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Les leçons d’un désastre

Lundi, décembre 29, 2008 Laisser un commentaire

Chaque jour les extravagances du marché financier américain nous montrent que la cupidité sans limite des acteurs nous a mené à l’inquiétante situation où l’économie mondiale se trouve aujourd’hui. Où le modèle anglo-saxon est apparu à nos élites la perfection absolue puisque la croissance américaine sous la présidence Bush, laissait sur place la croissance européenne.
La recette était donc simple, moins d’Etat, moins de règle, plus de liberté et d’imagination, création de nouveaux produits financiers, créativité… Que n’a-t-on pas entendu !
Il apparaît aujourd’hui qu’on a fait sauter la caisse, comme on fabrique une escroquerie ou un hold-up, et M. Maddox fait partie des bandits ordinaires, sauf que piquer 50 milliards de dollars, ce n’est pas donné à tout le monde. Mais surtout, dévaliser la planète sans que personne ne s’en rende  compte, donne une idée de l’affaiblissement des gendarmes de la bourse et du marché financier. Il est difficile de penser que la Security Exchange Commission est devenue tout à coup sourde et muette. Souvenons-nous des cris d’orfraie qu’elle poussait lorsqu’une mutuelle française s’emparait d’une obscure compagnie d’assurances de Californie !  On peut malheureusement penser que ce petit monde a créé des accointances et des parasites qui ressemblent à des protections.
Et l’on ne fait que détricoter le début de l’écheveau. Il est donc urgent de protéger l’épargne publique et de faire en sorte que la tranquille rentière de Perpignan – ou de Saintes – n’apprenne pas un beau matin que ses économies, à travers telle ou telle Sicav que lui a pris son banquier, sont tombées dans un trou noir ou dans une poche profonde dont elles auront peu de chance de sortir.
Et l’on remet l’Etat en première ligne, tant que l’on n’a pas organisé un solide corps de contrôleurs internationaux.
Pour protéger son épargne, la France, comme d’autres pays, s’est engagée à faire en sorte que les banques ne tombent pas en faillite. L’Etat apporte donc sa garantie, mais si l’on additionne toutes les garanties données par tous les Etats du monde, on constate simplement qu’ils héritent de toutes les mauvaises dettes du marché financier en espérant que le nettoyage des Ecuries d’Augias se fera plus vite que l’appel de leur garantie.
Parce que les Etats n’ont pas en caisse le premier kopeck pour tenir leurs engagements ; ils sont eux-mêmes tous débiteurs. Le seul avantage d’un Etat est qu’il bat monnaie. Encore faut-il avoir confiance dans cette monnaie ; l’effondrement du dollar et de la livre sterling montre que tout à une limite, et l’Euro qui aujourd’hui en profite a bien peu de marges de manœuvre s’il ne veut pas subir le même sort.
La solidarité économique planétaire doit jouer pour assainir d’abord le marché financier, en évacuant la fausse monnaie, et d’autre part remettre le marché financier à sa place qui est de financer la production, les services et les échanges, et non pas de créer sa propre finalité qui serait le seul gain de la pure spéculation.
Il faut donc remettre les pendules à l’heure, et d’abord l’esprit même des opérateurs qui ont cru pendant des années monter au paradis tandis que d’autres malheureux s’échinaient à produire sans gagner un sou. Il faut oublier le modèle anglo-saxon qui vient de faire faillite alors qu’il était enseigné dans toutes nos écoles de commerce comme le nec plus ultra depuis des années ; il faut surtout et d’urgence travailler à la création et à l’émergence d’un autre système cohérent capable de satisfaire les besoins des peuples.
Et cet exercice est plus difficile. Toutes les théories vont être vantées ; mais ce n’est pas des théories qu’il faut, mais des actions pratiques, c’est-à-dire en démocratie, des actions politiques.
Les partis politiques doivent donc travailler à des projets nouveaux dans un monde complexe, et ce n’est pas facile. Ils ne peuvent plus se contenter de bonimenter ou de commenter l’événement. Ils doivent en même temps faire taire ou calmer les angoisses qui s’expriment  parce que tout change, que rien ne sera pareil et qu’on l’on ne trouve pas vraiment de modèles dans le passé.
Les hommes politiques feraient bien de s’entourer – non pas des astrologues, bien que… – mais de psychologues qui explorent les psychologies de groupe et trouvent la racine du stress et de l’angoisse qui s’emparent de beaucoup de nos concitoyens, pour donner une réponse adaptée, et planter surtout, immédiatement des repères et des espoirs, sans quoi la faillite du casino mondial sera peut-être la cause d’un bouleversement social incontrôlable qui laissera nos experts perplexes, et nos démocraties sans voix.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°135 de Janvier 2009

Au bonheur du marché

Mardi, janvier 29, 2008 3 commentaires

Monsieur Attali, qui fut le gourou de François Mitterrand à l’époque où ce dernier prônait et réalisait la nationalisation des banques et des grands moyens de production, s’est converti en chantre du libéralisme qu’il souhaite faire triompher jusqu’aux chauffeurs de taxis !

Pour cet expert, la liberté absolue entraînerait la croissance absolue.

Pourtant l’effondrement des marchés financiers auquel nous venons d’assister et leur effet de dominos sur la planète entière démontre, une fois de plus, que le marché c’est bien, qu’on peut gagner au casino, mais qu’on peut aussi beaucoup y perdre.

Parfois le marché devient illisible et s’y aventurer ressemble à la forêt de Bondy ; c’est le cas du marché financier. Des jeunes gens doués, portant bretelles, en manche de chemise, ont inventé dans les banques et les cabinets d’avocats – dits internationaux –  des trucs totalement imbéciles que l’on a compliqué pour tenter de les rendre intelligents, puisque la complexité est devenue un art qui cache la raison.

Il y a bien sûr les fameux produits dérivés dont la Société Générale se vantait d’être une championne mondiale et qui l’envoient par le fond. Il y a également la titrisation des créances creuses sur des malheureux que l’on espère solvables à terme parce que leur bien immobilier prendrait de la valeur ! On coupe donc en morceaux des créances qui ne valent rien pour les transformer en produit de placement aux motifs que le risque était grand. Les intérêts peuvent être à la hauteur ! On gonfle ainsi le rendement de l’épargne monétaire en y introduisant un risque que l’on se garde bien d’expliquer aux malheureux acheteurs finaux et l’on fait ainsi circuler une sorte de quasi monnaie qui ne vaut pas une thune ! A la première demande de remboursement, tout le système s’est écroulé, tandis que les épargnants voyaient disparaître leurs économies. Sacré marché !

Les génies qui ont imaginé ce petit jeu de société font claquer leurs bretelles entre leurs pouces du geste fataliste des incompris de la finance. L’humanité ordinaire, décidemment ne comprend rien et les patrons de banque, si souvent donneurs de leçons, cèdent en vitesse leurs établissements à des fonds chinois ou arabes, tandis qu’on inculpe un jeune trader, au hasard Balthazar !

C’est d’ailleurs une sorte de revanche de notre fameux marché. Il était bien normal de vouloir concentrer le prolétariat mondial dans le dernier pays communiste de la planète, c’est pour cela que l’on a transformé la Chine en usine du monde. Le capital conformément aux thèses de Marx a fini par s’y accumuler et, prédateur, il s’empare aujourd’hui des banques faillies d’Amérique, d’Allemagne, de Suisse et bientôt de France.

Après le casino, voici venir la partie de poker. Le rapport Attali, dans ce contexte vient à contretemps et son auteur joue à contre-emploi.

Il en a peut-être un peu disserté avec Tony Blair qui a quitté, comme beaucoup, la politique pour la banque. C’est très tendance ; dès qu’un homme politique prend le large, c’est pour se transformer en banquier ou en avocat pour goûter aux fruits d’une croissance à laquelle – responsable – il n’a pas beaucoup participé ! M. Strauss-Kahn, autre ami d’Attali, ne fait pas exception à la règle. Il est donc bien normal que des esprits aussi éclairés se persuadent que toutes les réformes doivent simplement permettre au marché d’être plus fluide, plus huilé, plus transparent comme ils disent, et que le bonheur ainsi sera dans le pré.

Et si, au contraire, l’ennemi de notre civilisation c’était tout simplement la complexité ?

La complexité des scribes assis qui se ont emparé de la machine d’Etat, comme ils se sont emparé du marché, qui se nourrissent d’obscurité, qui vivent de l’explication des règles obscures qu’ils ont créées, qu’ils ont codifiées, comme s’il s’agissait réellement du contrat social comme ils disent.

Toutes les réformes se sont toujours heurtées à l’épais matelas de leurs certitudes organisées.

A quand donc le retour à la limpidité du siècle des lumières, et tout simplement le retour à la raison ? 

Xavier de Roux

Catégories:Actualite, Economie

L’impuissance de la démocratie

Mercredi, janvier 23, 2008 5 commentaires

Après l’échec de près d’un demi-siècle de collectivisme dans un grand nombre de pays, cette forme d’organisation sociale a perdu la bataille parce que l’égalité s’opposait fondamentalement à la liberté. Après la chute du mur de Berlin, un consensus s’est fait pour privilégier la liberté ou encore les libertés de circuler, de commercer, d’échanger, d’investir. Les Anglo-saxons ont appelé ce vaste mouvement, dont ils ont été les initiateurs fervents, la “globalisation”. La liberté est devenue synonyme de marché, et le marché global, forcément mondial comme le souhaite l’Organisation Mondiale du Commerce, présidée d’ailleurs par un socialiste français.
Ce mouvement extrêmement rapide favorise l’émergence des grands pays d’Asie qui deviennent les usines du monde, et des mouvements de capitaux que l’on n’avait jamais connus, le capital ne s’accumulant pas seulement dans les grands pays capitalistes, mais dans les pays émergents et singulièrement en Russie, adossée à la fourniture de l’énergie.
Dès lors les démocraties occidentales assistent béates à ce grand ballet planétaire, où l’on observe une accumulation de richesses, l’émergence d’états nouveaux, mais aussi l’absence de contrôle du marché qui est devenu pourtant la panacée universelle.
Economie de marché et démocratie deviennent synonymes, sauf que la démocratie ne contrôle plus rien et devient l’empire du verbe. La crise des prêts immobiliers américains qui a réussi à évaporer deux mille milliards de dollars de la planète en est un exemple parfait. Certes, les banques centrales sont intervenues pour éviter la catastrophe finale, mais cette intervention n’a été efficace que parce que les fonds du capitalisme asiatique sont venus au secours des banques américaines, allemandes et suisses en première ligne dans cette affaire.
La banque JP Morgan a beau embaucher le travailliste Blair comme conseiller, il n’en reste pas moins que son contrôle risque d’échapper aux Américains, comme d’ailleurs le contrôle d’autres grands bastions du capitalisme mondial.
Et lorsque les fonds souverains russes ou chinois interviennent, est-ce au nom du principe de l’économie de marché occidentale, du libéralisme, synonyme de démocratie, ou est-ce au contraire dans une autre perspective ? Qui est simplement la mainmise par de grands Etats souverains et pas très libéraux, sur les commandes de la puissance mondiale ?
On en reviendrait à la vieille phrase de Lénine, «les capitalistes sont si bêtes qu’ils nous vendront la corde pour les pendre». Ce qu’il fit, d’ailleurs avec une certaine application et beaucoup de succès.
Dans ce contexte, les projets de réforme présentés par Attali, qui fut le gourou du socialisme français sous Mitterrand, sont assez stupéfiants ; pour lui la fameuse croissance nécessiterait encore plus de liberté planétaire et la fin des Etats.
Nous serions sur une planète où de grands Etats utilisent les armes du capitalisme pour assurer leur puissance, tandis que les démocraties occidentales sont pratiquement sommées de disparaître au nom de «l’enrichissez-vous» général et de la croissance à tout va.
Cet extraordinaire paradoxe devrait sauter aux yeux de ceux qui ont les rennes du pouvoir et cherchent désespérément une solution en faisant à leurs électeurs des promesses qu’ils sont bien incapables de tenir.
Après Edgar Morin, Nicolas Sarkozy a raison, il faut une politique de civilisation, c’est-à-dire finalement une simple éthique du vivre ensemble en partageant des valeurs. Ce que l’on attend aujourd’hui des intellectuels occidentaux c’est justement ce travail sur les valeurs que nous devons partager, et ce que nous attendons des peuples occidentaux, c’est qu’ils disent les valeurs qu’ils souhaitent partager, et qui sont nécessaires à leur existence telle qu’ils la conçoivent, et ce que l’on attend des partis politiques, c’est qu’ils transforment ces attentes en propositions concrètes, claires, avec une vision à long terme. La politique alors retrouvera les rivages qui sont depuis toujours les siens, et qu’elle a quittés pour se perdre dans le tintamarre des bazars modernes. Il y a là un vrai enjeu qu’il faut saisir immédiatement.

Xavier de Roux 

Quand les arbres montent au ciel

Mercredi, novembre 28, 2007 1 commentaire

On ne cesse de parler de croissance et de points de croissance comme une panacée universelle à tous les maux des hommes. A entendre les savants la quantité de biens, de services, de produits mis sur le marché, échangés, consommés, exportés constituerait les éléments de calcul de cette fameuse croissance.
Les économistes sont des gens sérieux. Ils s’y connaissent en points de croissance ; ils vous calculent ça toute la journée tandis que les ministres des finances ont l’œil fixé sur les résultats. Les finances de l’Etat, en effet, leur équilibre, ou l’importance de leur déséquilibre dépend de ces fameux points. On ne fait pas un budget à 2% de croissance, comme on le fait à un. C’est le cycliste sur son engin qui doit sans cesse pédaler pour ne pas tomber.
Or le même Etat qui tremble pour un tiers de point de croissance en plus ou en moins, organise en même temps le grenelle de l’environnement pour dénoncer les nuisances de la croissance, non seulement dans nos sociétés passablement gavées, mais aussi dans les pays émergents parce que la planète ne supporterait plus l’agitation incessante des hommes, leur recherche de confort, leur désir de bien-être, leur goinfrerie quotidienne, qui font la vie comme ils la rêvent.
Certes il reste beaucoup de pauvres, des exclus, des morts de faim qui voudraient bien être rattrapés par la fameuse croissance à travers la solidarité nationale. La social-démocratie a inventé, ce qui est bien pratique, la redistribution fiscale, mais elle a aussi branché les impôts sur le marché, en livrant à sa main invisible les recettes de l’Etat. Ces dernières sont donc depuis soumises aux emballements, aux récessions, aux codes, aux changements d’humeur d’un grand bazar, autrefois national, aujourd’hui planétaire.
Réguler, comme on dit, un marché national n’est pas très simple tant les opérateurs n’ont de cesse de tourner les interdits ; réguler le marché mondial est pratiquement hors de portée de nos démocraties qui désormais jouent leurs ressources au casino en faisant appel aux bateleurs et aux faiseurs d’illusion qu’ils nomment encore économistes pour donner à cette fantaisie un caractère scientifique. Bref la forêt d’experts dissimule la question. Les ressources de l’Etat doivent-elles dépendre de la croissance d’un marché sur lequel l’Etat n’a plus de prise sérieuse ?
Il y a plus d’un siècle, Marx avait tenté de répondre à cette question, et ses épigones ont rêvé de créer la société des égaux. Mais l’égalité a livré un terrible combat avec la liberté, parce que les hommes au fond ne supportent pas l’égalité, ils ne supportent pas la norme. Ils veulent accaparer, entasser, s’enrichir, et Jésus Christ, comme tant d’autres, eut beau promettre qu’il serait aussi difficile aux riches d’entrer au paradis qu’un chameau de passer par le chas d’une aiguille, la course au trésor n’a pas cessé pour autant ! L’organisation marxiste de la société qui avait essayé de répartir égalitairement les biens produits pour la seule satisfaction du consommateur citoyen, a dû mettre la clé sous la porte, après avoir ruiné cent Etats !
Quelle place reste-t-il alors à nos modernes nations ? Elles doivent assurer un certain nombre de services collectifs, faire régner la justice et assurer la défense. Ce n’est pas si mal. La liste des services collectifs est évidemment variable – santé, transports, éducation, aide aux familles, fourniture de l’eau, de l’énergie… – on peut mettre ce que l’on souhaite dans la corbeille commune. On sait simplement qu’elle a un prix et que ce prix se traduit par des prélèvements obligatoires sur la richesse de chacun. Ces prélèvements doivent être acceptables et acceptés. C’est la nature même du pacte social. Leur financement ne doit pas dépendre d’une croissance chimérique, mais d’un coût réel, acceptable à l’instant même où il est déterminé. Il est donc nécessaire d’avoir un Etat simple et efficace qui ne s’embarrasse pas trop de tous ces calculs savants qui mènent aux erreurs les plus folles, comme on en a tant connu dans l’histoire de notre pays.
Un Etat simple et efficace, c’est d’abord un Etat dont les comptes sont en ordre, le budget en équilibre et qui ne court plus après la croissance pour simplement payer ses dettes ; c’est un Etat qui ne se mêle plus d’un marché sur lequel il n’a plus d’autre action que celle d’en augmenter la cacophonie.
C’est un Etat qui investit dans son domaine et qui ne décrète pas à tout bout de champ. Moins on décrète, mieux on se porte. Mais pour bâtir cet Etat simple et efficace, cet Etat moderne, il faudrait, sans doute, un autre siècle des lumières.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°122 – Décembre 2007

Un peu d’optimisme, s’il vous plait !

Vendredi, juillet 1, 2005 Laisser un commentaire

La France est malade du chômage depuis près de 30 ans, depuis le premier choc pétrolier de 1975. Les gouvernements se sont succédés, de gauche et de droite, alternativement, sans que l’on trouve une solution à cette situation qui ronge les finances publiques en même temps que le moral de la Nation.

Pourtant on a tout essayé, le traitement social, le traitement économique, on a ouvert un véritable concours Lépine des meilleures recettes qui fut gagné, haut la main, par la mesure phare de Mme Aubry, qui consiste à réduire obligatoirement la durée du travail pour mieux la répartir entre les actifs potentiels. Cette fameuse idée du philosophe économiste Lorotourou, dont on n’entend plus guère parler, loin de faire baisser le chômage, n’a fait que l’augmenter en pesant sur le coût du travail dans un monde ouvert à la concurrence, et en coûtant des fortunes au contribuable qui compense aux entreprises leur perte de compétitivité, par le budget.

Mais cette mesure malgré son inefficacité absolue a eu pour avantage de valoriser le temps libre, si bien qu’il fut décidé de la sanctuariser. Défense d’y toucher, c’est un avantage acquis !

Les pouvoirs publics ont donc créé au fil du temps un secteur entier de non actifs, totalement encadrés, financés. On en sort généralement de façon précaire pour entrer dans un marché du travail qui fonctionne très mal. En effet, à côté de secteurs de l’économie où les demandes excèdent largement les offres d’emploi, il existe d’autres secteurs que l’on qualifie – quel joli mot – de secteurs “pénuriques” où les offres d’emploi ne sont pas satisfaites. Il s’agit des activités du tourisme comme la restauration ou l’hôtellerie, les métiers de service à la personne, l’industrie du bâtiment et des travaux publics… ainsi que quelques autres. Les spécialistes se perdent en conjectures sur les raisons de ce désintérêt pour ces métiers. Sont-ils trop mal payés, sont-ils peu gratifiants socialement, sont-ils trop pénibles ? Personne n’apporte la même réponse, chacun voit midi à sa porte, et du coup, rien ne bouge.

Mais plutôt que de demander aux spécialistes de trouver des solutions à des problèmes qui ne sont pas techniques, il conviendrait peut-être de réfléchir, simplement à ce qu’est l’emploi : l’emploi c’est l’activité que tout être humain mène ou devrait mener dans la société à laquelle il appartient. Cette activité peut être extrêmement diverse, elle peut être un métier, un travail, ou un art.

Or on confond toujours dans un étonnant raccourci le travail et le salariat. Dans cette perspective le travailleur c’est celui qui vend à un patron sa force de travail, et qui la vend pas cher, si bien que l’antagonisme entre l’employeur et l’employé est de droit, fondant ainsi la lutte des classes !

Cette notion restrictive et antagoniste de l’activité sociale a gâché toute la réflexion politique qui s’est mise à rêver d’un système binaire où il y aurait un parti des employeurs et un parti des employés. Le Parti communiste s’est d’ailleurs proclamé “parti des travailleurs” et Arlette Laguiller incarne le prolétariat !

Or si cette caricature sociale a peut-être été juste quelques temps dans l’histoire récente des grandes cathédrales industrielles, elle ne colle plus du tout avec le monde qui se crée, et que nous créons tous les jours sans nous en rendre compte.

Les activités traditionnelles, agricoles et industrielles restent essentielles mais sont devenues minoritaires en terme d’emploi, par contre l’invention, la création, la recherche restent heureusement un mouvement profond et ample qui conduit à maintenir une activité riche, moderne et porteuse d’avenir.

L’art et les talents ne sont pas taris, et finalement notre vieux pays qui vit une sorte de crise de nerf par perte d’identité continue d’avoir des chances immenses que constatent les observateurs étrangers.

“Mais non, l’Hexagone ne va pas si mal” titrait le New Statesman de Londres, et Mark Leonard écrit : “Si l’on veut savoir quelle est l’industrie lourde qui affronte le mieux la mondialisation, il suffit de comparer Renault et Rover… Il est facile d’oublier à quel point l’économie française a pris une dimension internationale… Elle s’est hissée au quatrième rang mondial. La France attire trois fois plus d’investissements étrangers que le Royaume-Uni et 50% de plus que les Etats-Unis. Elle a engagé des réformes à un rythme accéléré… La vie dans l’Hexagone est fondamentalement attrayante, où mieux que là prendre un train, subir une transplantation cardiaque, aller au restaurant ? La vie culturelle est dynamique et ouverte sur le monde… La population est élevée, la croissance démographique soutenue…” N’en jetez plus !

Mais alors pourquoi cette morosité ? Eh bien tout simplement parce que la classe politique n’a pas encore fait suivre ces changements, et continue imperturbable des querelles d’un autre temps, avec des recettes de grand-mère !

Qu’elle se crispe et qu’elle cesse d’inventer ! La querelle récente sur l’Europe et le libéralisme a été un grand moment d’indigence mentale.

Pendant ce temps-là, 250 000 entreprises se créent chaque année, qu’on aide à leur trouver du crédit, qu’on les laisse travailler en paix, qu’on cesse de corseter l’activité, que l’on fasse confiance aux talents, et l’optimisme reviendra ! Mais il est tellement plus amusant de faire semblant de jouer à la Révolution ! C’est le vrai paradoxe.


Xavier de Roux

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Trancher le noeud gordien !

Lundi, avril 5, 2004 Laisser un commentaire

Cette fois-ci, nous y sommes, la fracture de la société française est consommée. Les entrepreneurs, confrontés aux règles d’un marché désormais mondial, demandent qu’on adapte les règles de la société française à la concurrence à laquelle ils sont confrontés. Chacun voyant midi à sa porte, ils ne pensent qu’en terme de résultats, d’efficacité, de croissance. On ne peut pas le leur reprocher. Mais la société, largement composée de salariés et de retraités du travail, prend pour une provocation ces demandes qui touchent à leur statut, à leurs revenus, à leur façon d’exister.Les uns revendiquent l’effort et la productivité, les autres des revenus plus importants et des loisirs. Les uns font des plans d’entreprises à long terme et des stratégies compliquées, les autres agissent au quotidien. Pour tenir l’équilibre entre les deux, l’administration tente d’appliquer les savants arbitrages qu’ont décidé les élus : charges, impôts, temps de travail, réglementation…

Or, l’application à retardement, ou sans discernement, de textes déjà obsolètes ou évènementiels, produit irritation, grogne, insatisfaction. L’administration lourde et impuissante est bien incapable de faire exécuter les décisions politiques qui, souvent, ne correspondent pas à la réalité. Quant aux juges, ils appliquent les lois, que le Parlement a voté et qui contiennent souvent, elles aussi, toutes les contradictions d’une société irritée et dressée contre elle-même.

Si, de guerre lasse, les entrepreneurs voguent vers des cieux meilleurs et délocalisent, comme on dit, leurs entreprises, c’est le chômage et l’effroi ; si des mesures sont prises pour les rassurer et pour rendre notre territoire attractif aux activités nouvelles, il s’agit évidemment de mesures liberticides et de régression sociale.

Ce phénomène est amplifié par le fait que ces deux mondes, de plus, ne se rencontrent pas. Le jeune financier parisien organisant des fusions-acquisitions de sociétés entre Londres, Paris New York ou Hongkong n’a probablement dans son entourage aucun ami ouvrier, artisan ou paysan. Ils se croisent sans se rencontrer, sans se comprendre, et c’est aussi souvent vrai pour le patron pressé qui laisse à son directeur des ressources humaines le soin de gérer les femmes et les hommes qui, pourtant, participent à l’entreprise commune, mais n’en sont souvent que de pions.

Car la vachardise humaine s’ajoute à tout cela, avec le sens du parapluie qu’on ouvre et de la faute qui est toujours celle de l’autre, du tire au flanc que son métier ennuie, du dépressif, du fragile, de la gamme de tous les éclopés du temps qui passe, et ils sont légion, au point de créer un ministère de défense des victimes !

Les ingrédients sont donc là ; l’absence de consensus social à l’évolution de la société française est évident, comme est évidente l’hésitation de l’exécutif ficelé par les contradictions qui l’empêchent d’arbitrer correctement, parce que d’ailleurs personne ne sait où se situe le juste arbitrage. On se bat pour le pouvoir, mais on ne sait plus ensuite comment l’exercer ! Cette cacophonie rend illisible tout message. Allez expliquer aux cheminots de la SNCF ou aux électriciens d’EDF, que les Directives Européennes organisant la concurrence du rail ou celle de l’électricité ont été prises lorsque les socialistes exerçaient le pouvoir !

Le zapping politique a du bon, il efface la mémoire des décisions, si bien qu’un français sur deux estime ne pas faire de différence entre une politique de droite et une politique de gauche !

L’arbitrage politique du système démocratique représentatif devient donc quasi impossible.

Il faut donc exposer très clairement, très pédagogiquement, les données du problème au pays, il faut passer de la dialectique marxiste et de la loi des contraires à la perspective et à la synthèse.

Il arrive qu’un homme, parfois, arrive à incarner cette clarté et cette longueur de vue, mais c’est extrêmement rare. Il devient d’ailleurs ensuite un symbole et la statue du commandeur.

Faute de statue du commandeur, le recours, pour trancher le nœud gordien, c’est le recours au peuple, c’est-à-dire le référendum. Les grands esprits détestent le recours au peuple. Les questions de société seraient trop compliquées pour qu’il les comprenne ! Mais l’organisation de la société, c’est finalement l’affaire du peuple !

Ce n’est compliqué que pour ceux qui ne comprennent rien ou ne veulent pas comprendre. Les enjeux sont considérables, puisqu’il s’agit aujourd’hui de l’équilibre social de notre pays au bord de la rupture. Les grandes questions doivent donc être mises à plat, simplifiées, organisées, évaluées, et soumises à l’arbitrage du peuple. On répond que les extrêmes vont s’emparer des sujets. Mais les extrêmes s’en sont déjà emparés ! Il n’y a plus beaucoup de temps à perdre. La crise de notre démocratie est trop profonde. Il faut refonder d’urgence le pacte social.

Jacques Chirac l’a bien senti, et il faut reconnaître que la distance qu’il n’a cessé de prendre vis-à-vis des réformes et des réformateurs était prémonitoire. Il sentait l’opinion là où sa majorité voulait trancher dans le vif. Il sentait gênante l’ombre de Seillière, porte-parole des entrepreneurs, et donc champion de cette lutte des classes qui est la culture profonde de notre pays.

Le Président, en recadrant le gouvernement, a tenu compte d’une opinion rétive. Mais l’opposition, de toutes ses forces, brouillera le discours et fera assaut de démagogie. C’est bien au peuple lui-même qu’il faut en appeler !

Xavier de Roux

Vice-Président de la Commission des Lois

Catégories:Actualite, Economie, Emploi, Societe

Barbarie

Jeudi, avril 1, 2004 Laisser un commentaire

L’Europe fait penser aujourd’hui aux derniers siècles de l’Empire Romain. Nous avons atteint un très haut niveau de civilisation, de développement, limant les extrêmes, assurant la paix, gommant les responsabilités pour tendre vers l’égalité et établir une société pacifiée. Mais le fracas et le chaos du monde sont en train de jeter à bas ce modèle, miné par l’émergence de nations nouvelles, déstabilisé par la mondialisation anglo-saxonne, et le sacro-saint principe de concurrence qui n’est que la force aveugle de la loi du marché. La cohésion sociale fondée sur l’équité, mais aussi sur la neutralité religieuse que l’on appelle ici laïcité, est également à l’épreuve.

Des fous de Dieu ont lancé le Djihad, la guerre sainte, contre les “Croisés que nous serions, alliés du grand Satan américain, lui-même complice de l’occupation des lieux saints par Israël ! Puisque nous piétinons dans le péché, les bombes saintes seraient notre châtiment.
Pauvre Dieu, devenu la propriété de quelques cinglés désespérant de leur existence, demandant de toutes leurs forces ce paradis qu’ils gagneront par le sacrifice d’eux-mêmes et des autres !

Comment comprendre ces forces obscures qui se nourrissent des malheurs du monde, des occupations injustes et des humiliations de ceux qui se pressent devant les vitrines éclatantes de la richesse supposée des nations gavées de biens matériels, d’immédiateté et qui se moquent bien de l’éternité ! L’Occident a lutté de toutes ses forces contre le matérialisme marxiste, pour faire triompher son matérialisme à lui. La fin de toutes choses et de toutes politiques est devenue la satisfaction immédiate de besoins matériels réels ou supposés.

Nos gouvernements sont soumis aux pressions incessantes des corporations et des intérêts particuliers qui se drapent toujours dans la défense d’intérêts collectifs, sans dégager d’autres perspectives que celles de durer dans l’état que l’on a atteint et que l’on suppose parfait. Alors la démocratie, qui est évidemment le moins mauvais système de gouvernement, mais qui est fragile, hésite devant les opinions, consulte les sachants, décrète dans l’urgence et légifère dans une complexité qui masque les intérêts contradictoires qui font incessamment pression.

La France d’aujourd’hui illustre parfaitement cette situation. Mille milliards d’euros de dette ! Des systèmes sociaux qui ne font qu’accroître les déficits, une pression des prélèvements obligatoires qui en résulte que personne ne parvient à faire baisser, et l’appauvrissement général qui s’en suit ! On sait bien qu’on ne peut pas dépenser plus que le montant de ses recettes. C’est pourtant ce que fait l’Etat, dont on ne parvient pas à faire baisser les dépenses, tant il est difficile de supprimer les missions utiles ou inutiles dont il s’est affublé au cours du temps, mais qui représentent des emplois, donc des salaires versés. Et dès lors que l’on est dans la place, chacun en veut plus ! Mais à force de remplir la barque, elle finira par couler.
Nos sociétés ne sont pas insubmersibles, et il faut craindre le temps où seront portés au pouvoir des dirigeants aux idées simples et brutales ; ils parviendront sans doute à faire ce que n’auront pas réussi à réaliser ceux qui comprennent la complexité, et redoutant de trancher les nœuds d’un coup d’épée, préfèrent s’échiner à les défaire.
Car ce jour-là, la barbarie reviendra ; on l’aura même poussée au pouvoir en chantant, et nous serons alors nombreux à regretter la liberté. Il n’est pas trop tard pour renoncer aux égoïsmes, pour réfléchir et décider ensemble, pour préférer la république à l’aventure. Mais le temps nous est compté.

Economie et politique

Samedi, novembre 1, 2003 Laisser un commentaire

L’économie n’est pas vraiment une science exacte, et si c’était une science expérimentale, on commencerait par l’essayer sur les souris !
Alors on fait ce qu’on peut pour piloter le moins mal possible la production et les échanges de biens, de produits et de services qui servent à la vie des hommes. On fabrique des lois pour réguler tous ces échanges, de la monnaie pour les rendre plus aisés et finalement des impôts pour tenter de mieux répartir la richesse en finançant des biens communs qui ne sont pas vraiment dans le commerce.

De bons esprits, surtout au XIXème siècle, ont tenté de théoriser tout cela. Il y a eu d’abord les jeunes libéraux anglais pour soutenir que le marché se régulait lui-même et sans intervention politique. C’était certainement pour embêter la reine Victoria et ses amis. Il y a eu l’imposant Karl Marx pour qui l’accumulation du capital en quelques mains était inéluctable ; il fallait donc sans attendre collectiviser les moyens de production et d’échanges. Les deux écoles eurent beaucoup d’épigones et se chamaillèrent beaucoup. Sauf que Lénine et Staline prirent très au sérieux “Das Kapital”, et transformèrent avec l’aide de Mao la moitié de la planète en goulag ; la dictature du prolétariat était devenue la dictature des parvenus du prolétariat ! Mais l’on est toujours le parvenu de quelque chose !
La plaisanterie sanglante s’est achevée en 1990 avec la chute de l’URSS. Dès lors, les plus plumitifs du libéralisme ont trouvé à leur portée tout un espace dogmatique, remplaçant la dialectique du bien et du mal, du rouge et du noir de la période précédente. On a vu bouillonner toutes les plumes des divers artificiers du marché parfait, et nos amis américains en réclament une couche supplémentaire.

Or ce n’est pas de dogmatisme dont nous avons besoin, ce n’est pas d’esprit de système mais de gouvernement. Il est évident que le marché ne gouvernera pas les hommes, mais que les hommes gouverneront le marché qu’ils ont créé et qui fait partie des mécanismes sociaux, et il est évident que le gouvernement des hommes n’a pas pour objet de mettre en place tel ou tel système dogmatique, mais bien de faire régner la paix et la sécurité parmi les citoyens, ce qui est la fraternité dont une société à le plus besoin.
C’est donc dans cette perspective qu’a été créée la démocratie, que l’on peut certes améliorer chaque jour mais qui reste le moins mauvais système pour assurer la liberté et l’égalité des citoyens.
Le Parti Socialiste en tentant de ressusciter le dogmatisme de la lutte gauche droite, tourne le dos à l’élaboration d’une société correspondant aux aspirations contemporaines. Les discours que l’on a entendus à l’Assemblée Nationale, lors du débat budgétaire, étaient d’un passéisme éclatant. Les ténors du P.S. avaient pour référence Zola et Guizot, les luttes ouvrières du XIXème, de vieux accessoires et l’éternelle voie sans issue de l’augmentation de la taxe et de l’impôt au nom d’un système de redistribution obsolète, parce qu’il crée non seulement le corporatisme, mais surtout le corporalisme de redistributeurs peu efficaces.
Le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin est un gouvernement extrêmement courageux ; c’est un gouvernement de rupture et de modernité. Il s’en prend en effet, sur le long terme à une façon de penser et d’agir qui a conduit notre société au blocage. Il essaye de convaincre que l’on peut changer les mécanismes sans bouleverser les équilibres et sans manquer à l’équité. Les fameux “droits acquis” ne sont pas des conquêtes successives de vérités révélées ! Ce sont souvent le résultat hasardeux de rapports de forces momentanés ou de circonstances passagères. Ils peuvent parfaitement être avantageusement remplacés par d’autres façons de faire ou de penser. Il suffit de réfléchir ensemble, de débattre puis de décider, sans que la moindre remise en cause ne conduise au drame, et sans que l’on prête toujours à l’autre des arrières-pensées qu’il n’a pas.

Cela signifie cependant également que l’on désarme les dogmatismes de tous bords et qu’on ne voit pas fleurir à droite des théories économiques qui seraient d’intangibles théories de gouvernement. La lutte des classes, ce serait certainement de remplacer le socialisme par le libéralisme, entendu comme système économique.
Laissons au marché sa place ; la politique c’est autre chose, c’est organiser de façon cohérente la vie des hommes et arbitrer sans cesse entre des intérêts contraires.
Il y a suffisamment de travail de ce côté-là, pour ne pas penser que la loi de la concurrence qui élimine le faible, puisse être une doctrine raisonnable, sauf si on lui emprunte l’abus de position dominante ! Mais c’est une autre histoire.


Catégories:Economie, Politique

Front contre front

Mercredi, octobre 1, 2003 Laisser un commentaire

La France, pour beaucoup, c’est finalement l’Union Soviétique qui aurait réussi ! C’est bien le seul pays où deux partis politiques se réclament encore du vieux Trotski, le seul pays où l’on descend dans la rue pour protester contre la baisse des impôts, où l’Etat est sacro-saint, où toute tentative de décentralisation fait immédiatement mettre en grève le corps enseignant ; quant aux privatisations des entreprises publiques, dès qu’on en parle on frôle l’émeute ! La Chine a inventé le communisme d’économie de marché, beaucoup souhaitent finalement, en France, la disparition tout court de l’économie de marché. Nos amis socialistes, lorsqu’ils étaient aux affaires, n’osaient pas le dire ; ils étaient schizophrènes puisque leur européanisme militant les conduisait en même temps à privatiser, à ouvrir les frontières, à nommer Pascal Lamy à la commission européenne où il s’occupe toujours activement de l’Organisation Mondiale du Commerce. De même défenseurs de l’Euro, ils signaient le pacte de stabilité qui contraint soit à augmenter les impôts pour financer le fonctionnement de l’Etat, soit de réduire le train de vie de l’Etat, ce qu’ils peuvent réclamer avec vigueur depuis qu’ils ne sont plus aux affaires. On comprend que Jospin ait pris la tangente, mais ça ne gène ni Fabius ni Hollande de protester aujourd’hui et avec quelle vigueur contre les conséquences des décisions qu’ils ont prises il n’y a pas si longtemps.

Alors le gouvernement Raffarin avec un très grand courage et une grande détermination a décidé de s’attaquer au bastion central, c’est-à-dire à la pratique idéologique qui sous-tend la construction de la société socialiste française commencée en 1981, et qui nous a conduit au paradis des 35 heures maximum de travail par semaine, la merveille des merveilles que le monde entier nous envie !
Nous sommes bien aujourd’hui front contre front comme aurait dit hier le cher Staline et comme le répètent à satiété Besancenot, Bové, Aschieri, Dray, Thibault et quelques autres. Et sur cela nous pouvons être absolument d’accord.

Deux visions de la société française s’affrontent. Une vision socialiste où l’Etat est le maître de toutes choses, le répartiteur génial de la richesse produite puisque la concentration capitaliste conduit inéluctablement à la propriété collective des moyens de production et d’échanges, comme aurait dit le bon vieux Marx.
On était presque arrivé en douce à l’achèvement de cette phase lorsque une nouvelle majorité est venue soutenir que la seule création de richesse provenait de l’initiative et du droit d’entreprendre, et que l’Etat était devenu un énorme Poussah engloutissant la richesse pour en restituer bien peu ! Dans cette logique, la consommation par l’Etat du produit intérieur brut qui est aujourd’hui de plus de 50% doit être réduite, donc les impôts et autres prélèvements doivent diminuer pour que soit reconnu un véritable droit d’entreprendre.
Et l’on a donc inéluctablement la confrontation entre ceux qui sont l’Etat et qui se battent pour maintenir le statu quo, et ceux qui voudraient que l’Etat leur lâche un peu les baskets pour donner libre cours à leur imagination et à leurs créations.
Un gouvernement républicain se doit de tenir un difficile équilibre entre les services collectifs nécessaires et l’indispensable liberté que l’on passe d’ailleurs aujourd’hui très facilement à la casserole en la qualifiant de “libéralisme”. Pauvre liberté !

Malgré les drapeaux rouges que l’on déploie en grandes effusions, et les marches martiales, il semble que le bon sens reste majoritaire et que finalement la société française trouvera en elle les ressources pour financer ce qui ne l’est plus aujourd’hui, ses retraites, sa santé, sa modernisation et son avenir. Mais l’on n’a pas fini de jouer à se faire peur, de caricaturer l’adversaire, d’attendre le grand soir…


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Les malheurs de l’État Providence

Dimanche, juin 1, 2003 Laisser un commentaire

Pendant des décennies, la société française a tenté de se construire sur un modèle simple : l’aliénation par le travail étant le pire des maux de l’humanité, les employeurs devaient payer à l’État les  contributions nécessaires pour que ce dernier puisse redistribuer à tous un salaire indirect qui a fini par devenir égal au salaire direct.
C’est sur cette ponction redistributive qu’a fleuri le socialisme à la française, sans se rendre compte que les mécanismes mis en place ne pourraient pas prospérer toujours !…
En effet, en même temps que l’on pompait cette société heureuse faite de temps de loisirs, de retraite anticipée, de médecine coûteuse pour la collectivité mais gratuite pour l’usager, on ouvrait les frontières, on organisait le libre échange, dans l’Union européenne d’abord, dans le vaste monde ensuite et l’on demandait aux entreprises françaises qu’elle soient publiques ou privées, d’aller affronter la concurrence des pays émergents sur les marchés asiatiques où l’appétit de richesses et l’état de pauvreté sont tels qu’on y travaille sans relâche et souvent avec talent. Aujourd’hui, la Chine exporte en France, trois fois plus que nous lui vendons et ce n’est qu’un début ! Aux prélèvements sociaux, les entreprises -qui payent à la fois les salaires directs et les salaires indirects- ont répliqué par des délocalisations, l’augmentation de la productivité… ou le dépôt de bilan !

Dans le même temps, le modèle social dominant, supprimait l’appétit de beaucoup pour de nombreux métiers, si bien que la France est devenue un pays à fort taux de chômage où l’on ne trouve personne pour exercer un certain nombre d’activités. Toutes les ANPE de France et de Navarre connaissent la question piège : «Connaissez-vous un soudeur, un plâtrier, un maçon, un boucher, un cuisinier ?» et l’on pourrait compléter la liste. Il paraît que les formations ne sont pas adaptées et de la formation à l’enseignement, il n’y a qu’un pas. Lorsqu’on le franchit le corps enseignant est dans la rue.
Il y a en effet beaucoup plus d’enseignants qu’il y a vingt ans, pour beaucoup moins d’élèves, mais le nombre d’illettrés sortant de la vaste machine est à peu près constant quel que soit le ministre en charge de ce qu’on appelle l’Éducation nationale. Toute personne ayant un minimum d’ambition politique doit se détourner de ce ministère, d’urgence !
Il n’est donc pas étonnant que les mesures proposées par le Gouvernement Raffarin soulèvent illico la tempête que l’on sait. On bataille d’ailleurs avec la même vigueur contre des mesures réelles ou des mesures inventées, et chaque jour, chaque cortège construit ses moulins à vent.
Une partie de la société française a peur de l’avenir et se réfugie dans un conservatisme qu’aucun Gouvernement ne pourra satisfaire, parce que le collectivisme se dissout dans le libéralisme.
En 1981, pour construire la société de ses rêves, le Parti socialiste aurait du fermer les frontières du pays, quitter l’Union européenne et proclamer qu’il était le nouveau modèle du monde.
Il ne pouvait à la fois, en tous cas, sans crainte de contradictions mortelles, afficher son modèle d’État providence, ses immenses prélèvements obligatoires et affronter le libre marché de la concurrence mondiale qu’organise avec un très grand zèle une personnalité comme Pascal Lamy, qui fut directeur de cabinet de Jacques Delors.
Il faut choisir, et comme le choix a été fait depuis longtemps, être réaliste, c’est en tirer les conséquences et le meilleur, c’est à dire nous aligner peu ou prou sur nos partenaires dont nous partageons désormais le destin.
Il nous faut créer le plus de richesse possible pour l’échanger et la partager, et il est préférable que les créateurs de richesse qui sont multiples, le fassent sur notre sol plus qu’ailleurs.
La réforme des retraites a été faite un peu partout en Europe, y compris en Suède et en Autriche ; on a assisté nulle part au psychodrame français, alors qu’ici, sans doute plus qu’ailleurs on a pris le soin de discuter avec les partenaires sociaux qui ont parfois plusieurs langages. Il n’y a pas en effet une seule organisation syndicale qui n’affirme qu’il faut réformer, mais c’est toujours au voisin de payer ; la poche de l’autre est toujours plus profonde et plus propice que la sienne propre ! on peut en effet soutenir, comme le fait la CGT, que l’assiette des retraites doit être la plus value dégagée par les entreprises. Cela signifie que l’on va prélever sur les seuls entrepreneurs, les grands comme les petits, les commerçants, les professions libérales et indépendantes, tous ceux qui sont tenus de tenir les comptes de leurs activités et qui de plus sont le moteur de l’emploi.

On peut aussi augmenter la contribution sociale généralisée, travailler moins et payer plus. Au concours Lépine d’un système qui taxe uniquement l’autre, les inventeurs ne manquent pas.
Mais le réalisme c’est de garantir à chacun et à tous une pension décente et en harmonie avec les cotisations payées. Les propositions du Gouvernement ne sont évidemment pas parfaites. Elles répondent en tous les cas au problème posé.

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Les malheurs de l’État Providence

Dimanche, juin 1, 2003 Laisser un commentaire

Pendant des décennies, la société française a tenté de se construire sur un modèle simple : l’aliénation par le travail étant le pire des maux de l’humanité, les employeurs devaient payer à l’État les contributions nécessaires pour que ce dernier puisse redistribuer à tous un salaire indirect qui a fini par devenir égal au salaire direct.
C’est sur cette ponction redistributive qu’a fleuri le socialisme à la française, sans se rendre compte que les mécanismes mis en place ne pourraient pas prospérer toujours !…
En effet, en même temps que l’on pompait cette société heureuse faite de temps de loisirs, de retraite anticipée, de médecine coûteuse pour la collectivité mais gratuite pour l’usager, on ouvrait les frontières, on organisait le libre échange, dans l’Union européenne d’abord, dans le vaste monde ensuite et l’on demandait aux entreprises françaises qu’elle soient publiques ou privées, d’aller affronter la concurrence des pays émergents sur les marchés asiatiques où l’appétit de richesses et l’état de pauvreté sont tels qu’on y travaille sans relâche et souvent avec talent. Aujourd’hui, la Chine exporte en France, trois fois plus que nous lui vendons et ce n’est qu’un début ! Aux prélèvements sociaux, les entreprises -qui payent à la fois les salaires directs et les salaires indirects- ont répliqué par des délocalisations, l’augmentation de la productivité… ou le dépôt de bilan !

Dans le même temps, le modèle social dominant, supprimait l’appétit de beaucoup pour de nombreux métiers, si bien que la France est devenue un pays à fort taux de chômage où l’on ne trouve personne pour exercer un certain nombre d’activités. Toutes les ANPE de France et de Navarre connaissent la question piège : «Connaissez-vous un soudeur, un plâtrier, un maçon, un boucher, un cuisinier ?» et l’on pourrait compléter la liste. Il paraît que les formations ne sont pas adaptées et de la formation à l’enseignement, il n’y a qu’un pas. Lorsqu’on le franchit le corps enseignant est dans la rue.
Il y a en effet beaucoup plus d’enseignants qu’il y a vingt ans, pour beaucoup moins d’élèves, mais le nombre d’illettrés sortant de la vaste machine est à peu près constant quel que soit le ministre en charge de ce qu’on appelle l’Éducation nationale. Toute personne ayant un minimum d’ambition politique doit se détourner de ce ministère, d’urgence !
Il n’est donc pas étonnant que les mesures proposées par le Gouvernement Raffarin soulèvent illico la tempête que l’on sait. On bataille d’ailleurs avec la même vigueur contre des mesures réelles ou des mesures inventées, et chaque jour, chaque cortège construit ses moulins à vent.
Une partie de la société française a peur de l’avenir et se réfugie dans un conservatisme qu’aucun Gouvernement ne pourra satisfaire, parce que le collectivisme se dissout dans le libéralisme.
En 1981, pour construire la société de ses rêves, le Parti socialiste aurait du fermer les frontières du pays, quitter l’Union européenne et proclamer qu’il était le nouveau modèle du monde.
Il ne pouvait à la fois, en tous cas, sans crainte de contradictions mortelles, afficher son modèle d’État providence, ses immenses prélèvements obligatoires et affronter le libre marché de la concurrence mondiale qu’organise avec un très grand zèle une personnalité comme Pascal Lamy, qui fut directeur de cabinet de Jacques Delors.
Il faut choisir, et comme le choix a été fait depuis longtemps, être réaliste, c’est en tirer les conséquences et le meilleur, c’est à dire nous aligner peu ou prou sur nos partenaires dont nous partageons désormais le destin.
Il nous faut créer le plus de richesse possible pour l’échanger et la partager, et il est préférable que les créateurs de richesse qui sont multiples, le fassent sur notre sol plus qu’ailleurs.
La réforme des retraites a été faite un peu partout en Europe, y compris en Suède et en Autriche ; on a assisté nulle part au psychodrame français, alors qu’ici, sans doute plus qu’ailleurs on a pris le soin de discuter avec les partenaires sociaux qui ont parfois plusieurs langages. Il n’y a pas en effet une seule organisation syndicale qui n’affirme qu’il faut réformer, mais c’est toujours au voisin de payer ; la poche de l’autre est toujours plus profonde et plus propice que la sienne propre ! on peut en effet soutenir, comme le fait la CGT, que l’assiette des retraites doit être la plus value dégagée par les entreprises. Cela signifie que l’on va prélever sur les seuls entrepreneurs, les grands comme les petits, les commerçants, les professions libérales et indépendantes, tous ceux qui sont tenus de tenir les comptes de leurs activités et qui de plus sont le moteur de l’emploi.

On peut aussi augmenter la contribution sociale généralisée, travailler moins et payer plus. Au concours Lépine d’un système qui taxe uniquement l’autre, les inventeurs ne manquent pas.
Mais le réalisme c’est de garantir à chacun et à tous une pension décente et en harmonie avec les cotisations payées. Les propositions du Gouvernement ne sont évidemment pas parfaites. Elles répondent en tous les cas au problème posé.

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