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Archive pour Jeudi, octobre 6, 2011

Au bord du gouffre

Jeudi, octobre 6, 2011 2 commentaires

Miné par la cupidité, le système économique fondé sur la création de valeurs virtuelles à partir d’un incertain marché est en train de s’effondrer, entraînant avec lui la fameuse croissance qui devait permettre éternellement de rembourser les dettes publiques faites justement pour relancer la croissance. C’est en réalité le modèle capitaliste globalisé, issu des savantes réflexions de la cité de Londres et de Wall Street qui a atteint ses limites, qui manifeste en même temps ses contradictions et ses erreurs. Il est désopilant d’entendre ceux qui ont bâti ce système, et qui sont aujourd’hui dans l’administration Obama, ou toujours dans les grandes institutions financières, donner des leçons. Ils font penser au coq de Rostand, Chanteclair, dont le cocorico faisait lever le soleil. Mais la crise sociale que les erreurs accumulées fait lever devrait être regardée de plus près. Si les gérants de casinos ont bien pris le pouvoir et les revenus qui vont avec, la colère gronde du pont de Brooklyn aux rues de Madrid ou du Caire, et les indignés se retrouvent en cohorte. On peut évidemment moquer la base théorique de ces mouvements, l’insipidité du petit livre d’un nonagénaire qui se vend dans toutes les langues à des millions d’exemplaires ; on peut se souvenir aussi de l’année 1788 en France, ou tout allait encore si bien pour l’aristocratie qu’elle n’entrevoyait pas le commencement d’une réforme. Et peut-être en sommes-nous là. La cupidité ne désarme pas jusqu’à l’ultime moment. On peut entendre sur toutes les chaînes de télévision les grotesques commentaires et prévisions de tous ceux qui ont bâti cette idéologie qui nous conduit droit à la catastrophe. Ils continuent d’être satisfaits d’eux-mêmes, de leur enseignement. Ils cherchent des coupables secourables dans les gouvernements affolés. Mais qui a conseillé la Grèce jusqu’au dernier moment, si ce n’est Goldman Sachs ? Qui a multiplié la fausse monnaie si ce n’est Merril Linch et quelques autres ? Qui a donné des notes extravagantes aux faux monnayeurs si ce n’est les fameuses agences de notation grassement payées par leur client ? Qui a émis des «opinions of counsels» certifiant la légalité du prêt de la fausse monnaie aux Etats-Unis si ce n’est les grands cabinets de Lawyers, si fiers d’avoir seuls «la signature» à Wall Street ou à la cité. Et ce sont les mêmes qui ont perçu des rémunérations extravagantes, pour ce travail imbécile, cent fois plus rentable que toutes les combines des mafias. Et ces messieurs dames n’ont pas abandonné leurs chaires d’enseignants à Harvard, à Cambridge ou à HEC. Ils continuent imperturbablement d’enseigner leurs turlupinades à des étudiants médusés. Le vieux monde peut se casser la gueule, ils s’en moquent. On est au bal masqué de Marie Antoinette. A ceux qui n’ont pas de pain, on dira bientôt qu’il faut manger de la brioche. Céline et Godard avaient raison, on finira chinois, après avoir fabriqué et vendu la corde pour nous pendre ! Ce qui est révoltant ce n’est pas tant l’échec d’un système que la suffisance de ses inventeurs. Comme disait le fameux Mac Mahon : nous sommes au bord du gouffre, faisons un grand pas en avant !

Xavier de Roux

Catégories:L'Echo des Arènes
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