Vingt ans après !

Mercredi, octobre 28, 2009

Il y a vingt ans, symboliquement, le mur qui séparait Berlin en séparant deux mondes s’effondrait. Le marxisme léninisme soviétique qui avait tenté de construire la société des égaux sur la moitié de l’Europe et dans le monde, perdait le cœur de son réacteur. Moscou bientôt adoptait les vertus et les vices du capitalisme anglo-saxon. La doctrine du libéralisme économique, dans laquelle figure le mot «liberté», a donc envahi le monde avec quelques exceptions notables et pas très orthodoxes, comme le communisme chinois qui allie le capitalisme d’Etat et la libre entreprise dans un système dirigiste assez étrange, où presque tout existe sauf la liberté démocratique à la mode occidentale.
Mais vingt ans après, la propagation de la foi au libéralisme a produit des conséquences terribles. Le grand casino financier planétaire, installé à la City de Londres comme à Wall Street, a sauté face à des joueurs pressés, avides et sans scrupule. C’est tout un système idéologique qui à son tour montre ses limites, et le monde politique, où l’on devrait penser la façon d’organiser les sociétés humaines, est pris d’une grande perplexité.
Obama pendant sa campagne électorale avait à grands traits esquissé une autre vision du monde, une vision intelligente, mais en démocratie les intérêts particuliers s’expriment toujours sous l’apparence de l’intérêt général, et les critiques sur le sol américain montent de toutes parts, montrant les limites des possibilités d’action du Président élu. En Europe règne comme d’habitude une heureuse cacophonie. C’est pourtant là où la chute du mur de Berlin a le plus modifié les choses. La réunification de l’Allemagne en a fait la plus grande puissance européenne incontournable avec 80 millions d’habitants, sa place centrale, ses liens forts avec les pays de l’ancienne Autriche-Hongrie. Après trois guerres, le rêve de Bismarck se réalise dans la paix, et l’Allemagne enfin démocratique cherche une issue équilibrée, dans la tradition du capitalisme rhénan, aux excès du monde anglo-saxon.
Ainsi, en vingt ans, le communisme mondial, puis la mondialisation libérale à la sauce américaine se sont tour à tour effondrés.
Il y avait longtemps que notre planète n’avait pas eu à faire face à de tels phénomènes. La fin des monarchies européennes à la fin du XIXème siècle a peut-être eu quelque chose de comparable. Mais alors la recherche théorique battait son plein et ce n’est pas le cas aujourd’hui.
En effet tandis que la planète est majoritairement peuplée d’agriculteurs pauvres tentant de survivre dans des conditions difficiles, les pays occidentaux entrent dans une nouvelle phase de l’histoire qui se caractérise par un déclin massif de l’emploi salarié dévoré par les nouvelles technologies tandis qu’émerge une élite de gestionnaires, de chercheurs, de manipulateurs d’informations et de financiers, entraînant le monde dans l’anarchie et le chaos, sans que les démocraties n’aient de prise sur ces phénomènes.
C’est donc une nouvelle société post marchande qu’il convient d’inventer, et qui d’ailleurs s’invente toute seule avec la prolifération des auto-entrepreneurs, la création de circuits courts de distribution, l’invention de services de proximité, une nouvelle façon de consommer et de vivre.
Mais cette société là ne sera que le nouveau visage des sociétés riches, alors que les solidarités planétaires sont évidentes. Le monde occidental a déménagé ses usines en Asie et en Chine, pour trouver des prolétaires à son goût, qui ne combattent pas sur son sol. Les prolétaires occidentaux sont donc devenus chômeurs. On voudrait faire la même chose avec l’agriculture !
Le monde multipolaire de l’après mur de Berlin a beaucoup de mal à se penser en ordre, à éviter la multitude de ses intérêts particuliers et de ses contradictions. Certes quelques gourous millénaristes s’affairent en prédisant la sixième extinction, ou l’ordre écologique nouveau. Mais ce n’est pas ainsi que l’on dessine une société humaine, tenant compte de la démographie et des besoins de tous.
Marx, au fond, c’était trop simple ! Staline, Mao ou Pol Pot ça n’a pas marché. Evidemment en France nous avons encore en magasin Ségolène Royal ou Besancenot, mais c’est un peu court.

Gardons-nous à droite, gardons-nous à gauche et retournons peut-être vers ce qu’il y a de plus intemporel dans la pensée humaine, du côté de Platon, en attendant enfin que nos femmes et nos hommes politiques se décident à penser eux-mêmes, et à imaginer le futur où doit nous conduire la démocratie dont ils tiennent les rênes. Ça n’est pas pour demain.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°145 – Novembre 2009

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L’impossible décentralisation

Mardi, septembre 22, 2009

La France a bien du mal avec sa démocratie locale. Ce vieux pays jacobin, centralisateur, égalitariste, a ouvert la porte aux libertés locales et aux contre-pouvoirs sans vraiment contrôler une organisation complexe et coûteuse.
Elle est complexe parce que jusqu’à présent, personne n’a renoncé vraiment à ses compétences, et passe son temps à reprendre de la main gauche ce qu’il donne de la main droite. Elle est coûteuse puisque l’administration territoriale a un taux de croissance important. On peut dire comme jadis Poincaré : «Plantez des fonctionnaires, et vous récolterez des impôts». C’est vrai mais ce n’est pas aussi simple. Pus l’administration est proche, plus elle prend en compte les services que les citoyens attendent d’elle, et le citoyen français fait rarement le lien entre ce qu’il demande et le prix qui lui est facturé sur sa feuille d’impôt.
L’Etat est devenu tout à fait impécunieux ; il emprunte près du tiers de ses besoins pour boucler son budget. Le service de la dette est impressionnant, et l’on parle pourtant encore de grand emprunt national !
En réalité si un grand emprunt national est nécessaire pour investir dans des projets porteurs d’avenir, c’est tout simplement parce que l’emprunt ordinaire, l’emprunt quotidien sert à payer les frais de fonctionnement courant et notamment le salaire des fonctionnaires.
Les finances locales sont mieux tenues, d’abord parce qu’elles n’ont pas le droit d’emprunter pour couvrir leurs dépenses de fonctionnement, mais les budgets et donc les recettes fiscales augmentent en même temps que les compétences s’étendent et les compétences s’étendent parce que l’Etat d’abord se désengage, mais reste de loin le premier contributeur puisqu’il paye à la place de tous ceux qu’il exonère ! C’est un paradoxe, une attitude, une façon d’être Shadock ! Et Dieu sait si l’Etat aime exempter ! Il y trouve justice, égalité, équilibre. Plus un impôt est fort, plus on crée de niches pour y échapper ! L’impôt sur le revenu n’est payé que par la moitié des Français, et le bouclier fiscal empêche, au désespoir de beaucoup, que ce soit l’autre et seulement l’autre qui acquitte l’impôt.
Le Président de la République a donc confié à M. Balladur qui fut un excellent Premier ministre, le soin de débrouiller et de simplifier l’écheveau tissé avec passion par Deferre et Raffarin en passant par Madame Voynet et même par Jean-Pierre Chevènement.
Communes, communautés de communes, communautés d’agglomération, métropoles, cantons, pays, départements, régions, se sont entassés sans vergogne, avec leurs chartes de territoires, leurs schémas d’organisation territoriale. En effet, si l’on ne planifie plus à l’échelon national, si le commissariat au plan a quasiment disparu, voilà qu’on tente de planifier à l’échelon local, d’inventer le futur pour le plus grand plaisir de certains bureaux d’études, qui étudient la géographie, les ressources, l’ensoleillement, la géologie et autres merveilles de notre merveilleux territoire. Les piscines deviennent des centres nautiques, les salles des fêtes des théâtres et les zones multiplient à l’infini le désir d’emplois !
On reconnaît que les communes savent généralement jardiner le territoire, mais on transfère leurs compétences aux communautés qui ont des moyens financiers pour faire des projets, des aménagements, des changements de paysage, et ces projets ne peuvent naître si les conseils généraux et régionaux ne mettent pas la main à la poche. Il faut tendre l’obole et paraître soumis.
Si l’on veut mettre fin à cette situation, il faut donc décider une fois pour toutes qui fait quoi ! Quelle est la vraie autonomie d’un territoire, quelle est la taille pertinente de cette autonomie et quelles conclusions en tirer ? Etre organisateur de transport c’est bien beau, mais lorsque le transport devient multimodal, que fait-on avec le monopole de la SNCF pour le transport des voyageurs ? Les régions ont-elles le droit de choisir tous les transporteurs ? Et pourquoi les régions ne s’occupent-elles que des lycées et pas des collèges, alors que parfois ils sont dans les mêmes bâtiments ?
L’idée du rapport Balladur de créer des conseillers territoriaux qui siègeraient en même temps dans les assemblées régionales et départementales est une bonne idée. Chacune de ces assemblées aurait une compétence spéciale clairement définie, et leurs élus conserveraient le sens de la proximité. On diviserait leur nombre par deux, ce qui ferait en outre une petite économie. Les métropoles pourraient absorber les compétences du département qu’elles ont déjà absorbées ! La communauté de communes deviendrait l’échelon premier en prenant les compétences des communes de base que l’on conserverait parce que la France laïque est attachée aux paroisses et aux clochers.
Certes le débat au sénat sera rude. Le rapport Balladur a déplu à beaucoup jusque dans le groupe UMP, désormais présidé par Gérard Longuet qui fut membre de la commission Balladur.
Ce serait tellement mieux de partir d’une page blanche et de redessiner une nouvelle carte du pays. Au nom de l’égalité, l’abbé Sieyès à la Révolution avait proposé de diviser le pays en autant de carrés parfaits ; une sorte d’échiquier. Etait-ce sagesse ou folie ? Peut-être en sommes-nous toujours là ?

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°144 – Octobre 2009

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Pauvre capitalisme !

Mardi, août 25, 2009

En 1715, Philippe d’Orléans est nommé Régent du Royaume. Les caisses sont vides. Il publie en 1716 un édit créant une banque générale pour le Royaume qu’il confie à un Ecossais John Law. Toute personne est autorisée à placer son argent à la Banque qui lui remet des billets payables à vue. La Banque finance le commerce du Sénégal, de la Chine, de l’Inde et du Mississipi, ou rien ou presque n’existe ! Law est nommé contrôleur général des Finances et contraint les épargnants à changer leur or contre du papier et tout le monde se met à spéculer sur ce merveilleux papier qui finance un commerce imaginaire. Le 21 mai 1720, c’est la banqueroute et l’émeute. On veut lyncher Law qui a ruiné l’épargne. Les spéculateurs ont oublié qu’ils ont tous spéculé, qu’ils n’ont jamais été vérifier la réalité d’investissements au Mississipi, ni la valeur des actions des nouvelles compagnies exotiques.
Rien n’a changé depuis. Les banques essayent de gagner à leurs clients un peu d’argent après en avoir gagné elles-mêmes. Pour cela, elles ne sont plus simplement marchands d’argent, mais aussi marchands de produits financiers. Elles recrutent fort cher de savants artisans pour confectionner ces fameux produits. On leur donne le doux nom de traders. Ils s’entourent de mathématiciens savants, puisqu’on joue beaucoup sur la loi des nombres et de juristes supposés experts qui doivent certifier qu’on ne réinvente pas une escroquerie vieille comme le monde. Polytechnique a fourni beaucoup de tâcherons et les grands cabinets juridiques anglo-saxons ont longtemps tenu le dessus du panier, parce qu’ils avaient la fameuse “signature” internationale. On a vu ce que valaient les calculs des polytechniciens et les certificats des juristes. Le marché a sombré avec les subprimes, entraînant le marché du crédit tout entier, ce qui a fait craindre l’assèchement de l’économie toute entière, c’est-à-dire la production et la vente des services et des biens nécessaires à la satisfaction de la population de notre planète.
On a immédiatement entendu des voix nombreuses condamner le capitalisme financier qu’il faudrait convertir pour conserver un capitalisme de marché, un capitalisme rhénan, parce qu’un marché régulé permettrait une économie équilibrée, équitable et prudente.
Des tonnes d’éditoriaux, des plumes célèbres sont venus souhaiter et célébrer ce formidable changement que des Chefs d’Etat démocratiques vont répandre sur une planète administrée et étonnée. Bien sûr, Barack Obama, le Président des Etats-Unis d’Amérique mènerait ce vertueux cortège vers des rivages radieux.
La désillusion a été rapide. A peine renflouées, les banques reprenaient casino et roulettes pour rattraper le retard et promettaient à leurs traders – qui ne sont finalement que des salariés – des bonus très conséquents s’ils gagnaient le jackpot ! L’opinion publique s’est émue, les élus ont fait semblant d’y pouvoir quelque chose. La Grande Bretagne rappelait qu’elle vivait de l’industrie financière et Wall Street défend son bout de gras. Pékin, pourtant doté d’un régime communiste, ne prend pas beaucoup mieux la chose. Inventer l’argent semble être au plus profond de la nature humaine. Certes les principales religions ont condamné ou condamnent encore le prêt à intérêt, l’usure et le commerce de l’argent, mais l’on donne aujourd’hui des cours à Harvard et à Cambridge sur les trouvailles du droit islamique pour tourner l’interdiction des prêts à intérêts. Quant à notre Sainte Mère l’Eglise, si Elle a longtemps condamné la banque et l’argent, elle a soutenu si longtemps, «qu’il serait aussi difficile pour le riche d’aller au paradis que pour un chameau de passer dans le chas d’une aiguille» puis, elle s’est résignée, avec Monseigneur Marcinkus, à des combinazione que la morale réprouve.
Les alchimistes voulaient muter le plomb en or. Les traders mutent tous les jours en or leurs farces et attrapes. On essaye simplement de leur donner des airs sérieux et même savants. On dit qu’ils sortent d’écoles estimables avec des diplômes estimés et que leurs patrons, en France, sortent généralement de la Fonction publique. C’est HEC et l’ENA réunis. Que voulez-vous de mieux ? La culture occidentale s’est ainsi faite au fil du temps. Le capitalisme touche peut-être à sa fin, mais comment vivre en société, librement, si l’on ne peut pas faire n’importe quoi ? Bien sûr, on peut fabriquer des règles, du droit, des contrôles, et changer ces règles, ce droit, ces contrôles, lorsqu’ils sont enfoncés, détournés par l’imagination et le désir de l’or. Marx, Lénine et Staline étaient persuadés que l’homme changerait si l’on changeait sa façon de vivre. Soixante dix ans de communisme ont tué beaucoup de gens, mais pas la rapacité et le goût de s’enrichir.
Alors que devons-nous faire ? Que devons-nous encore inventer ? Nicolas Sarkozy tance les banques, mais l’on peut parier gros, que faute de rallier le monde à une cause aussi juste, nous resterons sur des paroles verbales à l’usage du peuple souverain.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°143 – Septembre 2009

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Le Guide Gourmand de L’Echo des Arènes

Jeudi, août 13, 2009

Paru dans L’Echo des Arènes n°142 – Août 2009 untitled


Le Relais du Bois Saint-Georges

Créé il y a 30 ans par Jérôme Emery, cet établissement situé au milieu d’un parc aménagé avec beaucoup de goût et d’élégance, est depuis longtemps un des lieux incontournables de Saintes. A sa Table du Bois, on côtoie tous ceux qui à Saintes ont une activité politique, culturelle, ou plus simplement dans les affaires, et la saison venue les touristes ne manquent pas ce lieu, et ils ont raison. A côté de la Table du Bois, bistrot de luxe qui sert chaque jour un menu différent inspiré par le marché, vous trouverez le restaurant gastronomique qui sait marier les crustacés et les gibiers, et qui propose une cave de très bonne qualité, avec un clin d’œil, par exemple, pour la production de nos voisins espagnols. A noter la gamme exceptionnelle des cognacs. Menus de 25,70 € à 34,60 € à la Table du Bois, 149 € (tout compris) au restaurant gastronomique.

Cours Genêt à Saintes – tél. 05 46 93 50 99 – www.relaisdubois.com

La Table du Maroc

Youssef Alaoui a dressé la Table du Maroc au bord de la Charente, et la tente caïdale y trône pour les fêtes. Par une douce soirée d’été le lieu est parfait. Vous y goûterez des plats marocains très bien faits, et notamment toute la déclinaison des tajines, assaisonnés comme il faut, sans excès de brutalité, qui sont le cœur de la cuisine marocaine, mariant l’agneau ou le mouton à une déclinaison de légumes parfaitement cuits. Mais le couscous y est aussi très réussi et la tanjia qui mijote des heures durant dans sa jatte en terre est à déguster absolument si vous ne l’avez pas déjà fait. Tous ces plats emblématiques de Fès ou de Marrakech accompagnés de vins marocains, sur le soir de Saintonge tombant sur la rivière, vous serez romantique, ou simplement de bonne humeur ! Menus de 13,15 € (midi en semaine) à 33 €.

Quai des Roches à Saintes – tél. 05 46 74 08 04
La Taverne de Maître Kanter

Voilà un endroit accueillant et vivant qui reçoit ses clients jusqu’à très tard. On peut y être servi jusqu’à 11 heures du soir ; ce n’est pas très courant à Saintes et c’est bien ainsi. D’autant que le plateau de fruits de mer de Maître Kanter vaut vraiment le détour : les huîtres sont toujours parfaites, les langoustines fraîches et délicieuses, le crabe comme il faut, les crevettes et les bulots sont en abondance, et dans le plateau royal vous trouverez un homard qui est aussi une spécialité de la maison. Accompagnez le tout d’un Pinot noir d’Alsace, ou d’un des excellents vins blancs qui vous sont proposés, et vous serez heureux. Mais le talent de Maître Kanter ne s’arrête pas là. Comme son nom l’indique, l’Alsace n’est pas loin ; donc les choucroutes goûteuses et les Flammenküche réussies, mais la carte est riche de plats traditionnels comme le pied de cochon, l’excellent millefeuille de bœuf ou la tête de veau. Vous trouverez trois menus : celui du marché est à 16,50€ et le menu gourmand est à 31,80€. La Taverne de Maître Kanter est une table sérieuse.

Saintes – tél. 05 46 74 16 85 – www.taverne-kanter-saintes.com

La Table de Marion

Marion Monnier et son épouse ont repris un établissement saintais qui avait une clientèle fidèle et une bonne réputation. Ils ont changé le décor et la carte, puisque Marion Monnier, d’origine normande, est passé par la brigade de Régis Marcon qui a trois étoiles au Michelin. “Omnivore food festival” lui a décerné son premier prix en 2007. On a donc changé de catégorie, avec une carte originale aux saveurs savanes, comme le ricotta au pralin de fruits secs, purée de carotte et abricots rôtis, ou le poisson du moment, haricots et pêche blanche. Certains sont des inconditionnels de cette cuisine innovante et souvent intelligente. En tous cas il faut l’essayer. Menu découverte à 42€.

10 place Blair à Saintes – tél. 05 46 74 16 38 – http://latabledemarion.unblog.fr

L2

Axelle et Aurélie ont abandonné la vie parisienne pour ouvrir leur premier restaurant à Saintes. En plein centre-ville, au pied du Gallia, L2 propose une table fraîche et acidulée dans un cadre sympathique aux tons vert et bois. Aurélie accueille avec un franc sourire tandis qu’Axelle mitonne les produits du marché. Elle concocte une cuisine d’audaces s’amusant des textures et lorgnant vers les exotismes. Poêlée de Saint-Jacques, avocat mangue, tuile au saté et pesto de menthe, bar rôti à la réglisse, filet de canette au miel d’Apicius, panacotta de fruits de saison et son craquant de feuille de sucre ne sont que des exemples de ce que propose l’ardoise qui permet de moduler votre menu à l’envi. L2 ouvert depuis peu séduit une clientèle vite fidélisée. Vous tomberez assurément vous aussi sous le charme. Menus de 12,50 € (le midi uniquement) à 26,50 €.

3 place du Théâtre à Saintes – tél. 05 46 74 47 53 – www.restaurantl2.fr

Les Saveurs de l’Abbaye

Les Saveurs de l’Abbaye, sous la conduite efficace d’Alexandra et d’Olivier Pourpoint, est devenue une table incontournable de Saintes. Le talent d’olivier Pourpoint dans la maîtrise des saveurs tient à son maniement des épices. Cuisinier méticuleux aussi bien dans le choix des produits que dans leur préparation, il nous offre une cuisine savante et savoureuse, comme un délicat foie gras poêlé à la fleur de sel ou un caviar de hareng accompagnant un tartare de dorade parfait. Les filets de Rouget vapeur «de retour de Bombay» sont ce qu’il faut épicés. Le quasi de veau braisé est parfait, et les desserts tendres et variés. Si vous ajoutez à cela une bonne carte des vins, une terrasse à l’ombre de l’Abbaye aux Dames, ou une salle à la décoration élégante, vous passerez à table un moment de choix. Le menu découverte est à 34€.

1 place Saint-Pallais à Saintes – tél. 05 46 94 17 91 – www.saveurs-abbaye.com

Le Sukkhotaï

C’est avenue Gambetta, c’est minuscule et c’est très bon, en plus c’est de la cuisine thaï ! Seua, le chef thaïlandais qui a découvert Saintes, tente de nous faire à son tour découvrir et partager ce qui effectivement est une des meilleures cuisines de monde, et franchement on n’est pas déçu. Il faut essayer les crevettes au curry vert avec des petites aubergines thaïes, ou la noix de Saint-jacques au curry rouge, après avoir goûté à la salade de calamar ; mais on peut aussi préférer la viande ou la volaille, le bœuf grillé qui est juste parfait ou l’émincé de canard que l’on peut accompagner de champignons et légumes du jour. On finira par un flan de coco ou une bille de manioc au lait de coco parfumé. Et en fermant les yeux, le soir venant, au milieu du trottoir de l’avenue Gambetta, on se mettra à humer toutes les odeurs du Siam. Menus environ 25€.

113 avenue Gambetta à Saintes – tél. 05 46 91 88 08 – www.sukhothai.fr

Le Parvis

Une maison de charme et de discrétion en centre-ville. Voilà le Parvis de Pascal et Valérie Yenk. La carte offre tout ce que l’on peut rêver de savourer sous la tonnelle au cœur d’un jardin aménagé avec beaucoup de goût. La cuisine très personnelle de Pascal Yenk est tout en délicatesse et rivalise d’élégance avec le décor. On y retrouve le confort rassurant de plats vieille France associés à quelques créations légères comme l’air du temps, comme le foie gras de canard et sa verdurette aux copeaux de foie gras et truffes d’été ou le suprême de turbot et sa compotée d’aromates et d’artichauts. Vous apprécierez les grands classiques revisités comme le moelleux au chocolat amer et ne manquerez sous aucun prétexte la farandole de macarons dont Pascal s’est fait une spécialité. Une cuisine de jouvence saisie au petit bonheur de l’inspiration et du produit juste. On ne peut qu’aimer ! Menus de 20 à 47 €.

Petite rue du Bois d’Amour à Saintes – tél. 05 46 97 78 12

Le Cargo

Pascal Royer est un solide marin qui connaît la pêche et les pertuis. A force de pêcher des poissons, il a décidé de les proposer dans un vaste et superbe restaurant : le Cargo, qu’il a repris avec sa charmante épouse Béatrice. Le cadre est parfait, vaste ; on y prend ses aises, et l’on peut se servir à volonté au buffet de fruits de mer qui propose un grand choix de produits régionaux. Saintes n’est pas loin de la côte, mais avec le Cargo vous avez jeté l’ancre. Si les fruits de mer ne vous ont pas rassasié vous pouvez goûter le poisson du jour. Il est frais et cuit comme il faut. La cave est riche d’une collection impressionnante de vins, et comme elle occupe le fond du restaurant, vous pouvez d’un coup d’œil choisir ce que vous souhaitez. L’accueil de Pascal et de Béatrice est cordial et attentionné. La formule fruits de mer est à 29,50€.

4 rue de Voiville à Saintes – tél. 05 46 92 08 18 – www.restaurant-cargo.com
Numéro 6

Loïc Fallourd est un virtuose de la technique et un artificier des harmonies. Cuisinier funambule du sucré-salé, dans son restaurant de la rue Urbain Loyer à Saintes, il s’amuse des textures et des saveurs d’ici et d’ailleurs : son poulet aux épices et au beurre de cacahuètes en sont un exemple. Il fait un plat de chef d’une salade de crevettes roses au pamplemousse et à l’avocat et nous ne saurions que trop recommander aux amateurs de chocolat, autant dire quasiment tout le monde, sa coupe « tout chocolat », gâteau chocolat, glace chocolat et… sauce chocolat. Un vrai moment d’extase. Une table sympathique à prix doux par les temps qui courent cela ne se refuse pas. Formule midi à 12 € et à 15 € – le soir menu à 18 €.

6 rue Urbain Loyer à Saintes – tél. 05 46 92 22 93

La Romana

La Romana, Avenue Gambetta, n’est pas une simple pizzeria, c’est un restaurant qui sert le meilleur de la cuisine italienne, sans folklore. Déco tendance, salle lumineuse, tout est fait pour que vous vous y sentiez bien. Anti pasti, linguini alle vongole (subtile alliance de pâtes et de coquillages), involtini à la ricotta racontent les riches traditions culinaires de la Botte. La Romana propose un large éventail de charcuteries italiennes : pancetta, speck, jambon de Parme ou spianata et de grandes salades gourmandes tout l’été. La carte laisse la part belle à l’escalope de veau cuisinée d’une dizaine de façons différentes. L’incontournable tiramisu est tout en finesse et à l’Amaretto, la crème brûlée se marie avec le citron. Le baba au rhum ou la panna cotta à l’Amarena sont parmi les desserts vedette de la maison. Les vins, italiens uniquement, sont sélectionnés avec soin, vins pleins et robustes à découvrir. Carte de 10 à 18 € – menu découverte à 23 €.

89 avenue Gambetta à Saintes – tél. 05 46 74 18 11 – www.laromanapizzeria.com

Le Mezzé

Le mezzé libanais est un assortiment de petits plats que l’on partage en toute convivialité. Plus qu’un repas c’est un art de vivre au Liban et c’est, dans une ambiance décontractée et joyeuse, ce que propose Fady Salman dans son restaurant “Le Mezzé”. Sa cuisine libanaise prend joliment le soleil et vous le renvoie avec en prime un service enthousiaste. Le choix est large, du traditionnel hoummos au savoureux mahmmara, une crème de noix et de poivrons rouges aux épices. On y trouve bien sûr le fameux taboulé libanais – blé, herbes et les secrets du chef-, un djaj aux 9 épices – poulet mariné et grillé au four. Sur commande Fady Salman vous prépare tout un assortiment de brochettes et de saucisses libanaises bien sûr. Vous choisirez, comme il se doit, un vin du pays. Après les incontournables pâtisseries, n’hésitez pas à prendre, pour faire passer le tout, le “café blanc” délicatement parfumé à la rose ! Menus 9 € et 13 € le midi – le soir : assortiment de 8 petits plats servis avec du pain libanais 20 €.

9 rue de la Comédie à Saintes – tél. 05 46 92 22 36

Le Saintonge

Le Complexe du Végas a raison de ne pas en avoir en matière de restaurant puisque le Saintonge est l’une des tables les mieux tenues de Saintes. Les clients ne s’y trompent pas, les déjeuners d’affaires sont toujours aussi nombreux dans cette salle élégante, où les tables éloignées les unes des autres sont discrètes. Le service est parfait, rapide et efficace. Le Saintonge propose trois menus de 25€ à 45€, et une bonne carte des vins. La cuisine est traditionnelle et toujours de qualité. Et pour changer, allez juste à côté goûter aux tapas dans un cadre renouvelé. Vous avez une formule à 13,50€, avec notamment des tapas antillais, parfaits qui détrôneraient presque l’institution espagnole. A ne pas manquer.

La Champagne Saint Georges à Saintes – tél. 05 46 97 00 00 – www.saintes-vegas.com/saintonge.htm

L’Adresse

Au pied de l’église Saint-Eutrope, L’Adresse est la dernière révélation d’une Saintonge qui n’en finit plus de se rappeler aux bons souvenirs de la gourmandise. Vincent et Vanessa Coiquaud proposent dans une salle à manger alliant modernité et vieilles pierres une sélection de produits de saison. La carte est à prix doux et pleine d’originalités et d’associations harmonieuses, comme celle que l’on retrouve dans le «Crécy de foie gras» où carottes en rubans cuites dans un jus d’orange et légèrement caramélisées se marient pour le meilleur avec le noble produit. Les brochettes de langoustines sous leur robe de kadaïf frit sabrent les certitudes. On croyait tout connaître de la cuisine, on la redécouvre avec bonheur. A ne pas manquer les instants chocolatés de l’Adresse : le fondant au chocolat noir grand cru au cœur coulant pur arabica. Voilà une table joliment prometteuse ! Formules de 20 à 29 €

48 rue Saint-Eutrope à Saintes – tél. 05 46 94 51 62

Le Clos des Cours

Avant d’établir leur restaurant sur la place du théâtre du Gallia à Saintes, Jean-Luc et Virginie ont fait un tour du monde gastronomique et culinaire. Il se sont rencontrés à Oxford en Angleterre au Petit Blanc, une des plus grandes tables anglaises et ils sont partis ensemble en Australie, puis en Nouvelle-Zélande, dans un relais-château, le Moose Lodge où il faisait la cuisine et elle l’accueil. Grande table et grand accueil. En 2003 Jean-Luc est chef de cuisine au Kermadec, un restaurant réputé d’Auckland et Virginie anime le Grove dans la même ville. Ils reviennent en France à Saintes en 2003, rapportant leurs expériences et leurs souvenirs. La cuisine de Jean-Luc a conservé une touche anglo-saxonne, parfois un peu déconcertante, et des saveurs de l’hémisphère sud, mais c’est une cuisine régulière et sûre dans un lieu où l’été on peut profiter de la terrasse et du cœur de ville. Les gambas sont accompagnées d’un risotto au curry et de noix de coco, la salade de crabe d’un sorbet au poivron rouge, le gigot d’agneau en brochette est parfait, le magret de canard excellent. Il faut aussi essayer le poisson du marché et le café peut être gourmand. Les menus sont à 24,50€ et 33,50€.

2 place du Théâtre à Saintes – tél. 05 46 74 62 62 – www.closdescours.com

Carottes et Gingembre

Pour ceux qui allaient au cinéma de Saint-Jean d’Angély avant la reprise par la société du Rouergue, ils se souviennent sans doute des soirées cinéma et restauration et ont repéré les talents de cuisinière de Chantal. Aussitôt dit aussitôt fait, la reconversion s’est faite par l’ouverture à Saint-Jean d’un vrai restaurant végétarien (c’est assez rare dans la région pour être signalé). C’est-à-dire cuisine variée et réalisée sous vos yeux comme chez vos amis mais avec des produits issus de l’agriculture biologique locale. Donc une carte très changeante au fil des saisons, envoyée par mail si vous le souhaitez. Le tout pour un prix très modique (de 8 à 15 €) dans un mobilier original réalisé dans du carton par un designer. Notez que l’établissement est fermé le jeudi et le dimanche toute la journée ainsi que le mardi, mercredi et jeudi soir. Sinon sur réservation ou à emporter. Eh oui ! Manger sain cela se mérite ! A recommander, l’apéritif éponyme qui vous donne la patate (bio) pour toute la journée.

36 rue des Bancs à Saint-Jean d’Angély – tél. 05 46 33 90 57 – www.carottesgingembres.fr

L’Hôtel de la Place

Le Restaurant de la Place à Saint-Jean fait partie des bonnes adresses que l’on se donne. La salle à manger aux proportions agréables ouvre sur une terrasse d’été tranquille et pleine de charme où l’on peut déguster les jolies trouvailles du chef. Eric est un sensuel de la créativité. Sa terrine de foie de lotte au cognac est superbe, son filet de bar aux fraises et au vinaigre balsamique est ébouriffant et son melon caramélisé au gingembre avec sa glace vanille ne laisse personne indifférent. Dans la cuisine d’Eric, on sent une vraie jubilation d’artiste. Menus à 10,60 € (le midi uniquement en semaine), 19 €, 27 € et 47 €.

Place de l’Hôtel de ville à Saint-Jean d’Angély – tél. 05 46 32 69 11 – www.hoteldelaplace.net

Le Rendez-vous de l’Horloge

«Simple et sympa.» Voilà comment Mathieu Pradet et Adeline Guervin définissent leur restaurant le «Rendez-vous de l’Horloge» en plein cœur de la cité angérienne. Situé, le croirez-vous ?, au pied de la massive tour de la Grosse Horloge, cet établissement vaut par la qualité de son accueil, assuré par Adeline et Anne, et de ses plats variés et sans chichis. Ce jeune couple, même pas trentenaire, est diplômé du Lycée Hôtelier de La Rochelle, gage de qualité. Propriétaires du restaurant depuis presque trois ans, Mathieu et Adeline proposent des menus à 10 € (entrée et plat ou plat et dessert, servis midi et soir), à 12 € (entrée-plat-dessert) et à 20 € (uniquement le soir). Le chef Mathieu propose un foie gras maison et une mousse au chocolat que les gourmands s’arrachent. Ouvert du mardi au samedi de 10h à la fin du service le soir, le «Rendez-vous de l’Horloge» propose également un grand choix de thés dans un cadre convivial.

2 rue de l’Hôtel de ville à Saint-Jean d’Angély – tél. 05 46 59 07 03

Le Popsys

Dernier arrivé sur la place de Saint-Jean d’Angély, le Popsys est un restaurant indien qui vient mettre un peu de piquant dans la palette des restaurants de la ville. Tenu par un Gallois et sa femme indienne, il s’adresse bien sûr à la clientèle et à la communauté anglaise, familière de ce type de cuisine exotique. Mais il connaît un vif succès auprès des Angériens qui y trouvent leur compte si on en juge à l’aune de son taux de fréquentation, en semaine notamment. Il est vrai que pour des prix très modiques et dans un cadre raffiné on peut se payer un dépaysement gustatif de qualité. Les mélanges épicé-sucré sont très agréablement surprenants pour nos palais occidentaux, mais on trouve aussi sur la carte des plats qui ne sont pas particulièrement relevés. Et le pain fait maison qui accompagne le repas est un tel délice que, relevé ou pas, on y retourne volontiers pour découvrir d’autres sensations exotiques.

52 rue de la Grosse Horloge – Saint-Jean d’Angély – tél. 05 46 26 99 71 ou 06 65 43 61 27

Le Bruant

Dominique Train a arrangé le Bruant à son goût qui est excellent, de l’harmonie des couleurs à la lumière, sans oublier le merveilleux jardin qui vous accueille dès les beaux jours venus. Vous y déjeunerez ou dînerez sous les mûriers qui ont pris, comme le restaurant, de l’ampleur. Le chef, Patrick Frémandière, met beaucoup de subtilité dans des plats classiques, du délicieux foie gras aux rognons traditionnels. Il ajoute quelques plats du terroir et la cave offre un choix riche pour les vins. C’est un endroit convivial et chaleureux, ou la cuisine est bonne : que peut-on demander de mieux ? Menus environ 25€.

76 rue Nationale à Saint-Porchaire- tél. 05 46 94 65 36 – www.lebruant.com

Le Château de Mesnac

Si vous n’avez pas encore poussé la grille du Château de Mesnac, il faut le faire absolument ! Niché aux confins de la Charente et de la Charente-Maritime, à proximité de Burie, entre Borderies et fins Bois, le Domaine vous propose une halte gourmande dans un havre de tranquillité. Le Château de Mesnac est orchestré par un couple piaffant de sympathie, l’un en salle, l’autre en cuisine. Christel et Christophe Churlaud-Moinardeau ont ouvert leur Ferme auberge il y a dix ans dans une solide demeure cossue XVIIIème. Le mariage des produits de la ferme avec la patte d’un vrai Chef font merveille. La cuisine de Christophe joue l’instinct et l’instant et vous propose des plats élégants qui semblent si simples et qui sont si parfaits. Le foie gras est préparé avec la simplicité d’un réel talent, la salade est gourmande à souhait sans être pesante, le poulet servi en médaillon farci devient plat de fête et le dessert rappelle que vous êtes ici au pays du cognac. Le vin est issu de la propriété, comme le Pineau servi à l’apéritif et le cognac qui vient clore les agapes. Menu à partir de 28 €.

Place de l’Eglise à Mesnac – tél 05 45 83 26 61

L’Atelier Gourmand de Jean-Yves

Jean-Yves Homo n’est plus à présenter. On l’a connu à Saintes, il a fait un saut jusqu’à Thénac, dans ce merveilleux endroit qu’est le «Domaine des Chais». Il n’a rien à cacher, d’ailleurs il fait la cuisine devant vous, au milieu de cette salle à manger très conviviale et chaleureuse l’hiver, qui s’ouvre sur une terrasse l’été. Jean-Yves ne fait pas une cuisine simple, il fait une cuisine vraie, comme l’andouillette rôtie à la broche, juste cuite comme il faut et craquante ou le bœuf au Merlot à la moelle du Pays des Charentes, et le fameux gigot d’agneau longuement rôti à la broche au jus de romarin et fleur de thym. C’est exquis ! Mais Jean-Yves cuisine aussi bien le poisson, la nage de bisque de langoustines de la Cotinière, les huîtres pochées d’Yves Papin, ou tout simplement la belle sole meunière. Au dessert vous n’éviterez pas la tarte à la rhubarbe ou les délices de chocolat noir, et vous essayerez un grand vin de pays, le Talmondais de chez Arrivé. Mais de toute façon, l’Atelier Gourmand est l’incontournable. Les menus sont de 24€ et 35€. Pour la carte blanche au chef, comptez 56€ ou 68€, selon le vin qui sera servi avec et qui est compris dans le prix.

41 rue de la République à Thénac – tél. 05 46 97 84 26 – www.l-ateliergourmand.com

Le Moulin de la Baine

A Chaniers, le Moulin de la Baine est devenu un classique. A cause du lieu d’abord. Vous mangerez dans un moulin construit par Colbert au XVIIème pour ravitailler la marine de Rochefort et qui acheva sa vie industrielle à la fin des années 60. On y fabriquait les pâtes Colbert. Le moulin a été réaménagé ; il surplombe le bras de la Charente qui l’anime, au milieu des saules pleureurs, et à côté des demeures du lieu. Du haut de la terrasse vous suivrez l’évolution des poissons, mulets, carpes, sandres et gardons qui abondent, mais ce n’est pas une raison pour oublier son assiette. Vous y trouverez d’ailleurs un millefeuille de brochet aux asperges ou un croustillant de filet mignon. Ceux qui aiment la cuisine locale demanderont la soupière de petit-gris, c’est-à-dire des cagouilles, les huîtres de Marennes ou la côte d’agneau, ou le sauté d’anguilles à la persillade. Les desserts sont très variés, les menus de 19€ à 35€.

14 rue Colbert à Chaniers – tél. 05 46 91 12 92 – www.moulin-baine.com

L’Auberge de la Fontaine

C’est à Chaniers, au lieu-dit Coran, à proximité de la RN141, que l’on trouve l’Auberge de la Fontaine de M. et Mme Turgné. Ce ne sont pas des inconnus de la restauration puisqu’ils ont une longue expérience de traiteur, et ce professionnalisme se ressent à travers le cadre agréable et aéré, le service efficace, et une cuisine simple mais franchement de bonne qualité. A côté du menu du jour, financièrement très abordable, vous trouverez une carte honorable et des plats très bien présentés, avec à la saison un clin d’œil charentais pour les anguilles par exemple. Madame Turgné reçoit avec beaucoup de gentillesse et la carte des vins est tout à fait satisfaisante. Il faut noter que cet établissement a immédiatement répercuté sur ses prix la baisse de la TVA. Bravo ! Menu 15€, carte 25 à 30€.

89 route de Clermont-Ferrand à Chaniers – tél. 05 46 91 12 77

L’Hôtel de Bordeaux

A Pons, l’établissement de Cornelia Muller est absolument incontournable. La salle est agréable et le patio, l’été est charmant. Le chef Bruno Foucher fait une cuisine contemporaine, légère et créative, comme les queues de langoustines panées au sésame ou une excellente terrine de foie gras de canard pour commencer ; le pavé de cabillaud juste cuit à la vapeur est parfait, le pigeon désossé savoureux et les fromages de Régis Moreau du marché de Saintes affinés comme il faut. Terminez par un soufflé chaud au Cognac et vous serez benaise. La carte des vins et très complète, et celle des Cognac aussi. L’Hôtel de Bordeaux vaut le détour.

1 avenue Gambetta à Pons – tél. 05 46 91 31 12 – www.hotel-de-bordeaux.com

Les Jardins du Lac

A Trizay au bord du lac, Michel Suire et Johann Suire se sont fait de longue date une place en vous accueillant avec bonheur. Le lieu est élégant et les plats gourmands. On peut citer – parmi les classiques – le craquant de langoustine en salade de mesclun ou le baron d’agneau rôti, et puisque nous ne sommes pas très loin du plat pays de Rochefort, vous y trouverez les grosses soles d’Oléron et un dessert que François Mitterrand aimait particulièrement, la jonchée à la liqueur de laurier amandé. Et puis regardez le soir tomber doucement sur l’eau du lac ; c’est la Saintonge dans ce qu’elle a de douce et de mystérieuse à la fois. Un endroit à ne pas manquer. Le menu “Compostelle” est à 38€.

3 chemin de Fontchaude à Trizay – tél. 05 46 82 03 56- www.jardins-du-lac.com

Le Gabarier

A dix minutes de Saintes, dans le joli village de Port d’Envaux, le restaurant de Sébastien Jousse offre une carte pétillante. L’ambiance y est bon enfant, le produit est net et le vin rafraîchissant. Les soirs d’été, on peut prendre le frais sur la terrasse. Sébastien est un cuisinier enthousiaste qui fait tout lui-même et le fait bien. Son pressé de confit de canard au foie gras, billes de melon au Pineau et sorbet tomate exalte la tradition culinaire régionale. Son filet de sandre s’accompagne d’un gâteau de saumon et de gambas et vous invite à vous resservir de cet excellent Chardonnay vendangé à la main. Sa tulipe de sorbets servie avec une timbale de soupe de fruits est idéale par temps chaud. Sébastien garde un œil sur le rétro des nostalgies et cuit à la demande le moelleux au chocolat de notre enfance. Si vous ne savez pas choisir, optez pour sa déclinaison de délices sucrés ! Menus à 19 €, 25 € et 32 €.

2 rue de la Mairie à Port d’Envaux – tél. 05 46 90 18 33 – www.restaurantlegabarier.com

Le Vieux Logis

Le Vieux Logis, à Clam près de Jonzac, est évidemment un des restaurants classiques et incontournables de notre région. Mais le départ de Joëlle et de François qui l’avaient animé avec talent pendant si longtemps laissait évidemment une interrogation. Mais comment serait leur successeur ? Eh bien c’est parfaitement réussi. Le Vieux Logis reste le Vieux Logis et ses clients aussi. Philippe Girard, qui a un peu vécu autour du monde et notamment en Polynésie, a ajouté au menu un brin discret d’exotisme, de voyage et de rêve, et il a accroché aux murs les tableaux qu’il aime. L’atmosphère du bar, toujours chaleureuse, est restée la même et la carte qui présente une cuisine traditionnelle est très bien exécutée. Vous y trouverez une excellente viande, et les poissons du marché, dont le maigre, et quelques plats exotiques au goût spécifique. La formule est à 24 €. Mais cerise sur le gâteau, vous pourrez goûter du vin de Tahiti, ce qui est original, et admirer ou acheter des perles superbes de la même île à un prix fort intéressant. Bon voyage au Pacifique !

Clam – tél. 05 46 70 20 13 – www.vieuxlogis.com

La Ferme de Magné

Il n’y a que l’embarras du choix à la Ferme de Magné. On peut manger traditionnel au “Ferme”, langoustines flambées, St jacques aux cèpes et grillades au feu de bois en saison entre autres. Jouxtant la vaste salle de ce restaurant, hors juillet et août, le “Winstub” recrée le charme typique des caveaux alsaciens et vous propose les grandes spécialités d’une région qui en compte tant : choucroute viande ou poisson, baeckhoffen, flammenküche, kouglof glacé… Beaucoup plus exotique, “L’Essaouira” offre sous la tente caïdale une cuisine de tradition berbère. Dans ce lieu tout droit sorti des mille et une nuits, vous pourrez déguster des tajines, des couscous traditionnels délicieux et des pâtisseries d’une très grande finesse. Le dernier né du domaine “Le Bakoua” vous transporte aux Antilles pendant les deux mois d’été. Bar à rhum, musique et cuisine créole tout est fait pour le dépaysement. Féroce d’avocat, boudin antillais, crabe farci, cari et blaff, blanc manger et tourment d’amour… on y retrouve toute la tradition culinaire des îles. Le Ferme menus à 12,30 € le midi, 25 et 38 € ; le Winstub, l’Essaouira et le Bakoua autour de 20 €.

Sainte-Gemme – tél. 05 46 94 70 33 – www.fermedemagne.com

L’Eloise

Jacky Bourbon a ouvert l’Eloise près des Halles de Pont-l’Abbé d’Arnoult. Sa carte chante les saisons et les producteurs locaux sont les complices d’une table qui honore cette riche vallée de l’Arnoult. On y déguste aussi bien des plats traditionnels comme les moules au Pineau ou la fricassée d’anguilles à la charentaise que des plats plus sophistiqués : un soufflé de langoustine et daurade au coulis de crustacés, un filet de daurade poêlé à l’huile vierge accompagné d’un risotto aux olives noires crémeux à souhait. Vous apprécierez les viandes grillées à la cheminée : le cœur de rumsteck au jus d’huître émulsionné et gingembre frit, le moelleux de la côte de cochon. Le plateau de fromages est époustouflant et les desserts se laissent manger, même le ventre plein, sans difficulté : le clafoutis ne sera pas sans vous rappeler celui que votre grand-mère vous préparait avec amour, le carpaccio d’ananas au sirop d’épices et son sorbet mangue est à recommander les jours de grande chaleur et l’île flottante sur sa soupe de fraise à la fleur de lavande est réservée à ceux qui aiment la cuisine sensible, ludique, culottée, bref ! mieux que bonne. Menus à 12€ le midi, 20 € tous les jours midi et soir, sauf week-end et jours fériés, 25 €, 30 € et 38 €.

Avenue du Maréchal Leclerc à Pont l’Abbé d’Arnoult – tél. 05 46 97 12 50 – www.restaurant-eloise.com


De la vocation navale et maritime de la France

Mardi, juillet 28, 2009

Nicolas Sarkozy, dans son discours du Havre, a surpris les commentateurs en parlant de la vocation maritime de la France, et des 11 millions de km² de mer sur lesquels elle est souveraine. C’est tellement rare qu’un homme politique en France, qui compte pourtant 2000 km de côte, parle de la mer, que cela mérite d’être souligné. Peuple de paysans, l’empire des mers a généralement échappé aux Français, et lorsque l’on relit l’histoire navale de notre pays, on ne peut que constater un retard perpétuel sur les Hollandais, les Espagnols et les Anglais qui dominèrent les routes maritimes et les découvertes où elles menaient. Les armateurs charentais y eurent pourtant leur part, mais tandis qu’Espagnols, Portugais et Anglais s’installaient dans le nouveau monde, riche d’épices et d’or, il fallut attendre le XVIIème siècle pour que la France s’installe au Canada sur ces arpents de neige qu’elle ne parviendra pas à conserver et si Louis XIV aime et honore des marins comme Forbin et Jean Bart, c’est parce qu’ils sont des corsaires dont les brigandages rapportent beaucoup à la couronne. Louis XV perdit les Indes malgré la victoire de Bailly de Suffren, et il fallut Louis XVI, avant qu’on lui coupe la tête, pour que la France ait enfin une marine, manoeuvrant en escadre capable de tenir les océans, de vaincre les Anglais, et de permettre ainsi l’indépendance des Etats-Unis. C’est à la victoire de la Cheesepeake que l’amiral de Grasse, en coulant la flotte anglaise, permit la victoire terrestre de Washington. Mais si personne n’a oublié le général de La Fayette, la mémoire nationale a presque englouti de Grasse. La flotte française ne survécut pas à la Révolution et Napoléon connut Aboukir et Trafalgar, et ne put jamais dompter l’Angleterre qui finit par l’enfermer à Saint-Hélène. Il fallut attendre son neveu, Napoléon III, toujours si décrié, pour que la France retrouve sa puissance navale, mais la politique coloniale fut toujours aux mains de l’armée et jamais dans celles de la marine qui n’imaginait pas un instant dominer des territoires et des populations mais simplement des lieux de commerce et d’influence. L’histoire retiendra donc Lyautey ! A une époque plus récente, en 1942, l’amiral Laborde saborda à Toulon la flotte magnifique, voulut par Georges Leygue, que l’amiral Darland n’engagea pas ou très peu en 1940 contre les Allemands de peur de l’abîmer.
Les vues planétaires du général de Gaulle ne furent pas très océanes, bien qu’au nom de la dissuasion nucléaire il se dota d’une force sous-marine ; quant à Giscard d’Estaing qui n’aimait pas la marine, il retint simplement que ses officiers avaient les cheveux trop longs. On fit traîner des années la construction d’un porte-avion, et l’on découvre aujourd’hui qu’il en faut au moins deux avec ce qui va avec.
Car contrôler les mers, l’espace maritime et ses richesses enfouies, notamment pétrolières, exige une marine présente. Depuis que l’océan indien est devenu stratégique et qu’on y délivre des permis de recherche pétrolière, les “îles éparses”, Tromelin, Juan de Nova, Europa et quelques autres sont à nouveau visitées et occupées ; la route maritime du canal de Suez à l’Inde et à la Chine a besoin d’être protégée de la piraterie somalienne, comme au bon vieux temps, et l’immense Polynésie donne à la France une incontournable présence dans l’océan pacifique.
En annonçant une vraie politique maritime, une politique des océans et de leurs ressources jusque dans le domaine de l’écologie et de la biodiversité, Nicolas Sarkozy tient enfin un langage que l’on a rarement entendu en France. Evidemment, on ne se contentera pas de paroles verbales. Des objectifs clairs doivent être définis et une stratégie pour les atteindre, avec les moyens nécessaires, doit être arrêtée. La France ne manque pas de passionnés de la mer, elle ne manque pas de chercheurs et de marins. Il suffit qu’on lui donne cette ambition, qu’on sorte de la Corrèze, de l’Auvergne et du Larzac pour regarder le vaste monde, où nous sommes, mais trop souvent sur la rive. Il faut donc maintenant passer de la parole aux actes pour pouvoir saluer l’initiative du Président de la République qui peut être de nature historique pourvu que le grand dessein prenne forme. Ce serait une formidable façon de sortir de la morosité et de l’enfermement terrien.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°142 – Août 2009

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A Saintes le RSA fait la révolution

Mercredi, juillet 1, 2009

Le Parti socialiste va mal, à Saintes comme ailleurs. Le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) de la ville a fait savoir qu’il n’appliquerait pas la loi créant le Revenu de Solidarité Active (RSA) pour des motifs divers et variés, allant de la complexité des dossiers à monter, à l’effet supposé de ce régime qui remplace le Revenu Minimum d’Insertion (RMI), sur le développement des activités précaires. On sait que le principe du RSA – inventé par Martin Hirsch qui ne passe pas pour un militant d’extrême droite – est simple : tous ceux qui sont éligibles à ce système, c’est-à-dire en gros les anciens Rmistes, pourront cumuler un salaire et une contribution sociale dès lors que l’addition des deux ne les conduise pas trop au-delà du SMIC. Ce système de bon sens qui permet à un demandeur d’emploi d’accepter un travail sans perdre sa protection sociale (c’était le cas du RMI) tout en cumulant un salaire et une aide si le salaire est inférieur au SMIC, était demandé depuis belle lurette ; le premier à l’avoir refusé était Alain Juppé en 1996 ! Il est évident que dans une société où le salariat est en question, le revenu du travail, quel qu’il soit, doit être pris en considération. Autrement c’est le cumul du SMIC et du travail au noir !

On aurait pu espérer que le dispositif, très coûteux en termes de solidarité pour le contribuable, soit applaudi sur les bancs de Gauche confondus. Pas du tout ! L’exemple de Saintes est magistral. Le RMI ou rien ! Et cerise sur le gâteau, le CCAS explique que la paperasse est telle qu’il faut embaucher trois fonctionnaires de plus pour faire marcher le système. Sur ce dernier point, il y a matière à discuter. La complexité des textes s’oppose à la simplification de l’Etat voulue par le Président Sarkozy et d’ailleurs par ses prédécesseurs. On se souvient que Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre de Jacques Chirac, avait créé une machine qui s’appelait le Comité de simplification administrative inauguré avec flonflons et discours. Le COSA, largement peuplé par la société civile a fait ce qu’il a pu. Il a proposé des tas de simplifications administratives, dans tous les domaines, et ses travaux ont même donné lieu à des ordonnances prises dans le cadre d’une loi votée au Parlement, habilitant le Gouvernement à simplifier par ordonnance ! Le résultat est ténu. Souvent la simplification a rendu les choses plus compliquées encore. La mise en œuvre du RSA n’échappe pas à ce travers républicain qui ne fera jamais simple quand on peut faire compliqué. Mais ce n’est pas le RSA qui est en cause, c’est notre système où ceux de l’Agence pour l’emploi se battent encore contre ceux de l’UNEDIC parce qu’ils n’acceptent pas leur fusion dans un grand service public de l’emploi ! A Saintes d’ailleurs, cette lutte titanesque a tout simplement  empêché une vraie Maison de l’emploi efficace de voir le jour, à force de compter les virgules du texte et de remplacer sans cesse, avec une grande application, « par conséquent » par « donc ».

Le CCAS de Saintes est sous l’autorité des élus, au premier rang desquels le maire, qui a la lourde tâche d’appliquer sur le territoire de sa commune les lois de la République. Affirmer ainsi que Saintes n’appliquera pas le RSA, et deviendra par voie de conséquence, une zone de non-droit, peut enchanter certains membres de la municipalité, comme le fameux Thierry Leblanc qui souhaitait créer un camp de SDF dans la prairie ; mais que le Conseil municipal, dans son ensemble, se détourne de la loi républicaine au bénéfice de deux ou trois dogmes socialistes portés par un Parti moribond, a de quoi surprendre !

Certes, Monsieur le sous-préfet exercera avec attention le contrôle de la légalité et l’on  peut penser que tout va rentrer dans l’ordre ou à peu près. Une question vient cependant à l’esprit, puisque le CCAS de Saintes ne souhaite pas appliquer les lois de la République, mais les siennes propres. Que propose-t-il ? Quelles mesures ?

On peut certes proclamer haut et fort le droit au travail pour tous, mais encore faut-il créer l’activité qui engendrera le travail, et là il faut avoir de l’imagination et le plus souvent quelques capitaux – le mieux serait sans doute d’interdire le salariat puisqu’il constitue l’exploitation de l’homme par l’homme. Chacun se débrouillerait avec sa pelle ou son marteau. On n’aurait plus à penser au RSA, au travail au noir ou au travail tout court ; le patronat serait définitivement aboli. On verrait naître une coopération harmonieuse de tous les agents de production, et les autres iraient pêcher à la ligne, sans CO2 ni gaz à effet de serre. On attend une proclamation en ce sens de la ville de Saintes, qui va ainsi entrer pour toujours dans l’histoire moderne.

Xavier de Roux


L’Iran : vers une dictature populiste ?

Jeudi, juin 25, 2009

Depuis l’annonce de la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, les Iraniens favorables à Mir-Hossein Mousavi manifestent leur colère. En première ligne, les jeunes font preuve de courage. Dans ce pays, en effet, manifester son mécontentement n’est pas un acte évident, surtout quand le Guide suprême, l’Ayatollah Khamenei, appelle au calme et menace de représailles ceux qui descendent dans la rue.
Actuellement dans un étau, l’Iran est sous les projecteurs de la presse internationale. Les dirigeants iraniens s’offusquent et rétorquent que la politique intérieure de leur pays ne regarde pas l’étranger. Mais il en est ainsi. Aujourd’hui, avec internet, l’information, en devenant immédiate, circule et se répand.
Que veut l’Iran ? Voilà bien la question. S’isoler pour se protéger de la pensée occidentale, afficher ses différences pour mieux s’opposer au modèle anglo-saxon ? Se tailler la part du lion en prônant la résistance ? S’équiper sans avoir de comptes à rendre ?
Nous avons demandé à Xavier de Roux, ancien Président des amitiés franco-iraniennes à l’Assemblée Nationale, ce qu’il pense de la situation.


• Les images qui nous parviennent des manifestations iraniennes montrent la large participation des jeunes opposés à Mahmoud Ahmadinejad. Serait-ce un Mai 68 iranien ?

La situation iranienne est très éloignée de celle qu’a connue la France. Le début des émeutes et des manifestations a une cause très claire qui est le résultat électoral et la contestation qui en découle. Les motivations sont donc très différentes de celles de mai 68. En effet, les élections en Iran sont apparues pour la première fois, durant la campagne, comme un exercice tout à fait libre et démocratique. On a vu les candidats débattre longuement à la télévision et, contrairement aux scrutins précédents, beaucoup d‘Iraniens sont venus voter.
Les résultats ont pour le moins été opaques et tout le monde s’accorde, même du côté des autorités iraniennes, à dire qu’il y a eu un certain nombre d‘irrégularités. La question est de savoir si ces irrégularités affectent totalement ou partiellement les résultats.
Mais la contestation peut sembler légitime et l’article 27 de la Constitution iranienne prévoit le droit d’exprimer son opinion en manifestant. Le droit de manifestation est inscrit dans la Constitution de la République islamique. En conséquence, les manifestations pour obtenir un nouveau décompte des voix peuvent sembler parfaitement légitimes.
Ce qui n’est pas légitime, ce sont les violences et le prêche du Guide Suprême interdisant les manifestations en menaçant d’une répression sanglante . Le fait qu’il ait entériné, sans autre discussion, la nomination du Président est apparue pour beaucoup d’observateurs comme une rupture dans l’ordre constitutionnel de la République islamique. Désormais, la répression s’accroît et les milices tiennent la rue. La République islamique a-t-elle vécu ?

• Mahmoud Ahmadinejad et Mir-Hossein Mousavi sortent du même creuset. Le fait de paraître tolérant et ouvert durant la campagne aurait-il pu dissimuler une manœuvre du président sortant (et de ses appuis religieux) pour se débarrasser d’un rival gênant ?…

La question est bien de savoir si les élections étaient une simple mise en scène pour mieux de se débarrasser de l’opposition que l’on sentait monter dans l’opinion depuis un certain temps. Il y a effectivement une différence considérable entre l’aspect libre de la campagne électorale et l’opacité des résultats…

• Pensez-vous qu’en offrant une image aussi négative à l’étranger, l’Iran s’isole volontairement pour faire son programme nucléaire tranquillement, par exemple ?

Je ne pense pas que l’Iran cherche volontairement à s’isoler sur la scène internationale. Ce n’est ni sa vocation, si son rang. Mais ses dirigeants doivent se rendre compte que l’image qu’ils donnent du pays l’isole certainement du concert des nations.

• Cette réaction de fermeture pourrait-elle être une réponse à l‘ouverture souhaitée par Barack Obama ?

C’est effectivement une bonne question. Le discours du Caire de Barack Obama a embarrassé une partie des dirigeants iraniens et l’on voit clairement que la reconnaissance de l’Islam par Barack Obama, président des Etats-Unis, dont le prédécesseur avait tendance à assimiler Islam et terrorisme, change complètement la donne au Moyen-Orient.
Barack Obama, en faisant pression sur Israël d’une part pour trouver une solution à la création d’un état palestinien, et en manifestant d’autre part sa considération pour le monde musulman, a ouvert une voie de réconciliation. Entre ces deux parties séparées du monde, les Etats-Unis ne sont plus le grand Satan et il n’y a plus de raison de ne pas échanger avec eux. A la vielle des élections iraniennes d’ailleurs, les pays de l’Union Européenne comme les USA avaient approché l’Iran pour renforcer leurs liens industriels et commerciaux.
Ces démarches avaient été accueillies positivement. On avait vu récemment le ministre des Affaires Etrangères iranien reçu par le président Sarkozy et le ministre de l’Industrie et du Pétrole accueilli à Berlin en grandes pompes, notamment par la communauté industrielle allemande. On pouvait donc espérer que ces élections seraient celles de l’ouverture, redonnant à l’Iran le rôle éminent qu’il devrait retrouver dans cette région et dans le concert des nations.
La réaction des éléments les plus durs du régime iranien est apparemment une réaction de fermeture et d‘isolement, mais cette réaction semble en décalage complet avec celle de la société civile iranienne.
Aujourd’hui, il est possible qu’une fronde des libertés commence. On peut cependant craindre un passage de la République islamique à une dictature militaire populiste et vaguement islamiste, mais alors le socle théologique cèdera. Les dictatures ne durent jamais longtemps et le processus de contestation pourrait être fatal aux actuelles institutions.



Photos des manifestations iraniennes


Partie de poker à Téhéran

Lundi, juin 15, 2009

Le résultat des élections iraniennes risque de relancer la tension au Proche-Orient et d’entraîner une nouvelle confrontation entre les Etats-Unis et l’Iran.

Israël retrouve en effet, intact, son meilleur ennemi, celui dont elle a besoin pour poursuivre une politique d’intransigeance vis-à-vis du Hamas et la colonisation de la Cisjordanie, c’est-à-dire l’élimination, selon elle, du problème palestinien. Par ailleurs l’ouverture faite par le Président Obama, lors de son discours du Caire, en direction du monde musulman, trouve une réponse politique en Iran porteuse d’orages à l’intérieur même de ce pays. Qu’elles soient régulières ou irrégulières, les élections iraniennes mettent à jour une vraie cassure dans le corps social iranien. Il faut rappeler ici que les quatre candidats en lice étaient tous issus du régime de la révolution islamique dont aucun ne remettait en cause les institutions. M. Moussavi, ancien Premier ministre pendant la guerre Irak-Iran, ne passait pas pour un réactionnaire et il a solidement contribué à l’édification du régime. Ses partisans voulaient un autre président qu’ Ahmadinedjad, qui incarne à leurs yeux un populisme provocateur, enfermant l’Iran, grande puissance régionale au passé prestigieux, dans un isolement économique et culturel qu’une partie de la population ne supporte plus. Or le guide suprême, l’Ayatollah Khamenei, en louant la victoire du Président sortant, a montré le chemin qu’il convenait de poursuivre. C’est évidemment une grande déception pour l’Occident qui a besoin de paix et de stabilité et c’est aussi une déception pour la Russie qui doit faire face dans le Caucase à des mouvements islamistes radicaux qui trouvent une légitimité dans le régime iranien.

Les élections iraniennes semblent avoir ouvert une boîte de Pandore tant au plan intérieur qu’au plan extérieur.

Au plan intérieur parce que la confrontation dans la société iranienne risque de se poursuivre et d’entraîner une répression dont on ne connaît pas les limites. Au plan extérieur, parce que l’Iran montre ses muscles, en faisant voler ses avions de chasse de fabrication entièrement nationale, ses nouveaux sous-marins, ses missiles et en envoyant six bâtiments de guerre dans le Golfe d’Aden pour montrer sa présence légitime dans les eaux internationales.

Il en résulte une montée de la tension dans le Golfe persique entraînant aussi, pour l’Iran, une plus grande difficulté économique dans le financement de ses opérations internationales dont une grande part dépendent largement de Dubaï, malgré une montée en puissance de l’Azerbaïdjan et de Bakou.

Or l’Iran a besoin d’investissements internationaux dans tous les domaines pour satisfaire aux aspirations de sa population et permettre le développement que mérite ce grand pays.

Une longue instabilité en Iran risque donc de décourager l’investissement, d’entraîner de nouvelles tensions régionales, en mettant en difficulté les Etats-Unis dans le règlement de la question palestinienne, c’est-à-dire dans l’établissement d’un Proche-Orient apaisé.

C’est donc une extraordinaire partie de poker qui s’ouvre en Iran et qui concerne sans doute le monde entier. Moussavi, issu de la révolution de 1979, peut-il aujourd’hui lancer dans la rue, contre le préféré du guide suprême, des jeunes qui n’étaient pas nés lors de la chute du Shah et qui ne supportent plus un régime qui les prive de ce qu’ils estiment être leur liberté et leur libre destin ?

La réponse à cette question n’est pas simple, mais aujourd’hui à Téhéran qui perd gagne.

Mais l’acte II pourrait maintenant commencer. Dans l’entrelacs des pouvoirs de la constitution iranienne, le Conseil de discernement présidé par Rafsandjani joue un rôle essentiel. En effet, il propose la nomination du guide suprême, aujourd’hui l’ayatollah Khamenei, mais il peut également le démettre. Or le président du Conseil de discernement, Rafsandjani est dans le camp de Moussavi, il fut même son principal supporter, tandis que le guide suprême est dans le camp de Ahmadinedjad dont il souhaitait la victoire. Certes l’exécutif en place tient théoriquement la police, les milices Bassidji et les forces armées, cependant de la ville sainte de Qom parviennent des voix dissonantes appelant à la concorde et ces voix sont religieuses. En effet la haute hiérarchie religieuse voit bien qu’un pourrissement de la situation, une répression trop forte serait une victoire à la Pyrrhus, puisqu’elle incarnerait une rupture complète entre la société civile et la société politique.

L’appel à se réunir le troisième jour après la mort des premières victimes est un signe. On se réunira aussi dans les mosquées à l’ombre de Dieu, comme si en fin de compte il devait choisir son camp. Ce sont évidemment les avatars de la théocratie, système que l’on a visiblement du mal à déchiffrer à Washington et ailleurs.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°141 – juillet 2009

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Pauvre Europe !

Mardi, mai 26, 2009

L’élection du Parlement européen a lieu le 7 juin prochain. C’est une élection capitale, et pourtant tout le monde s’en moque.
C’est une élection capitale parce que les lois européennes votées par le parlement européen sous le nom de directives s’imposent à la loi nationale qui a l’obligation de les “transcrire”. Nous vivons Européens, et souvent nous ne le savons pas.
Le traité de Lisbonne, s’il est ratifié en octobre par l’Irlande, va renforcer les pouvoirs du Parlement européen qui aura désormais les mêmes prérogatives législatives que le Conseil des Etats. Or les règles économiques et sociales qui seront adoptées après la sortie de crise seront d’abord des règles européennes, les parlements nationaux n’auront qu’un rôle subsidiaire. Le Traité de Rome en 1958 consacrait la toute puissance du marché et du droit de la concurrence. Il y a tout lieu de penser que l’interprétation du Traité de Lisbonne donnera du droit européen une lecture différente. Le Parlement européen aura donc un rôle essentiel à jouer, un rôle protecteur, un rôle d’arbitre. Les grandes entreprises ne s’y trompent pas. Elles sont déjà dans ses couloirs.
Et pourtant tout le monde semble se moquer de ces élections. Les partis commencent à peine une campagne électorale, si brève qu’elle durera au maximum deux semaines ! Peu de candidats sont connus du grand public, Cohn-Bendit et Rachida Dati sont presque deux exceptions. Quant aux programmes, ils sont largement à usage interne. Madame Aubry et M. Bayrou ordonnent de tirer sur le quartier général, c’est-à-dire sur Nicolas Sarkozy en prévision des élections présidentielles, François Bayrou espère gagner la mise, en l’emportant au premier tour sur le candidat socialiste ; l’extrême gauche, assez en forme, développe un programme anti-capitaliste qui a au moins le mérite d’être clair, et l’extrême-droite souverainiste veut, à la limite, d’une Europe des Nations, mais certainement pas d’un Parlement européen doté de pouvoirs.
Il faut donc être courageux pour faire campagne et pour dire d’aller voter. Jusqu’alors la majorité et l’opposition au Parlement européen, c’était à peu près bonnet blanc et blanc bonnet puisque pour distinguer un social démocrate allemand d’un démocrate libéral hollandais, il fallait faire un certain effort. Mais tout peut changer. La crise est passée par là. On a pu constater que les certitudes anglo-saxonnes des banquiers de la City de Londres et de Wall Street si présentes à Bruxelles ont disparu le temps d’un clic sur un ordinateur, emportant dans la même tourmente les marchés financiers chinois de Hong-Kong, de Singapour et d’ailleurs, la bourse de Tokyo et bien entendu les marchés européens. Bourré de fausse monnaie fabriquée à l’abri d’une grande dérégulation mondiale, l’heureux casino où l’on jouait les finances du monde a sauté, fragilisant l’épargne, vidant les poches et fermant les usines. Or qui nous dit qu’une fois le système renfloué à grand renfort d’aides des Etats financées par le déficit de leur budget, les mêmes ne vont pas essayer de recommencer ! Le Parlement européen peut constituer un puissant contrepoids.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°140 – Juin 2009

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Abus de pouvoir

Mardi, mai 5, 2009

François Bayrou est un personnage surprenant. On a connu un jeune normalien talentueux donnant l’illusion d’un homme politique intelligent et efficace. Il ne laissa pourtant pas de grands souvenirs de son passage au Gouvernement. On sait simplement qu’il s’acharna à ne rien faire lorsqu’il fut ministre de l’Education Nationale. On ne peut pas lui reprocher son bilan : il n’en a pas. Mais il a décidé d’être Président de la République. C’est une maladie à la mode qu’il partage avec quelques autres. Il faut donc prendre des postures. François Bayrou a décidé d’ouvrir le feu sur son rival Nicolas Sarkozy, qui, lui, a été élu. Ils se connaissent depuis de très longues années, ils ont fréquenté les mêmes allées du pouvoir, ils ont mené les mêmes combats. Alors prétendre brutalement que Nicolas Sarkozy met fin à la France républicaine et à la démocratie pour imposer le règne de l’argent et le modèle anglo-saxon relève du poncif à la mode et de la caricature. D’abord parce que le modèle anglo-saxon est cul par-dessus tête, l’industrie financière en faillite et les banques d’affaires en déroute. Personne évidemment ne peut plus soutenir ce modèle-là ; François Bayrou n’a pas l’air de savoir que le casino a sauté et qu’il faut se préoccuper de l’avenir. On attend d’un homme politique des idées pour des actions. On ne trouve dans l’ouvrage de François Bayrou ni l’un ni l’autre si ce n’est la fameuse exception française qui ferait que nous ne serions pas un pays comme les autres, mais une île protégée dans un océan sur lequel l’humanité est à la dérive. Cette définition peut flatter certains Français. Elle ne permet pas de réfléchir à l’avenir. Car François Bayrou – qui fut européen – n’a pas l’air de se rendre compte que la planète est devenue minuscule ; que les nouvelles technologies déplacent les capitaux à la vitesse de la lumière et imposent donc une régulation mondiale – c’est une première leçon de la crise – que l’avenir écologique de la planète impose également une gouvernance globale qui ne peut pas s’arrêter à un seul pays, fut-il aussi talentueux que la France. Le côté béret basque et baguette sous le bras du sympathique Français qu’appelle de ses vœux François Bayrou fait penser à ces images jaunies qu’on trouve dans les tiroirs des familles, au rayon photos. C’est plein de nostalgie. François Bayrou ne dit pas un mot de demain. Il canonne le Président de la République, pour lui prendre sa place et lui piquer son fauteuil, mais cet appétit de pouvoir ne dit pas à quoi il servira. En fait de pamphlet, nous avons un brouet fade servi par un vieux jeune homme, devenu monsieur Jadis. C’est dommage ; il méritait mieux que cela.

Xavier de Roux


Une vraie révolution !

Mardi, avril 21, 2009

La banqueroute du casino financier imaginé ces vingt dernières années par les esprits les plus savants de Wall Street et de la City de Londres, ouvre une voie nouvelle et hâte une évolution planétaire à laquelle on croyait avoir tout le temps de réfléchir. Les arts informatiques et numériques ont cela de fascinant qu’ils effacent la distance et le temps et font voyager à la vitesse de la lumière aussi bien la richesse que la ruine. On vient de s’en rendre compte grandeur nature.

Nos savants financiers anglo-saxons voulaient la “globalisation”, eh bien ils l’ont ! Le cordon Bickford allumé à New-York a fait sauter la planète financière en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, laissant la place… aux responsables politiques que l’on vouait aux gémonies parce qu’ils étaient porteurs de règles d’organisation sociale extrêmement dérangeantes pour les jeunes gens fleuris qui pensaient créer la richesse ; tout au moins la leur.

Et les responsables politiques ont constaté qu’en ces temps de globalisation, même à marche forcée, il fallait bien globaliser à son tour si l’on voulait s’en sortir, c’est-à-dire trouver une solution à l’économie-monde qui passe par un accord sur un minimum de règles pour administrer un marché que l’on a voulu mondial. Et alors que l’Union Européenne n’a même pas achevé sa gouvernance, c’est de gouvernance mondiale dont on parle ! L’enjeu est d’une autre taille et il ne concerne pas seulement le jeu de meccano financier, mais toute l’économie-monde, puisque la même solidarité s’impose dans la sphère de l’écologie planétaire ; ce sera bientôt sur ce sujet crucial la conférence de Copenhague.

Nous assistons donc en même temps à deux impressionnants big-bang, pour commencer le siècle.

Barack Obama, l’homme providentiel, sera-t-il en mesure d’assurer cette mutation ? Rien finalement n’est moins sûr. Il a sur les épaules le poids culturel de l’Amérique, traditionnellement hostile aux interventions des Etats, et à tout ce qui ressemble à une réglementation de l’économie dont la force doit venir de la liberté, et plus hostile encore à une politique écologique globalement concertée. Certes sur ce deuxième sujet – l’avenir de la planète – son discours est plus libre, mais l’impact sur les industries américaines et les réactions de ces dernières sera une autre affaire, si bien que l’Union Européenne pourrait avec une vraie vision politique reprendre les choses en main.

Cette volonté politique, Nicolas Sarkozy la possède ; sa rivalité avec Obama est évidente, mais il faut mettre l’Europe en ordre de marche alors que les élections européennes approchent et que les électeurs français se moquent comme d’une guigne des enjeux planétaires. Comme d’habitude, ils règlent leurs comptes à leur gouvernement et à la majorité qui le soutient. L’UMP ne peut être sauvée que par le vide sidéral qui règne au Parti socialiste sur ces deux questions essentielles. Mais François Bayrou en embuscade, dévoré par sa passion du pouvoir, pourrait bien rafler la mise.

Pourtant, jouer “tout plutôt que Sarkozy” est une erreur. Le personnage, évidemment, ne fait pas l’unanimité, et on lui trouve autant de défauts aujourd’hui qu’on lui trouvait de qualités hier, mais il est le seul leader européen capable, sur la scène du grand théâtre mondial, de donner la réplique à Obama, et de faire en sorte que l’Occident soit toujours porteur de projets.

L’embuscade c’est l’affaire de l’écologie, clef de la gouvernance mondiale. Les Etats-Unis, s’ils sont désireux de prendre toute leur place sur ce sujet crucial, n’ont ni la culture, ni la pratique.

Sarkozy peut jouer sur l’entraînement de l’administration française qui s’est fait lors du grenelle de l’environnement et qui a donné toute sa mesure lors de la présidence française de l’Union Européenne. Non seulement les sujets sont transversaux et interdépendants, mais ils impliquent une politique planétaire et une bonne coordination des impacts.

Ainsi, pour les enjeux futurs, politique écologique et politique financière se conjuguent et font apparaître les besoins d’une organisation politique mondiale. Ce qui n’était que rêve ou utopie, devient très vite une réalité, un enjeu de pouvoir et nous y sommes.

Cette formidable partie est à peine commencée. Ne tirons pas déjà sur notre seul champion !

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°139 – Mai 2009

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L’impossible réforme

Mercredi, mars 25, 2009

Les Français n’aiment pas beaucoup les hommes d’Etat sauf lorsqu’ils sont indispensables, et à condition qu’ils ne durent pas trop. De Gaulle fit partie de ces exceptions. Mais Pierre Mendès France, Michel Rocard, Raymond Barre et Edouard Balladur, pour n’en citer que quelques-uns, ne firent pas long feu. On préfère sur les planches quelques saltimbanques de talent, c’est plus drôle, ça dit ce qu’on a envie d’entendre, et lorsqu’ils n’amusent plus on s’en débarrasse. C’est une curieuse conception de la démocratie, mais les Français sont ainsi. Ils ont usé quelques monarchies – ils aiment bien les monarques – cinq républiques et deux empires et continuent de dire tout le mal qu’ils pensent des élus qu’ils se choisissent. C’est paradoxal, mais c’est comme ça. Les élus savent très bien que pour tenir longtemps sur le manège, il faut se faire le plus discret possible, et au fil du temps la République a inventé un fameux fromage pour tenir au chaud les élus sans les exposer trop. Cette sorte de gruyère républicain s’appelle la décentralisation. On a créé des tas de structures – communes, communautés de communes, d’agglomération, pays, département, région – où chacun peut trouver sa place pourvu qu’il s’applique et qu’il en ait envie. Le nom commun donné à ce fromage, est le “millefeuille”, ce qui est un drôle de nom pour un fromage, mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ; le millefeuille distribue des prébendes et des impôts, et trouve toujours des avocats pour jurer très fort qu’il est utile, efficace, et tutti quanti comme diraient nos frères italiens. Les champions de l’intercommunalité ont donc poussé comme champignons en septembre ; le nombre de fonctionnaires territoriaux s’est envolé sans que baisse celui des fonctionnaires nationaux, et le moindre dossier est devenu si compliqué qu’il faut déployer une énergie farouche, simplement pour obtenir ce que disent les lois et règlements. Le Président de la République a demandé à Edouard Balladur qui est un homme d’Etat, de se pencher sur cette situation qui fleure bon la raffarinade.
Un comité pour la réforme des collectivités locales s’est donc constitué et le 5 mars dernier, il remettait son rapport qui à la fois constate une situation et fait des propositions, critiquées avant même d’être connues.
En 2007, les collectivités locales ont levé 61 milliards d’euros d’impôts, les communes 25 milliards, les communautés de communes 13 milliards, soit au total 38 milliards, et une grande partie de ces impôts est payée… par l’Etat ! Puisque l’Etat accorde des dégrèvements de taxes locales de plus en plus nombreuses, mais paye à la place des dégrévés. L’Etat est devenu le principal contribuable local, c’est le royaume d’Ubu Roi. Mais surtout la répartition des compétences des collectivités locales, illustre jusqu’à la caricature la nécessité d’une remise en ordre de l’administration locale française. En fait toutes les compétences sont partagées et personne ne parvient à maîtriser la dépense publique locale, alors que le citoyen très souvent ignore quelle est la collectivité locale responsable. Enfin le rapport souligne que «l’essentiel des décisions prises, au plus près des besoins de la population, le sont dans le cadre des EPCI, par des élus qui ne procèdent pas du suffrage universel».
Le comité résume ainsi la situation : «Trop de dépenses, trop d’impôts et de mauvais impôts, trop de structures d’administration, parfois vieillies, trop d’élus et souvent là où ne se prennent pas les vraies décisions. Pas assez de démocratie locale.» Il faut ensuite 20 propositions allant de la réforme de la fiscalité locale, à la diminution du nombre de régions en passant par la possibilité pour les intercommunalités de se transformer en communes nouvelles, la réduction d’un tiers du nombre des élus dans les exécutifs communaux, lesquels seraient élus au suffrage universel, la désignation enfin par une même élection à partir de 2014 des conseillers régionaux et départementaux en supprimant les cantons.
On imagine les réactions ! Le Sénat est dans tous ses états, le Parti socialiste est convulsif, l’UMP se demande si c’est le moment. Le statut des chercheurs à côté semble une affaire minuscule. C’est donc au Président de la République de faire proposer au Parlement une loi, reprenant ou ne reprenant pas tout ou partie des dispositions. On peut être assuré d’un tir de barrage parlementaire, tous les groupes de pression vont monter au créneau et ce n’est pas demain que l’administration du pays sera simplifiée et moins onéreuse.
Le Président de la République n’a pas de chance. Ses propositions font descendre dans la rue tous les protestataires, et la société du spectacle nous inflige quotidiennement une pensée unique qui doit faire retourner dans sa tombe Guy Debord, et comme la société du spectacle est arc-boutée sur la fameuse crise et la relance – comme au billard – on voit mal qui s’emparera du sujet, mobilisera et le portera. Certainement pas Madame Aubry, empêtrée dans ses contradictions qu’elle prend pour un raisonnement dialectique… Son ami Delanoé et quelques autres font depuis des mois campagne contre l’automobile, mais descendent dans la rue, drapeau rouge en tête, lorsque les usines ferment faute de commandes ! L’idéal serait de ne pas avoir de voitures dans les rues, des taxes et des horodateurs partout, mais de continuer à fabriquer des bagnoles pour faire plaisir à la CGT, et tout est à l’avenant.
Reste la majorité ; on l’oublie un peu ; elle est aux abris. Elle pourrait peut-être en sortir pour faire une œuvre utile, simplifier l’administration de notre pays, la rendre moins coûteuse, plus lisible par le citoyen, c’est-à-dire plus démocratique. Ce serait sans doute plus utile que de passer des heures à confectionner des listes aux élections locales, pour faire plaisir aux petits camarades, qui d’ailleurs ne seront jamais satisfaits. C’est une réforme urgente et le comité Balladur a fait un bon travail.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°138 – Avril 2009

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Quand le ciel nous tombe sur la tête

Mardi, février 24, 2009

“Ce monde a quelque chose de bon, il suffit de le considérer pour être aussitôt guéri de l’antique peur de le perdre” (Philippe Muray)

Tous les matins et tous les soirs, en ouvrant la télé, en lisant les journaux, en écoutant la radio, on est pris d’une impression de fin du monde. La crise, comme un animal étrange, est là, à notre porte, sur notre table, à notre chevet, avec son cortège de malheurs et de désespoirs, de famine et de maladie.
Les mêmes qui vilipendaient il y a peu la société de consommation, qui s’insurgeaient contre l’automobile, les dépenses d’énergie, le réchauffement de la planète, le CO2 et la dioxine, ceux qui nous annonçaient la fin du monde sous les déchets toxiques d’une consommation effrénée, ceux qui défendaient le jardinage contre les organismes génétiquement modifiés, les destructeurs de champs de maïs, les protecteurs de la mer et les amoureux des montagnes, les as de la biodiversité, tous ceux-là aujourd’hui, furibards, s’en prennent aux conséquences de cette situation où l’on découvre que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, que la croissance n’est pas une religion, mais un simple principe capitaliste, que la richesse peut exploser en plein vol, et que le grenelle de l’environnement n’est peut-être pas si bête que cela parce qu’il peut jeter les bases d’une autre économie, d’une autre organisation sociale, sans fringale ni boulimie, et même sans la fameuse croissance.
Mais évidemment si l’on condamne la circulation automobile, il ne faut pas s’étonner que les usines ferment et que les salariés de ces entreprises se trouvent sans emploi ; si l’on veut la fin de la grande distribution, on licencie en même temps les caissières, et lorsque les banques font faillite leurs employés sont au chômage. Moins d’acier, moins de béton, c’est moins de CO2 mais aussi moins d’emplois et tout est à l’avenant.
Il y a donc une contradiction profonde entre une revendication d’économie sage, et la réalisation de cette économie ; cette contradiction c’est le traitement de l’emploi salarié. Nous sommes là en pleine dialectique et il ne faut pas douter que notre ami Besancenot, en bon marxiste-trotskiste, saura trouver la voie. Mais en attendant on peut demander aux médias et à ceux qui les font de mettre un peu d’ordre dans leurs discours et de sérier les propositions !
Ou bien la catastrophe n’est pas la catastrophe, mais le remède à une catastrophe plus grande parce que le monde, sous l’aiguillon du profit, courait à sa perte, ou bien le système capitaliste en crise du fait de la cupidité de ses acteurs peut se réformer et reprendre globalement le chemin d’une croissance mieux maîtrisée et plus ordonnée.
La cacophonie des annonces et des discours ne permet pas vraiment de s’y retrouver. Les Antilles ne manifestent pas contre la société de consommation, mais contre des revenus et des prix qui ne permettent pas de consommer assez. Les ouvriers de l’automobile ne manifestent pas contre l’émission de CO2, mais contre le fait que les voitures ne se vendent pas assez pour leur assurer emploi et salaires. Les professeurs sont dans la rue parce que l’on veut évaluer leurs connaissances et leur travail qui sont de droit divin, et les étudiants parce qu’ils ne savent vraiment pas où tout cela mène.
Tenter une réforme dans ce salmigondis relève de l’exploit. Nicolas Sarkozy est évidemment pris complètement à revers et doit être sur tous les fronts, avant que la mayonnaise ne prenne, ou que des masses si contraires se rencontrant ne finissent par exploser.
Mais ses adversaires feraient bien de ne pas se réjouir trop vite. Leurs discours contiennent autant de contradictions et ce ne sont pas les remèdes de bonne femme de Madame Royal qui apporteront de meilleures solutions.
Le ciel ne nous tombe pas sur la tête mais la population de la planète explose et il faut faire vivre ces hommes et ces femmes qui sont à la fois très loin et très près de nous. Nous savons que les ressources connues nous sont chèrement comptées, et déjà des continents entiers sont secoués par des guerres pour le contrôle des matières premières, pour le contrôle de l’eau, et tout simplement pour le partage de la richesse.
Les guerres du Congo, les pirates de Somalie ne nous disent pas autre chose, et lorsque la foi s’empare des hommes comme un ultime espoir, c’est Dieu lui-même qui devient une menace.
Un pays seul ne peut rien régler ; la réunion du G20 au mois d’avril est un premier pas pour tenter de dresser une vraie charte du développement. Mais il faut en même temps sortir des âneries de la mondialisation et de l’organisation mondiale du commerce telle qu’elle existe, fondée sur un libre échange destructeur tant que le niveau de développement et d’organisation des pays et des territoires sera à ce point disparate. On peut mettre en concurrence sur un marché planétaire des intérêts capitalistes, on ne peut pas mettre en concurrence des travailleurs de pays au niveau de développement différent, cela nous venons de l’apprendre très fortement.
C’est donc en vérité vers une nouvelle charte des Nations-Unies qu’il faut se diriger à pas lents, peut-être, mais sûrement.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°137 – Mars 2009

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Une crise majeure

Mardi, février 10, 2009

La crise que nous traversons est évidemment une crise majeure du capitalisme. Depuis 1989, lorsque l’économie de marché s’est trouvée seule au monde, on a assisté à une flambée de la rémunération du capital accompagnée d’une pression sur les coûts et donc sur la rémunération du travail devant être mis en oeuvre pour produire les biens et les services nécessaires ou demandés par le consommateur.

Mais pour que la machine tourne, encore faut-il que le consommateur puisse consommer, or il se trouve qu’étant dans la plupart des cas salarié, la réduction de sa rémunération, ou sa mise à l’écart du marché du travail, ont pour effet une diminution de sa consommation.

Il faut donc financer cette dernière en prêtant de l’argent à des taux quasi usuraires qui ont le gros avantage de pouvoir rémunérer confortablement les prêteurs qui s’empressent de titriser leurs créances pour les revendre à des épargnants plus fortunés, attirés par le montant des intérêts que l’on peut prendre aux pauvres.

Les calculs des savants mathématiciens concluaient que l’on pouvait produire ces papiers creux sans trop de risque, les probabilités d’insolvabilité concomitantes ou générales étant faibles. Alors nos banquiers s’en sont donné à coeur joie ; on a inventé toutes sortes de marché, des produits dérivés, des créances, des marges, des hypothèques, des sûretés ; un inventaire à la Prévert. L‘avarice et la cupidité ont permis à beaucoup d’opérateurs de faire tellement fortune et si vite que les malheureuses activités commerçantes ou industrielles devenaient complètement marginales.

On rééditait à l’échelle mondiale l’antique système Law ; et puis patatras, le grand casino a sauté, alors qu’on allait gagner le jackpot puisque le salaire était enfin devenu une simple variable d’ajustement de la rentabilité du capital ! En France, ceux qui avaient enseigné avec passion la doctrine de la cupidité sans partage, les Guy Sorman, Nicolas Baverez ou Alain Minc, regardaient, à peine navrés, leurs écoles de commerce, leurs instituts de gestion, leurs universités qui avaient propagé la nouvelle culture, finir dans l’opprobre et le doute. Que n’avaient-ils pas enseigné, écrit, prêché ! La loi du profit et de la croissance, la dérégulation et la fin des Etats, la libre concurrence et la mondialisation. Et finalement, ils avaient assez bien réussi. On avait fini par croire à la perfection du marché, à la justesse de la main invisible, et de hautes juridictions, comme la Cour de justice européenne, ont élevé la concurrence au rang de dogme juridique, le salaire étant une simple variable d’ajustement d’une rentabilité qui était devenue l’alpha et l’oméga de la pensée contemporaine, si bien que l’on pouvait inventer la précarité absolue en allouant des heures de travail si chichement qu’elles ne pouvaient conduire qu’à la pauvreté absolue, ou encore grâce à la mondialisation – à la globalisation comme disent les Anglo-saxons – on pouvait mettre en concurrence les salariés d’un pays avec ceux du reste du monde.

L’iniquité et la barbarie de ce système ne pouvaient pas prospérer, mais l’exemple américain, maître du monde, était si brillant, que le mettre en cause renvoyait aussitôt aux catacombes du communisme qui reste d’ailleurs une forte tentation. En ayant ruiné le salarié en supprimant en même temps le consommateur, on est allé au bout d’une contradiction fondamentale du système mis en place. Il faut donc maintenant rebâtir. Les Etats, c’est-à-dire les organisations de citoyens, doivent reprendre la main. Il leur faut d’urgence reconstruire la machine à produire, la machine à échanger, c’est-à-dire le marché, et la machine à financer la production et l’échange, c’est-à-dire la banque. Et il y a presque tout à faire. Il faut s’interroger sur ce dont nous avons besoin pour exister collectivement sur une planète surpeuplée ; le sort de nos ressources, le genre de vie que nous voulons mener. Ces questions sont évidemment des questions politiques que les démocraties doivent débattre pour faire un choix, en équilibre instable, entre la liberté et l’égalité qui se détestent copieusement.

Doit-on retourner à une société collectiviste définissant les besoins de tous et produisant de façon planifiée pour les satisfaire au mieux, avec le moins de travail possible et donc du temps pour exister autrement ?

Doit-on au contraire laisser la liberté aux hommes, comme l’air du temps qu’ils respirent parce qu’ils sont chacun différents et simplement organiser par la morale et par la loi les règles de la vie commune pour qu’ils n’abusent pas de leur liberté ?

Paradoxalement, le plus vieux parti de France, le parti radical, humaniste et tolérant, a sans doute les meilleures réponses tirées de son histoire et de sa vision du monde. Le passage de son président Jean-Louis Borloo, par la fréquentation étroite de l’écologie politique, lui donne en outre un caractère contemporain que l’on ne souligne pas suffisamment.

Réconcilier l’homme avec son avenir à long terme, c’est-à-dire avec son environnement, avec une approche rationnelle de la contradiction entre égalité et liberté, après une longue exploration de la fraternité peut nous reconduire aux sources d’une société réellement républicaine et équilibrée. C’est dans ce creuset de modération mais aussi de clarté qu’il faut refonder une république donnant l’espoir aux hommes et aux femmes qui la composent. Pour un vieux pays civilisé, ça ne doit pas être trop difficile.


Drôle de drame en terre sainte

Mardi, janvier 27, 2009

Il y a 60 ans, l’Occident coupable d’avoir laissé exterminer le peuple juif dans des conditions effroyables, envoyait les rescapés du génocide allemand occuper la Palestine, pour y fonder l’Etat juif, dont Théodore Hertzl fut le théoricien.
Le peuple élu de Dieu installait enfin ses pénates sur ce territoire disputé depuis des siècles par les trois religions du Livre.
La purification ethnique de ce pays neuf entraîna l’exil de la majorité des Palestiniens, transformés désormais en peuple nomade et désespéré. Face à cette ultime tentative de colonisation occidentale, les états arabes livrèrent quelques guerres qu’ils perdirent, abandonnèrent Jérusalem. En même temps Israël accueillait les communautés juives chassées des nouveaux Etats du Maghreb, des exilés russes ou des Ethiopiens.
Mais il y avait une contradiction fondamentale entre la recolonisation par Israël des territoires palestiniens occupés après la guerre des six jours et les aspirations du peuple palestinien, parqué dans des camps de réfugiés sur son propre sol. On enfermait un million et demi de Palestiniens sur les 340 km² de la bande de Gaza, prise à l’Egypte !
Comment partager le territoire de la Palestine puisque deux peuples qui ont appris à se détester ne peuvent vivre ensemble ? Combien de guerres, combien d’attentats sanglants, avant que le concept de deux Etats séparés ne soit accepté par les deux parties ? Et depuis cet accord de principe : rien. Les négociations de paix comme on dit n’avancent pas d’un pouce. L’Iran, Etat non arabe, et de plus chiite, a parfaitement compris que sa puissance régionale et son leadership religieux dépendait de l’appui sans faille qu’elle apporterait aux Palestiniens, prenant ainsi une revanche millénaire sur les Etats arabes, les califes sunnites qui ont enfermé le chiisme dans la nostalgie et le martyre. Il est donc trop tôt pour la paix, comme il l’est pour Israël qui a besoin du soutien du monde et surtout des Etats-Unis pour exister.
La bombe de Gaza était prête. Elle vient d’exploser.
Il y a des mots que l’on hésite à employer tant ils sont chargés des drames de l’histoire, mais l’Etat juif savait très bien qu’il créait à ses portes un ghetto d’où ne pouvait sortir que révolte et violence, puisque les humains, eux, s’y tenaient reclus.
Alors le parti palestinien le plus religieux, le Hamas, s’est lancé dans une guerre qu’il ne peut gagner par les armes, mais dont les images d’enfants massacrés lui apportent le soutien de la communauté internationale mobilisée contre les crimes de guerre et contre les crimes contre l’humanité.
Chaque jour qui passe portant son lot d’images d’enfants défigurés, de femmes sanglantes, de vieillards portés aux morgues des hôpitaux surpeuplés de Gaza, fait monter dans le monde musulman tout entier la sourde colère de l’OUMA, du Caire à Toulouse, de Bagdad à Cardiff, de Téhéran à Berlin et d’Istanbul à Oslo, creusant dans notre monde sans foi d’inquiétants sillons religieux.
Le cardinal Renato Martino, président du conseil pontifical justice et paix, n’a pas hésité à affirmer que «la bande de Gaza ressemble de plus en plus à un grand camp de concentration». Israël a répondu que le Vatican se livrait à la guerre des mots !
Mais ce n’est pas à une guerre des mots que l’on assiste, mais bien à la liquidation d’un ghetto ethnique, à l’extermination d’une population en raison de sa race ou de sa religion, d’une opération comme on en a connu il n’y a pas si longtemps dans les Balkans, certes rien n’est pareil, et comparaison n’est pas raison, mais un enfant mort est un enfant mort. Toute cette haine est-elle vraiment nécessaire ? On en est arrivé à un point où l’on ne peut plus dire où est le bien et le mal. Il faut forcer la main à la paix par tous les moyens, avant que la folie des hommes n’embrase ce territoire qui a vu naître trois des grandes religions humaines. Et chaque jour on se dit qu’il se fait tard. Certes, la France, l’Europe, l’Egypte se sont mobilisées pour trouver une médiation et le peuple palestinien de Gaza, écrasé sous les bombes est prêt à tout pour que ça s’arrête. En cela Israël a marqué des points ; mais Israël ne vivra pas séparé de ses voisins, séparé par le mur qu’il construit. Israël n’aura pas un destin différent de celui du Proche-Orient. Il faut donc laisser créer un Etat palestinien indépendant et viable sur les terres occupées en 1967 et que l’application de droit international conduit à restituer dans leur intégralité.
Ce n’est pas une décision facile à exécuter. Mais la décision est prise depuis longtemps déjà et elle peut seule s’opposer aux ambitions régionales que le conflit israélien permet de porter au zénith. Si l’union de la Méditerranée a un sens, il est justement celui de cette paix.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°136 – Février 2009

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Vers la suppression du juge d’instruction ?

Dimanche, janvier 11, 2009

Ancien vice-président de la Commission des lois à l’Assemblée nationale et membre de la commission d’Outreau (résultant de l’affaire qui a ému le France entière en conduisant des personnes innocentes en prison), Xavier de Roux fait part de ses réflexions quant à la suppression des juges d’instruction, question que vient de relancer le Gouvernement.

Xavier de Roux, êtes-vous favorable à la suppression des juges d’instruction ?

La modification de la procédure pénale, qui vise à supprimer le juge d’instruction en confiant les enquêtes au Parquet sous le contrôle d’un juge de l’instruction, est une idée dont on parle depuis longtemps. En 2002, je me souviens avoir publié un ouvrage sur ce thème : «Mais quelle justice ? ». Lors de l’affaire d’Outreau, cette réforme de la procédure pénale est revenue en force. On en a beaucoup débattu et j’étais dans le camp de ceux qui demandaient justement le remplacement du juge d’instruction par un juge de l’instruction.

Quelle est la différence ?

Actuellement, les crimes et les délits graves sont instruits par un magistrat très souvent solitaire – pour rompre cette solitude, on essaie de créer des pôles de l’instruction – censé instruire à charge comme à décharge et qui, bien entendu, comme toute personne humaine, a son intime conviction. On peut difficilement demander un tel exercice d’impartialité qui peut frôler la subjectivité, d’autant que s’il y a d’excellents magistrats, d’autres le sont moins. Cela ne les empêche pas d’aimer à se placer sous les projecteurs de l’actualité alors qu’ils peuvent être franchement médiocres. On a vu des affaires tonitruantes accoucher d’une souris ou n’aboutir à rien et des dossiers dramatiques dont celui d’Outreau…
Il semble donc indispensable de modifier le système en le simplifiant. Le parquet, c’est-à-dire les avocats de la République, assurent la poursuite et mènent l’enquête en collaboration avec la police judiciaire. La défense, saisie immédiatement, fait son métier et recueille témoignages et expertises. Bref, elle participe à l’enquête aux côtés de celui qui est poursuivi. La procédure se déroule ainsi dans la plupart des pays civilisés.
Reste que pour ne pas tomber dans les excès d’une procédure accusatoire à l’anglo-saxonne dont nous sommes habitués par la télévision, il convient d’avoir un arbitre – et un recours – entre la défense et l’accusation qui contrôle les actes de l’enquête et puisse être saisi par la défense. C’est cet arbitre qui sera le juge de l’instruction. Autrement dit, il ne mènera pas l’enquête, mais en assurera l’impartialité.
Ce sujet est depuis longtemps débattu. Il a été soulevé à plusieurs reprises aux Entretiens de Saintes et la réforme proposée par Nicolas Sarkozy ne date pas d’hier.
Cependant, la réforme de la procédure, garante des libertés, ne peut pas se faire d’un trait de plume. Il faut être soigneux et vigilant pour que les libertés individuelles soient sauvegardées. Il n’y a aucune raison de ne pas y parvenir. Le pire, en tous les cas, serait de conserver le système actuel.
Toutefois, sous cette question, apparaît comme toujours en France, un problème corporatiste. Il s’agit du statut des procureurs : Sont-ils des magistrats comme les autres ? Sont-ils un corps à part d’avocats de la République à égalité avec les avocats de la défense ? Nous rentrons là dans des questions statutaires telles qu’on les adore. Généralement, dans ce pays, elles obscurcissent le débat principal qui est celui d’améliorer le fonctionnement du service public de la justice.

L’un des motifs évoqués contre cette suppression serait que ce nouveau juge dépendrait directement du Garde des Sceaux, donc du Gouvernement ?

Il est évident que le juge de l’instruction sera un magistrat du siège, par nature indépendant, comme le sont tous les magistrats du siège dont l’autorité de contrôle est le Conseil Supérieur de la Magistrature. Il n’en est pas de même pour les procureurs du Parquet qui, encore une fois, sont les avocats de la République et reçoivent – c’est bien normal – les instructions du Garde des Sceaux. Vouloir rendre indépendant les procureurs reviendrait à créer une justice par tribunal, alors que la politique pénale ressort à l’évidence du rôle des institutions démocratiquement élues.


Les leçons d’un désastre

Lundi, décembre 29, 2008

Chaque jour les extravagances du marché financier américain nous montrent que la cupidité sans limite des acteurs nous a mené à l’inquiétante situation où l’économie mondiale se trouve aujourd’hui. Où le modèle anglo-saxon est apparu à nos élites la perfection absolue puisque la croissance américaine sous la présidence Bush, laissait sur place la croissance européenne.
La recette était donc simple, moins d’Etat, moins de règle, plus de liberté et d’imagination, création de nouveaux produits financiers, créativité… Que n’a-t-on pas entendu !
Il apparaît aujourd’hui qu’on a fait sauter la caisse, comme on fabrique une escroquerie ou un hold-up, et M. Maddox fait partie des bandits ordinaires, sauf que piquer 50 milliards de dollars, ce n’est pas donné à tout le monde. Mais surtout, dévaliser la planète sans que personne ne s’en rende  compte, donne une idée de l’affaiblissement des gendarmes de la bourse et du marché financier. Il est difficile de penser que la Security Exchange Commission est devenue tout à coup sourde et muette. Souvenons-nous des cris d’orfraie qu’elle poussait lorsqu’une mutuelle française s’emparait d’une obscure compagnie d’assurances de Californie !  On peut malheureusement penser que ce petit monde a créé des accointances et des parasites qui ressemblent à des protections.
Et l’on ne fait que détricoter le début de l’écheveau. Il est donc urgent de protéger l’épargne publique et de faire en sorte que la tranquille rentière de Perpignan – ou de Saintes – n’apprenne pas un beau matin que ses économies, à travers telle ou telle Sicav que lui a pris son banquier, sont tombées dans un trou noir ou dans une poche profonde dont elles auront peu de chance de sortir.
Et l’on remet l’Etat en première ligne, tant que l’on n’a pas organisé un solide corps de contrôleurs internationaux.
Pour protéger son épargne, la France, comme d’autres pays, s’est engagée à faire en sorte que les banques ne tombent pas en faillite. L’Etat apporte donc sa garantie, mais si l’on additionne toutes les garanties données par tous les Etats du monde, on constate simplement qu’ils héritent de toutes les mauvaises dettes du marché financier en espérant que le nettoyage des Ecuries d’Augias se fera plus vite que l’appel de leur garantie.
Parce que les Etats n’ont pas en caisse le premier kopeck pour tenir leurs engagements ; ils sont eux-mêmes tous débiteurs. Le seul avantage d’un Etat est qu’il bat monnaie. Encore faut-il avoir confiance dans cette monnaie ; l’effondrement du dollar et de la livre sterling montre que tout à une limite, et l’Euro qui aujourd’hui en profite a bien peu de marges de manœuvre s’il ne veut pas subir le même sort.
La solidarité économique planétaire doit jouer pour assainir d’abord le marché financier, en évacuant la fausse monnaie, et d’autre part remettre le marché financier à sa place qui est de financer la production, les services et les échanges, et non pas de créer sa propre finalité qui serait le seul gain de la pure spéculation.
Il faut donc remettre les pendules à l’heure, et d’abord l’esprit même des opérateurs qui ont cru pendant des années monter au paradis tandis que d’autres malheureux s’échinaient à produire sans gagner un sou. Il faut oublier le modèle anglo-saxon qui vient de faire faillite alors qu’il était enseigné dans toutes nos écoles de commerce comme le nec plus ultra depuis des années ; il faut surtout et d’urgence travailler à la création et à l’émergence d’un autre système cohérent capable de satisfaire les besoins des peuples.
Et cet exercice est plus difficile. Toutes les théories vont être vantées ; mais ce n’est pas des théories qu’il faut, mais des actions pratiques, c’est-à-dire en démocratie, des actions politiques.
Les partis politiques doivent donc travailler à des projets nouveaux dans un monde complexe, et ce n’est pas facile. Ils ne peuvent plus se contenter de bonimenter ou de commenter l’événement. Ils doivent en même temps faire taire ou calmer les angoisses qui s’expriment  parce que tout change, que rien ne sera pareil et qu’on l’on ne trouve pas vraiment de modèles dans le passé.
Les hommes politiques feraient bien de s’entourer – non pas des astrologues, bien que… – mais de psychologues qui explorent les psychologies de groupe et trouvent la racine du stress et de l’angoisse qui s’emparent de beaucoup de nos concitoyens, pour donner une réponse adaptée, et planter surtout, immédiatement des repères et des espoirs, sans quoi la faillite du casino mondial sera peut-être la cause d’un bouleversement social incontrôlable qui laissera nos experts perplexes, et nos démocraties sans voix.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°135 de Janvier 2009


Contribution à une réforme de l’intercommunalité

Mercredi, novembre 26, 2008

L’objet de toute organisation territoriale est évidemment de permettre une bonne administration du territoire concerné.
La France, depuis le XVIIème siècle, est devenue un Etat centralisé. Richelieu d’abord, Louis XIV surtout, mirent fin à une France héritière d’une organisation féodale des territoires, en affirmant le primat de la monarchie, c’est-à-dire de l’Etat. La fronde des Princes fut la dernière tentative sous l’ancien régime de conserver une autre autorité que celle découlant de l’Etat.
La Révolution Française, puis l’Empire achevèrent d’organiser un Etat centralisé qui pourrait apporter aux citoyens les services essentiels nécessaires au développement de leur cadre de vie et par voie de conséquence, à leur bien être.
La France découpée en départements, cantons et communes, était partout administrée par un représentant de l’Etat, le Préfet qui détenait d’abord les budgets et menait ensuite sur son territoire la politique décidée par l’Etat.
De grands corps d’Etat étaient créés : ingénieurs des Mines, des Ponts et Chaussées, inspecteurs des Finances, officiers de santé, etc…
Au XlXème siècle et dans la première partie du XXème siècle, c’est ce modèle administratif qui permit la réalisation des grands équipements, souvent en un temps record, comme le développement des routes et des voies ferrées ; c’est également ce modèle qui permit à la France de panser ses plaies après les deux guerres mondiales.
Toutefois, les limites de ce système sont apparues avec les lourdeurs d’un appareil devenant de plus en plus ventripotent et lent alors que la communication, les changements de modèles, les innovations se succédaient à un rythme accéléré dès le début des années 60.
Un besoin d’administration locale au plus près des citoyens est apparu pour offrir – à côté des grands services publics de l’Etat (éducation, santé, équipements portuaires, aéroportuaires et routiers…) – un service de proximité que les collectivités locales devaient rendre : voirie, locaux scolaires, assainissement, électrification rurale, adduction d’eau, traitement des ordures ménagères, équipements sportifs et de loisirs, accueil périscolaire, aide aux personnes âgées, lutte contre l’incendie, aide au développement économique local par l’accueil des entreprises, la politique agricole de proximité, l’urbanisme enfin dans toute ses dimensions.
Or, plus on rapproche une administration des citoyens, plus ces demies ont un contrôle sur leur administration, et plus évidemment ils demandent ou revendiquent, si bien qu’une administration démocratique locale est source de progrès, de rapidité et souvent de soin, mais aussi parfois de démagogie et de gabegie ou simplement d’impréparation.
La décentralisation, initiée sous François Mitterrand par les lois Defferre, puis poursuivie, sans cesse aiguillonnée par un mouvement girondin puissant et le dynamisme des élus locaux, a conduit d’une part au regroupement des Départements dans des régions qui apparaissent plus pertinentes pour les grands équipements, et d’autre part constatant que beaucoup de services publics ne pouvaient pas être rendus par une Commune seule, souvent de taille modeste, le législateur a créé des Communautés de communes et des Communautés d’agglomérations, puis emporté par son élan, des Pays correspondant à des bassins d’emplois, tout cela sur fond de confrontation entre Régions et Départements auxquels l’Etat confiait l’exécution de sa politique de solidarité nationale.
On est donc peu à peu arrivé à une confusion aggravée par le fait que les diverses collectivités se servent des mêmes impôts pour financer leurs politiques ; les quatre taxes locales sont en effet partagées entre la Commune, la Communauté de communes, la Région et le Département : à votre bon cœur messieurs dames, cela finit par peser lourd dans la bourse du citoyen contribuable qui ne fait pas la différence entre les promesses pour lesquelles il vote, ses souhaits souvent inassouvis, les réalisations et l’impôt qui le frappe !
Le millefeuille a donc besoin d’être simplifié, la recette revue pour un plat plus digeste. Et c’est là où tout se complique. En quelques années, en effet, une sorte de féodalité locale s’est reconstituée autour des bastions de pouvoir que sont les Présidences de Région, de Département, de Communautés de communes ou d’agglomérations, partout où passent les subventions, les décisions, les aides, les coups de mains et les coups de canifs ; ces bastions de pouvoir sont aussi des sources de revenus et parfois de gabelle qui transforment d’honnêtes élus en roitelets locaux usant de l’influence et de la crainte, comme n’importe quel hobereau, vicomte ou baron d’avant la prise de la Bastille.
C’est donc une nouvelle Bastille qu’il faut prendre et l’on demande à ceux-là même qui l’habitent de le faire. C’est paradoxal et cruel. Mais enfin !
Il faut -semble-t-il- partir de l’idée simple que les collectivités locales sont là pour rendre des services aux citoyens. Ces services sont des services publics. A quelle échelle sont-ils les mieux rendus ? L’échelle doit se compter en moyens techniques et financiers autant qu’en territoire.
On s’aperçoit très vite qu’une agglomération moderne peut être une entité très efficace pour la vie de ses habitants : transports, urbanisme, environnement scolaire, eau, assainissement, communication, accueil des entreprises, équipements culturels, tout cela dans une agglomération qui est essentiellement un territoire urbain ou en train de le devenir.
L’agglomération n’a besoin de partager avec personne ses compétences qu’elle peut exercer dès lors qu’elle a une taille ou une consistance suffisante ; son partenaire naturel c’est l’Etat ; sa caractéristique c’est d’être agglomérée !
La Commune peut coïncider avec l’agglomération et se décliner ensuite, comme à Paris ou à Lyon, en arrondissements.
Mais sur des terres plus rurales, que vont devenir les Communes ? On peut évidemment d’abord les regrouper en les fusionnant ; c’est déjà dans la loi. On peut poursuivre le chemin déjà emprunté qui est de fondre les communes rurales dans une Communauté de communes de la taille d’un bassin de vie, c’est-à-dire d’un pays.
La Communauté devra pouvoir rendre à ses habitants les services publics déjà mentionnés ; il lui faudra une capacité financière suffisante ; elle sera essentiellement rurale autour d’une ville, petite ou moyenne. Elle ne pourra pas mener à bien la politique de solidarité nationale que l’Etat a transféré aux Départements.
La Communauté d’agglomérations, comme la Communauté de communes, pour être démocratique, devra être gérée par des élus au suffrage universel direct, ce qui signifie que les communes actuelles seront en pratique vidées de leur pouvoir. On pourra les conserver pour une administration de grande proximité.
Les Départements, à leur tour, vont se trouver dépouillés ; une agglomération englobera l’essentiel du rôle du département sur son territoire et la multiplication des communautés de communes cantonnera le Département dans les grandes missions sociales que lui a confié l’Etat. Faut-il exercer ces missions à ce niveau ? Ne peut-on pas les transmettre à la Région qui aurait une compétence, non pas générale, mais définie dans le cadre des contrats Etat-Région planifiant le développement harmonieux du pays ?
Il serait alors nécessaire que les élus régionaux soient proches de leurs électeurs et non pas éloignés comme ils le sont aujourd’hui ; cela suppose un découpage de circonscriptions régionales, une superposition des cantons. Ce n’est pas le plus difficile. Le Département supprimé, il n’y aurait plus que la coexistence de Communautés d’agglomérations ou de communes dans un cadre régional. Ces Communautés lèveront chacune l’impôt ; et la Région se verra attribuer une ressource fiscale propre comme la TIPP. Il n’y aurait donc plus superposition de la fiscalité locale et donc une meilleure visibilité et une meilleure responsabilité de tous les acteurs.
En conclusion, c’est donc la constitution à la base des collectivités locales de : Communautés d’agglomérations pour les zones urbaines ; Communautés de communes pour les zones rurales, qu’il conviendrait de réaliser.
Ces Communautés auront une fiscalité propre pour assurer les missions de services publics qui leur seront attribuées.
Le maire de la Commune pourra conserver ses prérogatives d’officier de police judiciaire et d’officier d’Etat civil.
La Région aura pour objet d’exécuter les missions convenues avec l’Etat dans le cadre des contrats emplois-régions. Elle n’aura aucune compétence générale et serait financée par une taxe particulière.

Xavier de Roux

L’Echo des Arènes n°134 – Décembre 2008

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Refondation

Mardi, octobre 28, 2008

Nicolas Sarkozy propose de refonder les règles sur lesquelles repose l’économie mondiale. Ces règles, ce sont les accords monétaires internationaux, puis celles découlant plus récemment de ce que les Anglo-saxons ont baptisé la “globalisation”, c’est-à-dire la libre circulation généralisée, des produits, des capitaux et des biens, dont l’organisation mondiale du commerce constitue un aspect.
Le vaste marché mondial devrait prendre en main ses affaires, liquider peu ou prou les Etats et confier à la main invisible du marché l’autorégulation du capitalisme. Il avait fallu à Margaret Thatcher et à Ronald Reagan une forte dose de puritanisme pour persuader la planète que le moralisme accompagnant ou fondant le libéralisme suffirait à s’opposer à l’avarice et à la rapacité des hommes pour lesquels le profit a toujours constitué la tentation suprême et cela d’ailleurs quel que soit le régime !
Le capitalisme financier dérégulé et confié aux golden boys n’a pas fait exception à une longue tradition. Il s’est vite achevé dans la cupidité générale où nos banquiers apprenaient à jouer au casino avec de la fausse monnaie ! Il faut se souvenir, parce que c’était hier, que le dernier crash de Wall Street a eu lieu en 1987 et que personne n’a levé le petit doigt pour en tirer les conséquences.
C’est donc bien que Nicolas Sarkozy exige aujourd’hui que l’on revoie les règles du jeu. Aucun pays, fussent les Etats-Unis, ne peut vivre à crédit, en état de surendettement, en créant des inégalités extravagantes.
La première règle c’est d’imposer aux investisseurs qu’ils participent à leur investissement, c’est-à-dire qu’ils apportent une partie du capital au lieu de tout emprunter. En effet, lorsque les financiers ne mettent pas sur la table leur capital, mais celui qu’ils empruntent, le risque est pour leur créancier si l’investissement échoue, et l’investissement échouera si l’entreprise cible est dans l’incapacité de produire le remboursement des emprunts.
Ce cycle est d’autant plus vicieux que l’objet même de l’entreprise va être de permettre de rembourser les dettes que l’investisseur a fait pour l’acquérir ou la contrôler.
Cette course à la productivité, au rendement maximum et immédiat, a eu des conséquences désastreuses pour la production de biens et de services en Europe. On a délocalisé à tour de bras pour faire des marges ; on a démantelé des groupes industriels pour ne conserver que les branches immédiatement les plus rentables, on a peu à peu dépecé le tissu économique en le soumettant à des règles qu’il ne peut pas respecter.
De même il est urgent de réglementer la circulation des titres de créances, c’est-à-dire la “titrisation” à l’infini de produits dérivés de créances dont on ignore la qualité ou dont on confie le risque aux calculs savants de quelques experts et la valorisation aux agences de notation payées pour labelliser des produits qu’elles ont elles-mêmes aidé à fabriquer.
Enfin la notion même d’interdiction des aides d’Etat, chère à la commission de Bruxelles, a beaucoup de plomb dans l’aile. En effet, on n’a pas entendu les autorités de concurrence s’opposer à la prise de participation des Etats dans les banques, qu’il fallait recapitaliser d’urgence, aux motifs que la concurrence dans le marché bancaire se trouverait affectée ! Un certain nombre de dogmes s’effondrent, et les règles de concurrence fondant la liberté de circulation des capitaux et des biens auront besoin d’être profondément révisées, ou tout le moins de recevoir une approche empirique.
Mais qui va être ce législateur à la fois tatillon et créatif ?
Nicolas Sarkozy sait très bien que le marché est désormais mondial et qu’il le restera, parce que les investissements de communication des hommes, sont désormais mondialisés, et que l’interdépendance des économies des différentes nations est maintenant une réalité incontournable.
Il faut donc travailler à l’émergence d’un traité international dont le fonds monétaire international pourrait assurer la mise en œuvre. La Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil, parmi les grands pays émergents doivent d’urgence être associés à cette réflexion que les huit pays les plus industrialisés pourraient initier.
La superbe et la domination américaine fondée sur des certitudes dogmatiques ne sont plus désormais avérées. L’Europe retrouve donc un rôle vertueux d’ancienne culture et d’expérience. C’est maintenant aux femmes et aux hommes politiques de saisir cette chance et de dessiner une nouvelle donne. Il faut espérer que la démocratie saura amener à ce rendez-vous historique tous les talents dont l’événement a besoin.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°133 – novembre 2008

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Les zèbres !

Jeudi, octobre 16, 2008

La crise a fait apparaître quelques zèbres à découvert, comme les bulots à marée basse. Moitié cheval et moitié âne, ils se distinguent par leur gilet rayé et parmi eux le polygraphe Nicolas Baverez s’illustre dans les colonnes que la presse lui ouvre largement.

Ce libéral sans nuance, ce docteur de la foi libérale, n’avait pas de mots assez durs, il y a quelques mois, pour les Etats et les hommes d’Etat qui ne pouvaient comprendre les grandissimes mécanismes de l’infaillible marché, hors bien entendu les Etats-Unis d’Amérique dont le néo-conservatisme l’enchantait. Aujourd’hui, grâce au travailliste Gordon Brown, il découvre les vertus des nationalisations et de l’intervention des Trésors publics. «La nationalisation, écrit-il dans le journal Le Monde, face à la crise bancaire, elle est l’arme indispensable… mais de dernier recours». Et il ajoute : «Dans ses interventions l’Etat ne doit pas viser à se substituer au marché mais rétablir au plus vite son fonctionnement normal». Sauf que le fonctionnement normal du marché a justement conduit les Etats à intervenir parce que les banques n’étaient plus en mesure de garantir les dépôts de leurs clients qu’elles avaient souvent engagés dans des opérations douteuses.

Nicolas Baverez aurait dû regarder par le trou de la serrure pour voir qui faisait fonctionner son fameux marché. Il n’était pas difficile d’apercevoir les faux-monnayeurs à la manœuvre, créant de la richesse aussi vite qu’un pauvre s’endettait et d’ailleurs les traders et les malheureux juristes fabriquant les produits dérivés, assurant leur titrisation et leur circulation, son enquête l’aurait mené à quelques joueurs pressés, faisant fonctionner à plein régime la corbeille.

«Le libéralisme constitue, ajoute M. Baverez, le meilleur antidote à l’emballement des pulsions collectives.» Il faut donc croire que l’antidote a été bien tardivement administré, à moins que le libéral de service n’ait oublié de le faire.

Mais si «le libéralisme n’est pas la cause, mais la solution à la crise du capitalisme mondialisé», quelle drôle d’idée pour les Etats d’intervenir ! A moins que les pertes faute d’être à la charge des clients des banques ne deviennent celles du contribuable.

Si en plus d’avoir un compte en banque, on paye l’impôt, on touche alors le jackpot, selon Baverez. Décidément, quel zèbre !