Le quinquenat nouveau est servi

Mardi, mai 22, 2012 1 commentaire

La République a changé de Président sous la pluie des Champs-Élysées et pour faire bonne mesure,son avion a été foudroyé lors de son premier vol pour Berlin, mais depuis le Président “normal” a nommé un Premier ministre “normal” qui a constitué un Gouvernement. Il est urgent d’attendre les mesures promises pour évaluer leur efficacité. Car le nouveau Président doit se colter une situation qui, elle, n’est pas normale. Toute la zone euro est à nouveau dans la tourmente. La Grèce ne peut pas rembourser ses créanciers, l’Espagne et le Portugal sont à risque, l’Italie prend des mesures drastiques pour ses finances publiques, et la France fait des promesses ! il en ressort un marasme économique dans la zone euro inquiétant, les rares pays excédentaires autour de l’Allemagne ne voulant pas prendre le risque d’être la caution de tous les autres. François Hollande, en bon ancien élève de l’Ecole Nationale d’Administration, prêche la relance par la dépense publique dans les secteurs dits d’avenir. Sauf que lorsqu’on doit mille sept cent milliards d’euros, les prêteurs se font rares et l’Allemagne n’a aucune envie d’émettre ou de participer à l’émission d’un emprunt européen. Les commentateurs opposent la politique de “rigueur” de la Chancelière allemande, à la politique de croissance du Président français. Mais en réalité, la question n’est pas là. Tout le monde est pour le développement économique, y compris l’Allemagne qui le prouve tous les jours. Ce sont les moyens à mettre en œuvre qui diffèrent. Pour les responsables allemands et italiens, pour la Banque centrale européenne comme pour la Commission de Bruxelles, des réformes de structures doivent être entreprises pour rendre plus compétitive l’économie de la CEE.
L’inspiration de ces réformes est d’essence libérale, comme d’ailleurs le Traité de Rome lui-même qui fait la part belle à la libre concurrence. L’école socialiste française ne veut pas de réformes qui toucheraient par exemple au marché du travail, elle souhaite une intervention volontariste de l’Etat assise sur une augmentation de la contribution des citoyens. Ce sont donc deux analyses différentes et d’ailleurs François Hollande a chargé Monsieur Montebourg de réindustrialiser la France. Il a du pain sur la planche puisque depuis trente ans, le modèle culturel français a tourné le dos à l’industrie dont la productivité supprimait massivement les emplois ; la notion de classe ouvrière s’est érodée et le Bac pour tous à 18 ans a éloigné les lauréats des formations industrielles de base pour développer une activité dite tertiaire qui est devenue une sorte d’auberge espagnole où l’on trouve ce qu’on y apporte. Avec près de 10% de chômeurs, la France compte une dizaine de “métiers en tension”. Ce que l’on traduit en langage courant par «qui n’arrivent pas à embaucher» ! On se satisfaisait de cette situation en faisant venir des travailleurs immigrés, mais un mouvement d’intolérance se développe, l’étranger étant coupable de tous les maux. Nicolas Sarkozy était persuadé qu’il règlerait la situation en brisant le carcan culturel des élites françaises. Non seulement, il n’a pas réussi, mais il a formé contre lui une coalition d’opinions, comme jamais depuis très longtemps un homme politique français n’en avait créé. La quasi totalité des médias s’est liguée avec une force, une détermination et une assurance telle que le simple point d’écart qui le sépare de François Hollande tient finalement du miracle. Cela prouve que Nicolas Sarkozy a complètement mésestimé le poids pour ne pas dire la pesanteur du système français, tandis que presque la moitié des citoyens s’interrogent sur la pertinence de pérenniser un tel système ! En d’autres termes, le conservatisme de François Hollande va être mis à rude épreuve ou bien, de concertations en réflexions, de réunions en colloques, il arrive à ne rien faire si ce n’est à apaiser ses partenaires sociaux, ou bien la vague de fond déclenchée par la crise financière ne se calme pas et son modèle social sera emporté. Il va donc chercher des assurances à New-York et d’autres en Chine tout en essayant de fabriquer en France une égalité formelle dont les Français sont extrêmement friands depuis la fameuse révolution. Les mesures fiscales emblématiques promises sont faites pour cela, même si déjà discrètement les grandes multinationales françaises transfèrent en dehors des frontières leurs activités mondiales et les salaires qui vont avec. Ce n’est pas grave puisqu’elles ne font pas partie des dogmes français hissés au pouvoir.
Mais déjà les élections législatives se profilent. La question est de savoir si une majorité de Français donnera au Président et au Parti socialiste un blanc seing pour mener une politique d’apparence apparente, ou au contraire décidera de le placer sous surveillance en minorant sa majorité dans tous les corps de l’Etat. C’est une alchimie compliquée. Il est en réalité urgent de rajeunir la classe politique française et de l’ouvrir à l’imagination. Le séjour du Président aux Etats-Unis peut nous rassurer, si toutefois cela est rassurant : nos liens avec les Etats-Unis seront maintenus et renforcés au nom de la liberté et de la démocratie, tandis que la position française vis à vis de la Turquie et de l’Iran doit évoluer, comme le souhaite Barak Obama, vers un rapprochement de la Turquie et de l’Europe et vers un dialogue plus positif avec l’Iran pour faire pièce aux menées guerrières d’Israël. Sur l’affaire d’Iran Nicolas Sarkozy était plus royaliste que le roi. Il détestait ce Pays où les intérêts français sont pourtant importants. La mission de Rocard pourrait détendre l’atmosphère qui était au conflit.
Alors faut-il cohabiter ? Certes il n’est pas bon qu’un même parti détienne les rênes de tous les pouvoirs et ce serait le cas si le Parti socialiste obtenait une majorité absolue à l’Assemblée, mais surtout le temps de la diversité est venu. Les opinions ne peuvent plus être des dogmes, et la démocratie impose la réflexion et le partage. La confrontation des idées et des solutions est absolument nécessaire. Cette confrontation et cet échange doivent intervenir en temps réel et pas après cinq ans d’une expérience solitaire, or, le lieu où doit se pratiquer cette démocratie moderne c’est évidemment le Parlement. Il faut donc souhaiter qu’après les élections, il représente la société française dans sa diversité, puisque c’est là sa richesse.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°176 – Juin 2012

Catégories:L'Echo des Arènes

Les habits neufs du Président

Lundi, mai 7, 2012 Laisser un commentaire

François Hollande vient d’être élu Président de la République sur un programme classique, enseigné depuis longtemps à l’Ecole Nationale d’Administration dont il fut un bon élève. Un Etat juste doit organiser la solidarité nationale. L’Etat doit donc être puissant, entouré de serviteurs, les hauts-fonctionnaires, pour assurer le fonctionnement de la machine, l’initiative privée étant subordonnée à l’intérêt général défini par le suffrage universel. Mais les frontières des mondes clos se sont ouvertes. Le numérique et l’informatique promènent le capital à la vitesse de la lumière, un clic à Shanghai peut faire trembler Paris, tandis que les traités européens, avec la bénédiction des gouvernements socialistes, ont gravé dans le marbre les principes du libéralisme économique sur lesquels déjà François Mitterrand s’était cassé les dents : règle de la libre concurrence régulant le marché, interdiction des aides d’état, liberté de circulation des personnes, des capitaux et des biens. C’est dans cet environnement que le sage Monsieur Hollande va devoir se mouvoir, à moins qu’il ne décide de renverser la table comme le souhaite son ami Mélenchon. Certes poussé par l’émotion de la victoire, il a déclaré sur la place de Tulle que son succès allait changer l’Europe et le Monde. On ne sait pas encore ce qu’en pense Pékin, mais du côté de Londres, Washington et Berlin, on en n’est pas encore là et il y a tout lieu de penser que Madame Merkel va proposer au Président français un plan de relance très libéral ayant l’accord du président de la Banque centrale européenne. La diplomatie va reprendre ses droits et l’on entendra certainement, du côté du Parti Socialiste, clamer que l’on ne peut pas faire davantage tant Nicolas Sarkozy a laissé le Pays en mauvais état, comme si l’état du Pays n’était pas connu de tous pendant la campagne électorale, puisque le président de la Cour des comptes, Monsieur Migaud, est un proche de Monsieur Hollande. Mais il faudra aussi esquiver le premier écueil, c’est-à-dire les élections législatives. Certes pour les gagner le PS peut compter sur l’appui de Marine le Pen, en position de maintenir ses candidats au deuxième tour dans près de 200 circonscriptions et sur la division espéré de l’UMP, entre les membres de la droite populaire qui se situent à la droite de Le Pen, et ceux issus du PPR et de l’UDF d’antan.

C’est donc une France politiquement fragile que François Hollande va devoir mener. Il lui faudra les qualités d’un Pompidou, puisqu’il veut être un Président normal, et celles du petit père Queuille puisqu’il est son héritier en Corrèze. Autant dire que ses 60 propositions iront rejoindre au magasin des accessoires, les 110 de François Mitterrand, et quelques autres du même acabit !

En attendant une nouvelle campagne électorale s’ouvre pour convaincre une opinion lassée soit qu’il ne faut pas laisser tous les pouvoirs au même parti, soit qu’il faut donner une majorité parlementaire au nouveau président. Cette campagne sera menée dans un contexte économique difficile.

Le seul sage de l’histoire c’est finalement le Président sorti. Son dernier discours, après sa défaite, a été le bon. Il était chargé d’émotion, et avait pris de la hauteur, celui d’un vrai homme d’Etat, mais il était un peu tard !

Xavier de Roux

Catégories:Actualite, Politique

Quand Marine fait valser la République

Mardi, avril 24, 2012 Laisser un commentaire

On savait que François Hollande et Nicolas Sarkozy seraient dans un mouchoir au premier tour de l’élection présidentielle. C’est ce qui s’est passé. Hollande à 28% et Sarkozy à 27%, mais l’on attendait un Mélenchon triomphant, drapeaux rouges, poings levés, Internationale en tête sur le pavé des rues, le peuple à ses côtés, et la liberté guidant le peuple ! Ce fut Marine Le Pen ! Les drapeaux tricolores, la patrie, la nation, les étrangers dehors, et avec eux la classe politique qui gouverne la France depuis 30 ans !
Est-ce un coup de mauvaise humeur ? Est-ce un mouvement de fond ? Y a-t-il d’un côté des bobos qui jouent à la révolution derrière Mélenchon, et le peuple de la France profonde qui est en train de la faire avec Marine Le Pen ? Cela fait des années que ce mouvement traverse et agite notre société, qu’on se contente de le traiter par l’ostracisme ou par les vieilles recettes marxistes qui n’arrivent plus à convaincre personne, même resservies à la sauce trotskiste ou sociale démocrate, parce qu’elles ont tellement échoué à travers le monde qu’elles n’arrivent plus à séduire. Mais ce n’est pas tellement l’exclusion, l’étranger, l’autre, qui emplit les urnes de Marine Le Pen, c’est la fureur et le désenchantement, c’est l’impression que les femmes et les hommes issus de la démocratie participative pour meubler nos assemblées, en réalité ne les représentent pas et n’ont pas de pouvoir sur les événements qui agitent le monde et qui font pourtant le niveau de vie quotidien. L’extrême droite d’avant-guerre, accusait déjà la ploutocratie, c’est-à-dire une petite élite financière, de tous les malheurs qui allaient accabler le monde, et finalement de la montée du bolchevisme stalinien qui s’emparait de la planète. On ne rejoue pas heureusement l’histoire, et la planète a bien changé. Les créanciers de la France, ce ne sont plus des banquiers à cigare et à chapeau melon, comme on nous les présente encore, ce sont les fonds souverains des pays pétroliers, ce sont les énormes excédents commerciaux chinois qu’on recycle à Hong Kong ou à Shanghai, et c’est vrai que nos démocraties peuvent jouer les matamores, mais qu’elles ne pourront survivre qu’en se modifiant considérablement. Lorsque l’Allemagne qui a fait une partie du chemin s’arcqueboute sur son intérêt national qui est de ne pas financer toutes les dettes de ses partenaires, elle gagne certes du temps, mais son espace vital reste cependant en Europe et la France est bien forcée de trouver les moyens d’une cohabitation. Marine Le Pen veut renverser la table, tout est simple. On sort de l’euro, on contrôle les frontières, on produit français, et bien entendu, derrière tout cela on diminue la solidarité nationale, mais ses électeurs, pour beaucoup se moquent de son programme. Ils veulent simplement dire qu’ils en ont marre des solutions compliquées qu’on ne leur explique pas, des promesses non tenues, parce que les représentants de la démocratie ont un langage à usage interne et un autre qui s’adresse aux marchés. La caricature en fut ce bon Hollande qui proclame à Paris que son ennemi c’est la finance, et se précipite à Londres pour rassurer la City en proclamant le contraire.
Mais quel que soit le résultat des élections présidentielles, tout se déterminera lors des élections législatives. Dans de très nombreuses circonscriptions Marine Le Pen pourra imposer des élections triangulaires et Mélenchon souhaitera aussi sa part des sièges. Dans un tel combat, l’issue est nécessairement incertaine. C’est donc une Assemblée nationale sans réelle majorité qui cohabitera avec un Sénat de gauche, et un Président de droite ou de gauche, selon le coup de dés du deuxième tour. Si Mélenchon est à gauche et Le Pen à droite, cela signifie qu’il y aurait un bloc de gauche autour de 40%, un bloc de droite autour de 45% et 15% de ce que l’on appelle le centre qui généralement dénotait dans la tourmente et qui tentera désespérément de se faire entendre dans la cacophonie des élections législatives. Marine Le Pen est au violon et Hollande à l’accordéon, drôle de bal !

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°175 – Mai 2012

Pourquoi les Français votent Mélenchon ?

Jeudi, avril 5, 2012 Laisser un commentaire

Ce tribun aux tonalités d’avant-guerre, militant socialiste, sénateur, ancien ministre, étonne et fascine. Il a pris à la remorque le moribond Parti communiste, perclus de stalinisme, et remet au goût du jour la révolution immédiatement. Il réclame l’égalité absolue que peut créer une fiscalité confiscatoire, l’extermination des créanciers, ploutocrates apatrides qui se nourrissent du sang du peuple, et lui qui vota le Traité de Maastricht, renvoie l’Europe aux oubliettes, sous les applaudissements fournis de tous ceux qui en ont marre de la crise financière, de ses causes, des banques, des patrons pingres, du temps qu’il fait, qui ont envie de se défouler une bonne fois, qui n’écoutent plus les bobards et préfèrent les salades, les lendemains qui chantent et la table que l’on renverse ! Le Front de gauche et le Front national se retrouvent sur certains thèmes et partagent souvent le même électorat, c’est-à-dire le tiers des Français qui ne croient plus à la démocratie représentative, aux élites républicaines, aux combines de Partis, à l’économie, qui en ont assez que l’on chiffre leur espoir. Ils veulent le SMIC à 1 700 euros pour commencer et la retraite à soixante ans, et le remboursement à 100% de toutes les dépenses de santé, et le montant du prix du logement ! Des juristes piaillent que nationaliser l’énergie ou confisquer les revenus à partir de 360 000 euros par an est contraire au droit européen de la concurrence et à la Constitution. Mais Monsieur Mélenchon se moque totalement de la Constitution et du droit européen. Ce qu’il souhaite c’est simplement « rapporter du bonheur » et le bonheur n’a pas de prix. Quand on aime, on ne compte pas. Il renvoie donc les jeunes et les vieux énarques à leurs calculs et à leur avarice. Nous voilà dans une autre logique, un autre rêve, celui des « Soviets partout » ! Au Parti communiste, on fait un rêve. Le dernier candidat avait fait 1,63% des voix. A cette époque là on ne parlait que de la chute du Mur de Berlin, de révolutions de velours, de liberté retrouvée, d’entrée dans le monde de la consommation. C’était, en fait, entrer dans le stress de la concurrence, du rendement, de la rentabilité, dans le stress de la richesse. Monsieur Mélenchon permet donc au cauchemar libéral de s’éloigner, de remplacer l’anarchisme libertaire par la salutaire contrainte sociale qui fait culminer le bonheur, comme on l’a vu autrefois sur la Place Rouge, lorsqu’en uniforme et botté, le peuple défilait à toute vitesse vers le paradis des prolétaires.

On reprend donc le souffle où on l’avait laissé avec un clin d’œil vers la Chine et ses communistes, milliardaires qui vont mettre à bas et pour toujours, l’empire « étasunien ».

Jean-Luc Mélenchon est devenu un grand prophète français, un Trotski des bords de Seine, un Chavez continental. Hollande derrière ses petites lunettes n’a qu’à bien se tenir. Il fait décidément très Kerinsky. Il n’a pas la baguette magique de son maître François Mitterrand nourri aux sources de la synarchie si chère à Abellio, qui réussit à faire disparaître des écrans le Parti communiste de Georges Marchais. Les revoilà donc tous en scène à regarder dans le rétroviseur les années trente. On passe le film en noir et blanc, et c’est le film des années noires, mais qu’importe ! Jean-Luc Mélenchon veut faire bégayer l’histoire et il a l’air de s’y prendre bien.

Xavier de Roux

Catégories:Actualite, Elections

De grâce, élevez le débat !

Lundi, mars 26, 2012 Laisser un commentaire

La campagne présidentielle ne passionne pas les Français. Ils savent bien que le capitalisme occidental a franchi toutes les limites de la spéculation financière pour alimenter un système fondé sur la consommation, c’est-à-dire sur le crédit. Même le financement des systèmes sociaux dépendait du casino de Wall Street ! On a fait sauter la banque parce qu’il ne pouvait pas en être autrement, des fortunes se sont accumulées, d’autres se sont effondrées, mais la crise financière, cessant d’alimenter la demande en produits de consommation, a entraîné une crise économique dont nous avons la plus grande peine à nous extraire. La campagne présidentielle devrait permettre de partager une réflexion sur ces temps difficiles et sur l’avenir de nos sociétés, puisque les pays occidentaux, habitués à être des pays prédateurs, vivant sur le monde, sont devenus aujourd’hui les cibles des empires qui se lèvent comme la Chine communiste dont les milliardaires font peut-être mentir Karl Marx, mais sont surtout à l’affût des entreprises d’Occident, de leur technologie et de leur savoir-faire. La Chine n’écoute pas nos prêches sur les Droits de l’Homme ; elle n’a pas été éduquée dans la pensée humaniste du XVIIIème et du XIXème siècle, elle est tout droit sortie du matérialisme historique et elle invente sa doctrine du XXIème siècle. Elle pense, comme d’ailleurs Lénine, que les capitalistes sont si bêtes qu’ils vendront la corde pour les pendre et, à constater ce qui s’et passé depuis 2008 dans le monde, c’est parfaitement vrai. Nos pays sont dans la difficulté, nos dirigeants ne donnent pas de profondeur à leur programme, ils se demandent simplement comment flatter une fois de plus l’électeur. On chasse le riche à courre, et on le chasse du pays sous les applaudissements frénétiques, jusqu’au jour où l’on constate que parmi les riches il y a des footballeurs, nos modernes gladiateurs ! Imaginer la France privée de son équipe et c’est la fin du monde ; du coup Fabius réinvente le bouclier fiscal, comme il avait mis fin sous Mitterrand à la politique de socialisation de l’économie.
Mais le sujet n’est pas là, le sujet n’est pas de nourrir encore davantage un Etat qui dévore 57% du produit national, qui accapare plus de la moitié de la richesse produite, le sujet, et tous les jeunes le disent, c’est de s’organiser autrement. La recherche, la technologie, la création d’un côté, la microéconomie de l’autre, sont les pôles autour desquels s’organise la société naissante, celle qui n’a plus de frontières, dont l’espace est partout, quotidien et virtuel. N’importe quel enfant de 5 ans utilise l’ordinateur, ses réseaux, sa mémoire et son temps qui est celui de la vitesse absolue. Cela signifie que ni l’école, ni la production, ni l’échange ne seront les mêmes. Bill Gates ou Steve Jacobs, partis de rien, ont créé des empires, des millions d’emplois et sont devenus milliardaires en occupant un carrefour entre l’homme et la technologie. Ils fascinent parce qu’ils sont la preuve que les Etats-Unis cherchent et trouvent leur second souffle en tentant d’établir une nouvelle ère numérique. Mais les Asiatiques ne sont pas en reste. Le Japon, la Chine, la Corée ont pris le même chemin. Et nous ? Que disent nos fameux guides ? Où en sont-ils ? Certes on s’amuse avec les funambuleries de Mélenchon qui aurait fait un excellent candidat et sans doute un Président en 1936, mais qui discourre à partir d’une époque révolue. Marine Le Pen lui est tout à fait contemporaine, elle aurait essayé le coup d’Etat en 1934, mais fermer les frontières aujourd’hui, parler de l’immigration comme des Grandes invasions de l’an 436 est totalement irresponsable. Sur notre planète, 9 milliards d’habitants vont chercher l’espace, la nourriture et l’eau et si nous voulons produire, relocaliser nos industries en France, il faudra bien des travailleurs immigrés volontaires pour ce genre de travail. On se désole de la fermeture des usines et de la disparition de la classe ouvrière. Mais regardons les choses en face, combien de métiers industriels restent en “tension”, comme on dit pudiquement pour signifier que personne ne veut plus les exercer. Pourquoi est-il si difficile de trouver des métallurgistes, des soudeurs ?
Mais il est plus facile d’accuser l’Europe, les accords de Schengen, le laisser-aller du voisin et il est fort dommage que le Président sortant comme son challenger tente de faire de la surenchère l’un avec son aile droite et l’autre avec son aile gauche pour capter leurs électeurs. La démocratie représentative, si elle continue ainsi, si elle est incapable de s’incarner dans un projet absolument nécessaire pour conserver notre civilisation et ses valeurs, n’ira pas très loin, et ce sera le début d’un vrai déclin de notre modèle. Alors, messieurs les candidats, haussez le ton, haussez le débat, portez vous vers les cimes, là où il n’y a pas beaucoup de monde, mais où l’esprit règne. Nous avons besoin de cela !

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°174 – Avril 2012

Catégories:L'Echo des Arènes

Le rang électoral

Mercredi, février 29, 2012 Laisser un commentaire

Les Français ont conservé de la Révolution la passion de l’égalité et la haine des privilèges, même s’ils ont fait aussitôt Empereur un général révolutionnaire, et ducs et pairs de France la génération des hommes sortis de la Révolution. L’auteur des noyades de Nantes et autres joyeusetés à l’usage des aristos détestés finira duc d’Otrante !

François Hollande surfe donc sur cette vague avec d’ailleurs une étonnante approximation. Dans la même déclaration, il affirme qu’il taxera à 75% les revenus supérieurs à 1 000 000 d’euros par mois, pour se reprendre un quart d’heure plus tard en parlant cette fois là de 1 000 000 d’euros par an. Hamon devait être en coulisses. De toutes façons, taxer les riches est une idée porteuse, comme le coup de l’égalité qu’on nous rabâche depuis deux siècles. Le pouvoir est à prendre, les clés sont dans la boîte à gants. Après, on verra bien. Nécessité fera loi !

L’Etat, crispé sur son être, sur la légitimité qu’il revendique, sur les prébendes qu’il distribue, ne veut surtout pas bouger ou évoluer. L’administration doit être la source de tout, du savoir comme de l’égalité et François Hollande est son candidat naturel. Il n’a jamais de sa vie occupé un poste dans une activité de production ou d’échange ; il est l’illustration parfaite de celui qui sait tout sans jamais avoir rien fait. Il incarne bien le pessimisme français qui entretient cette croyance naïve que l’action politique peut bouleverser leur existence.

François Mitterrand avait juré que la gauche allait changer la vie ; on a vu les résultats et son héritier nous chante la même chose. La vérité est que le système bureaucratique français est hostile à la réforme. L’héritage révolutionnaire c’est la centralisation étatique hiérarchisée, la faiblesse des processus de participation dont on parle toujours mais qu’on utilise jamais et finalement l’incapacité à s’adapter avec souplesse aux demandes sociales, si ce n’est en théorie. Encore une fois, François Hollande présente les indispensables réformes, celles notamment permettant le retour à l’équilibre budgétaire et à l’efficacité de l’Etat, comme des réformes imposées par l’étranger, en l’occurrence l’Allemagne ! C’est tout dire. La réforme devient une contrainte, elle n’est pas un choix. La contre-réforme est donc nécessaire et nous y sommes. La France refuse la mondialisation qu’elle présente comme une pure idéologie, alors que c’est en fait, parce qu’elle entraîne le centre de gravité du monde vers l’Asie. Les Français se sentent marginalisés et craignent le vent du large. François Hollande est là pour les rassurer. De Gaulle disait : «La France n’est réellement elle-même qu’au premier rang». C’est peut-être d’avoir perdu ce rang qui crée le pessimisme et le malaise français. Mais pour le retrouver, c’est un autre souffle dont ont besoin les citoyens français, une autre vision qui pourrait se nourrir de tous les talents de ce pays, de l’imagination citoyenne, de la créativité et de l’insolence française.

Cette campagne électorale est désolante. Elle tire vers le bas, elle ne propose aucune vision d’avenir, comme si les candidats acharnés à s’insulter, pensaient que leur ring était à lui sel l’avenir du monde. La France mérite mieux et les Français aussi.

Xavier de Roux

Catégories:Elections, Politique

Une campagne présidentielle

Lundi, février 20, 2012 Laisser un commentaire

La campagne présidentielle commence dans une curieuse atmosphère. Jamais les pressions extérieures n’auront autant pesé sur la politique intérieure de notre Pays. L’abandon de la souveraineté monétaire découlant du Traité de Maastricht a complètement changé la donne depuis que la crise financière mondiale pèse sur l’euro. D’un côté, les grandes puissances financières Nord-américaines spéculent sur l’effondrement de la zone euro pour conserver la prééminence du dollar qui sert actuellement de béquille à une économie américaine en grande difficulté. D’autre part, la sauvegarde de la monnaie commune se fait sous la houlette de la puissance européenne dominante, l’Allemagne. Et les Allemands de droite ou de gauche ne laissent guère de place à la réalisation des promesses de François Hollande de changer les traités. Il faut donc nécessairement s’en prendre aux dépenses de l’Etat qui est effectivement dispendieux et qui préfère depuis toujours augmenter les “prélèvements”, c’est-à-dire les impôts, que baisser les dépenses que réclament à tue-tête toutes les catégories de citoyens. Le rôle de l’Etat, en efficacité, doit être au centre des réflexions des candidats.
On veut réindustrialiser la France pour retourner au plein emploi, mais quels sont le plan et les leviers ? L’activité industrielle, le travail en usine attire-t-il les jeunes Français et pas simplement les ingénieurs et les chercheurs ? Quelle est la place de l’innovation et de l’initiative, et finalement, quelle est la place du salariat ? Existe-t-il d’autres formes d’organisation de l’activité qu’il conviendrait d’encourager, alors que l’on passe de la proximité au réseau monde – via internet – dans le même instant ? Au fond chacun a son idée, mais personne n’en sait rien. La mondialisation des échanges a précédé la réflexion politique, l’impact de l’énergie des Grands Etats très peuplés a surpris la vieille Europe qui ronronnait sur ses certitudes de civilisation supérieure ! Or, il est frappant de constater qu’aucune grande pensée politique n’émerge, que personne ne trace ici un chemin de long terme, sans doute parce que les élites, strictement gestionnaires, considèrent comme une lubie de débattre de perspectives nouvelles.
Il est frappant de constater que les rares hommes d’Etat qui ont tenté d’ouvrir la porte de l’arène présidentielle en ont été très vite expulsés. Le cas de Jean-Pierre Chevènement est intéressant. Il avait indiscutablement quelque chose à dire et une vision à défendre, que l’on peut d’ailleurs ne pas partager. Il fut inaudible avant de se retirer, parce que les maîtres des médias préfèrent transmettre les sornettes quotidiennes qui finissent par former une jolie croûte de politiquement correct à l’usage des rues.
Le face à face Hollande-Juppé, à cet égard, fut une caricature. On était en présence de deux condisciples de l’Ecole Nationale d’Administration passant leur grand oral et le Président sortant peut soutenir avec beaucoup de talent alternativement des thèses qui ont varié au gré des humeurs, au gré de l’opinion, puisque le but c’est d’être élu en tablant sur l’absence de mémoire de l’électeur. Et l’électeur d’ailleurs s’y perd. Il oublie que Maastricht, la monnaie commune, c’était Mitterrand, et c’était donc aussi Hollande. L’ouverture au libéralisme, c’était encore eux. C’est ce qu’a  rappelé avec une certaine candeur, François Hollande, au journal britannique le “Guardian” qu’il voulait rassurer sur les sentiments pacifiques à l’égard de la finance qu’il avait pourtant pourfendue lors d’un discours remarqué.
Les programmes de Mélenchon et de Le Pen ne rappellent pas que de bons souvenirs, même si l’on met une couche de modernisme sur les idéologies qui ont fait le malheur du XXème siècle.
Il ne reste plus beaucoup de temps. Souhaitons qu’une crise militaire ne vienne pas dans ce délai emboîter le pas à la crise économique et financière ! La tension monte dangereusement au Moyen-Orient, rien ne vaut les bruits de bottes pour assurer les pouvoirs chancelants. Le XXIème siècle est né dans la convulsion de sociétés qui ont été jusqu’au bout de leur modèle et c’est vrai aussi pour le Printemps arabe. Espérons simplement que notre démocratie reste à la hauteur de sa tâche !

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°173 – Avril 2012

Catégories:L'Echo des Arènes
Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.