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Archive pour février 2012

Le rang électoral

Mercredi, février 29, 2012 Laisser un commentaire

Les Français ont conservé de la Révolution la passion de l’égalité et la haine des privilèges, même s’ils ont fait aussitôt Empereur un général révolutionnaire, et ducs et pairs de France la génération des hommes sortis de la Révolution. L’auteur des noyades de Nantes et autres joyeusetés à l’usage des aristos détestés finira duc d’Otrante !

François Hollande surfe donc sur cette vague avec d’ailleurs une étonnante approximation. Dans la même déclaration, il affirme qu’il taxera à 75% les revenus supérieurs à 1 000 000 d’euros par mois, pour se reprendre un quart d’heure plus tard en parlant cette fois là de 1 000 000 d’euros par an. Hamon devait être en coulisses. De toutes façons, taxer les riches est une idée porteuse, comme le coup de l’égalité qu’on nous rabâche depuis deux siècles. Le pouvoir est à prendre, les clés sont dans la boîte à gants. Après, on verra bien. Nécessité fera loi !

L’Etat, crispé sur son être, sur la légitimité qu’il revendique, sur les prébendes qu’il distribue, ne veut surtout pas bouger ou évoluer. L’administration doit être la source de tout, du savoir comme de l’égalité et François Hollande est son candidat naturel. Il n’a jamais de sa vie occupé un poste dans une activité de production ou d’échange ; il est l’illustration parfaite de celui qui sait tout sans jamais avoir rien fait. Il incarne bien le pessimisme français qui entretient cette croyance naïve que l’action politique peut bouleverser leur existence.

François Mitterrand avait juré que la gauche allait changer la vie ; on a vu les résultats et son héritier nous chante la même chose. La vérité est que le système bureaucratique français est hostile à la réforme. L’héritage révolutionnaire c’est la centralisation étatique hiérarchisée, la faiblesse des processus de participation dont on parle toujours mais qu’on utilise jamais et finalement l’incapacité à s’adapter avec souplesse aux demandes sociales, si ce n’est en théorie. Encore une fois, François Hollande présente les indispensables réformes, celles notamment permettant le retour à l’équilibre budgétaire et à l’efficacité de l’Etat, comme des réformes imposées par l’étranger, en l’occurrence l’Allemagne ! C’est tout dire. La réforme devient une contrainte, elle n’est pas un choix. La contre-réforme est donc nécessaire et nous y sommes. La France refuse la mondialisation qu’elle présente comme une pure idéologie, alors que c’est en fait, parce qu’elle entraîne le centre de gravité du monde vers l’Asie. Les Français se sentent marginalisés et craignent le vent du large. François Hollande est là pour les rassurer. De Gaulle disait : «La France n’est réellement elle-même qu’au premier rang». C’est peut-être d’avoir perdu ce rang qui crée le pessimisme et le malaise français. Mais pour le retrouver, c’est un autre souffle dont ont besoin les citoyens français, une autre vision qui pourrait se nourrir de tous les talents de ce pays, de l’imagination citoyenne, de la créativité et de l’insolence française.

Cette campagne électorale est désolante. Elle tire vers le bas, elle ne propose aucune vision d’avenir, comme si les candidats acharnés à s’insulter, pensaient que leur ring était à lui sel l’avenir du monde. La France mérite mieux et les Français aussi.

Xavier de Roux

Catégories:Elections, Politique

Une campagne présidentielle

Lundi, février 20, 2012 Laisser un commentaire

La campagne présidentielle commence dans une curieuse atmosphère. Jamais les pressions extérieures n’auront autant pesé sur la politique intérieure de notre Pays. L’abandon de la souveraineté monétaire découlant du Traité de Maastricht a complètement changé la donne depuis que la crise financière mondiale pèse sur l’euro. D’un côté, les grandes puissances financières Nord-américaines spéculent sur l’effondrement de la zone euro pour conserver la prééminence du dollar qui sert actuellement de béquille à une économie américaine en grande difficulté. D’autre part, la sauvegarde de la monnaie commune se fait sous la houlette de la puissance européenne dominante, l’Allemagne. Et les Allemands de droite ou de gauche ne laissent guère de place à la réalisation des promesses de François Hollande de changer les traités. Il faut donc nécessairement s’en prendre aux dépenses de l’Etat qui est effectivement dispendieux et qui préfère depuis toujours augmenter les “prélèvements”, c’est-à-dire les impôts, que baisser les dépenses que réclament à tue-tête toutes les catégories de citoyens. Le rôle de l’Etat, en efficacité, doit être au centre des réflexions des candidats.
On veut réindustrialiser la France pour retourner au plein emploi, mais quels sont le plan et les leviers ? L’activité industrielle, le travail en usine attire-t-il les jeunes Français et pas simplement les ingénieurs et les chercheurs ? Quelle est la place de l’innovation et de l’initiative, et finalement, quelle est la place du salariat ? Existe-t-il d’autres formes d’organisation de l’activité qu’il conviendrait d’encourager, alors que l’on passe de la proximité au réseau monde – via internet – dans le même instant ? Au fond chacun a son idée, mais personne n’en sait rien. La mondialisation des échanges a précédé la réflexion politique, l’impact de l’énergie des Grands Etats très peuplés a surpris la vieille Europe qui ronronnait sur ses certitudes de civilisation supérieure ! Or, il est frappant de constater qu’aucune grande pensée politique n’émerge, que personne ne trace ici un chemin de long terme, sans doute parce que les élites, strictement gestionnaires, considèrent comme une lubie de débattre de perspectives nouvelles.
Il est frappant de constater que les rares hommes d’Etat qui ont tenté d’ouvrir la porte de l’arène présidentielle en ont été très vite expulsés. Le cas de Jean-Pierre Chevènement est intéressant. Il avait indiscutablement quelque chose à dire et une vision à défendre, que l’on peut d’ailleurs ne pas partager. Il fut inaudible avant de se retirer, parce que les maîtres des médias préfèrent transmettre les sornettes quotidiennes qui finissent par former une jolie croûte de politiquement correct à l’usage des rues.
Le face à face Hollande-Juppé, à cet égard, fut une caricature. On était en présence de deux condisciples de l’Ecole Nationale d’Administration passant leur grand oral et le Président sortant peut soutenir avec beaucoup de talent alternativement des thèses qui ont varié au gré des humeurs, au gré de l’opinion, puisque le but c’est d’être élu en tablant sur l’absence de mémoire de l’électeur. Et l’électeur d’ailleurs s’y perd. Il oublie que Maastricht, la monnaie commune, c’était Mitterrand, et c’était donc aussi Hollande. L’ouverture au libéralisme, c’était encore eux. C’est ce qu’a  rappelé avec une certaine candeur, François Hollande, au journal britannique le “Guardian” qu’il voulait rassurer sur les sentiments pacifiques à l’égard de la finance qu’il avait pourtant pourfendue lors d’un discours remarqué.
Les programmes de Mélenchon et de Le Pen ne rappellent pas que de bons souvenirs, même si l’on met une couche de modernisme sur les idéologies qui ont fait le malheur du XXème siècle.
Il ne reste plus beaucoup de temps. Souhaitons qu’une crise militaire ne vienne pas dans ce délai emboîter le pas à la crise économique et financière ! La tension monte dangereusement au Moyen-Orient, rien ne vaut les bruits de bottes pour assurer les pouvoirs chancelants. Le XXIème siècle est né dans la convulsion de sociétés qui ont été jusqu’au bout de leur modèle et c’est vrai aussi pour le Printemps arabe. Espérons simplement que notre démocratie reste à la hauteur de sa tâche !

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°173 – Avril 2012

Catégories:L'Echo des Arènes
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