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Archive pour décembre 2011

Le pouvoir citoyen

Vendredi, décembre 23, 2011 Laisser un commentaire

Le Premier ministre britannique ne s’en cache pas. Il a mis fin aux négociations et refusé l’accord européen sur la dette pour préserver les intérêts de la City de Londres, c’est-à-dire les intérêts des prêteurs dont beaucoup, pour sauvegarder la prééminence du dollar, jouent de toutes leurs forces contre l’euro. Sans l’euro, le dollar est libre, ainsi que sa planche à billets pour le plus grand bonheur de ses créanciers.
Mais Londres ne pensait pas rester aussi seule. M. Cameron n’imaginait pas que la mécanique fédéraliste européenne enclenchée par le Traité de Maastricht poussée par l’Allemagne d’abord, et la France ensuite allait rallier la quasi-totalité des pays de l’Europe continentale, tout simplement parce qu’il n’y a guère d’autre choix. Il faut donc mener la contre-attaque sans tarder, et les agences de Wall Street et de Londres s’y emploient. Il convient tout d’abord de punir la France qui a soutenu le plan allemand, et cela sera fait sans délai ; il faut empêcher toute régulation ou taxation des flux financiers et l’on peut compter sur les agences anglo-saxonnes pour jouer les chiens de garde, ou les chiens tout court.
Il est vrai qu’autrefois lorsqu’un état souverain était trop malmené par ses créanciers, il organisait leur élimination. Les guerres d’Italie ne sont pas étrangères à cette stratégie de la violence bancaire, lorsque le trésor royal avait besoin d’argent, sans évoquer des époques plus proches. Mais aujourd’hui, Dieu les garde, les créanciers, même usuriers, sont protégés par une batterie d’économistes proclamés qui affirment avec solennité, depuis 30 ans, des contrevérités évidentes.
Et tout cela est repris en boucle pour nourrir l’incertitude et le doute. En effet, sans confiance, aucune société économique humaine ne peut fonctionner et dans nos sociétés où le consommateur heureux épargne au lieu de dépenser, la fameuse croissance ne fonctionne pas, comme si la croissance était obligatoire, alors que nos sociétés sont gavées et que l’on peut différer l’achat d’une nouvelle voiture d’un Ipad ou d’un autre truc qui entre dans les statistiques du bonheur à domicile, mais pas dans celui des précaires !
Il y aura donc certainement des commentaires négatifs sur la croissance et autres menus couplets, mais la question n’est pas là. Les Pays européens et d’abord la France doivent réviser leur modèle sociétal. La machine à redistribuer d’aujourd’hui ressemble trop à celle des Shadocks d’hier. Il faut ajuster la production aux besoins et le crédit à la production pour que la satisfaction des besoins sociaux soit en même temps de l’emploi. Certes le monde est devenu un village et il importe peu, disent certains, que la production soit localisée, ici ou ailleurs, puisqu’elle existe. Mais l’équilibre des échanges est aussi nécessaire, or l’équilibre, n’en déplaise à l’école de Chicago, n’a jamais résulté du jeu du marché et de la libre concurrence qui n’existe d’ailleurs que dans les livres des juristes.
C’est un autre monde qu’il convient de dessiner et la démocratie doit s’exprimer. Or, sur ce sujet, la république est muette. On y défend bec et ongles les intérêts sectoriels des uns et des autres, mais, personne ne cherche le consensus d’une vision d’ensemble, et pourtant on doit bientôt désigner un Monarque républicain et une Assemblée nationale. Alors scrutons, regardons, posons les questions ! Nous ne devons pas élire les représentants muets de partis au service de leurs clients, mais des femmes et des hommes qui souhaitent apporter une réponse à ces questions étranges et difficiles. Il faut interpeller les candidats, il faut exiger qu’ils soient capables de répondre, sinon il vaut mieux que nos représentants soient tirés au sort parmi les citoyens qui seraient contraints alors de faire pour  de vrai leur métier de citoyen. C’est peut-être de l’utopie. Peut-être pas !

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°171 – Janvier 2012

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Les bonnes et les mauvaises notes

Jeudi, décembre 15, 2011 Laisser un commentaire

Les prêteurs font estimer par des agences, la solvabilité présumée de leur débiteur. C’est ainsi que les agences de notation jouent un rôle très important dans la distribution du crédit puisque de la bonne ou de la mauvaise note dépend l’accès au crédit et le montant des taux pratiqués. Ces honorables maisons, sauf une, sont anglo-saxonne et règnent à Wall Street comme à la City de Londres, en se faisant payer grassement par leurs clients, qui sont d’ailleurs souvent les débiteurs. Ces agences s’apprêtent à dégrader l’Europe en général et la France en particulier. Mais l’on peut s’interroger sur quelques curiosités de la crise. Pourquoi ont-elles tant tardé à dégrader la Grèce, d’où est partie la crise de la dette ? En effet, jusqu’en 2010, alors que la Grèce avait dissimulé d’importants déficits avec la complicité active d’une très grande banque américaine, l’agence Moody’s ne tarissait pas d’éloge sur ce pays, ce qui permettait à la Grèce d’emprunter des milliards et aux investisseurs de se gaver d’obligations grecques qui ne valent plus rien aujourd’hui. Les prêts accordés à la Grèce l’étaient à un taux à peine supérieur à celui pratiqué pour l’Allemagne. La Grèce se voit récompensée d’un A+. Pourtant dès 2004, la Commission européenne poursuit la Grèce qui a truqué ses comptes et déclare même qu’elle n’aurait jamais dû rejoindre la zone Euro. Moody’s ne bronche pas. L’agence de gestion de la dette grecque verse chaque année environ 400 000 euros d’honoraires à Moody’s et probablement la même chose à ses concurrents. Mais la situation se tend. A la fin 2008, la Grèce est secouée par des mouvements sociaux qui inquiètent les investisseurs. Les taux d’intérêt grimpent. Moody’s se contente de modifier ses perspectives de A positif à stable, et en 2009, le pays double ses emprunts en levant 67 milliards sur le marché. En 2009, le gouvernement grec admet ses difficultés. Moody’s affirme que «les craintes des investisseurs en ce qui concerne la liquidité du gouvernement grec sont infondées». Il faut attendre juin 2010, après le plan de sauvetage européen, pour que les agences s’affolent ; le pays risque de faire défaut. Ses obligations deviennent «pourries». Les notes sont baissées dare-dare… trop tard ! Les analystes se sont trompés sur toute la ligne, et le feu est dans la maison. Il n’est toujours pas éteint et l’affaire grecque a montré la fragilité d’une monnaie qui ne repose pas sur une gouvernance unique mais qui dépend de politiques économiques et budgétaires contradictoires. L’accord de Bruxelles n’a pas calmé les marchés. La crise de confiance dans l’Euro s’installe, et la spéculation parie sur son effondrement, du coup les agences de notation ne savent plus très bien où elles sont. Elles dégradent parce que c’est finalement ce que souhaitent les prêteurs. On aperçoit clairement que la monnaie unique – conséquence du Traité de Maastricht – ne peut exister sans une souveraineté commune. Mais il s’agit là d’une affaire politique de première grandeur. Comment les peuples veulent-ils être gouvernés ? Veulent-ils une Europe fédérale après avoir rejeté le Traité constitutionnel ? Nous allons avoir des élections en France. Il ne s’agit pas de notes d’agence, mais de choix politique. On sait que le Front national, souverainiste, souhaite la sortie de l’Euro. C’est logique. Mais que veulent vraiment les deux grands partis UMP et PS ? Leurs candidats sont-ils prêts à accepter cette gouvernance européenne commune, ou même à la promouvoir ? La réponse, finalement, est binaire. On aimerait bien l’entendre. L’ambiguïté est mauvaise conseillère.

Xavier de Roux

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