sens, et apprennent à gouverner. Comme d’habitude, le sale boulot aura été fait : loi sur les retraites et réforme de la sécurité sociale. En prime, on aura même tenu les engagements de Lionel Jospin, sur la réforme du statut de l’EDF !

Le Parti socialiste pourra bien gouverner dix ans, tranquillement, et la pensée unique s’étendre comme le beurre sur la tartine. On éteindra les lumières de M. Lang, et le Panthéon de François Mitterrand, comme si la France, fatiguée, souhaitait un repos aussi éternel que réparateur.
Reste que si les Français n’aiment plus l’aventure et aspirent au repos, le reste de la planète s’en moque, et des peuples se sont levés parce qu’ils aspirent à leur tour au bien-être, et qu’ils bousculent hardiment le frêle équilibre des vieilles nations.

Il n’est pas sûr que le socialisme à la française soit le meilleur rempart contre l’expansion de l’Inde, de la Chine, et de l’Asie tout entière. C’est simplement une sorte d’assurance vieillesse tout à fait française et dont se méfie tellement le courant socialiste européen que Tony Blair n’a accepté le 18 juin la constitution européenne qu’à condition de conserver un droit de veto sur “l’Europe sociale” que défendait d’ailleurs le Président Chirac ! Il n’y a pas eu de quorum le 13 juin parce qu’il n’y a pas eu d’enthousiasme pour la construction européenne qui représente l’effort. Piqués au vif, les 25 gouvernements ont fini par se mettre d’accord sur un texte constitutionnel.
Souhaitons que le texte soit soumis dès l’année prochaine à référendum et que l’on débatte enfin, réellement, sous tous les préaux d’écoles des enjeux, des risques et des espoirs ! Nous devons bien cela au siècle qui commence !


Xavier de Roux

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L’Europe, l’Europe, l’Europe !

Mardi, juin 1, 2004 Laisser un commentaire

Il ne suffit pas de dire “l’Europe” en sautant sur sa chaise comme un cabri”, disait le Général de Gaulle! Il faut savoir ce que nous voulons : un grand marché commun ? Mais il y a maintenant le grand marché du monde ! Une civilisation commune ? Mais nous en avons 20 et nous parlons 100 langues ! Alors quoi ? Donner forme à cette corne de l’Asie qui domina si longtemps le monde ? Pourquoi pas.

Nous, Européens, nous avons malgré tout des origines communes, le vieil Empire Romain qui attirait même les Germains, et Rome, et le pape et le génie du christianisme qui façonna nos philosophies, jusqu’aux plus récentes, jusqu’à celle de Marx ; nous avons en souvenir ces rois et ces empereurs qui étaient tous cousins, ces princes, ces lettrés et ces marchands qui se promenaient sans cesse de Florence à Saint-Pétersbourg, de Berlin à Londres et de Londres à Amsterdam ou à Madrid ; et nous avons en commun encore ces flottes qui partaient de nos ports découvrir le vaste monde. “De Palos, de Moguère, routiers et capitaines partaient ivres d’un rêve héroïque et brutal…” Nous avons partagé l’Empire du Portugal, celui de la compagnie des Indes, et la traite des noirs qui peupla les Antilles et l’Amérique ; et les arpents de neige canadiens dont parle Voltaire avec mépris, et les rives du Mississipi qui firent la faillite de Louis XV ; et le drapeau tricolore qui devait mettre à bas les tyrans et régner sur le monde, dont Napoléon s’empara pour fabriquer son Europe à lui, qu’il pouvait arpenter du département des bouches du Kotor, près des monts monténégrins jusqu’aux bouches du Rhin, au nord, dans cette Germanie naissante qu’il essayait d’organiser avant de donner même un héritier à l’Empire d’Autriche. Et tout cela se passait au pas lourd des fantassins et au galop des chevaux.

Si le rêve s’est achevé à Waterloo, il a été repris en Allemagne, par Bismark, le Kaiser, Adolf Hitler : que de guerres et de ruines, et le monde à feu et à sang !
Staline, de son œil d’aigle, veillait sur les décombres. Il fallait alors se réveiller, réapprendre la paix. Nous l’avons faite ; Gasperi, Adenauer, Monnet, Schuman ; l’Italie, le Benelux, l’Allemagne et la France ont su dire non à leur passé, pour construire un avenir de paix. Alors, de quoi nous plaignons-nous, nous les héritiers ? De quoi avons-nous peur ? Du changement de statut de l’EDF ou de celui de la Deutschebank ? Quelle minuscule affaire nous fait frissonner ? De quoi avons-nous tellement peur Monsieur de Villiers ? De quoi sommes-nous terrorisés Monsieur Le Pen ? Qu’est-ce qui vous affole Monsieur Bové ? Et quelle est cette crainte dont on veut saisir les peuples d’Europe, alors que l’Asie s’élève de toutes ses forces immenses, que l’Orient est en ébullition, que l’Amérique dominatrice veut étendre sur le monde ses prédications sans fin ?

Plutôt que de jeter un regard myope sur les difficultés du bout de l’an, peut-être pourrions nous davantage nous attacher au rêve, aux horizons qui seront désormais les nôtres, des Carpates aux rives de Chypre, de la Baltique à la Méditerranée. Car, notre Europe, c’est aussi presque toute la mémoire du monde. Il suffit pour que nous repartions que nous quittions nos caractères frileux, nos craintes hebdomadaires, nos sécurités boulonnées ; que nous ayons ensemble envie encore d’inventer, de devenir, de régner. Il nous suffit d’écarter les discours du déclin et de dire aux plus jeunes que tout est encore possible si nous le voulons ; l’Europe sera le destin que nous choisirons.


Xavier de Roux

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Catégories:Europe

Pas deux fois !

Dimanche, mai 2, 2004 Laisser un commentaire

M. Hollande, on le sait, a un immense culot ! Il n’y a pas huit jours les socialistes se chamaillaient entre eux comme des diables autour des élections européennes parce qu’ils ne sont d’accord sur rien. Le dogme libéral serait planté au cœur de l’Europe, et il faudrait l’extirper. Mais l’Europe telle qu’elle est aujourd’hui, ce sont bien les gouvernements socialistes successifs qui l’ont faite ! Et maintenant les mêmes appellent le peuple à sanctionner cette Europe qui serait la source de tous nos maux.
Il y a quand même des limites au culot et des limites, en outre, à l’escroquerie, parce que l’on veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes.
Il faudrait donc sanctionner aux élections européennes le gouvernement, un acte II des Régionales en somme, pour faire oublier le résultat, le bilan, de ce que les socialistes français ont décidé à Bruxelles avec leurs amis socialistes européens pendant 20 ans !
Parce que l’ouverture des frontières, l’élargissement à marche forcée de l’Union Européenne vers les pays de l’Est, l’adhésion de la Turquie, la négociation de la mondialisation avec l’Organisation Mondiale du Commerce, c’est quand même le bilan de cet honorable parti et M. Pascal Lamy, qui a désarmé la politique agricole au nom de la liberté du commerce lorsque M. Glavany était ministre de l’agriculture, est quand même tout à fait socialiste, comme l’est l’auguste Jacques Delors, père de la célèbre Martine Aubry, qui pendant des années a organisé et voulu cette Europe là, dont il tenait fermement les commandes.

Alors aujourd’hui, non seulement on repasse le bébé, mais on va chercher Montebourg, Emmanuelli et même la fille Delors pour défiler dans les rues avec des pancartes contre le gouvernement qui doit lui se débrouiller avec le statut d’EDF, de GDF et l’ouverture à la concurrence des lignes SNCF et tutti quanti, décidés par ceux qui crient dans les rues ou sur les bancs du Parlement ! Il n’y a qu’à relire la prose de Michel Rocard – à Strasbourg, plus libéral que lui tu meurs ! – pour se rendre compte de l’énormité de la démarche politique du parti socialiste qui a quand même la majorité au Parlement européen, qu’on se le dise !

Et ces messieurs qui ont décidé tout cela voudraient se faire élire pour soutenir le contraire ! C’est vraiment prendre le peuple français pour un ramassis d’idiots ou de retardés mentaux, et se livrer à une énorme manipulation, que de tenter de lui faire croire que le projet européen serait celui du gouvernement et pas celui mis en œuvre depuis des décennies par le parti de MM. Hollande, Fabius, Strauss-Khan, sous la houlette vigilante de François Mitterrand, de Jacques Delors et de leurs amis.
Si le parti socialiste était courageux, s’il ne cultivait pas la démagogie la plus basse, il aurait le courage de défendre son bilan, c’est-à-dire la politique européenne qu’il a menée sans relâche au Parlement européen, et les décisions qu’il a prises. Là, il serait un parti de gouvernement !

Mais cela fâcherait ses amis communistes, pourtant longtemps complices, et les Verts et Attac, et Bové, et la ligue communiste révolutionnaire, et ça fâcherait même MM. Emmanuelli, Montebourg et Mélanchon qui veulent tourner le dos à cette politique là, et peut-être rejoindre les souverainistes, pourquoi pas ?
Alors, faute de courage politique et de vision d’avenir, mais entêté à vouloir gagner, masqué, les élections, voilà que le P.S. appelle à sanctionner le gouvernement.
Qu’est-ce que ça veut dire, sanctionner le gouvernement ? Le Parti socialiste veut prendre la tête des mécontents, il veut devenir le parti de tous les mécontents, juste pour retourner au pouvoir et recommencer la ritournelle qu’il nous a fait danser si souvent, promettre la lune, mais jeter du sable aux yeux !
Il y a un moment où il faut dire assez, assez à l’hypocrisie, assez à la tartufferie. C’est difficile la vérité politique, et si Saint Louis rendait la justice sous un chêne, la France, malheureusement, a été gouvernée trop souvent par des glands !

Les finances du fameux Etat providence sont au bord de la faillite et il faut rapiécer partout, tant le bateau fait eau de toutes parts. Fallait-il être myope pour ne pas voir que le régime des retraites ne pourrait bientôt financer plus rien et que notre système de Sécurité sociale ne pourrait pas durer bien longtemps dans cet état ? Au lieu de trouver des solutions, de montrer le chemin et de tracer une voie claire vers l’avenir, dans l’union nationale, les bonimenteurs sont revenus sur la place publique où ils ont dressé leurs estrades. C’est triste. La vie politique française mérite mieux que cela. Réveille-toi, Jaurès, ils sont devenus fous !



Xavier de Roux

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Une Europe qui fâche !

Lundi, avril 19, 2004 Laisser un commentaire

Si les élections régionales du mois de mars ont été transformées en élections nationales pour sanctionner le gouvernement, les élections européennes du mois de juin risquent de tourner au référendum sur la construction européenne et plus précisément sur le projet de constitution européenne destiné à tenter de faire tenir debout ces vingt cinq pays européens qui ont décidé de fonder ensemble une union leur permettant de peser encore sur les affaires du monde.
Face à la forte puissance américaine, peut-être provisoire, mais dominatrice, à l’émergence des pays de l’Asie du Sud-Est, et au premier plan de ceux-là, de la Chine avec son milliard et demi d’habitants, et sa puissance industrielle toute neuve, la vieille Europe, drapée dans sa civilisation humaniste a besoin de trouver une stature, simplement pour exister et pour décider de son destin.
Or, la politique économique menée par l’Union Européenne depuis le Traité de Rome, signé en 1957, refondée à Maastricht, est évidemment largement inspirée du libéralisme anglo-saxon et du capitalisme Rhénan revu et corrigé par des sociaux-démocrates assez éloignés de la doctrine socialiste française, que l’on cultive ici comme un jardin secret. L’Union Européenne a été fondée sur le principe de la libre concurrence dans un monde vaste où doivent circuler librement, les personnes, les biens et les capitaux.

Au nom de la concurrence, les aides des Etats à l’économie sont interdites, à moins d’être spécialement autorisées par l’autorité communautaire, et la Cour de Justice des Communautés Européennes, haute juridiction, veille sur tout cela.
Les conséquences de cette politique menée inlassablement depuis quarante six ans sont évidentes : les monopoles publics ont disparu, ou sont en voie de disparition, et les derniers dinosaures sont maintenant en première ligne. C’est peu de dire que leur survie n’est pas assurée. Lionel Jospin, à la Conférence de Barcelone, a en effet lâché beaucoup de lest pour permettre à la SNCF et à l’EDF-Gaz de France de continuer leurs activités dans le cadre des directives approuvées par la France, c’est-à-dire en acceptant l’ouverture à la concurrence du réseau ferré et de la production électrique.

Il est vrai qu’EDF, entreprise d’Etat, bénéficiant du crédit de la nation, s’était imposée comme la première entreprise électrique européenne et que l’Angleterre et l’Espagne menaçaient de mesures de rétorsion si l’entreprise ne devenait pas une entreprise ordinaire, même si l’Etat restait actionnaire majoritaire. Ce n’était pas la première fois que le socialisme français avalait son dogme à la façon d’une couleuvre, pour complaire à ses partenaires européens ! Déjà en 1981, Mauroy avait dû rengainer ses fameuses “filières” industrielles et “offices agricoles” au motif qu’ils étaient incompatibles avec les règles de l’Union. François Mitterrand ne s’en était pas formalisé, et le parti communiste au gouvernement avait dû expliquer à la CGT que c’était comme ça, et pas autrement !

Mais cette fois-ci les socialistes ne sont pas aux manettes, il sont dans l’opposition, ils défilent – ou du moins certains d’entre eux – contre la mondialisation, le libéralisme, l’organisation mondiale du commerce, le productivisme agricole, et bien entendu pour le maintien des services publics qui, en France, doivent être confiés exclusivement à des entreprises publiques !
Alors, les plus courageux d’entre eux tirant la logique de la situation se prononcent contre la future constitution européenne qui serait le havre, l’abri des principes libéraux. Henri Emmanuelli déclare publiquement qu’il souhaite, pour résister à la mondialisation, une Europe qui ne soit plus fondée sur le principe de libre concurrence. Il est rejoint dans cette démarche par l’ineffable Montebourg, habitué à attraper tout ce qui passe, et suivi par la gauche du parti, Mélenchon en tête, rejoint sur ces sujets par le parti communiste qui espère se refaire une santé, et bien entendu par la CGT dont les deux forteresses principales risqueraient d’être emportées par la machine européenne.
Fabius, Hollande et Strauss-Kahn qui se sentent plus près de Blair et de Schröder que de Rosa Luxembourg, ont réagi avec vigueur rappelant l’exigence européenne, et quarante cinq ans de militantisme, mais ils sont très inquiets ! Une bonne dose de démagogie, peut non seulement envoyer au parlement européen des militants du nationalisme français, mais aussi mettre en cause l’unité retrouvée de la gauche, voire créer une étrange majorité.

Car à l’issue du scrutin on comptera ceux qui sont souverainistes et ceux qui sont européens. Or, l’image du pouvoir européen est telle aujourd’hui qu’on risque de trouver pêle-mêle dans un front de refus l’extrême gauche, les communistes, la gauche socialiste, les amis de Monsieur de Villiers, les chasseurs et les pêcheurs, le Front National de Monsieur Le Pen et les habituels gaullistes qui ne partagent pas le refrain européaniste que l’on sifflote à l’UMP. Mais si l’on met en perspective ce vote et celui des élections régionales on aperçoit aussitôt le lien qui n’est pas ténu !

L’Union Européenne est bien souvent à l’origine des réformes qui sont demandées et de celles qui sont faites. Cette main invisible qui a confisqué une monnaie que l’on ne peut plus dévaluer, qui impose une réduction des dépenses publiques, limite le déficit budgétaire, supprime les monopoles nationaux, c’est bien la main européenne ! Le gant de velours est peut-être épais, mais on y sent une main de fer ! Londres, Amsterdam, Anvers, Hambourg, les marchands hanséatiques et les financiers courant le vaste monde à la vitesse de leurs machines numériques ont pris le pouvoir de ce côté-ci de l’Atlantique, et ils ont le visage de l’Amérique. Le rêve de la forteresse France reprend forme. Il faudrait fermer portes et fenêtres et vivre les illusions d’un paradis perdu dont Henri Emmanuelli serait le portier inspiré, flanqué de l’élégant Montebourg, enfant perdu des salons du XIXème siècle où l’on se délectait de Marx, de Proudhon et de Gracchus Babeuf. Au fait, pourquoi est-ce si difficile en France de vivre avec son temps et de regarder au loin là où mène la route que nous traçons ?

Xavier de Roux

Catégories:Actualite, Europe

Barbarie

Jeudi, avril 1, 2004 Laisser un commentaire

L’Europe fait penser aujourd’hui aux derniers siècles de l’Empire Romain. Nous avons atteint un très haut niveau de civilisation, de développement, limant les extrêmes, assurant la paix, gommant les responsabilités pour tendre vers l’égalité et établir une société pacifiée. Mais le fracas et le chaos du monde sont en train de jeter à bas ce modèle, miné par l’émergence de nations nouvelles, déstabilisé par la mondialisation anglo-saxonne, et le sacro-saint principe de concurrence qui n’est que la force aveugle de la loi du marché. La cohésion sociale fondée sur l’équité, mais aussi sur la neutralité religieuse que l’on appelle ici laïcité, est également à l’épreuve.

Des fous de Dieu ont lancé le Djihad, la guerre sainte, contre les “Croisés que nous serions, alliés du grand Satan américain, lui-même complice de l’occupation des lieux saints par Israël ! Puisque nous piétinons dans le péché, les bombes saintes seraient notre châtiment.
Pauvre Dieu, devenu la propriété de quelques cinglés désespérant de leur existence, demandant de toutes leurs forces ce paradis qu’ils gagneront par le sacrifice d’eux-mêmes et des autres !

Comment comprendre ces forces obscures qui se nourrissent des malheurs du monde, des occupations injustes et des humiliations de ceux qui se pressent devant les vitrines éclatantes de la richesse supposée des nations gavées de biens matériels, d’immédiateté et qui se moquent bien de l’éternité ! L’Occident a lutté de toutes ses forces contre le matérialisme marxiste, pour faire triompher son matérialisme à lui. La fin de toutes choses et de toutes politiques est devenue la satisfaction immédiate de besoins matériels réels ou supposés.

Nos gouvernements sont soumis aux pressions incessantes des corporations et des intérêts particuliers qui se drapent toujours dans la défense d’intérêts collectifs, sans dégager d’autres perspectives que celles de durer dans l’état que l’on a atteint et que l’on suppose parfait. Alors la démocratie, qui est évidemment le moins mauvais système de gouvernement, mais qui est fragile, hésite devant les opinions, consulte les sachants, décrète dans l’urgence et légifère dans une complexité qui masque les intérêts contradictoires qui font incessamment pression.

La France d’aujourd’hui illustre parfaitement cette situation. Mille milliards d’euros de dette ! Des systèmes sociaux qui ne font qu’accroître les déficits, une pression des prélèvements obligatoires qui en résulte que personne ne parvient à faire baisser, et l’appauvrissement général qui s’en suit ! On sait bien qu’on ne peut pas dépenser plus que le montant de ses recettes. C’est pourtant ce que fait l’Etat, dont on ne parvient pas à faire baisser les dépenses, tant il est difficile de supprimer les missions utiles ou inutiles dont il s’est affublé au cours du temps, mais qui représentent des emplois, donc des salaires versés. Et dès lors que l’on est dans la place, chacun en veut plus ! Mais à force de remplir la barque, elle finira par couler.
Nos sociétés ne sont pas insubmersibles, et il faut craindre le temps où seront portés au pouvoir des dirigeants aux idées simples et brutales ; ils parviendront sans doute à faire ce que n’auront pas réussi à réaliser ceux qui comprennent la complexité, et redoutant de trancher les nœuds d’un coup d’épée, préfèrent s’échiner à les défaire.
Car ce jour-là, la barbarie reviendra ; on l’aura même poussée au pouvoir en chantant, et nous serons alors nombreux à regretter la liberté. Il n’est pas trop tard pour renoncer aux égoïsmes, pour réfléchir et décider ensemble, pour préférer la république à l’aventure. Mais le temps nous est compté.

L’échec européen

Jeudi, janvier 1, 2004 Laisser un commentaire

Valéry Giscard d’Estaing avait passé, patiemment, 18 mois à diviser les débats de la convention européenne chargée de rédiger un projet de constitution pour l’Europe. Cette convention était constituée de tous les états membres, représentés par des membres des parlements et des gouvernements. Personne n’avait compté son temps, et des compromis avaient été trouvés sur tous les points difficiles où il fallait concilier la souveraineté des états, le transfert de certaines de leurs compétences à l’Union, et enfin leur représentation dans les organes de l’Union. On sait que seules la Pologne et l’Espagne manifestèrent de la mauvaise humeur parce que l’on accordait plus de poids qu’elles ne le souhaitaient à l’importance de la population pour la pondération des votes. Il est vrai qu’à Nice, dans un difficile compromis, l’Espagne et la Pologne avaient obtenu, malgré une population un peu plus supérieure au tiers de la population allemande, une représentation très proche de celle de la France ! C’est sur ce point précis qu’à Bruxelles, les négociations achoppèrent et faute de s’entendre sur la façon dont seront composés les organes de l’Union, on jeta au panier le travail, excellent mais perfectible, de la Convention !

En réalité, un train peut en cacher un autre, et comment se lancer dans l’aventure d’une Union à laquelle les états transfèrent une partie de leur souveraineté, s’il est clair que la vision géopolitique de ses membres est dès le départ, absolument contradictoire. Or c’est bien de cela qu’il s’agit. On peut toujours, à la fin des fins, trouver un compromis sur la représentation de la Pologne et des Polonais, on ne peut pas les forcer à mener une politique qu’ils ne souhaitent pas et qui leur fait peur.
La Pologne, comme l’Espagne, ont montré, pour des raisons d’ailleurs différentes, leur attachement au lien privilégié et protecteur avec les Etats-Unis.

Or la France, depuis le général de Gaulle, puis peu à peu l’Allemagne et la Belgique, se sont persuadés que ce lien protecteur n’avait plus tellement de raison d’être et surtout imposait des contraintes dans tous les domaines de nature à porter atteinte au développement de l’économie européenne et donc au bien-être de ses habitants.
L’affaire irakienne a clairement éclairé le genre d’aventure que nous ne souhaitons pas partager, et plus généralement des différences très sensibles sont apparues quant à la façon de régler l’affaire du Moyen-Orient, le conflit israëlo-palestinien, le contrôle des sources d’énergie, le développement nucléaire et spatial, l’accès aux nouvelles technologies. Cela fait évidemment beaucoup ! Et la Pologne s’est immédiatement illustrée, ayant à peine adhéré à l’Union, en achetant des avions F16 américains, plutôt que des avions européens !

Les mauvaises langues disent que nos arguments n’étaient pas assez sonnants et trébuchants, mais il s’agissait à l’évidence d’un choix et d’un signe politiquement fort !
Le président tchèque Hacel Klaus dit d’ailleurs très haut ce que beaucoup de pays de l’est pensent tout bas : la domination russe qu’ils ont subie ne doit plus recommencer et ils estiment que la protection de leur indépendance vient des Etats-Unis tandis que le trio franco-germano-russe leur semble très suspect.
Ils ne sont pas prêts à investir dans une défense commune et encore moins dans une politique mondiale dont les U.S.A. ne seraient pas le leader.
Quant à l’Espagne, pourtant si proche, elle se drape dans son honneur en regrettant sans doute Charles Quint !
Alors le rêve français d’une Union Européenne qui ne serait pas simplement un marché, mais une puissance, peut-il prospérer ? Face au libéralisme anglo-saxon que nous n’aimons pas et dont nous ne comprenons pas les valeurs, peut-on afficher ce mélange de capitalisme rhénan et d’humanisme français qui ont marqué si profondément nos civilisations ? Peut-on rester dans la cour des grands ? Traiter avec la Chine et l’Inde, apaiser l’Afrique, faire la paix en Palestine, imposer un modèle de développement qui ne soit pas celui de Wall Street et de la Banque mondiale ?
Le sujet n’est pas mince, et l’ambition immense, mais les Français, s’ils se chamaillent au quotidien, aiment bien aussi ces grandes perspectives qui les font, pas seulement rêver, mais tout simplement exister. C’est pour cela que l’échec européen n’en est peut-être pas un ! L’Europe ne peut se réduire à un simple marché commun, elle doit contenir et porter l’ambition de ses peuples, faute de quoi elle n’existe pas. La démonstration vient d’en être faite. Il reste à savoir si les gouvernements trouveront un souffle pour les porter, ou si comme au sommet de Bruxelles, ils se contentent de rire aux pantomimes d’un Berlusconi !

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