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Les habits neufs du Président

Lundi, mai 7, 2012 Laisser un commentaire

François Hollande vient d’être élu Président de la République sur un programme classique, enseigné depuis longtemps à l’Ecole Nationale d’Administration dont il fut un bon élève. Un Etat juste doit organiser la solidarité nationale. L’Etat doit donc être puissant, entouré de serviteurs, les hauts-fonctionnaires, pour assurer le fonctionnement de la machine, l’initiative privée étant subordonnée à l’intérêt général défini par le suffrage universel. Mais les frontières des mondes clos se sont ouvertes. Le numérique et l’informatique promènent le capital à la vitesse de la lumière, un clic à Shanghai peut faire trembler Paris, tandis que les traités européens, avec la bénédiction des gouvernements socialistes, ont gravé dans le marbre les principes du libéralisme économique sur lesquels déjà François Mitterrand s’était cassé les dents : règle de la libre concurrence régulant le marché, interdiction des aides d’état, liberté de circulation des personnes, des capitaux et des biens. C’est dans cet environnement que le sage Monsieur Hollande va devoir se mouvoir, à moins qu’il ne décide de renverser la table comme le souhaite son ami Mélenchon. Certes poussé par l’émotion de la victoire, il a déclaré sur la place de Tulle que son succès allait changer l’Europe et le Monde. On ne sait pas encore ce qu’en pense Pékin, mais du côté de Londres, Washington et Berlin, on en n’est pas encore là et il y a tout lieu de penser que Madame Merkel va proposer au Président français un plan de relance très libéral ayant l’accord du président de la Banque centrale européenne. La diplomatie va reprendre ses droits et l’on entendra certainement, du côté du Parti Socialiste, clamer que l’on ne peut pas faire davantage tant Nicolas Sarkozy a laissé le Pays en mauvais état, comme si l’état du Pays n’était pas connu de tous pendant la campagne électorale, puisque le président de la Cour des comptes, Monsieur Migaud, est un proche de Monsieur Hollande. Mais il faudra aussi esquiver le premier écueil, c’est-à-dire les élections législatives. Certes pour les gagner le PS peut compter sur l’appui de Marine le Pen, en position de maintenir ses candidats au deuxième tour dans près de 200 circonscriptions et sur la division espéré de l’UMP, entre les membres de la droite populaire qui se situent à la droite de Le Pen, et ceux issus du PPR et de l’UDF d’antan.

C’est donc une France politiquement fragile que François Hollande va devoir mener. Il lui faudra les qualités d’un Pompidou, puisqu’il veut être un Président normal, et celles du petit père Queuille puisqu’il est son héritier en Corrèze. Autant dire que ses 60 propositions iront rejoindre au magasin des accessoires, les 110 de François Mitterrand, et quelques autres du même acabit !

En attendant une nouvelle campagne électorale s’ouvre pour convaincre une opinion lassée soit qu’il ne faut pas laisser tous les pouvoirs au même parti, soit qu’il faut donner une majorité parlementaire au nouveau président. Cette campagne sera menée dans un contexte économique difficile.

Le seul sage de l’histoire c’est finalement le Président sorti. Son dernier discours, après sa défaite, a été le bon. Il était chargé d’émotion, et avait pris de la hauteur, celui d’un vrai homme d’Etat, mais il était un peu tard !

Xavier de Roux

Catégories:Actualite, Politique

Pourquoi les Français votent Mélenchon ?

Jeudi, avril 5, 2012 Laisser un commentaire

Ce tribun aux tonalités d’avant-guerre, militant socialiste, sénateur, ancien ministre, étonne et fascine. Il a pris à la remorque le moribond Parti communiste, perclus de stalinisme, et remet au goût du jour la révolution immédiatement. Il réclame l’égalité absolue que peut créer une fiscalité confiscatoire, l’extermination des créanciers, ploutocrates apatrides qui se nourrissent du sang du peuple, et lui qui vota le Traité de Maastricht, renvoie l’Europe aux oubliettes, sous les applaudissements fournis de tous ceux qui en ont marre de la crise financière, de ses causes, des banques, des patrons pingres, du temps qu’il fait, qui ont envie de se défouler une bonne fois, qui n’écoutent plus les bobards et préfèrent les salades, les lendemains qui chantent et la table que l’on renverse ! Le Front de gauche et le Front national se retrouvent sur certains thèmes et partagent souvent le même électorat, c’est-à-dire le tiers des Français qui ne croient plus à la démocratie représentative, aux élites républicaines, aux combines de Partis, à l’économie, qui en ont assez que l’on chiffre leur espoir. Ils veulent le SMIC à 1 700 euros pour commencer et la retraite à soixante ans, et le remboursement à 100% de toutes les dépenses de santé, et le montant du prix du logement ! Des juristes piaillent que nationaliser l’énergie ou confisquer les revenus à partir de 360 000 euros par an est contraire au droit européen de la concurrence et à la Constitution. Mais Monsieur Mélenchon se moque totalement de la Constitution et du droit européen. Ce qu’il souhaite c’est simplement « rapporter du bonheur » et le bonheur n’a pas de prix. Quand on aime, on ne compte pas. Il renvoie donc les jeunes et les vieux énarques à leurs calculs et à leur avarice. Nous voilà dans une autre logique, un autre rêve, celui des « Soviets partout » ! Au Parti communiste, on fait un rêve. Le dernier candidat avait fait 1,63% des voix. A cette époque là on ne parlait que de la chute du Mur de Berlin, de révolutions de velours, de liberté retrouvée, d’entrée dans le monde de la consommation. C’était, en fait, entrer dans le stress de la concurrence, du rendement, de la rentabilité, dans le stress de la richesse. Monsieur Mélenchon permet donc au cauchemar libéral de s’éloigner, de remplacer l’anarchisme libertaire par la salutaire contrainte sociale qui fait culminer le bonheur, comme on l’a vu autrefois sur la Place Rouge, lorsqu’en uniforme et botté, le peuple défilait à toute vitesse vers le paradis des prolétaires.

On reprend donc le souffle où on l’avait laissé avec un clin d’œil vers la Chine et ses communistes, milliardaires qui vont mettre à bas et pour toujours, l’empire « étasunien ».

Jean-Luc Mélenchon est devenu un grand prophète français, un Trotski des bords de Seine, un Chavez continental. Hollande derrière ses petites lunettes n’a qu’à bien se tenir. Il fait décidément très Kerinsky. Il n’a pas la baguette magique de son maître François Mitterrand nourri aux sources de la synarchie si chère à Abellio, qui réussit à faire disparaître des écrans le Parti communiste de Georges Marchais. Les revoilà donc tous en scène à regarder dans le rétroviseur les années trente. On passe le film en noir et blanc, et c’est le film des années noires, mais qu’importe ! Jean-Luc Mélenchon veut faire bégayer l’histoire et il a l’air de s’y prendre bien.

Xavier de Roux

Catégories:Actualite, Elections

Une planète à bout de souffle ?

Mardi, juillet 12, 2011 Laisser un commentaire

On ne sait plus quelle prédiction inca fixe la fin du monde à 2012, si bien que certains, espérant survivre, se font construire des bunkers dans les montagnes et que d’autres amassent des provisions. Pas très éloignés de ces prédictions, les Verts expliquent que faute de changer toute l’organisation économique et sociale, l’homme disparaîtra avec son écosystème. Il est exact qu’au début de ce XXIème siècle, on assiste à des phénomènes étranges, des tornades meurtrières aux Etats-Unis, des tremblements de terre au Japon, la sécheresse alternant avec les inondations, et pendant ce temps-là, les denrées alimentaires atteignent des prix inconnus tandis que la population s’accroît et qu’il lui faut bien manger et boire, et consommer de l’énergie pour son activité. Les uns tablent sur une croissance des richesses produites plus forte encore, les autres soutiennent qu’une telle croissance à long terme est tout simplement impossible faute de ressources naturelles et d’épuisement de la planète. Une organisation américaine, Global Footprint Network, mesure la quantité d’eau et les surfaces agricoles nécessaires à la production de ce dont nous avons besoin ainsi d’ailleurs que l’espace indispensable à l’absorption des déchets que nous produisons. Global Footprint estime que la limite est atteinte. Nous utilisons toutes les ressources de la planète, et comme nous n’en avons qu’une, la situation est un peu difficile. Evidemment, Global Footprint n’est heureusement pas les tables de la loi et sa vérité n’est pas une vérité révélée. Mais il est certain que si l’on augmente le taux de CO2 dans l’air, la terre se réchauffe, et que si l’on pollue l’eau avec des nitrates, de l’azote et des pesticides, on change la nature des organismes vivant dans l’eau. Seulement l’homme n’est pas maître du CO2 rejeté dans l’atmosphère lorsqu’il s’agit des énormes quantités résultant des éruptions volcaniques ou des feux de forêt.

On sait qu’il existe un conflit entre l’humain et la nature, et on le sait depuis longtemps, on sait que les rêves monumentaux de Staline ou de Mao Tsé Toung d’asservir la nature à l’homme ont été un épouvantable échec, et que le goût forcené du profit peut conduire au même résultat par d’autres chemins.

Quelles leçons doivent donc tirer les dirigeants politiques qui font semblant d’ailleurs d’administrer un système économique qui leur échappe complètement ? Et bien tout d’abord de piloter davantage le système économique global. Et c’est extrêmement difficile, tant le développement des outils de communication et d’échanges se sont mondialement développés. L’instrument politique des démocraties représentatives occidentales, forgé par la pensée libérale, est incapable de maîtriser les forces anarchiques des marchés ; la liberté des marchés éclabousse la souveraineté des Etats, et ceux qui maîtrisent le mieux, ou le moins mal, sont les Etats où ne règne pas la liberté au sens occidental du terme. Le meilleur exemple est la Chine. Certains rêvent d’une économie à la chinoise ; mais quelle est l’élasticité de la liberté et de l’individualisme ? Reste à l’Etat de choisir d’être acteur dans la chaîne de production, d’échange et de financement. C’est la tentation française, assez réussie dans le domaine de l’énergie, mais fort critiquée pour son choix nucléaire, qui était cependant celui de l’indépendance. Peut-on le dupliquer à travers une grande compagnie d’exportation qui prendrait en charge ce que nos PME ont du mal à vendre sur les marchés étrangers ? Peut-on créer une grande banque de développement consacrée à l’entreprise, dont le capital serait des fonds publics, et serait-elle plus efficace que les banques actuelles de crédit ? Peut-on surtout ouvrir à la concurrence des marchés dominés par la concentration excessive de la distribution ? Ce sont autant de questions que l’on doit poser, et la campagne présidentielle permettra aux uns et aux autres de développer le réalisme, le rêve et l’utopie avec finalement pour enjeu une démocratie prospère. Le pari est loin d’être gagné, faute de posséder les outils nécessaires.

 Xavier de Roux

Catégories:Actualite

Il a bien fallu qu’on en parle !

Mardi, juin 21, 2011 Laisser un commentaire

Le directeur général du Fonds Monétaire International, le hiérarque du Parti socialiste français, le professeur d’économie, le bientôt candidat à la Présidence de la République, a disparu des écrans radars politiques, pour être pris en charge par ceux des faits divers ! A 62 ans, sa merveilleuse ascension vers le paradis des puissants s’achève dans une chambre d’hôtel de Manhattan à New-York.
Le procureur Vance se fait une notoriété internationale, et une poignée d’avocats font assaut d’honoraires car cette affaire de sexe devient une affaire d’argent. L’agression sexuelle présumée prend les aspects d’un combat titanesque, l’accusé comme la victime s’armant des meilleurs avocats, qui tablent sur l’immense fortune de l’accusé, découverte au détour d’une audience de tribunal, et son double visage apparaît. Il s’apprêtait à endosser le programme du Parti socialiste plein de justice et d’égalité, établi à grand renfort de fiscalité pour les riches ; il s’apprêtait à fustiger les possédants, comme il avait fustigé Gaymard, ministre des Finances de Jacques Chirac, contraint de démissionner pour s’être logé dans un logement trop cher. On entend encore DSK, face au ministre sur le plateau de télévision, le tancer de sa voix puissante de payer 15 000 euros, soit 15 Smic par mois pour un logement ; mais le faiseur de leçons, le redresseur de torts, se loge lui pour 35 000 $ à New-York ! Et il donne six millions d’euros de caution pour y vivre enfermé, un bracelet électronique au pied. Alors la comédie du pouvoir apparaît. On aime les pauvres pour leurs votes, pour le reste comme dirait Jack Lang, «il n’y a pas mort d’homme» ; et Jean-François Kahn en rajoute, qui trouve qu’on en a fait beaucoup pour «cette servante troussée» selon son expression.
Cette affaire, effectivement, serait restée subalterne si elle ne s’était pas passée aux Etats-Unis, où dans l’opinion publique se mêle une pudibonderie puritaine et quelques symboles, dont le plus fort est la domination de la servante noire par l’homme blanc riche et puissant ; ça ramène aux mythes de la guerre de sécession, alors que l’apartheid masqué a dû attendre la voix chaude d’Angela Davis pour prendre fin il n’y a pas si longtemps.
Et si l’homme blanc, riche et puissant, n’est pas américain, mais européen, quel bonheur ! La justice droite dans ses bottes peut l’écraser, très à l’aise. Elle a le peuple derrière elle, ce peuple massé aux marches du tribunal et qui grondait «Shame on you» (honte à vous) ! Après la nuit passée au dépôt du tribunal, après quatre nuits en prison, cette montée des marches au bras d’Anne Sinclair était une épreuve épouvantable pour celui qui en quelques jours est tombé de son piédestal mondialisé vers un destin incertain.
Parfois les hommes de pouvoir ne comprennent plus le monde dans lequel ils vivent et qu’ils ont pourtant façonné, construit, édifié. L’égalité des hommes et des femmes, le respect de la personne humaine, la société sans classe, les Droits de l’homme, sont autant de jolies formules de discours que l’on jette du haut des estrades, dont on peuple les programmes politiques, mais qui ne concernent pas les sphères du pouvoir, l’olympe où règne l’argent, la puissance et la gloire. L’olympe est si haut, réservé à si peu, qu’il est étrange qu’au nom des principes gravés dans les tables de la loi, on puisse mettre la main sur un de ses membres, un de ses locataires, et tout le monde se demande comment cela a-t-il pu arriver ?
La justice américaine est mise en cause, son fonctionnement serait aussi absurde qu’injuste, comparé à une justice française, où un juge solitaire et parfait instruit à charge comme à décharge et ne cherche jamais à crocheter le pied de celui qu’il envie. Eva Joly, candidate à la Présidence de la République, s’auto-félicitait du temps où elle était juge et menait bien sûr à la perfection, impartialement, ses procédures. Elle oublie la séquence que tous les téléspectateurs ont pu voir de Roland Dumas, alors président du Conseil constitutionnel, entouré de policiers et entraîné dans la voiture du juge ! Roland Dumas fut acquitté, mais après être passé au pilori judiciaire.
Parce que, finalement, rien ne change, c’est l’image de l’homme puissant qu’il faut détruire, et en l’occurrence c’est fait. Les conditions de l’élection présidentielle sont complètement changées. On attendait le choc de deux poids lourds, un Président de la République sortant confronté à un savant économiste directeur général du Fonds Monétaire International, ayant tutoyé tous les puissants. Hors jeu, il faut le remplacer d’urgence. On trouve un Chirac de gauche, François Hollande, la secrétaire générale du PS, dont le charisme ne dépasse pas les murs de Lille et l’éternelle Ségolène Royal qui a déjà donné !
On comprend que pour pimenter une affaire assez fade, le Parti radical et le Centre aient demandé à Jean-Louis Borloo d’entrer en piste. Ministre d’Etat, il a à son actif quelques réussites spectaculaires, le redressement de Valenciennes, le programme de rénovation urbaine, le grenelle de l’environnement, même si dans ce domaine la conférence de Copenhague ne fut pas une réussite, mais elle lui a permis de côtoyer à plusieurs reprises les dirigeants de la planète.
Certes, sa candidature agace le pouvoir, mais les indignés aussi devraient agacer le pouvoir ! S’il n’y a pas une candidature porteuse d’une façon différente de s’exprimer, écoutant plutôt qu’ordonnant, réunissant plutôt qu’opposant, s’il n’y a pas un candidat qui enfin décide de sortir des jeux de rôle convenus, nous aurons alors comme en Espagne, et ailleurs tous ceux qui préfèrent s’exprimer par les réseaux sociaux plutôt que par la démocratie représentative ; il y a déjà 50% d’abstentionnistes qui ne s’abstiennent ni sur Twitter ni sur Facebook.
Si Jean-Louis Borloo sort du jeu de rôle et s’exprime comme il aime s’exprimer, écoute comme il aime écouter, et met en gerbe ce qu’il entend, il peut faire revenir aux urnes tous ceux qui se détournent de notre démocratie parce qu’elle ne leur parle pas, ou que sa langue est devenue complètement incompréhensible.
Entre les tambours de ville  de la droite et de la gauche, dans la bruyante arène des promesses toutes faites et des programmes habituels, un candidat différent peut faire entendre ce que certains appellent la voix du centre, mais qui est en réalité une voix différente sur un chemin nouveau.
La chute de Strauss Kahn aura ainsi ouvert une voie que personne n’attendait. Ce sont les hasards d’une matinée à New-York.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°165 – Juillet 2011

La République perd les élections cantonales

Mardi, mars 29, 2011 Laisser un commentaire

Au soir du vote, on constate que 56% des électeurs ne se sont pas déplacés, ils se sont abstenus de voter ! Ils se moquent comme d’une guigne de la gestion des conseils généraux. D’ailleurs dans l’inextricable fouillis des institutions françaises, ils ignorent parfaitement le rôle exact de ces fameux conseils généraux, beaucoup sont persuadés qu’il s’agit de prébendes que se partagent des personnalités politiques dont ils connaissent le nom, soit parce que, ancré dans le territoire depuis des générations, c’est devenu une sorte de propriétaire de la charge sur le modèle de l’ancienne France, soit parce qu’en charge d’affaires nationales, on le voit souvent à la télévision et ce n’est qu’en complément de son activité ministérielle ; que les partis se chamaillent pour prendre la place prouve simplement que la place est bonne, elle rapporte ! Cet aspect négatif de la fonction politique, la dégradation de son image, l’extraordinaire confusion des genres entre le Conseil régional, le Conseil général, les Communautés de ceci ou de cela, éloigne le citoyen de sa République. Il ne s’y retrouve plus et son rôle de citoyen, celui conquis d’abord en 1789, se perd dans une incapacité à agir directement sur les affaires qui le concernent.

Le citoyen a le sentiment que son seul bulletin de vote n’est plus un levier suffisant pour lui permettre de participer aux affaires de la cité. Et c’est d’ailleurs vrai que la confusion des genres, la mondialisation de l’économie ont fait disparaître le geste citoyen. Souvenons-nous simplement de l’affaire de Maastricht ou du traité de Barcelone : l’Europe imposait à une France socialiste les dogmes du libéralisme le plus extrême ! Il est évident que le citoyen français n’avait pas voté socialiste pour la mise en concurrence des services publics et la fin des monopoles d’Etat ! C’est pour cette même raison que les partis simplement protestataires progressent ; Mélenchon en voulant limiter les salaires du haut, et Marine Le Pen en voulant supprimer la concurrence du bas, c’est-à-dire l’immigré ! Si ils accédaient aux affaires, Mélenchon comme Le Pen auraient à gérer des réalités assez éloignées de leur slogans, et aidés par la même fonction publique, soumis aux mêmes exigences, ils ne feraient sans doute pas beaucoup mieux que ceux qu’ils ont tant brocardés.

A l’heure de Facebook ou de Twitter, il apparaît que la reprise en main du rôle du citoyen, base de la République, passe par le changement radical de la façon dont il choisit sa représentation. Pendant des décennies le vote est apparu  comme la panacée universelle, mais puisqu’on ne vote plus parce que le vote ne débouche pas sur ce que l’on veut, il faut radicalement supprimer le vote, redonner toute sa place au citoyen en faisant en sorte que l’exercice des pouvoirs démocratiques devienne un devoir pour tous et non pas l’apanage de quelques parvenus du suffrage universel minoritaire.

Pour cela, une solution est simple, c’est la désignation du citoyen par tirage au sort dans les assemblées comme en matière de jurés des assises. Aucun juré ne s’est plaint d’avoir exercé la justice en son âme et conscience, même s’il était très éloigné de ces questions avant d’être choisi. Ce devoir de participer aux affaires publiques par un tirage au sort nécessairement égalitaire doit redonner un sens à l’action publique, en montrant les difficultés de la tâche, mais aussi en libérant les imaginations, prisonnières aujourd’hui de la pensée unique d’une élite ou prétendue telle. Cette solution n’est pas nouvelle et on peut s’inspirer de la constitution de la République de Venise où le collège des citoyens, chargé notamment de désigner les doges, était tiré au sort. Il faudra également revoir les conditions de l’administration du territoire pour que les assemblées locales soient bien en cohérence avec les bassins de vie et d’activité qu’ils doivent gérer et développer ; l’Education nationale devra inscrire dans ses programmes, dès la petite enfance, l’éducation citoyenne et les devoirs que ces derniers doivent à la République.

Enfin chargés de leurs affaires et très directement, les citoyens français devront s’en prendre à eux-mêmes pour le bon comme pour le mauvais. Ils redeviendront peut-être de bonne humeur.

Xavier de Roux

Catégories:Actualite, Politique

La retraite ! La retraite !

Mardi, octobre 26, 2010 Laisser un commentaire

Ça barde dans les rues de France. Les syndicats sont remontés, les manifestants manifestent, les jeunes ne veulent pas travailler plus longtemps pour les vieux, et les vieux en ont marre de travailler tout court.
Il y a dans l’air un vent de liberté, un ras-le-bol des patrons, des entreprises, des salariés, une envie de cortèges et de danses. Madame Royal demande aux lycéens de descendre dans la rue et Martine Aubry souhaite l’affrontement. Elles sont servies.
Il faut pousser dehors le Président de la République, et prendre le pouvoir au plus vite. Mais pour en faire quoi ? C’est une autre histoire. C’est même miraculeux que le pouvoir attire toujours. Plutôt qu’un Premier ministre, il faudrait à la France un syndic de faillite. François Fillon s’était lâché en déclarant que le pays est en faillite. C’est pourtant vrai : 1500 milliards d’euros de dettes ! 160 milliards consacrés chaque année par l’Etat au service de la dette ! Il faut emprunter pour payer les fonctionnaires, emprunter pour payer les retraites, et faire bonne figure pour obtenir des crédits. Pauvre Etat ! L’histoire de France a déjà connu ça, quand Louis XIV faisait trop de guerres et que Louis XV n’arrivait plus à rembourser. Mais là, c’est tout le système de solidarité sociale mis en place en 1947 qui prend l’eau. Les grandes entreprises se sont mondialisées, elles fabriquent Dieu sait où, et les grandes fortunes sont parties là où elles payent moins d’impôt. Les revenus financiers l’emportent largement sur les revenus de la production industrielle. Un jeune trader de la Société générale peut jouer 50 milliards, et mettre en danger le système financier mondial ; un crack bancaire aux Etats-Unis et la rentière de Palavas-les-Flots risque de perdre ses économies. On devient milliardaire en Russie, en Chine ou n’importe où en se moquant du malheureux au SMIC, mais le SMIC français attire, comme la lumière les insectes, les laisser pour compte du monde entier qui voient l’eldorado sur les rives du Rhône ou de la Seine. On renvoie les Roms contre le Vatican, le Pape proteste, mais l’extrême-droite prend le pouvoir aux Pays-Bas, en Autriche et bientôt en Suède ! On peut toujours marcher dans les cortèges et derrière les bannières, réclamer, revendiquer, exiger, l’Etat ne trouve l’argent que dans les poches des contribuables, et si l’on peut penser un instant que le contribuable ce sera l’autre, le rêve ne dure jamais longtemps…
Le Parti socialiste est encore muet sur ce qu’il fera pour assurer les fameuses retraites. On sait seulement que lorsque Monsieur Jospin a connu le dossier, il s’est empressé de ne rien faire ; que le fameux Strauss-Kahn donne des leçons au monde entier mais pour se serrer la ceinture, reste Mélanchon qui prêche la révolution, et Besancenot qui est déjà dans la rue.
Il s’agit de ramasser tout le fric qu’on peut, et de créer des collectifs partout, avec José Bové qui fera pousser les carottes et les choux-fleurs. Autant s’amuser tant qu’on peut, ne pas regarder les choses en face, s’imposer des utopies, parce que la réalité n’est pas parfaitement amusante. Les choix effectués dans le passé de mettre en concurrence les travailleurs des pays pauvres avec ceux des pays riches, sous le prétexte d’obtenir le meilleur prix pour le consommateur, a été un pari stupide, les fabricants de pompes à phynances ont fait beaucoup mieux que le père Ubu, et les élus éberlués n’ont pas su faire le tri entre les mirages, les folies et les réalités.
Pour se  consoler, on peut dire que la France n’est pas seule dans son cas en Europe. La Grèce s’inflige une cure sévère, l’Islande a déposé le bilan, l’Irlande est au bord du gouffre, l’Italie a à peu près le même endettement que la France, quant à l’Espagne de Zapattero, le fameux modèle de Martine Aubry, non seulement elle augmente l’âge de la retraite, mais elle diminue le salaire de ses fonctionnaires et drastiquement le budget de l’Etat. L’Angleterre enfin vient de prendre des mesures telles que pas un Français ne les aurait acceptées. Nous sommes donc dans la moyenne. Plutôt que de nous accrocher aux constructions du passé, aux œuvres du Conseil national de la Résistance de 1945, comme Madame Royal, nous ferions bien de réfléchir à l’avenir de nos sociétés post-industrielles, aux alternatives paisibles à un capitalisme débridé.
Et ce ne sont pas les pistes qui manquent dans notre pays très habitué au mutualisme, aux coopératives modernes de production et de distribution, et qui découvre aussi l’auto-entreprenariat. Le gigantisme et le mondialisme ne sont peut-être pas forcément les modèles les plus efficaces, il faut relire M. Allais, le seul prix Nobel français d’économie, et redonner à la pensée politique française la profondeur et le champ qu’elle a fini par perdre. On ne peut pas toujours répondre aux slogans par des slogans. Il y a beaucoup de maîtres qu’on n’écoute pas et qui sont pourtant des observateurs avisés des mutations que nous vivons. La crise financière a été un véritable tremblement de terre appelant à une recomposition de nos sociétés, et l’on fait aujourd’hui comme si rien ne s’était passé, comme si tout pouvait continuer comme avant. Cette fois-ci, on a vraiment changé de siècle ; il faut en tirer les conséquences.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°157 – Novembre 2010


Pas de retraite au paradis

Jeudi, octobre 7, 2010 Laisser un commentaire

Le débat sur le financement des retraites prend une tournure bien française. Il devient incompréhensible. Le problème est pourtant très simple. Nous tenons à notre système de retraites par répartition ; ceux qui sont au travail cotisent pour ceux qui ont atteint l’âge de ne plus travailler. Il s’agit d’un prélèvement obligatoire qui varie en fonction du nombre de pensions à servir, compte tenu du montant de ces pensions. Plus la durée de vie est longue, plus il y a de pensions à payer. Plus il y a de pensionnés, plus les travailleurs doivent cotiser. Si la proportion entre les travailleurs et les pensionnés se modifie au détriment des travailleurs : ils doivent cotiser plus, ou plus longtemps. Ce n’est pas très compliqué. Les possibilités d’ajustement sont donc : l’âge de départ à la retraite, la durée des cotisations, ou le montant de la cotisation, ou les trois dans des proportions à définir.

Si l’on ne change pas de système, et c’est ce qui semble être souhaité, le seul problème est de savoir où l’on place le curseur.

Madame Aubry, qui a inventé de réduire la durée du travail, souhaite maintenir à 60 ans le droit de cesser de travailler, mais la pension due serait calculée, elle, sur la durée réelle de cotisation. On partirait donc à 60 ans, mais pas nécessairement avec une retraite à taux plein. Seulement en cessant le travail on ne cotise plus, et donc les recettes sont moindres pour payer les pensions.

Le Gouvernement, pour maintenir la durée des cotisations, propose de porter l’âge de départ à la retraite à 65 ans, avec des aménagements pour les carrières pénibles et maintenant pour les mères de famille.

C’est donc ce chiffre magique de 60 ans qui ne sera pas utile en pratique, qui condense tous les mécontentements, les grèves générales et particulières, les cortèges et leurs trains, cette atmosphère de fureur et de défiance, avec finalement le cri du cœur : il faut frapper tous les revenus, c’est-à-dire ceux de l’épargne et du capital investi. Pourquoi pas ? Il y a déjà la CSG, la CRDS, sans compter l’impôt sur le capital, l’ISF et l’impôt sur le revenu que ne paye qu’un contribuable sur deux, et M. Mélanchon ajoute : «Je confisque toutes les fortunes au-delà de 300 000 euros !» On change alors complètement de société. C’est un choix que les électeurs auront à faire. On rentre enfin au paradis, et au paradis, il n’y a plus besoin de retraite. Encore quelques défilés camarades, et l’on vivra enfin heureux !

Xavier de Roux

Catégories:Actualite

Promettre la lune

Mercredi, septembre 22, 2010 Laisser un commentaire

En avril 2002, avant les résultats du premier tour des élections présidentielles, j’écrivais sous le titre “Arrogance et conservatisme” : «Le Premier ministre le plus conservateur que la France ait déniché depuis des lurettes voudrait aujourd’hui se parer des plumes de la modernité. Il laisse pourtant en panne et intacts les trois chantiers essentiels du futur de la société française : la santé, les retraites et leur contrepartie la réforme du système des prélèvements obligatoires… En ce qui concerne le système des retraites, l’iceberg est bien visible, bien connu et l’on s’en rapproche à grande vitesse dans une sorte d’indifférence gouvernementale qui frôle l’irresponsabilité. Lionel Jospin a fait faire des rapports. Tous les rapports disent la même chose. Il les a donc tous classés dans le même tiroir, parce qu’il ne veut pas des solutions proposées. Le dogmatisme de Lionel Jospin sur les retraites a quelque chose de mystérieux.»
Depuis avril 2002, le Parti socialiste n’a pas changé d’un iota tout simplement parce que les solutions que l’arithmétique commande sont ce qu’elles sont ! Certes le Parti socialiste peut plaider que l’immobilisme de Jacques Chirac sur cette question, succédant à François Mitterrand, montre bien que le sujet est délicat et c’est une évidence ; mais ce n’est pas parce que le sujet est difficile qu’il doit être privé de solutions ! Donc Nicolas Sarkozy a décidé de le régler. Il n’a pas le choix. Si l’on ne touche à rien, le service des pensions ne sera pas assuré et la France, si elle devait encore emprunter, serait pénalisée sur les marchés financiers, comme une vulgaire Grèce !  On peut évidemment hocher la tête avec satisfaction comme M. Mélanchon en affirmant qu’on ne se fait pas dicter sa politique par les marchés financiers, sauf que lorsqu’on doit emprunter, on est évidemment dans les pattes de ses créanciers.
La France a opté, à la Libération, pour une retraite par répartition. Ceux qui travaillent payent les pensions des retraités : ils cotisent. Encore faut-il qu’il y ait plus de cotisants que de bénéficiaires. Avec l’allongement de la vie, ce ne sera plus le cas. Il faut donc soit allonger la période de cotisation, soit augmenter les cotisations, soit introduire une proportion de retraite par capitalisation : chacun par son épargne complète éventuellement le montant de sa retraite. Cette possibilité n’existe plus, Lionel Jospin a abrogé la loi Thomas.
Le Parti socialiste ne veut pas augmenter l’âge de la retraite : 60 ans c’est un dogme fondateur, un acquis irréversible. On peut alors augmenter évidemment la durée des cotisations, ce qui signifie que l’on travaille plus longtemps et que le départ à 60 ans est tout à fait théorique, puisque personne ou presque n’aura une pension complète. C’est semble-t-il la position de Martine Aubry qui ajoute qu’il convient d’augmenter les cotisations. Et c’est vrai si l’on maintient l’âge de la retraite, il faut bien cotiser plus. Mais pendant combien de temps les générations qui arrivent aujourd’hui sur le marché du travail seront-elles disposées à payer une partie substantielle de leurs revenus, à payer leurs aînés qui entendent bien vivre 20 ou 30 ans aux frais de la princesse ?
La proportion du revenu affecté à la solidarité nationale ne cesse d’augmenter. A partir de quel moment verra-t-on tout simplement un refus du genre, trop c’est trop, stop, on ne paye plus ! C’est drôle que personne ne se pose la question, que personne n’aille demander à ceux qui arrivent sur le marché du travail combien ils sont disposés à consacrer de leurs revenus à la solidarité nationale. C’est comme s’ils n’existaient pas ; ou plus exactement comme s’il ne fallait pas qu’ils comprennent la question. On lance à la cantonade : on fera payer les riches. Ça fait un moment qu’on entend ça mais dans notre pays, quand on veut taxer les riches, c’est généralement les pauvres qui trinquent ! Parce que les riches on ne les trouve plus, ils se sont tirés vers d’autres cieux, évaporés !
Martine Aubry le sait bien, elle n’a pas conseillé pour rien le président de Saint-Gobain ; et le fameux Strauss-Kahn qui administre aux pays endettés, du haut du Fonds Monétaire International, quelques pilules amères, le sait encore mieux ! Si bien que le débat n’a plus de sens. Il est devenu complètement politicien. Pour prendre le pouvoir en 2012, il faut avoir défilé derrière les syndicats qui en font leur métier ; il faut promettre encore la lune et bientôt les étoiles en sachant très bien que l’exercice du pouvoir sera très éloigné des promesses. Le citoyen le sait ou il s’en doute et donc il ne va plus voter pour montrer qu’il n’a pas gobé tous les bobards de comptoir qu’il a entendus. La démocratie perd ses assises et l’on espère faire on ne sait quelle combinaison de rue, jusqu’au jour où le moteur du pays explosera comme c’est arrivé si souvent dans le passé. On s’en remettra, mais quel gâchis !

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°156 – Octobre 2010


Immigration et sécurité

Mardi, août 24, 2010 Laisser un commentaire

La tournure qu’ont pris dans certains quartiers les affrontements entre une partie de la population et la police doit faire réfléchir. Il est fait usage d’armes à feu, comme d’ailleurs à Marseille, où la petite criminalité utilise maintenant des armes de guerre pour régler des comptes de troisième zone. Si l’on ajoute à cela une certaine violence révolutionnaire véhiculée par des groupes qui se disent religieux et que l’on dit extrémistes avec pour arrière-plan une géopolitique très tendue au Moyen-Orient, on comprend qu’au Ministère de l’Intérieur l’inquiétude gagne.
Mais il faut sérier les problèmes plutôt que de les amalgamer, et surtout ne pas en faire un argument politique désignant les bons et les méchants, les laxistes et les répressifs. Et pourtant c’est bien la tournure que prend la polémique actuelle, où l’on fait bouillir dans un même chaudron les émeutes de banlieue, les Roms, les gens du voyage et les groupes terroristes larvés.
Il faut dire que les réactions de groupes minoritaires sont surprenantes ; attaquer un commissariat de police, brûler des mairies, saccager des bourgs sous prétexte que la police a fait usage de ses armes pour intercepter un délinquant, dépasse évidemment la mesure d’un Etat de droit. Bloquer une grande voie de circulation pendant des heures au motif que la mairie de la ville propose des terrains de stationnement qui ne correspondent pas à celui que l’on souhaite et qui n’est pas destiné à cet usage, exaspère l’opinion et désigne une communauté que l’on mélange immédiatement avec ses cousins de Roumanie et de Bulgarie. Les “gadgés”, comme ils disent, ne font pas de différence.
Et quel que soit le mal-être invoqué dans les quartiers où le chômage des jeunes et leur désocialisation est une plaie, la République ne peut pas tolérer l’usage des armes et la guerre ouverte avec la police dès qu’elle doit intervenir.
La police, que ce soit la gendarmerie ou la police nationale, n’a pas un rôle facile. La société en a besoin, l’utilise mais est aussi prompte à la montrer du doigt dès qu’apparaît une bavure. Il est vrai qu’un commissariat ressemble rarement au salon de M. de Norpoix, et que le langage qui y a cours n’est pas forcément celui des salles de rédaction, mais les hurlements et les injures qui montent des locaux de garde à vue ne sont pas faits pour apaiser l’atmosphère.
Il faut mener à long terme une politique d’immigration et une politique sociale extrêmement volontariste pour mettre fin aux ghettos qui se sont créés aux portes des villes, et c’est vrai que ces questions sont liées pour une bonne part à l’accueil des immigrés et à l’éducation de leur descendance qui, elle, sera française.
Michel Rocard disait déjà que l’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Mais en même temps a-t-on les moyens réels de s’opposer aux vagues migratoires ? C’est une affaire qui est vieille comme le temps ! Les pauvres sont attirés par les riches et au fond du malheur on s’invente une image du bonheur qui serait ailleurs. C’est ainsi que s’est peuplée l’Europe lorsque les Romains n’ont plus pu tenir les frontières de l’Empire, et nous sommes tous plus ou moins germains, vandales ou wisigoths ; c’est ainsi que s’est peuplée l’Amérique, avec d’abord les populations pauvres d’Europe, les paysans irlandais, les prolétaires italiens et les esclaves africains, et le mouvement des hommes et des peuples sur la planète ne cesse jamais, entraînant parfois des guerres, des meurtres, des purifications ethniques et même des génocides… La pensée française, la réflexion politique française, à l’exception de la parenthèse du régime de Vichy, n’a jamais été raciste ou xénophobe. La Nation française née sous l’Ancien Régime pour unir ce que la Monarchie fédérait, des Flandres au Roussillon, de l’Occitanie à la Bretagne, de la Lorraine à la Bourgogne, a été sublimée par la République. Ce qui unissait, ce n’était ni l’origine ni la race, mais la patrie commune des hommes et des femmes qui vivaient ensemble en partageant les mêmes valeurs, “Allons enfants de la patrie”… ! On est français par la loi du sol et non par la loi  du sang. Un être humain né sur le sol français est français ou a le droit de le devenir. C’est un enfant de la patrie. Nicolas Sarkozy, comme beaucoup d’autres, est bien placé pour le savoir. Polonais, Espagnols, Portugais, Italiens, Russes, Nord-Africains, Africains et bien d’autres se sont succédé dans notre Pays. Certains s’y sont fondus très vite, les latins généralement, d’autres ont connu des difficultés, mais tous ont la même vocation.
La difficulté principale c’est l’accès à l’éducation, à la formation, à ce qui donne une place dans la société, à ce qui fait prendre l’ascenseur social, et ce qui crée le danger, le communautarisme, c’est justement cette impossibilité, cet échec. Il faut donc y travailler sans relâche et dans le temps ; il faut y mettre des moyens et s’y tenir. Jean-Louis Borloo, en lançant la politique de la ville, l’avait très bien compris. Evidemment, cela ne doit pas empêcher la répression des crimes et des délits, une politique pénale ferme, mais malgré beaucoup d’effets d’annonce, on n’a jamais réellement donné les moyens à l’Institution judiciaire, qui fait ce qu’elle peut, comme elle peut dans des conditions parfois très difficiles.
Au lieu de cela, on annonce des “synergies” en rapprochant les polices et en diminuant globalement les effectifs. Il n’est pas sûr que la fusion des Renseignements généraux et de la D.S.T. ait beaucoup amélioré la connaissance de la délinquance dans les quartiers, de même que le regroupement des gendarmes en communautés de brigades ne les rapproche pas nécessairement du citoyen, qu’ils côtoyaient davantage auparavant. Il est tout à fait légitime de rationaliser le budget de l’Etat, mais il est paradoxal de traiter ses fonctions régaliennes, celles qui fondent son existence, comme les fonctions qu’il s’est appropriées au gré du temps sans réelles justifications, et qui lui coûtent très cher sans efficacité.
Ce sont là les vrais choix politiques ; ceux qu’il faut décider sans tarder.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°155 – Septembre 2010


Le pouvoir et l’argent

Mardi, août 10, 2010 2 commentaires

Qui aurait pu penser qu’un procès opposant à une riche veuve sa fille, à propos des largesses consenties à un ami de cœur, allait conduire à une vraie crise de la République, parce qu’un majordome indiscret enregistra des conversations où il était question de pouvoir et d’argent !
La première fortune de France a toujours entretenu avec les élus de la République des relations de proximité. Le fondateur de L’Oréal, M. Schueller, qui eut des faiblesses avant-guerre pour un mouvement vaguement secret qui s’appelait la Cagoule, fut le protecteur de François Mitterrand, et son gendre André Bettencourt, député RPR, ne vota jamais contre les gouvernements de son ami François devenu Président de la République. François Dalle, longtemps directeur de L’Oréal, fut un homme de talent mais aussi d’influence, et son successeur Owen-Jones n’était pas un inconnu des cercles politiques et financiers.
Quand le monde politique a besoin pour ses bonnes œuvres électorales d’argent, il s’adresse, évidemment, à ceux qui en ont, un peu, beaucoup, passionnément ! Ce n’est un secret pour personne que Pierre Bergé finança Ségolène Royal, royalement, et qu’il y a des riches qui penchent à gauche et d’autres qui penchent à droite, selon le cœur et selon les circonstances.
Cette complicité entre le monde du pouvoir et le monde de l’argent remonte à la nuit des temps ; elle fait régulièrement la une des journaux dès qu’une affaire devient croustillante, et nous avons eu notre lot, au cours des trois dernières républiques ! Des “bureaux d’études” communistes ou socialistes, au système quasi mafieux installé par des élus libéraux à Grenoble ou à Cannes, sans compter les fantaisies de la ville de Paris, il y a de quoi écrire des volumes, et ça n’a d’ailleurs jamais manqué, avec les succès de librairie qui vont avec. D’heureux journalistes ont ainsi vécu de leur tirage servant à dénoncer les mauvaises manières des grands.
Ce qui est nouveau dans l’affaire Bettencourt, c’est l’enregistrement en direct, d’une dame d’un certain âge, qui fait des chèques en ne sachant plus très bien qui est qui et qui fait quoi. Il faut lui préciser que le Ministre du budget, «c’est le monsieur qui s’occupe de vos impôts». Il y a là une caricature que l’on n’avait jamais vraiment approchée et qui donne à l’ensemble une très étonnante couleur. Ces gens après tout, avant d’être ministre, président, milliardaires ou employés de la maison, restent des personnes avec leurs mots et leurs désirs ; Celui-là voulait simplement un bateau, un petit bateau, presque rien, 21 mètres ! Et cet autre voulait pour les amis de son cercle, rien, presque rien, 7500 euros. A l’aune des 400 000 000 d’euros de dividendes encaissés par l’actionnaire, ce sont évidemment des broutilles. Mais comment fait-on pour devenir la première maison de cosmétiques au monde, en deux générations ? Il faut quand même un certain talent, et lorsque les revenus dépassent tout ce qu’une personne peut rêver obtenir dans sa vie, à notre époque si matérialiste, on se tourne souvent vers le pouvoir parce que le pouvoir grise tout autant que l’argent. La rémunération d’un homme politique, avantages matériels compris, ne lui procurera jamais ces montagnes d’argent qu’entasse le capitalisme triomphant ; et pourtant lorsque la montagne part en avalanche, c’est bien le responsable politique qui doit faire face et régler les affaires d’argent des autres. Ce face à face complice n’est pas seulement français. On a vu en Russie d’anciens apparatchiks soviétiques se transformer en quelques mois en oligarques milliardaires exhibant leurs flottes et leurs palais tout au long de la Côte d’Azur, suivis par des myriades de filles et de conseillers en tous genres essayant de ramasser les miettes d’une réussite aussi considérable. La Chine est exactement sur le même chemin, et les nababs d’Inde ou d’Afrique fraient avec les tycoons de Wall Street.
L’argent a toujours fait les mêmes choses : des merveilles et des esclaves ; Versailles et les ouvriers accablés qui l’ont construit. Avant il fallait seulement Dieu pour construire une cathédrale, aujourd’hui il faut quelques puits de pétrole ou une banque. Mais la démocratie dans tout cela ? Le gouvernement du peuple par le peuple ? La démocratie représentative qui veut d’insoupçonnables représentants, qui fait des lois répressives sévères, qui interdit le blanchiment de l’argent, la concussion, le trafic d’influence, qui remplit tout un Code pénal de délits punis plus sévèrement les uns que les autres, qu’est-ce qu’elle devient ? Fait-elle toujours la loi ?
En tous cas, la loi qu’elle fait, elle la remet entre les mains des magistrats qui doivent s’en débrouiller comme ils peuvent, et en l’occurrence on assiste à la dispute d’un procureur célèbre et d’une juge en vogue pour mener l’enquête et nourrir le feuilleton quotidien qui use chaque jour un peu plus la République et la répression des élus. Certes la démocratie en a vu d’autres, mais cette affaire de pouvoir et d’argent sur fond de crise économique et sociale, trouble l’opinion, l’éloigne des bureaux et ne promet rien de bon à la République. Le Président est monté en première ligne. Il a dit des choses apaisantes et de bon sens ; ses adversaires, Mme Aubry en tête, n’ont pas baissé le ton pour autant. Le pouvoir est pour 2012 ! En attendant, rien ne nous sera épargné.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°154 – Août 2010


Agglomération : En route vers l’échec

Mardi, août 10, 2010 Laisser un commentaire

Ou comment s’y prendre pour ne pas faire une agglomération…

On se souvient qu’après les élections municipales Jean Rouger, le nouveau maire de Saintes, et Xavier de Roux, le maire de Chaniers, s’étaient rapprochés pour lancer l’idée d’une agglomération saintaise avec les communes situées par l’Insee sur l’aire urbaine de Saintes. Le maire de Chaniers rêvait même à une agglomération Saintes-Cognac puisque les aires urbaines des deux villes se rencontrent et se chevauchent du côté de Chérac.
Construire une forte agglomération au centre névralgique du département, au cœur de l’activité historique de la région de Cognac, l’eau-de-vie, présente à l’évidence un sens et un intérêt qu’ont très bien compris les chambres consulaires de Cognac et de Saintes.
Bâtir une agglomération, c’est mettre en commun le potentiel économique des diverses communes, assurer leur desserte régulière, favoriser leurs investissements dans le domaine des infrastructures et des équipements, y compris culturels et sportifs.
En un mot, c’est avoir une imagination commune au service des habitants. Il faut donc commencer par imaginer l’agglomération, ce qu’elle souhaite faire, les projets innovants, et bien entendu les moyens de les financer, c’est-à-dire le transfert d’impôts communaux vers l’agglomération.
Mais au lieu de discuter de projets, et de rêver l’avenir, une lourde machine bureaucratique s’est mise en marche à partir de la communauté de communes du Pays Santon, qui est un endroit où l’on préfère fonctionner plutôt que de rêver ou d’imaginer.
Alors mettant la charrue avant les bœufs, une procédure a été imaginée selon laquelle les communes concernées par l’agglomération accepteraient d’abord d’entrer dans la communauté existante. Sans bénéfice d’inventaire évidemment, puis accepteraient un périmètre qui serait soumis au préfet, ensuite, passez muscade, la communauté de communes se transformerait en agglomération selon des règles préétablies par la majorité, c’est-à-dire par les communes composant la CdC. Autant acheter un chat dans un sac ! Il est évident que les maires qui ont reçu un courrier brusquement comminatoire du président de la CdC du Pays Santon, ont eu l’impression qu’on leur tendait un piège, et qu’en fait de ficelle, c’était plutôt un câble !
La réaction de la commune de Burie, la première concernée, ne s’est pas faite attendre. En l’état les propositions de Saintes n’apportent rien de plus qui n’existe déjà, et la tentation de Cognac se fait plus forte. Le maire de Chaniers a répondu que le projet qu’on lui demandait d’adopter n’avait rien à voir avec le projet qui avait été présenté au conseil municipal, et sur lequel d’ailleurs le Conseil des sages avait donné son avis. Nieul-lès-Saintes n’est pas intéressée. La Clisse et Luchat sont apparemment déçues… Bref la procédure imaginée dans les bureaux de la CdC a fait un flop désagréable, et l’échec de l’agglomération pour la deuxième fois, après celui pour les mêmes raisons de Bernadette Schmitt, serait évidemment très regrettable.
Nous avons demandé son avis à Xavier de Roux, qui fut avec Jean Rouger à l’origine de ce projet.

L’Echo des Arènes : Où en est le projet d’agglomération de Saintes ?
Xavier de Roux : J’espère qu’il ne va pas mal, même s’il est aujourd’hui simplement au niveau des discussions et que ça cahote un peu dans les méthodes et dans le processus. J’ai écrit récemment à Jean Rouger qu’il fallait maintenant se mettre autour d’une table pour discuter des projets que porterait la future agglomération, et des moyens financiers qu’il fallait mettre en place pour les réaliser. Je pense que Jean Rouger et moi sommes à peu près sur la même longueur d’ondes lorsque nous en parlons, mais Jean se fait emberlificoter par l’administration de la CdC du Pays Santon qui a le grand avantage de toujours compliquer les problèmes pour passer ainsi davantage de temps à les résoudre selon la fameuse tactique du sapeur Camembert qui creusait un trou pour en boucher un autre.
• En quoi l’approche actuelle vous gêne-t-elle ?
Je ne suis pas gêné par l’approche actuelle, je ne la partage pas. Ce n’est pas sur ces bases que Jean Rouger et moi sommes partis. J’ai toujours dit que Chaniers n’adhérerait pas d’abord à la CdC pour transformer ensuite celle-là en CdA, parce que c’est trop compliqué et trop chargé d’anciennes querelles. Chaniers n’a pas quitté sur un coup de tête la CdC du Pays Santon. L’affaire remonte au Sivom dont j’étais le premier vice-président, sous la présidence de Baron. Il s’agissait alors du ramassage et du traitement des ordures ménagères. J’ai manifesté de grandes inquiétudes quant à ce marché, et quant à la procédure retenue, celle du broyage-compostage de Brassaud. C’était un procédé d’origine allemande qui avait le plus grand mal à s’implanter et ses promoteurs faisaient le forcing. On a très vite vu que les refus de compost dépassaient en quantité les quantités compostées, puisque l’épandage agricole de ce compost faisait problème, bref qu’on dépensait beaucoup d’argent pour aller finalement enterrer la production de l’usine à Clérac. J’ai quitté le navire en disant assez fortement ce que je pensais de la situation. Après, la méthode du sapeur Camembert a repris ses droits, et aujourd’hui on est au bout du chemin. La CdC cherche à faire traiter ses ordures ménagères, Royan et Rochefort ne lui ont pas réservé le meilleur accueil. Le Smictom de Surgères, auquel adhère Chaniers, est sans doute la meilleure solution, mais je ne sais pas du tout comment les discussions sont menées. En tous les cas ce serait une grave erreur de la communauté d’agglomération de reprendre sans un audit très approfondi le service environnement de la CdC. Il conviendrait notamment d’examiner les termes du marché passé à l’origine. Un autre exemple est le centre aquatique. Il s’agit d’un investissement très lourd, 14 millions d’euros, probablement justifié. S’il est apporté à la communauté d’agglomération, combien pèsera-t-il dans son budget, pendant combien de temps, et que restera-t-il pour les projets de l’agglomération ? Voilà pourquoi, me semble-t-il, il faut mettre tous les sujets sur la table pour trouver une solution dans la clarté.
• Vous êtes le président de la Saintonge Romane. L’agglomération n’est-elle pas en contradiction avec le Pays ?
La Saintonge Romane mène sa vie qui n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Il n’y a pas si longtemps, on questionnait son avenir à la suite du désengagement du Conseil général. Et puis des solutions on été trouvées. La Saintonge Romane s’est lancée dans la difficile réalisation d’un Schéma de cohérence territoriale. Après des tâtonnements bien normaux, le dernier séminaire qui regroupait 120 participants, des élus, des chefs d’entreprises, des fonctionnaires, a été me semble-t-il une réussite. Piloté par Sylvain Barreau, le maire de Port d’Envaux, il a lancé à grands traits les pistes futures d’aménagement du territoire et de son développement tant démographique qu’économique, et le travail se poursuit. La Saintonge Romane fait un gros travail de numérisation géographique des communes, de leurs cadastres, de leur PLU. Elle anime le territoire au plan culturel et sportif, elle assure un conseil permanent aux communes rurales. Elle crée ainsi une solidarité d’un territoire où l’agglomération trouve naturellement sa place. Il n’y a me semble-t-il aucune contradiction entre une agglomération centrale et le territoire rural qui l’entoure et qui d’ailleurs la fait exister. J’y vois au contraire une grande complémentarité.
• Votre conclusion ?
Elle est très simple : il faut modifier la méthode d’approche de la communauté d’agglomération, mettre tous les acteurs autour de la table, dessiner un projet, trouver son financement, et puis ensuite créer la CdA.

Paru dans L’Echo des Arènes n°154 – Août 2010

Sacré volcan !

Mardi, avril 27, 2010 Laisser un commentaire

Depuis quelque temps, la planète secoue son échine et nous avons l’impression de marcher sur la peau du diable. Tremblements de terre, à Haïti, en Chine, coulée de boue au Brésil, raz-de-marée jusque sur les côtes charentaises, et maintenant les volcans qui crachent jusqu’à 6000 mètres d’altitude des nuages noirs de cendres et d’eau, clouant au sol les avions empêtrés une fois encore dans le principe de précaution. La planète vit sa vie, vaisseau allant on ne sait où portant sa cargaison d’humains discutant gravement du CO2 de leurs automobiles, de la puissance de leurs bombes atomiques, du réchauffement climatique ou du refroidissement des océans…
Et puis, comme il y a quelques années lors de l’éruption du volcan Saint-Hélène, aux Etats-Unis, une puissance bien pire que tout ce que nous avons inventé se déchaîne, avec des  conséquences à plus long terme que l’on ne sait pas très bien mesurer. Les volcans soufflent-ils le chaud et le froid, ou les deux ? A combien de bombes atomiques correspond leur puissance ? Combien de cimenteries tournant à plein régime faudrait-il pour expédier dans l’atmosphère et que produit l’éruption islandaise ? Et surtout, une fois de plus, comment réagir ?
Le principe de précaution a prévalu, on a interdit aux avions de voler et dans le désordre qui s’est immédiatement produit, voyageurs coincés dans les aéroports, absence de moyens alternatifs, on a vu des ministres des Transports lever les yeux au ciel et se tourner vers les météorologues qui suivent l’évolution des vents et des nuages, avec bonheur et résignation. Cerise sur le gâteau, des employés de la SNCF en grève s’employaient en plus à empêcher les trains de rouler dans le Sud-Est, où le syndicat Sud Rail dispute à la CGT son leadership.
On aurait presque pu penser, qu’au nom du service public si souvent invoqué à la SNCF, le ministre des Transports allait réquisitionner le transport ferré, collectif par nature. Pas du tout ! On ne va quand même pas mettre fin à une grève parce qu’un volcan islandais bloque les vacanciers faute d’avion. Le premier volcan venu ne va pas, comme ça, réveiller le service public et mettre fin à un événement aussi important que l’influence respective de deux syndicats, sans doute veillée de près par un gouvernement qui ne sait plus très bien à quel syndicat se vouer pour discuter du régime des retraites.
Mais faute d’avoir de l’influence sur les volcans et sur les syndicats, le gouvernement s’est saisi avec une extrême rapidité de l’inconstructibilité des zones inondées par la dernière tempête en Charente-Maritime et en Vendée. Les préfets n’ont pas perdu de temps, en 15 jours on a bâclé un zonage, sorti d’on ne sait quel carton, sans demander l’avis des maires et encore moins des victimes !
Certes, on a construit peut-être imprudemment dans des zones poldérisées, c’est-à-dire conquises sur la mer au cours des siècles par des systèmes parfois compliqués d’endigage. Et puis comme nous vivons une époque moderne, on a un peu oublié tous ces systèmes qui font qu’un pays comme la Hollande a la superficie qu’elle a aujourd’hui.
Mais qui faut-il incriminer ? Ceux qui ont autorisé la construction dans ces zones, y compris l’Etat, par ses préfets, ou ceux qui ont cessé d’entretenir correctement les ouvrages de défense contre la mer parce que ça coûte très cher et que les collectivités ont des choix plus clinquants ? Là encore, le principe de précaution va peser quelques tonnes et l’emporter sur le bon sens et sur le sens commun. Maître Lepage s’est déjà précipitée au pied des brèches et des inondés, Madame Royal donne quelques leçons, le préfet se fait engueuler, le ministre annonce l’impôt, puis la suppression de l’impôt ; chacun est dans son rôle. La planète n’en fait qu’à sa tête, elle n’obéit même plus aux écoles qui ont envie de la défendre, elle crache son CO2, plein tube pour ridiculiser les pots d’échappements de nos voitures. Il faut être fataliste puisque le destin est sous nos pieds, terriblement instable ! Sacrés volcans…

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°151 – Mai 2010


L’Iran à la croisée des chemins

Mardi, janvier 5, 2010 Laisser un commentaire

La situation en Iran rend incertaine son analyse et perplexe les observateurs.

Le point de départ de la crise est parfaitement connu ; ce sont les élections présidentielles de juin 2009. La campagne électorale avait été parfaitement ouverte. C’était même la première fois en 30 ans de république islamique que la parole semblait libre. Les candidats s’affrontaient en direct devant 50 millions de téléspectateurs, tandis que les supporters des candidats défilaient dans la rue et faisaient ouvertement campagne. Il est incontestable que les partisans de Moussavi, l’ancien premier ministre, ont créé une sorte de vague verte bruyante et voyante. Les résultats du scrutin sont d’autant plus frustrants pour cette foule que dès 22h15, le vendredi 12 juin, le quartier général de Moussavi est attaqué par les Bassidji qui brisent les ordinateurs, chassent les militants et ferment le centre. Cette violence est ressentie comme une sorte de coup d’état. Mais alors la foule des manifestants ne demande qu’une chose : que l’on vérifie la régularité du scrutin.

En réalité, le débat est vif au sein de la république islamique. La démocratie peut-elle avoir le droit de cité dans un système qui repose sur la croyance au triomphe final de la religion vraie, et donc sur le respect des règles millénaires de l’interprétation de la charia qui doit faire régner sur terre la justice ? La justice transcendante incarnée par le retour de l’Imam est le symbole même du chiisme. Nul besoin pour cela d’asseoir le pouvoir sur la volonté du peuple puisque ce dernier doit être à l’écoute de la volonté de Dieu. Mais cette volonté de Dieu s’exprime par le représentant sur terre de l’Imam caché, le guide de la révolution, en l’occurrence Khamenei, qui doit représenter le principe de justice.

Or en prenant parti dans cette élection en faveur d’un des candidats, le guide suprême semble manquer au principe de neutralité, et là il devient un simple dirigeant politique, et le régime tout entier entre en contradiction.

Cette contradiction n’a fait que se creuser. On a entendu de hautes autorités religieuses, des savants en religion, se désolidariser de la répression et du pouvoir politique qui l’exerce, car ils sentent bien que c’est la légitimité du régime qui risque d’être mise en cause. Ni l’ancien président Khatami, ni l’ancien président du Majlis, Karoubi, ni l’ancien Premier ministre Moussavi ne sont des ennemis du système. Ils en sont issus. Mais ils savent aussi que la foi et la liberté peuvent s’affronter et se battre et que la foi a besoin de la justice pour vaincre. Le président du Conseil des scrutateurs, l’ancien président Rasfanjani, qui est devenu particulièrement discret, n’en pense pas moins, et il occupe une place incontournable dans la mécanique compliquée de la constitution islamique, puisque son conseil peut mettre fin aux fonctions du guide suprême. Cependant la contestation dans la rue, en s’en prenant justement, non plus au président Ahmadinejad mais au guide suprême, devient une contestation de la république islamique elle-même, ce qui n’était pas le cas au mois de juin dernier.

On entend avancer la théorie du complot venu de l’étranger où bien entendu les Britanniques joueraient un rôle majeur, mais chacun sait que dès qu’il se passe quelque chose en Iran, les Anglais sont responsables. C’est un réflexe conditionné qui fait maintenant sourire les observateurs.

Il n’y a évidemment pas de complot, ni de main de l’étranger, à moins que l’on prenne à Téhéran pour un complot la condamnation des violences et des emprisonnements.

Il y a au contraire une grande interrogation. L’Iran est le grand pays de la région, par sa population, par sa taille, par sa culture, par son potentiel économique. Il fait partie de cette plaque étrange composée du Pakistan, de l’Afghanistan, de l’Iran et de la Turquie, à la jonction des contradictions de l’Islam et du rationalisme occidental. Dans cette partie de la planète, l’injustice économique nourrit la foi en la justice qu’apporte l’Islam qui doit à son tour affronter le besoin de liberté né du rationalisme de l’Occident.

Ainsi s’affronte le couple tumultueux de la liberté et de la foi, et cette querelle n’épargne personne.

On voit bien quelles sont les aspirations des classes moyennes, seule la justice sociale peut apporter la paix.

Xavier de Roux

Catégories:Actualite

De la vocation navale et maritime de la France

Mardi, juillet 28, 2009 Laisser un commentaire

Nicolas Sarkozy, dans son discours du Havre, a surpris les commentateurs en parlant de la vocation maritime de la France, et des 11 millions de km² de mer sur lesquels elle est souveraine. C’est tellement rare qu’un homme politique en France, qui compte pourtant 2000 km de côte, parle de la mer, que cela mérite d’être souligné. Peuple de paysans, l’empire des mers a généralement échappé aux Français, et lorsque l’on relit l’histoire navale de notre pays, on ne peut que constater un retard perpétuel sur les Hollandais, les Espagnols et les Anglais qui dominèrent les routes maritimes et les découvertes où elles menaient. Les armateurs charentais y eurent pourtant leur part, mais tandis qu’Espagnols, Portugais et Anglais s’installaient dans le nouveau monde, riche d’épices et d’or, il fallut attendre le XVIIème siècle pour que la France s’installe au Canada sur ces arpents de neige qu’elle ne parviendra pas à conserver et si Louis XIV aime et honore des marins comme Forbin et Jean Bart, c’est parce qu’ils sont des corsaires dont les brigandages rapportent beaucoup à la couronne. Louis XV perdit les Indes malgré la victoire de Bailly de Suffren, et il fallut Louis XVI, avant qu’on lui coupe la tête, pour que la France ait enfin une marine, manoeuvrant en escadre capable de tenir les océans, de vaincre les Anglais, et de permettre ainsi l’indépendance des Etats-Unis. C’est à la victoire de la Cheesepeake que l’amiral de Grasse, en coulant la flotte anglaise, permit la victoire terrestre de Washington. Mais si personne n’a oublié le général de La Fayette, la mémoire nationale a presque englouti de Grasse. La flotte française ne survécut pas à la Révolution et Napoléon connut Aboukir et Trafalgar, et ne put jamais dompter l’Angleterre qui finit par l’enfermer à Saint-Hélène. Il fallut attendre son neveu, Napoléon III, toujours si décrié, pour que la France retrouve sa puissance navale, mais la politique coloniale fut toujours aux mains de l’armée et jamais dans celles de la marine qui n’imaginait pas un instant dominer des territoires et des populations mais simplement des lieux de commerce et d’influence. L’histoire retiendra donc Lyautey ! A une époque plus récente, en 1942, l’amiral Laborde saborda à Toulon la flotte magnifique, voulut par Georges Leygue, que l’amiral Darland n’engagea pas ou très peu en 1940 contre les Allemands de peur de l’abîmer.
Les vues planétaires du général de Gaulle ne furent pas très océanes, bien qu’au nom de la dissuasion nucléaire il se dota d’une force sous-marine ; quant à Giscard d’Estaing qui n’aimait pas la marine, il retint simplement que ses officiers avaient les cheveux trop longs. On fit traîner des années la construction d’un porte-avion, et l’on découvre aujourd’hui qu’il en faut au moins deux avec ce qui va avec.
Car contrôler les mers, l’espace maritime et ses richesses enfouies, notamment pétrolières, exige une marine présente. Depuis que l’océan indien est devenu stratégique et qu’on y délivre des permis de recherche pétrolière, les “îles éparses”, Tromelin, Juan de Nova, Europa et quelques autres sont à nouveau visitées et occupées ; la route maritime du canal de Suez à l’Inde et à la Chine a besoin d’être protégée de la piraterie somalienne, comme au bon vieux temps, et l’immense Polynésie donne à la France une incontournable présence dans l’océan pacifique.
En annonçant une vraie politique maritime, une politique des océans et de leurs ressources jusque dans le domaine de l’écologie et de la biodiversité, Nicolas Sarkozy tient enfin un langage que l’on a rarement entendu en France. Evidemment, on ne se contentera pas de paroles verbales. Des objectifs clairs doivent être définis et une stratégie pour les atteindre, avec les moyens nécessaires, doit être arrêtée. La France ne manque pas de passionnés de la mer, elle ne manque pas de chercheurs et de marins. Il suffit qu’on lui donne cette ambition, qu’on sorte de la Corrèze, de l’Auvergne et du Larzac pour regarder le vaste monde, où nous sommes, mais trop souvent sur la rive. Il faut donc maintenant passer de la parole aux actes pour pouvoir saluer l’initiative du Président de la République qui peut être de nature historique pourvu que le grand dessein prenne forme. Ce serait une formidable façon de sortir de la morosité et de l’enfermement terrien.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°142 – Août 2009

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Partie de poker à Téhéran

Lundi, juin 15, 2009 Laisser un commentaire

Le résultat des élections iraniennes risque de relancer la tension au Proche-Orient et d’entraîner une nouvelle confrontation entre les Etats-Unis et l’Iran.

Israël retrouve en effet, intact, son meilleur ennemi, celui dont elle a besoin pour poursuivre une politique d’intransigeance vis-à-vis du Hamas et la colonisation de la Cisjordanie, c’est-à-dire l’élimination, selon elle, du problème palestinien. Par ailleurs l’ouverture faite par le Président Obama, lors de son discours du Caire, en direction du monde musulman, trouve une réponse politique en Iran porteuse d’orages à l’intérieur même de ce pays. Qu’elles soient régulières ou irrégulières, les élections iraniennes mettent à jour une vraie cassure dans le corps social iranien. Il faut rappeler ici que les quatre candidats en lice étaient tous issus du régime de la révolution islamique dont aucun ne remettait en cause les institutions. M. Moussavi, ancien Premier ministre pendant la guerre Irak-Iran, ne passait pas pour un réactionnaire et il a solidement contribué à l’édification du régime. Ses partisans voulaient un autre président qu’ Ahmadinedjad, qui incarne à leurs yeux un populisme provocateur, enfermant l’Iran, grande puissance régionale au passé prestigieux, dans un isolement économique et culturel qu’une partie de la population ne supporte plus. Or le guide suprême, l’Ayatollah Khamenei, en louant la victoire du Président sortant, a montré le chemin qu’il convenait de poursuivre. C’est évidemment une grande déception pour l’Occident qui a besoin de paix et de stabilité et c’est aussi une déception pour la Russie qui doit faire face dans le Caucase à des mouvements islamistes radicaux qui trouvent une légitimité dans le régime iranien.

Les élections iraniennes semblent avoir ouvert une boîte de Pandore tant au plan intérieur qu’au plan extérieur.

Au plan intérieur parce que la confrontation dans la société iranienne risque de se poursuivre et d’entraîner une répression dont on ne connaît pas les limites. Au plan extérieur, parce que l’Iran montre ses muscles, en faisant voler ses avions de chasse de fabrication entièrement nationale, ses nouveaux sous-marins, ses missiles et en envoyant six bâtiments de guerre dans le Golfe d’Aden pour montrer sa présence légitime dans les eaux internationales.

Il en résulte une montée de la tension dans le Golfe persique entraînant aussi, pour l’Iran, une plus grande difficulté économique dans le financement de ses opérations internationales dont une grande part dépendent largement de Dubaï, malgré une montée en puissance de l’Azerbaïdjan et de Bakou.

Or l’Iran a besoin d’investissements internationaux dans tous les domaines pour satisfaire aux aspirations de sa population et permettre le développement que mérite ce grand pays.

Une longue instabilité en Iran risque donc de décourager l’investissement, d’entraîner de nouvelles tensions régionales, en mettant en difficulté les Etats-Unis dans le règlement de la question palestinienne, c’est-à-dire dans l’établissement d’un Proche-Orient apaisé.

C’est donc une extraordinaire partie de poker qui s’ouvre en Iran et qui concerne sans doute le monde entier. Moussavi, issu de la révolution de 1979, peut-il aujourd’hui lancer dans la rue, contre le préféré du guide suprême, des jeunes qui n’étaient pas nés lors de la chute du Shah et qui ne supportent plus un régime qui les prive de ce qu’ils estiment être leur liberté et leur libre destin ?

La réponse à cette question n’est pas simple, mais aujourd’hui à Téhéran qui perd gagne.

Mais l’acte II pourrait maintenant commencer. Dans l’entrelacs des pouvoirs de la constitution iranienne, le Conseil de discernement présidé par Rafsandjani joue un rôle essentiel. En effet, il propose la nomination du guide suprême, aujourd’hui l’ayatollah Khamenei, mais il peut également le démettre. Or le président du Conseil de discernement, Rafsandjani est dans le camp de Moussavi, il fut même son principal supporter, tandis que le guide suprême est dans le camp de Ahmadinedjad dont il souhaitait la victoire. Certes l’exécutif en place tient théoriquement la police, les milices Bassidji et les forces armées, cependant de la ville sainte de Qom parviennent des voix dissonantes appelant à la concorde et ces voix sont religieuses. En effet la haute hiérarchie religieuse voit bien qu’un pourrissement de la situation, une répression trop forte serait une victoire à la Pyrrhus, puisqu’elle incarnerait une rupture complète entre la société civile et la société politique.

L’appel à se réunir le troisième jour après la mort des premières victimes est un signe. On se réunira aussi dans les mosquées à l’ombre de Dieu, comme si en fin de compte il devait choisir son camp. Ce sont évidemment les avatars de la théocratie, système que l’on a visiblement du mal à déchiffrer à Washington et ailleurs.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°141 – juillet 2009

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Pauvre Europe !

Mardi, mai 26, 2009 1 commentaire

L’élection du Parlement européen a lieu le 7 juin prochain. C’est une élection capitale, et pourtant tout le monde s’en moque.
C’est une élection capitale parce que les lois européennes votées par le parlement européen sous le nom de directives s’imposent à la loi nationale qui a l’obligation de les “transcrire”. Nous vivons Européens, et souvent nous ne le savons pas.
Le traité de Lisbonne, s’il est ratifié en octobre par l’Irlande, va renforcer les pouvoirs du Parlement européen qui aura désormais les mêmes prérogatives législatives que le Conseil des Etats. Or les règles économiques et sociales qui seront adoptées après la sortie de crise seront d’abord des règles européennes, les parlements nationaux n’auront qu’un rôle subsidiaire. Le Traité de Rome en 1958 consacrait la toute puissance du marché et du droit de la concurrence. Il y a tout lieu de penser que l’interprétation du Traité de Lisbonne donnera du droit européen une lecture différente. Le Parlement européen aura donc un rôle essentiel à jouer, un rôle protecteur, un rôle d’arbitre. Les grandes entreprises ne s’y trompent pas. Elles sont déjà dans ses couloirs.
Et pourtant tout le monde semble se moquer de ces élections. Les partis commencent à peine une campagne électorale, si brève qu’elle durera au maximum deux semaines ! Peu de candidats sont connus du grand public, Cohn-Bendit et Rachida Dati sont presque deux exceptions. Quant aux programmes, ils sont largement à usage interne. Madame Aubry et M. Bayrou ordonnent de tirer sur le quartier général, c’est-à-dire sur Nicolas Sarkozy en prévision des élections présidentielles, François Bayrou espère gagner la mise, en l’emportant au premier tour sur le candidat socialiste ; l’extrême gauche, assez en forme, développe un programme anti-capitaliste qui a au moins le mérite d’être clair, et l’extrême-droite souverainiste veut, à la limite, d’une Europe des Nations, mais certainement pas d’un Parlement européen doté de pouvoirs.
Il faut donc être courageux pour faire campagne et pour dire d’aller voter. Jusqu’alors la majorité et l’opposition au Parlement européen, c’était à peu près bonnet blanc et blanc bonnet puisque pour distinguer un social démocrate allemand d’un démocrate libéral hollandais, il fallait faire un certain effort. Mais tout peut changer. La crise est passée par là. On a pu constater que les certitudes anglo-saxonnes des banquiers de la City de Londres et de Wall Street si présentes à Bruxelles ont disparu le temps d’un clic sur un ordinateur, emportant dans la même tourmente les marchés financiers chinois de Hong-Kong, de Singapour et d’ailleurs, la bourse de Tokyo et bien entendu les marchés européens. Bourré de fausse monnaie fabriquée à l’abri d’une grande dérégulation mondiale, l’heureux casino où l’on jouait les finances du monde a sauté, fragilisant l’épargne, vidant les poches et fermant les usines. Or qui nous dit qu’une fois le système renfloué à grand renfort d’aides des Etats financées par le déficit de leur budget, les mêmes ne vont pas essayer de recommencer ! Le Parlement européen peut constituer un puissant contrepoids.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°140 – Juin 2009

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Une vraie révolution !

Mardi, avril 21, 2009 2 commentaires

La banqueroute du casino financier imaginé ces vingt dernières années par les esprits les plus savants de Wall Street et de la City de Londres, ouvre une voie nouvelle et hâte une évolution planétaire à laquelle on croyait avoir tout le temps de réfléchir. Les arts informatiques et numériques ont cela de fascinant qu’ils effacent la distance et le temps et font voyager à la vitesse de la lumière aussi bien la richesse que la ruine. On vient de s’en rendre compte grandeur nature.

Nos savants financiers anglo-saxons voulaient la “globalisation”, eh bien ils l’ont ! Le cordon Bickford allumé à New-York a fait sauter la planète financière en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, laissant la place… aux responsables politiques que l’on vouait aux gémonies parce qu’ils étaient porteurs de règles d’organisation sociale extrêmement dérangeantes pour les jeunes gens fleuris qui pensaient créer la richesse ; tout au moins la leur.

Et les responsables politiques ont constaté qu’en ces temps de globalisation, même à marche forcée, il fallait bien globaliser à son tour si l’on voulait s’en sortir, c’est-à-dire trouver une solution à l’économie-monde qui passe par un accord sur un minimum de règles pour administrer un marché que l’on a voulu mondial. Et alors que l’Union Européenne n’a même pas achevé sa gouvernance, c’est de gouvernance mondiale dont on parle ! L’enjeu est d’une autre taille et il ne concerne pas seulement le jeu de meccano financier, mais toute l’économie-monde, puisque la même solidarité s’impose dans la sphère de l’écologie planétaire ; ce sera bientôt sur ce sujet crucial la conférence de Copenhague.

Nous assistons donc en même temps à deux impressionnants big-bang, pour commencer le siècle.

Barack Obama, l’homme providentiel, sera-t-il en mesure d’assurer cette mutation ? Rien finalement n’est moins sûr. Il a sur les épaules le poids culturel de l’Amérique, traditionnellement hostile aux interventions des Etats, et à tout ce qui ressemble à une réglementation de l’économie dont la force doit venir de la liberté, et plus hostile encore à une politique écologique globalement concertée. Certes sur ce deuxième sujet – l’avenir de la planète – son discours est plus libre, mais l’impact sur les industries américaines et les réactions de ces dernières sera une autre affaire, si bien que l’Union Européenne pourrait avec une vraie vision politique reprendre les choses en main.

Cette volonté politique, Nicolas Sarkozy la possède ; sa rivalité avec Obama est évidente, mais il faut mettre l’Europe en ordre de marche alors que les élections européennes approchent et que les électeurs français se moquent comme d’une guigne des enjeux planétaires. Comme d’habitude, ils règlent leurs comptes à leur gouvernement et à la majorité qui le soutient. L’UMP ne peut être sauvée que par le vide sidéral qui règne au Parti socialiste sur ces deux questions essentielles. Mais François Bayrou en embuscade, dévoré par sa passion du pouvoir, pourrait bien rafler la mise.

Pourtant, jouer “tout plutôt que Sarkozy” est une erreur. Le personnage, évidemment, ne fait pas l’unanimité, et on lui trouve autant de défauts aujourd’hui qu’on lui trouvait de qualités hier, mais il est le seul leader européen capable, sur la scène du grand théâtre mondial, de donner la réplique à Obama, et de faire en sorte que l’Occident soit toujours porteur de projets.

L’embuscade c’est l’affaire de l’écologie, clef de la gouvernance mondiale. Les Etats-Unis, s’ils sont désireux de prendre toute leur place sur ce sujet crucial, n’ont ni la culture, ni la pratique.

Sarkozy peut jouer sur l’entraînement de l’administration française qui s’est fait lors du grenelle de l’environnement et qui a donné toute sa mesure lors de la présidence française de l’Union Européenne. Non seulement les sujets sont transversaux et interdépendants, mais ils impliquent une politique planétaire et une bonne coordination des impacts.

Ainsi, pour les enjeux futurs, politique écologique et politique financière se conjuguent et font apparaître les besoins d’une organisation politique mondiale. Ce qui n’était que rêve ou utopie, devient très vite une réalité, un enjeu de pouvoir et nous y sommes.

Cette formidable partie est à peine commencée. Ne tirons pas déjà sur notre seul champion !

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°139 – Mai 2009

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Une crise majeure

Mardi, février 10, 2009 2 commentaires

La crise que nous traversons est évidemment une crise majeure du capitalisme. Depuis 1989, lorsque l’économie de marché s’est trouvée seule au monde, on a assisté à une flambée de la rémunération du capital accompagnée d’une pression sur les coûts et donc sur la rémunération du travail devant être mis en oeuvre pour produire les biens et les services nécessaires ou demandés par le consommateur.

Mais pour que la machine tourne, encore faut-il que le consommateur puisse consommer, or il se trouve qu’étant dans la plupart des cas salarié, la réduction de sa rémunération, ou sa mise à l’écart du marché du travail, ont pour effet une diminution de sa consommation.

Il faut donc financer cette dernière en prêtant de l’argent à des taux quasi usuraires qui ont le gros avantage de pouvoir rémunérer confortablement les prêteurs qui s’empressent de titriser leurs créances pour les revendre à des épargnants plus fortunés, attirés par le montant des intérêts que l’on peut prendre aux pauvres.

Les calculs des savants mathématiciens concluaient que l’on pouvait produire ces papiers creux sans trop de risque, les probabilités d’insolvabilité concomitantes ou générales étant faibles. Alors nos banquiers s’en sont donné à coeur joie ; on a inventé toutes sortes de marché, des produits dérivés, des créances, des marges, des hypothèques, des sûretés ; un inventaire à la Prévert. L‘avarice et la cupidité ont permis à beaucoup d’opérateurs de faire tellement fortune et si vite que les malheureuses activités commerçantes ou industrielles devenaient complètement marginales.

On rééditait à l’échelle mondiale l’antique système Law ; et puis patatras, le grand casino a sauté, alors qu’on allait gagner le jackpot puisque le salaire était enfin devenu une simple variable d’ajustement de la rentabilité du capital ! En France, ceux qui avaient enseigné avec passion la doctrine de la cupidité sans partage, les Guy Sorman, Nicolas Baverez ou Alain Minc, regardaient, à peine navrés, leurs écoles de commerce, leurs instituts de gestion, leurs universités qui avaient propagé la nouvelle culture, finir dans l’opprobre et le doute. Que n’avaient-ils pas enseigné, écrit, prêché ! La loi du profit et de la croissance, la dérégulation et la fin des Etats, la libre concurrence et la mondialisation. Et finalement, ils avaient assez bien réussi. On avait fini par croire à la perfection du marché, à la justesse de la main invisible, et de hautes juridictions, comme la Cour de justice européenne, ont élevé la concurrence au rang de dogme juridique, le salaire étant une simple variable d’ajustement d’une rentabilité qui était devenue l’alpha et l’oméga de la pensée contemporaine, si bien que l’on pouvait inventer la précarité absolue en allouant des heures de travail si chichement qu’elles ne pouvaient conduire qu’à la pauvreté absolue, ou encore grâce à la mondialisation – à la globalisation comme disent les Anglo-saxons – on pouvait mettre en concurrence les salariés d’un pays avec ceux du reste du monde.

L’iniquité et la barbarie de ce système ne pouvaient pas prospérer, mais l’exemple américain, maître du monde, était si brillant, que le mettre en cause renvoyait aussitôt aux catacombes du communisme qui reste d’ailleurs une forte tentation. En ayant ruiné le salarié en supprimant en même temps le consommateur, on est allé au bout d’une contradiction fondamentale du système mis en place. Il faut donc maintenant rebâtir. Les Etats, c’est-à-dire les organisations de citoyens, doivent reprendre la main. Il leur faut d’urgence reconstruire la machine à produire, la machine à échanger, c’est-à-dire le marché, et la machine à financer la production et l’échange, c’est-à-dire la banque. Et il y a presque tout à faire. Il faut s’interroger sur ce dont nous avons besoin pour exister collectivement sur une planète surpeuplée ; le sort de nos ressources, le genre de vie que nous voulons mener. Ces questions sont évidemment des questions politiques que les démocraties doivent débattre pour faire un choix, en équilibre instable, entre la liberté et l’égalité qui se détestent copieusement.

Doit-on retourner à une société collectiviste définissant les besoins de tous et produisant de façon planifiée pour les satisfaire au mieux, avec le moins de travail possible et donc du temps pour exister autrement ?

Doit-on au contraire laisser la liberté aux hommes, comme l’air du temps qu’ils respirent parce qu’ils sont chacun différents et simplement organiser par la morale et par la loi les règles de la vie commune pour qu’ils n’abusent pas de leur liberté ?

Paradoxalement, le plus vieux parti de France, le parti radical, humaniste et tolérant, a sans doute les meilleures réponses tirées de son histoire et de sa vision du monde. Le passage de son président Jean-Louis Borloo, par la fréquentation étroite de l’écologie politique, lui donne en outre un caractère contemporain que l’on ne souligne pas suffisamment.

Réconcilier l’homme avec son avenir à long terme, c’est-à-dire avec son environnement, avec une approche rationnelle de la contradiction entre égalité et liberté, après une longue exploration de la fraternité peut nous reconduire aux sources d’une société réellement républicaine et équilibrée. C’est dans ce creuset de modération mais aussi de clarté qu’il faut refonder une république donnant l’espoir aux hommes et aux femmes qui la composent. Pour un vieux pays civilisé, ça ne doit pas être trop difficile.

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Drôle de drame en terre sainte

Mardi, janvier 27, 2009 2 commentaires

Il y a 60 ans, l’Occident coupable d’avoir laissé exterminer le peuple juif dans des conditions effroyables, envoyait les rescapés du génocide allemand occuper la Palestine, pour y fonder l’Etat juif, dont Théodore Hertzl fut le théoricien.
Le peuple élu de Dieu installait enfin ses pénates sur ce territoire disputé depuis des siècles par les trois religions du Livre.
La purification ethnique de ce pays neuf entraîna l’exil de la majorité des Palestiniens, transformés désormais en peuple nomade et désespéré. Face à cette ultime tentative de colonisation occidentale, les états arabes livrèrent quelques guerres qu’ils perdirent, abandonnèrent Jérusalem. En même temps Israël accueillait les communautés juives chassées des nouveaux Etats du Maghreb, des exilés russes ou des Ethiopiens.
Mais il y avait une contradiction fondamentale entre la recolonisation par Israël des territoires palestiniens occupés après la guerre des six jours et les aspirations du peuple palestinien, parqué dans des camps de réfugiés sur son propre sol. On enfermait un million et demi de Palestiniens sur les 340 km² de la bande de Gaza, prise à l’Egypte !
Comment partager le territoire de la Palestine puisque deux peuples qui ont appris à se détester ne peuvent vivre ensemble ? Combien de guerres, combien d’attentats sanglants, avant que le concept de deux Etats séparés ne soit accepté par les deux parties ? Et depuis cet accord de principe : rien. Les négociations de paix comme on dit n’avancent pas d’un pouce. L’Iran, Etat non arabe, et de plus chiite, a parfaitement compris que sa puissance régionale et son leadership religieux dépendait de l’appui sans faille qu’elle apporterait aux Palestiniens, prenant ainsi une revanche millénaire sur les Etats arabes, les califes sunnites qui ont enfermé le chiisme dans la nostalgie et le martyre. Il est donc trop tôt pour la paix, comme il l’est pour Israël qui a besoin du soutien du monde et surtout des Etats-Unis pour exister.
La bombe de Gaza était prête. Elle vient d’exploser.
Il y a des mots que l’on hésite à employer tant ils sont chargés des drames de l’histoire, mais l’Etat juif savait très bien qu’il créait à ses portes un ghetto d’où ne pouvait sortir que révolte et violence, puisque les humains, eux, s’y tenaient reclus.
Alors le parti palestinien le plus religieux, le Hamas, s’est lancé dans une guerre qu’il ne peut gagner par les armes, mais dont les images d’enfants massacrés lui apportent le soutien de la communauté internationale mobilisée contre les crimes de guerre et contre les crimes contre l’humanité.
Chaque jour qui passe portant son lot d’images d’enfants défigurés, de femmes sanglantes, de vieillards portés aux morgues des hôpitaux surpeuplés de Gaza, fait monter dans le monde musulman tout entier la sourde colère de l’OUMA, du Caire à Toulouse, de Bagdad à Cardiff, de Téhéran à Berlin et d’Istanbul à Oslo, creusant dans notre monde sans foi d’inquiétants sillons religieux.
Le cardinal Renato Martino, président du conseil pontifical justice et paix, n’a pas hésité à affirmer que «la bande de Gaza ressemble de plus en plus à un grand camp de concentration». Israël a répondu que le Vatican se livrait à la guerre des mots !
Mais ce n’est pas à une guerre des mots que l’on assiste, mais bien à la liquidation d’un ghetto ethnique, à l’extermination d’une population en raison de sa race ou de sa religion, d’une opération comme on en a connu il n’y a pas si longtemps dans les Balkans, certes rien n’est pareil, et comparaison n’est pas raison, mais un enfant mort est un enfant mort. Toute cette haine est-elle vraiment nécessaire ? On en est arrivé à un point où l’on ne peut plus dire où est le bien et le mal. Il faut forcer la main à la paix par tous les moyens, avant que la folie des hommes n’embrase ce territoire qui a vu naître trois des grandes religions humaines. Et chaque jour on se dit qu’il se fait tard. Certes, la France, l’Europe, l’Egypte se sont mobilisées pour trouver une médiation et le peuple palestinien de Gaza, écrasé sous les bombes est prêt à tout pour que ça s’arrête. En cela Israël a marqué des points ; mais Israël ne vivra pas séparé de ses voisins, séparé par le mur qu’il construit. Israël n’aura pas un destin différent de celui du Proche-Orient. Il faut donc laisser créer un Etat palestinien indépendant et viable sur les terres occupées en 1967 et que l’application de droit international conduit à restituer dans leur intégralité.
Ce n’est pas une décision facile à exécuter. Mais la décision est prise depuis longtemps déjà et elle peut seule s’opposer aux ambitions régionales que le conflit israélien permet de porter au zénith. Si l’union de la Méditerranée a un sens, il est justement celui de cette paix.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°136 – Février 2009

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L’Irlande a dit non !

Mercredi, juin 25, 2008 Laisser un commentaire

L’Irlande, le chouchou de l’Europe qui est passé sans transition des choux et des patates à la finance et aux technologies avancées, vient de dire non au traité de Lisbonne, c’est-à-dire à l’organisation institutionnelle de l’Europe qui fut mise sur le chantier par Valery Giscard d’Estaing, avec le succès que l’on sait.

L’enjeu consiste à faire fonctionner démocratiquement un espace économique partagé par 27 pays !

On cherche un président de l’Europe élu pour deux ans, un parlement européen avec de nouvelles compétences, un ministre des affaires étrangères commun, une défense commune et surtout des règles de majorité permettant de faire fonctionner l’ensemble. L’unanimité requise aujourd’hui signifie le blocage quotidien.

Les Irlandais ont dit non à ces nouvelles institutions, non au président de l’Europe, non à la règle de la majorité, non à une commission où certains pays ne seraient pas représentés par un commissaire, non à une Europe où les petits pays ne pèseraient guère. Et la France n’a pas grand-chose à dire puisque c’est le vote français, le non français qui a conduit à cette renégociation et au non irlandais.

Décidemment Nicolas Sarkozy, qui avait mouillé sa chemise pour arriver à cette transaction, n’a pas de chance. Il va devoir passer six mois à tenter de rapetasser une fois de plus le rêve européen, ou plutôt de réconcilier le rêve avec la réalité.

C’est le paradoxe de cette construction qui ennuie l’opinion, écarte les électeurs, rameute les spécialistes et s’achève dans la querelle du plan rouge en Méditerranée, ou celle de la TVA pour les restaurateurs et demain pour les camionneurs !

L’Europe ne se remet pas de son péché originel. Ses pères fondateurs ont cru qu’il serait possible de passer d’institutions destinées à réguler un marché commun à des institutions démocratiques. Or on ne régule pas un marché comme on conduit une démocratie, et la loi du marché en Europe, les libertés économiques fondamentales, l’ont toujours emporté sur les lois des pays membres. La primauté du droit communautaire est devenue la primauté d’une économie libérale souvent mal comprise par les peuples européens habitués à une certaine solidarité sociale. Le paradoxe de la sociale démocratie européenne c’est justement d’avoir été à ce point européenne qu’elle y a largement laissé ses principes. Les Hollandais, les Français, les Irlandais aujourd’hui, sont devenus craintifs, échaudés et pensent que les peuples ont leur mot à dire sur l’élaboration des politiques qui les concernent.

Certes justement les institutions ont pour objet de faire fonctionner ce que l’on pense être une démocratie, mais l’on s’attache plus au fonctionnement qu’à la démocratie et les docteurs en droit constitutionnel sont encore assez minoritaires dans nos sociétés.

Comment dans ces conditions faire adhérer les peuples au processus européen ?

On peut évidemment leur raconter l’histoire de l’Europe depuis la chute de l’Empire Romain, et toutes les tentatives avortées, de Charlemagne au rêve d’un empire romain-germanique, en passant par notre ami Napoléon, et quelques guerres plus tard, toutes les ambitions brisées sous le joug des nationalismes et des innombrables victimes qui ont fini par réveiller les consciences et relancer le processus. Mais plus d’un demi siècle s’est écoulé ; les pays européens ont retrouvé une certaine prospérité, la paix et leurs égoïsmes. Ils ont conservé leur culture et leurs intérêts ; ils ne savent pas très bien quel est ce lien qui les attache ensemble ; ils partagent la même monnaie, et se plaignent donc ensemble de la hausse des prix. Il n’y a même plus, aux frontières, de menace identifiée, alors chacun a envie de suivre son chemin comme bon lui semble sans se soucier de ces pans de souveraineté transférés à ces communes institutions qu’on regarde de loin et qui concernent peu.

Nicolas Sarkozy va devoir, non pas jouer au mécanicien rafistoleur, il y perdrait son temps, mais montrer un chemin neuf et un chemin commun, une ambition et un rêve, expliquer pourquoi il faut être uni au moment même où la civilisation occidentale, la nôtre, après des siècles de règne absolu sur notre planète, cède le pas à d’autres cultures millénaires qui s’étaient peu exprimées au cours des derniers siècles, et qui deviennent triomphantes aujourd’hui, portant des valeurs qui ne sont pas les nôtres, des droits de l’homme que nous n’avons pas fabriqués, des philosophies qui nous sont étrangères encore et qui pourtant sculptent la vie quotidienne, la façon de vivre, d’aimer, de travailler, de créer ; ce dialogue des civilisations nous ne le mèneront que si nous savons encore être créatifs pour la nôtre.

Les querelles avec la Chine au sujet du Tibet, du bouddhisme ou du Dalaï-lama, ou encore notre relation avec l’Islam, montrent bien que le socle des valeurs n’est plus forcément le nôtre à l’échelle de l’humanité, et par voie de conséquence dans chaque vie quotidienne. L’Europe a donc besoin d’un chef d’orchestre inspiré et volontaire ; Nicolas Sarkozy va tenter d’être celui-là.

Xavier de Roux

L’Echo des Arènes n°129 – Juillet 2008

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