Les leçons d’un désastre
Chaque jour les extravagances du marché financier américain nous montrent que la cupidité sans limite des acteurs nous a mené à l’inquiétante situation où l’économie mondiale se trouve aujourd’hui. Où le modèle anglo-saxon est apparu à nos élites la perfection absolue puisque la croissance américaine sous la présidence Bush, laissait sur place la croissance européenne.
La recette était donc simple, moins d’Etat, moins de règle, plus de liberté et d’imagination, création de nouveaux produits financiers, créativité… Que n’a-t-on pas entendu !
Il apparaît aujourd’hui qu’on a fait sauter la caisse, comme on fabrique une escroquerie ou un hold-up, et M. Maddox fait partie des bandits ordinaires, sauf que piquer 50 milliards de dollars, ce n’est pas donné à tout le monde. Mais surtout, dévaliser la planète sans que personne ne s’en rende compte, donne une idée de l’affaiblissement des gendarmes de la bourse et du marché financier. Il est difficile de penser que la Security Exchange Commission est devenue tout à coup sourde et muette. Souvenons-nous des cris d’orfraie qu’elle poussait lorsqu’une mutuelle française s’emparait d’une obscure compagnie d’assurances de Californie ! On peut malheureusement penser que ce petit monde a créé des accointances et des parasites qui ressemblent à des protections.
Et l’on ne fait que détricoter le début de l’écheveau. Il est donc urgent de protéger l’épargne publique et de faire en sorte que la tranquille rentière de Perpignan – ou de Saintes – n’apprenne pas un beau matin que ses économies, à travers telle ou telle Sicav que lui a pris son banquier, sont tombées dans un trou noir ou dans une poche profonde dont elles auront peu de chance de sortir.
Et l’on remet l’Etat en première ligne, tant que l’on n’a pas organisé un solide corps de contrôleurs internationaux.
Pour protéger son épargne, la France, comme d’autres pays, s’est engagée à faire en sorte que les banques ne tombent pas en faillite. L’Etat apporte donc sa garantie, mais si l’on additionne toutes les garanties données par tous les Etats du monde, on constate simplement qu’ils héritent de toutes les mauvaises dettes du marché financier en espérant que le nettoyage des Ecuries d’Augias se fera plus vite que l’appel de leur garantie.
Parce que les Etats n’ont pas en caisse le premier kopeck pour tenir leurs engagements ; ils sont eux-mêmes tous débiteurs. Le seul avantage d’un Etat est qu’il bat monnaie. Encore faut-il avoir confiance dans cette monnaie ; l’effondrement du dollar et de la livre sterling montre que tout à une limite, et l’Euro qui aujourd’hui en profite a bien peu de marges de manœuvre s’il ne veut pas subir le même sort.
La solidarité économique planétaire doit jouer pour assainir d’abord le marché financier, en évacuant la fausse monnaie, et d’autre part remettre le marché financier à sa place qui est de financer la production, les services et les échanges, et non pas de créer sa propre finalité qui serait le seul gain de la pure spéculation.
Il faut donc remettre les pendules à l’heure, et d’abord l’esprit même des opérateurs qui ont cru pendant des années monter au paradis tandis que d’autres malheureux s’échinaient à produire sans gagner un sou. Il faut oublier le modèle anglo-saxon qui vient de faire faillite alors qu’il était enseigné dans toutes nos écoles de commerce comme le nec plus ultra depuis des années ; il faut surtout et d’urgence travailler à la création et à l’émergence d’un autre système cohérent capable de satisfaire les besoins des peuples.
Et cet exercice est plus difficile. Toutes les théories vont être vantées ; mais ce n’est pas des théories qu’il faut, mais des actions pratiques, c’est-à-dire en démocratie, des actions politiques.
Les partis politiques doivent donc travailler à des projets nouveaux dans un monde complexe, et ce n’est pas facile. Ils ne peuvent plus se contenter de bonimenter ou de commenter l’événement. Ils doivent en même temps faire taire ou calmer les angoisses qui s’expriment parce que tout change, que rien ne sera pareil et qu’on l’on ne trouve pas vraiment de modèles dans le passé.
Les hommes politiques feraient bien de s’entourer – non pas des astrologues, bien que… – mais de psychologues qui explorent les psychologies de groupe et trouvent la racine du stress et de l’angoisse qui s’emparent de beaucoup de nos concitoyens, pour donner une réponse adaptée, et planter surtout, immédiatement des repères et des espoirs, sans quoi la faillite du casino mondial sera peut-être la cause d’un bouleversement social incontrôlable qui laissera nos experts perplexes, et nos démocraties sans voix.
Xavier de Roux
Paru dans L’Echo des Arènes n°135 de Janvier 2009










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