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Archive pour mars 2011

La République perd les élections cantonales

Mardi, mars 29, 2011 Laisser un commentaire

Au soir du vote, on constate que 56% des électeurs ne se sont pas déplacés, ils se sont abstenus de voter ! Ils se moquent comme d’une guigne de la gestion des conseils généraux. D’ailleurs dans l’inextricable fouillis des institutions françaises, ils ignorent parfaitement le rôle exact de ces fameux conseils généraux, beaucoup sont persuadés qu’il s’agit de prébendes que se partagent des personnalités politiques dont ils connaissent le nom, soit parce que, ancré dans le territoire depuis des générations, c’est devenu une sorte de propriétaire de la charge sur le modèle de l’ancienne France, soit parce qu’en charge d’affaires nationales, on le voit souvent à la télévision et ce n’est qu’en complément de son activité ministérielle ; que les partis se chamaillent pour prendre la place prouve simplement que la place est bonne, elle rapporte ! Cet aspect négatif de la fonction politique, la dégradation de son image, l’extraordinaire confusion des genres entre le Conseil régional, le Conseil général, les Communautés de ceci ou de cela, éloigne le citoyen de sa République. Il ne s’y retrouve plus et son rôle de citoyen, celui conquis d’abord en 1789, se perd dans une incapacité à agir directement sur les affaires qui le concernent.

Le citoyen a le sentiment que son seul bulletin de vote n’est plus un levier suffisant pour lui permettre de participer aux affaires de la cité. Et c’est d’ailleurs vrai que la confusion des genres, la mondialisation de l’économie ont fait disparaître le geste citoyen. Souvenons-nous simplement de l’affaire de Maastricht ou du traité de Barcelone : l’Europe imposait à une France socialiste les dogmes du libéralisme le plus extrême ! Il est évident que le citoyen français n’avait pas voté socialiste pour la mise en concurrence des services publics et la fin des monopoles d’Etat ! C’est pour cette même raison que les partis simplement protestataires progressent ; Mélenchon en voulant limiter les salaires du haut, et Marine Le Pen en voulant supprimer la concurrence du bas, c’est-à-dire l’immigré ! Si ils accédaient aux affaires, Mélenchon comme Le Pen auraient à gérer des réalités assez éloignées de leur slogans, et aidés par la même fonction publique, soumis aux mêmes exigences, ils ne feraient sans doute pas beaucoup mieux que ceux qu’ils ont tant brocardés.

A l’heure de Facebook ou de Twitter, il apparaît que la reprise en main du rôle du citoyen, base de la République, passe par le changement radical de la façon dont il choisit sa représentation. Pendant des décennies le vote est apparu  comme la panacée universelle, mais puisqu’on ne vote plus parce que le vote ne débouche pas sur ce que l’on veut, il faut radicalement supprimer le vote, redonner toute sa place au citoyen en faisant en sorte que l’exercice des pouvoirs démocratiques devienne un devoir pour tous et non pas l’apanage de quelques parvenus du suffrage universel minoritaire.

Pour cela, une solution est simple, c’est la désignation du citoyen par tirage au sort dans les assemblées comme en matière de jurés des assises. Aucun juré ne s’est plaint d’avoir exercé la justice en son âme et conscience, même s’il était très éloigné de ces questions avant d’être choisi. Ce devoir de participer aux affaires publiques par un tirage au sort nécessairement égalitaire doit redonner un sens à l’action publique, en montrant les difficultés de la tâche, mais aussi en libérant les imaginations, prisonnières aujourd’hui de la pensée unique d’une élite ou prétendue telle. Cette solution n’est pas nouvelle et on peut s’inspirer de la constitution de la République de Venise où le collège des citoyens, chargé notamment de désigner les doges, était tiré au sort. Il faudra également revoir les conditions de l’administration du territoire pour que les assemblées locales soient bien en cohérence avec les bassins de vie et d’activité qu’ils doivent gérer et développer ; l’Education nationale devra inscrire dans ses programmes, dès la petite enfance, l’éducation citoyenne et les devoirs que ces derniers doivent à la République.

Enfin chargés de leurs affaires et très directement, les citoyens français devront s’en prendre à eux-mêmes pour le bon comme pour le mauvais. Ils redeviendront peut-être de bonne humeur.

Xavier de Roux

Catégories:Actualite, Politique

Une catastrophe terrestre…

Mardi, mars 22, 2011 1 commentaire

La terre, une fois de plus, a secoué son échine et le monde a tremblé. Les astuces techniques des humains ne maîtrisent pas la nature. On le sait depuis toujours, l’énergie prisonnière des centrales atomiques que l’on croyait confinée sous des tonnes de béton, a pris gaiement son envol pour faire un tour meurtrier de la planète, tandis que les villes, dispersées par l’Océan, sont devenues au Japon un épouvantable linceul, comme elles le furent à Haïti. Nous savons bien que nous habitons, pour un temps, sur une petite planète, lancée à pleine vitesse dans l’univers tournant désespérément autour d’une étoile qui se consume, mais notre histoire d’humain nous semble tellement plus importante que toutes les autres histoires, de l’infiniment grand à l’infiniment petit, que nous restons là, épouvantés, ébahis de tant de violences. Nous qui nous acharnons, siècle après siècle, à construire ce que nous estimons être nécessaire à notre confort : des maisons, des objets, des outils, des avions, des vaisseaux, des voitures et puis tout ce qui sert à communiquer, à savoir, à découvrir, à survivre, à transmettre la vie aux générations futures. En quelques secondes, nos efforts de fourmis réduits à néant semblent aussi dérisoires que le temps qui nous est imparti sur cette terre.
Et pourtant, les secousses ont à peine cessé que toute la planète humaine se met à jacasser. Faut-il encore domestiquer l’atome ? D’où devons-nous tirer l’énergie dont nous avons besoin ? Comment faut-il se nourrir, vivre et se multiplier… ? La maladie principale de l’homme est sa curiosité inquiète des choses qu’il ne peut savoir, alors qu’il a décidé qu’il savait presque tout. Au pied de la catastrophe, nous en sommes là.
Nous allons lui opposer le principe de précaution, sans d’ailleurs savoir vraiment ce qu’est en l’occurrence une précaution et nous allons sans doute chercher un responsable chez les humains. Evidemment pas celui qui a déclenché le tremblement de terre, mais celui qui a construit la centrale nucléaire ou encore celui ou ceux qui ont décidé d’avoir recours à l’énergie nucléaire.
Ce débat va remplir maintenant pendant des mois les colonnes des journaux. Si l’on n’utilise pas l’atome, comment obtenir suffisamment d’énergie à un prix acceptable, alors que l’Inde, la Chine, l’Iran et bien d’autres pays ne rêvent que de construire leurs centrales ? Que penser des centrales de troisième génération française qui perdent régulièrement les appels d’offres internationaux parce qu’elles sont trop chères alors que, dit-on, elles sont aussi les plus sécurisées ? Combien de photovoltaïque, d’hectares de panneaux faut-il pour les remplacer ou de millions d’éoliennes en mer, sur la terre, comme dans le désert de Gobie ? On peut en discuter à perte de vue, écouter les uns et les autres, ceux qui sont pour l’éolien, loin de chez eux ; pour le photovoltaïque, mais ailleurs ; pour le barrage hydroélectrique s’il ne menace pas sa ville natale. Et puis il y a tous ceux qui aiment bien se déplacer à vélo avec de grosses chaussettes de laine, des bonnets bien enfoncés et des moufles confortables ; ceux qui adorent se chauffer au feu de bois avec une cheminée qui ronfle de plaisir ; ceux qui font fumer le poisson dans l’âtre et griller le gigot et ceux qui courent les bois pour attraper un sanglier… Les hommes sont si divers, leurs goûts si différents, qu’ils réagissent de mille manières lorsque le ciel leur tombe sur la tête.
Cela n’empêche pas, le calme revenu, que les affaires reprennent : “Business as usual” comme disent les Anglais. On tirera bien un bénéfice de la solution donnée au problème, puisque depuis que le monde est monde, c’est ainsi. La solution qu’on nous expliquera être la meilleure, sera certainement celle de ceux à qui elle apportera quelque chose.
Pauvres victimes de la terreur immédiate, de la destruction absolue, du hasard ou du destin, vous venez de quitter le navire sans même savoir vers où il continue de voguer, sans savoir pour qui joue encore son orchestre et pourquoi on se chamaille à bord.
Du fond de l’océan, peut-être êtes vous montés au matin avec les étoiles, vers un monde qui nous est inconnu et qui est celui de l’innocence meurtrie, des vies cueillies au hasard dont les âmes, si loin, se rassemblent. C’est peut-être le moment de se regarder humblement.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°162 – Avril 2011


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